Cours d’agriculture (Rozier)/RABAISSER

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 464-465).


Rabaisser. On rabaisse un arbre, une branche, dans deux cas, ou quand ils montent trop haut, ou quand ils sont trop foibles. Dans le premier cas, c’est une preuve que l’arbre prend trop de force, & que la grosseur & la longueur des branches ne sont plus en proportion avec la force du tronc, ce qui arrive presque toujours lorsque le pépiniériste se hâte trop de former la tige de l’arbre, en l’émondant de ses bourgeons, au lieu simplement de les raccourcir afin qu’ils retiennent la séve, & qu’elle ne se porte pas avec impétuosité vers le sommet. Si cette tige est fluette & que les branches la gagnent, il vaut infiniment mieux la rabaisser, la ravaler, la recèper à un pouce de terre, & garnir la plaie avec l’onguent de S. Fiacre. La pousse qui provient l’année suivante, est forte, nerveuse, droite & prend du corps. Parvenue à une certaine hauteur, on en pince le sommet si on la trouve encore trop maigre, & on se contente de raccourcir ses bourgeons ; mais à mesure que sa tige devient arbre, qu’elle prend du corps, on supprime graduellement les bourgeons inférieurs, pour ne laisser enfin que ceux du sommet. Si on ne suit pas exactement cette marche, on aura beau assujettir ces arbres grêles par des tuteurs, on sera toujours dans la crainte de voir la tête disproportionnée au tronc, abattue par le moindre coup de vent, ou les branches qui la forment s’incliner çà & là.

Dans le second cas, on rabaisse ces branches afin que la séve reflue dans le tronc & augmente sa force ; les branches rabaissées produisent de nouveaux bourgeons qui modèrent l’impétuosité de la fève, & l’empêchent de se porter, comme auparavant, à une seule extrémité.

On appelle encore rabaisser une branche, lorsque de verticale qu’elle étoit, on la dirige sur l’angle de 45 degrés. On est quelquefois forcé dans les arbres sur franc & disposés en espalier, de rabaisser des branches sur la ligne presqu’horizontale, afin de modérer le cours de la séve & de mettre plutôt l’arbre à fruit, par exemple la virgouleuse ; mais on ne seroit pas dans ce cas si cet arbre avoit été planté à 10 ou 15 pieds de distance de l’arbre voisin, & si à chaque taille, au lieu de rabaisser ses bourgeons à un œil ou deux, on leur avoit laissé presque toute leur étendue, ou du moins si on ne les avoit arrêtés que dans l’endroit où ils commencent sensiblement à diminuer de grosseur. J’ai dit cent fois, & je répéterai sans cesse, que la nature ne fait pas produire de magnifique bourgeons aux arbres en espalier, en gobelets, &c. pour donner au jardinier le plaisir de les couper & d’avoir du fagotage. Ne laissez aux arbres sur franc que les quatre mères branches, & taillez longs les bourgeons, en les dirigeant sur l’angle de 45 degrés, & relativement à la mère branche d’où ils partent, & qui doit elle-même être disposée sur ce même angle de 45 degrés. Les propriétaires veulent trop tôt jouir, les pépiniéristes trop tôt vendre leurs arbres. Voilà l’origine première de tout rabaissement.