Cours d’agriculture (Rozier)/ROSEAU DES JARDINS

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 629-630).


ROSEAU DES JARDINS. Tournefort le place dans la troisième section des herbes graminées & à fleurs à étamines, & il l’appelle Arundo sativa quæ donax Dioscoridis & Theophrasi. Von-Linné le nomme Arundo donax, & le classe dans la triandrie digynie.

Fleur, à étamines, composée de trois étamines & d’une bâle qui renferme trois fleurs dans cette espèce. La bâle est formée de deux valvules oblongues, aiguës, sans barbe ; on trouve en dedans deux autres valvules qu’on peut considérer comme une corolle. Elles sont de la longueur du calice, oblongues, aiguës, garnies d’un duvet très-long à leur baie.

Fruit, une semence aiguë des deux côtés, oblongue, garnie d’une longue aigrette à sa base.

Feuilles, simples, très-graminées, entières, longues d’une coudée, se terminant en forme d’alêne, embrassant la tige par leur base.

Racine, horisontale, articulée, bulbeuse, solide, noueuse.

Porc. Plusieurs tiges s’élèvent des racines, & quelquefois de dix pieds de haut, articulées, creuses ; les fleurs naissent au sommet en panicules.

Lieu. L’Espagne, la Provence, cultivé dans les jardins ; la plante est vivace.

Propriétés médicinales. La racine seule est d’usage ; elle est inodore & insipide au goût. L’usage journalier de la racine dans les dépôts de lait, sembleroit lui avoir fait acquérir le titre de spécifique, mais comme on l’a toujours associée avec des sels neutres, il est très-douteux qu’elle produise seule la résolution des dépôts de lait. Elle n’augmente sensiblement ni le cours des urines, ni l’insensible transpiration, ni l’évacuation des matières fécales, ainsi que quelques auteurs l’ont avancé ; elle ne rétablit pas mieux ni les lochies ni le flux menstruel En Languedoc, la racine coupée par morceaux, & enfilés comme des grains de chapelet, est employée comme le liège pour en faire des colliers aux chiennes ou aux chattes dont on a enlevé les petits.

Propriétés économiques. En Provence & dans les pays où ce roseau est commun, on s’en sert pour les plafonds que l’on se propose d’enduire avec le plâtre ; à cet effet on fend les roseaux en deux ou trois sur leur longueur, & on aplatit leur courbure à coups de maillets de bois, ce qui les rend souples ; ensuite on les coupe tous de la même longueur, mais une moitié de quatre à six pouces plus longue que l’autre ; on les dispose tous comme les fils d’une toile qu’on veut fabriquer, c’tst-à-dire, un court, puis un long, puis un court, ainsi de suite. Tous les longs sont maintenus par le bout par deux morceaux de bois, l’un en dessus, l’autre en-dessous, & fortement attachés ensemble. Il en est ainsi du rang des plus courts. Juste dans le milieu des soutiens des deux rangs, est placée une corde qui passe par une poulie attachée au plancher, & chacune de ces cordes va correspondre à l’autre bout de la chambre, où se trouve l’autre extrémité des roseaux qui sont tous maintenus entre deux morceaux de bois & immobiles ; un enfant ou une femme tire une de ces cordes, tous les roseaux auxquels elle correspond sont soulevés, tandis que l’autre partie reste couchée sur terre ; alors une autre femme ou enfant passe entre les roseaux couchés & soulevés, qui ressemblent á la chaine d’une étoffe, une toile, &c., un morceau de roseau de la largeur de tous les roseaux réunis sur leur longueur, & ces roseaux de traverse forment la trame. Après que le premier est placé, on tire l’autre corde, le second rang se soulève, on place une nouvelle traverse, & ainsi de suite jusqu’à la fin.

Ces claies sont ensuite clouées de distance en distance, & les coups assez multipliés contre les chevrons des planchers ; enfin on les recouvre de plâtre à la manière ordinaire. Les plafonds ainsi préparés ont un très-grand avantage, ils ne se gercent & ne crevassent jamais ; le plâtre nourrit le roseau.

Il est bon d’observer que le roseau dépouillé de ses feuilles, conserve une écorce dure, luisante, polie, qui le préserve de l’humidité en empêchant qu’elle le pénètre ; de manière qu’il peut rester plusieurs années à l’air & à la pluie, sans éprouver presque aucune dégradation. Si on le tient dans un lieu sec, il se conserve autant qu’aucun autre bois. Le roseau jeté au feu, brûle fort mal ; il s’y consume plutôt qu’il n’y brûle.

Pour avoir ces roseaux dans leur vrai point de maturité, il ne faut les couper qu’après l’hiver. Si les gelées ont été fortes, toute la partie qui se sera trouvée herbacée à cette époque, périra & pourrira, l’autre au contraire en sera plus dure. Si on laisse ces roseaux sans les couper, ils poussent des rameaux de presque toutes leurs articulations, & les tiges ne s’élèvent guères plus qu’elles ne l’ont fait pendant les premières années. Il vaut beaucoup mieux les couper ras terre, tous les ans & à l’époque indiquée. C’est avec l’écorce lisse & polie de ces roseaux, que l’on fait tous les peignes qui servent à tisser les toiles, & on choisit de préférence celle des roseaux les plus gros, & les plus durs.

Cette plante talle beaucoup par ses tubercules ou mamelons. Après quatre ou cinq années, si le sol lui convient, elle occupe l’espace de 11 à 15 pieds en quarré. On s’en sert utilement sur le bords des rivières, des ruisseaux, pour en défendre les côtés contre l’impétuosité des eaux. Le torrent fait plier les tiges les unes sur les autres, & elles forment une espèce de toit sur lequel l’eau glisse. Cette plante aime les terreins forts afin de mieux cramponner ses racines ; s’il est légèrement humide, elle réussit à souhait.

Ces roseaux sont très-pittoresques près d’une pièce d’eau, près d’une cascade. Ses masses, ses groupes produisent un très-joli effet.