Cours d’agriculture (Rozier)/ROUGEOLE

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 639-642).


ROUGEOLE. Médecine Rurale. Maladie cutanée qui consiste dans une éruption universelle de boutons qui ne suppurent point.

La rougeole a le plus grand rapport avec la petite vérole ; elle est, comme elle, contagieuse & épidémique ; elle est à la petite vérole ce que l’érésypèle est au phlegmon.

Les symptômes qui précèdent ces deux maladies sont les mêmes. On observe de plus dans la rougeole une toux sèche, l’enrouement, des éternuemens fréquens, un écoulement pituiteux par les narines, &, comme l’observe très-bien M. Tissot, une rougeur & une chaleur considérable dans les yeux, accompagnées d’un gonflement dans les paupières, d’un écoulement de larmes extrêmement âcres, & d’une si grande sensibilité des yeux, que ceux qui en sont attaqués ne peuvent pas soutenir la lumière ; il regarde ces derniers symptômes comme les seuls qui caractérisent cette maladie.

La rougeole n’est pas aussi meurtrière que la petite vérole ; mais souvent les suites en sont très-fâcheuses. Pour l’ordinaire elle se manifeste d’abord sur le front, ensuite sur la poitrine, & enfin sur les extrémités, vers la fin du troisième jour ou au commencement du quatrième, par de petits points rouges qui ressemblent parfaitement à des piqûres de puce, dont la réunion forme des espèces de plaques ou de grappe.

D’après cela il est aisé de voir que l’éruption de la rougeole se fait plus promptement que celle de la petite vérole ; mais aussi les symptômes qui la précédent ne cessent point aussi parfaitement.

On a observé que ces deux maladies se mêlent & attaquent en même temps les mêmes sujets, ou que l’une survient à l’autre avant qu’elle soit finie. Ce cas est à la vérité très-rare ; il est plus ordinaire de les voir régner dans des années différentes.

Les saignemens de nez sont toujours très-salutaires dans cette maladie, pourvu qu’ils ne soient pas excessifs. Ils calment les douleurs de la tête, diminuent le mal de gorge & celui des yeux.

Quand la rougeole est bénigne, les symptômes diminuent immédiatement après l’éruption, & les vomissemens cessent ; mais le mal de tête, ainsi que la fièvre, continuent, & M. Tissot a vu quelquefois qu’un vomissement de matières bilieuses, qui survenoit un ou doux jours après l’éruption, soulageoit beaucoup plus que l’éruption même.

Le troisième où le quatrième jour de cette crise, la rougeur diminue, les taches se dessèchent & tombent en écailles ; la peau intermédiaire tombe de la même manière, & se trouve remplacée par une nouvelle qui s’est formée dessous ; enfin le neuvième, quand la maladie est allée vite, ou le onzième quand elle a été fort lente, il ne reste aucun vestige des rougeurs, & la peau a repris son état naturel.

La rougeole a toujours des suites fâcheuses, si l’on n’a pas l’attention d’entraîner par les selles, ou par la transpiration, ou par les urines, le reste du miasme qui peut séjourner dans le corps. Elle est suivie quelquefois de la fièvre, d’une oppression à la poitrine, d’un flux de ventre excessif, & sur-tout de la toux, qui est toujours d’un très-mauvais augure : elle reconnoît presque toujours pour cause une partie du miasme qui a été reçu par les voies aériennes ; ce qui le prouve, c’est que dans la rougeole inoculée on ne l’observe presque jamais. Cette toux est beaucoup plus dangereuse lorsque la poitrine a été précédemment affectée. Il est à craindre qu’elle n’entraîne après elle l’inflammation du poumon, & une vomique dans la substance de ce viscère. Quelquefois il se déclare une inflammation à la gorge ; une terminaison aussi dangereuse caractérise toujours une rougeole d’une mauvaise nature, & fait beaucoup craindre une mort prochaine, sur-tout s’il survient une diarrhée excessive ; mais si la fièvre est forte & rebelle, elle dégénère en fièvre rémittente, en hectique & même en fièvre continue, aiguë, maligne, si on ne se hâte de l’arrêter par le quinquina & autres fébrifuges appropriés, ou bien elle laisse après elle des maux chroniques funestes, comme l’a très-bien observé Morton.

Lorsque la dépuration se fait d’une manière peu analogue aux efforts de la nature, la matière morbifique se jette sur divers organes, principalement sur les glandes, & y détermine des abcès. Home a vu la rougeole reproduite par la résorption d’un dépôt de matière morbilleuse qui s’étoit portée sur une glande.

Les principes généraux pour bien conduire les boutons de la rougeole, sont les mêmes que ceux que nous proposerons pour la petite vérole. On doit suivre la méthode naturelle de traitement qui convient à la fièvre continue aiguë, dont la crise & les excrétions naturelles sont parfaitement connues, sans perdre de vue les différentes complications subordonnées, qui peuvent se rencontrer : & pour l’usage des altérans il faut avoir égard à la dominance respective de la fièvre & aux besoins de l’éruption, suivre un juste milieu, c’est-à-dire, ne pas employer des remèdes trop rafraîchissans & calmans contre la fièvre, ni trop échauffans ou excitans pour l’éruption, mais faire en sorte que la première, bien gouvernée & bien ménagée, opère la résolution la plus avantageuse de la seconde. On doit observer ici que la saignée convient le plus souvent au commencement, sur-tout si c’est un adulte, ou qu’il y ait pléthore ou suppression d’évacuations habituelles.

Après la saignée, on doit porter son attention du côté des premières voies, & évacuer les mauvais sucs qu’elles peuvent contenir, par un émétique doux, mais assez actif, ou un purgatif. C’est ainsi qu’on s’oppose à une diarrhée colliquative qui surviendroit, & qu’on prévient bien d’autres, symptômes aussi fâcheux.

Il faut ensuite employer les diaphorétiques tempérés, au lieu des remèdes inactifs & rafraîchissans, qui, bien loin de favoriser l’éruption, la retardent. L’usage des sudorifiques forts seroit très-suspect, pour ne pas dire dangereux, en ce qu’ils pourroient déterminer une éruption intérieure, en énervant les viscères, & en facilitant par là une fonte d’humeurs dans leur parenchyme.

On combattra le spasme, les convulsions & autres symptômes nerveux, qui s’opposent au plein développement de la fièvre, qui doit faire éclore & résoudre l’éruption, par l’usage de l’opium dont la dose doit être très-modérée. On sait que ce remède est un excellent dia phonique in recessu ; il peut par là convenir lorsque l’éruption est difficile & que la matière morbifique se porte trop lentement à la peau, mais aussi il faut bien prendre garde de ne pas retarder l’éruption en la surchargeant & en forçant son travail. On combinera les anti-hystériques avec l’opium, s’il y a un état de vapeurs ; mais si toutes ces affections tenoient à un état inflammatoire, il faudroit bien se garder de donner l’opium, qui ne convient que dans les cas de maux de nerfs & de leur tension spasmodique.

On insistera sur la saignée s’il y a des indices d’une inflammation des poumons, mais avec plus de ménagement que dans la péripneumonie essentielle & seule ; ensuite on appliquera un vésicatoire sur l’endroit de la douleur, & on prescrira aux malades l’usage d’une tisanne pectorale, à laquelle on ajoutera le nitre, & d’un looch approprié aux circonstances.

M. Tissot a vu de très-bons effets de la vapeur d’eau chaude long-temps continuée, & des bains de jambes. Havney recommande beaucoup pour les enfans les testacées, & il pense qu’ils sont pour eux ce que les narcotiques sont pour les adultes. Rozen dit avec raison qu’on doit diriger le traitement de la rougeole d’après la couleur des pustules, & veut qu’on insiste sur les tempérans, si elles sont rouges & bien enflammées, tout comme sur l’usage du camphre, si elles sont pâles, affaissées & menacent la gangrène.

On acidulera la boisson du malade avec de l’esprit de vitriol, s’il se manifeste des taches noires ou pourprées ; mais si les symptômes de la putridité vont en augmentant, on donnera du quinquina.

Les hémorragies modérées du nez sont toujours avantageuses quand elles ne sont point excessives, & qu’elles calment le délire & le mal de tête. Si, au contraire, elles jettent le malade dans une perte totale des forces, & qu’elles aient le caractère colliquatif, on emploiera les calmans ou les acides minéraux jusqu’à agréable acidité, ou une combinaison de rhubarbe avec le diascordium.

L’opiniâtreté de la diarrhée fait beaucoup craindre la rentrée des pustules ; il faut alors donner l’opium pour soutenir la transpiration, & s’opposer par là à cette rétrocession, qui pourroit avoir des suites funestes ; on se conformera, au contraire, au précepte d’Huxam, & on donnera des cordiaux actifs si les pustules sont rentrées. Il est enfin essentiel de terminer le traitement de cette maladie par l’administration des purgatifs, qui produisent les plus salutaires effets dans le déclin de la rougeole, & qui doivent être plus ou moins répétés d’après l’indication qui se présentera alors : après eux on prescrira aux malades l’usage du lait pour envelopper l’âcreté des humeurs, qui cause le plus souvent des ulcères ; un exercice modéré, le changement d’air à la campagne, une boisson délayant, des alimens doux & légers & de bonne digestion ; les sujets éviteront avec soin les intempéries de l’air, sur-tout l’exposition à l’air humide ou trop froid, qui, en supprimant la transpiration, pourroit exciter un catarrhe suffoquant, l’asthme ou la Quelquefois la viscosité des humeurs est portée à un tel point que les purgatifs & les autres secours sont inutiles, ou bien il se fait une coction purulente qui doit être regardée comme une solution propre à la fièvre continue aiguë, & non à l’éruption de la rougeole ; il faut alors procurer un égoût par le moyen d’un cautère ou d’un séton.

Enfin on doit porter son attention dans cette maladie vers les symptômes majeurs, tels que la toux & la diarrhée, & sur les organes qui sont particulièrement affectés, & bien distinguer si le vice subsiste dans toute l’habitude du corps. Le sirop de diacode est la meilleure des préparations de l’opium pour calmer la diarrhée. M. AMI.