Cours d’agriculture (Rozier)/TEIGNE

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Hôtel Serpente (Tome neuvièmep. 383-385).


TEIGNE. Médecine rurale Le mot teigne dérive de celui de tinea, infecté qui ronge les étoffes de laine ; les médecins arabes l’appeloient sahafati, les latins furfurago ; mais ceux ont vécu en Europe avant le renouvellement des lettres, lui ont constamment donné le nom de teigne, parce que dans cette maladie, la partie chevelue de la tête leur paroissoit rongée, à peu près de même que le sont les étoffes de laine. Mais quoique ce nom soit le plus communément reçu, on ne laisse pas de l’appeller dans plusieurs provinces, rache ou rasque.

On distingue la teigne, en humide & en sèche. Le célèbre Astruc donne la description des trois espèces de teigne humide : « dans la première, on apperçoit dans les ulcères qu’elle produit, des petits trous circulaires, qui ressemblent parfaitement bien aux cellules d’un rayon de miel, d’où il découle une humeur visqueuse & jaunâtre. »

« La seconde espèce est connue sous le nom de teigne en forme de figue. On observe dans les ulcères des excroissances toutes remplies de grains très-petits, ronds, jaunâtres, exactement semblables aux graines qui sont dans les figues. »

« Enfin il appelle la troisième, espèce humide, teigne simple, parce que la sérosité qui découle des ulcères qu’elle excite, est purulente & ne participe en aucune manière à la moindre apparence du miel ni de la figue. »

Ce même auteur fait aussi trois espèces de la teigne sèche.

« La première est la teigne croûteuse, dans laquelle les ulcères sont couverts de croûtes jaunes, cendrées, noires, livides & très-hideuses à voir. »

« La seconds est appelée écailleuse ou lupineuse, parce qu’il s’élève des bords des ulcères secs, des callosités qui ressemblent à des lupins ou gros poids, & qui se soulèvent en écailles. »

« La troisième espèce sèche est la teigne porrigineuse, ou furfuracée, dans laquelle les ulcères ne sont que des gerçures profondes, sèches & calleuses, dont les bords sont continuellement couverts d’une farine ou son blanchâtre, qui se détache quand on se gratte. »

On a beaucoup disputé sur le siège de la teigne, les uns l’avoient placé vaguement sur la peau de la tête, & les autres dans les bulbes, ou les capsules qui enveloppent les racines des cheveux : l’opinion de ces derniers paroît la plus vraisemblable, & consumée par l’opiniâtreté du mal, & par le peu de succès que produisent les topiques. La nécessité d’arracher les cheveux quand la maladie est confirmée, la qualité des cicatrices qui restent après la guérison ; la destruction totale des capsules d’où les cheveux tirent leur origine, ne laissent nullement douter que ces mêmes capsules des cheveux ou des poils n’en soient le siège.

Une infinité de causes peuvent donner naissance à cette maladie : elle dépend le plus souvent de l’âcreté de la lymphe ; d’après cela ceux qui le nourrissent d’alimens salés, épicés & de haut goût, y sont les plus sujets. L’usage trop précoce du café & autres liqueurs spiritueuses, chez les enfans, le mauvais régime de vie, la suppression de transpiration, le vice scorbutique & vérolique, la mal-propreté de la tête, les différentes maladies extérieures dont elle peut avoir été affectée, le peu de soin qu’on donne à tenir propre la tête des enfans, sont autant de causes qui peuvent déterminer la teigne. Elle peut aussi se communiquer du dehors, quand on se sert des peignes, des mêmes bonnets, ou des mêmes coiffes dont un teigneux se sera déja servi, ou qu’on couchera ensemble, ou en vivant dans une trop grande fréquentation.

La teigne se distingue des dartres, & autres maladies érésipellateuses ; en ce que les croûtes sont plus épaisses, elles ont aussi leur couleur particulière, qui est ordinairement cendrée comme la mousse du chêne, ou quelquefois jaunâtre. Ces croûtes sont très-vilaines & rendent la tête puante ; cette puanteur est plus ou moins forte selon le degré du mal, la qualité & la quantité du pus, & le plus ou le moins de soin qu’on met à tenir propre le malade.

Les teigneux éprouvent quelquefois des frissons & des mouvemens fébriles, qui sont toujours une annonce certaine de repompement des matières purulentes de la tête. La teigne occasionne chez eux la chute des cheveux, des glandes dans les couloirs de la lymphe, & la maladie pédiculaire. Ils sont tourmentés par ure grande démangeaison qui les porte à se gratter sans cesse, & qui les empêche de pouvoir se livrer au sommeil ; si cet état dure long-temps, l’insomnie les jette dans un état de maigreur & de consomption ; alors la fièvre lente qui ne tarde pas à survenir les réduit au dernier degré du marasme, auquel ils succombent très-souvent.

En général la teigne sèche est plus difficile à guérir que la teigne humide, parce qu’elle dépend, comme l’observe très-bien M. Astruc, d’une âcreté & d’une sécheresse plus considérables ; & qu’il y a dans la teigne sèche des callosités à fondre, ce qui augmente la difficulté de la guérir. Elle est d’autant plus fâcheuse, qu’elle est invétérée & plus étendue, que les ulcères sont profonds, que les bords en sont calleux, & qu’elle est soutenue par un vice du sang plus considérable.

On ne doit point chercher à guérir la teigne dans les enfans étiques, trop émaciés, ou pulmonique, à moins qu’on ne soit fondé à croire que la teigne est l’unique cause de leur état, & qu’on pourra y remédier en la guérissant. Or, pour parvenir à la guérison de cette maladie, il faut, avant d’en venir aux topiques, combattre l’âcreté de la lymphe par des remèdes appropriés ; on commencera par la saignée, & s’il y a une pléthore bien marquée, on la réitérera ; ensuite on donnera aux malades des bouillons rafraîchissans, des apozèmes apéritifs, du petit lait, les bains, les tisanes sudorifiques, & autres remèdes analogues : après cette préparation on en viendra aux topiques, dont les effets doivent procurer la chûte des croûtes & la découverte des ulcères. Pour pouvoir les mettre à découvert, 1°. il faut faire couper les cheveux le plus près qu’il sera possible ; 2°. employer le beurre frais, la crême récente, le cérat de Galien liquide, ou les feuilles de cresson cuites dans du sain-doux, & appliquées pendant vingt-quatre heures ; ensuite on applique une emplâtre de poix, étendue sur de la toile neuve ou sur du bazin, sur tout ce qui est couvert de teigne, qu’on y laisse pendant huit jours ; après quoi, en la soulevant, on arrache en même temps tous les cheveux qui y tiennent. On arrache ensuite cette emplâtre avec ménagement, & on couvre la partie teigneuse de feuilles de poirée enduites de beurre frais ; ce qu’on réitère tous les jours jusqu’à ce que l’inflammation soit diminuée ; alors on lave le mal avec une décoction de feuilles de choux rouges, ou de fumeterre, ou de la racine d’enulla campana, ou même avec l’urine de l’enfant : on panse le tout avec un digestif ordinaire, jusqu’à parfaite guérison. M. Ami.