Cours d’agriculture (Rozier)/VERVEUX ou VERVIER

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VERVEUX ou VERVIER, (Pêche) On donne ce nom à un large filet en cloche, soutenu en dedans par des cerceaux minces et légers : à sa pointe est un œillet qui sert à le fixer aux endroits où on le tend ; son embouchure est pour l’ordinaire fort évasée en portion de cercle, dont les bouts sont assujettis par une corde ou un morceau de bois, afin que cette partie s’applique à plat sur le fond ; c’est ce qu’on appelle la coiffe. À l’intérieur du verveux est un goulet en forme d’entonnoir très-pointu, dans lequel le poisson s’engage, et d’où il passe sans peine dans le verveux, en écartant les fils vers l’extrémité du goulet ; il y reste enfermé, mais à l’aise, de sorte qu’on l’y trouve en vie et parfaitement sain. Le verveux ne diffère de la nasse, qu’en ce que celle-ci est construite en osier.(Voy. l’article Nasse.)

Les troncs et les herbiers sont les endroits des rivières ou des étangs où se placent communément les verveux. On a l’attention de les mettre à l’ombre en été, et à l’exposition du soleil, pendant les froids. Les pêcheurs commencent par couper l’herbe avec le croissant, et même par y pratiquer de petits sentiers qui conduisent au filet, et qui déterminent les poissons à y entrer. Une pierre s’attache à la pointe du verveux, et une autre à chaque extrémité de la coiffe ; les pêcheurs jettent le tout à la place qu’ils ont préparée ; une perche leur sert à donner au verveux une position convenable, et ils laissent au dessus les herbes qu’ils ont coupées, et qui, flottant à la surface de l’eau, offrent un abri que le poisson recherche. Tantôt, suivant les circonstances, on place le verveux dans la direction du courant, tantôt on lui donne une position contraire, en opposant la bouche du filet au courant de l’eau. Dans ce cas, on arrête le verveux par une perche passée dans l’œillet de l’extrémité du cône, et on la fiche fortement au fond.

Il y a des verveux à plusieurs entrées ; celui que les pêcheurs appellent louve ou verveux à tambour, a la forme d’un cylindre, deux entrées et deux goulets, de sorte que le poisson peut s’y introduire également par l’un et l’autre bout. Les cerceaux qui soutiennent ce filet, sont attachés à des bâtons qui s’étendent sur toute sa longueur. Le double verveux est employé dans les eaux dormantes, où le poisson, ne recevant pas l’impulsion d’un courant, nage indifféremment d’un côté et d’autre ; il convient, mieux que le verveux simple pour la pêche dans ces eaux. Si on le place dans les herbiers, on a soin de pratiquer, en coupant les plantes aquatiques, des coulées qui aboutissent aux deux entrées ; ensuite l’on attache des pierres à un des bâtons qui fixent les cerceaux dans toute la longueur du filet, et une corde au bâton opposé : les pierres arrêtent le verveux sur le fond de l’eau, et la corde sert à l’en retirer. Quand la passée est large, il est bon d’ajouter aux deux bouts de la louve ou du tambour, des ailes ou nappes de filets qui s’étendent obliquement de chaque côté des deux entrées, et qui s’attachent au rivage, s’il n’est pas trop éloigné, ou à un piquet planté au fond de l’eau ; ces ailes déterminent le poisson à chercher dans le verveux un passage trompeur. (Voyez l’article Rafle.)

Il est rare que l’on se serve dans les eaux douces d’un verveux cubique à cinq entrées, et que, par cette raison, l’on appelle quinque portes.

Les pêcheurs ne se contentent pas de placer un seul verveux aux endroits qu’ils jugent propres à cette sorte de pêche ; ils y en mettent souvent jusqu’à trente, et ils les relèvent au bout de deux jours, si le temps est frais, et plus tôt pendant les chaleurs. Ils laissent moins long-temps le verveux double que le verveux simple.

Pour engager le poisson à entrer dans les verveux, il est bon de l’y attirer, soit par la vue de quelques poissons enfermés entre le goulet et le fond du filet, soit par des appâts, tels que les vers de terre, des os de porc salé, du tourteau de chènevis, un lièvre prêt à se gâter, que l’on fait rôtir à demi, et que l’on arrose de miel, des tranches de pain trempées dans le jus qui découle de ce rôt, des fleurs à couleurs vives, etc., etc. Un coq, dans lequel on met du safran, et qu’on laisse entièrement corrompre, est le meilleur appât que l’on puisse employer pour tous les filets dormans. Dans plusieurs contrées de l’Allemagne, il est sévèrement défendu de faire usage d’appâts dans les verveux, et de pareils ménagemens d’un intérêt général, sont de nature à être généralement imités. (S.)