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Cours d’archéologie - les Indes, l’Égypte, l’Assyrie, la Paletine/Cinquième lecture

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THÈBES

I


En remontant le Nil, à partir du Caire, on contemple sur les rives les marques d’une fertilité merveilleuse : des palmiers, des acacias énormes, des sycomores extraordinaires, et au milieu de tout cela, une contrée dorée et toujours blonde d’épis entremêlés de citronniers, d’abricotiers et de dattiers pliant sous leurs fruits. Vous rencontrez quelques temples en ruine, comme à Abydos ; Siout, à Denderah, qui attirent l’attention ; mais l’on ne s’y arrête pas parce que l’on sait que de plus grandes merveilles vous attendent. Enfin, l’on arrive en vue de la grande ville aux cent portes, suivant Homère, de la grande capitale, Thèbes, et l’on contemple une quantité innombrable d’édifices des deux côtés du Nil, pendant une lieue de parcours, et qui apparaissent, à distance, en plein état de conservation.

Ces masses énormes et dont la réunion est si imposante, nous font comprendre l’impression saisissante qu’elle causa à l’armée française en 1798.

Après la bataille des Pyramides, arrivés en vue de la ville, les soldats français, tout saisis de ce spectacle, s’arrêtèrent, éclatèrent en cris d’admiration et battirent des mains comme devant une décoration théâtrale. À droite et à gauche, ce ne sont que portiques, colonnades, avenues à perte de vue, ornées de sphinx, d’obélisques, de colonnes.

Il est curieux de rapprocher cette impression de celle de Bossuet d’après les récits des voyageurs envoyés par Louis XIV en 1670 (M. Thévenot, liv. II, ch. 5). « L’architecture, nous dit-il, montre cette grandeur qui remplit l’esprit. Ces ouvrages étaient faits pour tenir contre le temps. Les statues sont des colosses ; les colonnes sont immenses ; ces colonnes et ces statues innombrables ; des allées à perte de vue avec des sphynx énormes servent d’avenues à des portiques dont la hauteur étonne les yeux ; l’on voit une salle soutenue par 120 colonnes de six brassées de tour, et hautes à proportion. »

En arrivant à Thèbes, le fleuve s’élargit et l’on contemple au pied d’une suite de collines un site qui ressemble beaucoup à la situation de Montréal même.

Cela a été remarqué par plusieurs voyageurs canadiens qui nous l’ont rapporté : dans l’élargissement du fleuve, l’on voit s’étendre deux grandes îles qui ressemblent aux deux îles Sainte-Hélène et Saint-Paul. À cet endroit le Nil est à peu près de la dimension du Saint-Laurent devant la ville de Montréal.

Sur la rive ouest, on voit une dizaine de temples et de palais qui se rapportent aux monuments principaux de Montréal.

Du côté ouest, un premier édifice est dans la position de la prison : c’est le temple de Bourlacq. Vient ensuite Der el Bahari, situé comme Saint-Pierre sur la rue de la Visitation. En continuant, à la place de l’hôtel de ville, on voit le Ramesseion, où se trouvait la bibliothèque d’Osymandias, et c’est aussi vers ce centre que devrait se trouver à Montréal, pour la gloire de la ville et l’avantage de tous les citoyens, une bibliothèque vraiment digne d’une cité aussi considérable et aussi lettrée. Vers Notre-Dame, une avenue de sphynx venant du fleuve et arrivant à une place correspondant à la Place d’Armes, montre au pied des tours les énormes colosses de Memnon. Vers Saint-Patrice, Médinet Abou, autre temple ; à l’évêché, Der el Médinet, autre temple. Enfin, sur le fleuve, comme nous l’avons dit, deux grandes îles représentant l’île Sainte-Hélène et l’île Saint-Paul. Une dernière particularité à observer, c’est qu’il y a une montagne disposée à l’ouest comme la montagne de Montréal, avec cette ressemblance qu’à l’extrémité sud-ouest où se trouvent les deux cimetières catholique et protestant, on voit les tombeaux des reines, et plus loin, à la place du cimetière protestant, les tombeaux des rois.

Tous ces monuments sont extrêmement imposants. D’abord, à l’ouest, le Ramesseion a au moins 300 pieds sur 200. C’est ce que Strabon appelle le Memnonion, et Diodore l’avait appelé le tombeau d’Osymandias. Champollion a trouvé le véritable auteur, c’est-à-dire Ramsès, qui a élevé d’avance ce monument à sa mémoire ; aussi les Égyptiens l’appelaient le Ramesseion. La longueur totale de ce monument est de 500 pieds ; il est précédé d’un dromos à l’intérieur. On voit là une profusion de sculptures, de peintures et de statues colossales. Le pylône à l’entrée avait 150 pieds de haut, 200 pieds de largeur, la cour 160 pieds de carré ; enfin, l’on voyait à l’extrémité de cette cour, sur un siège, une statue colossale du poids de quatre fois l’obélisque de Paris. C’est une statue assise ayant 60 pieds de hauteur. Le second pylône précède une salle de 150 pieds de carré avec cariatides de 30 pieds de hauteur. L’on voit sur les murailles des illustrations du poème du Pentaour, qui est l’Homère de l’Égypte, deux bustes de Ramsès, l’un en granit noir et l’autre en granit rouge. En suivant, deux autres salles de 48 colonnes. Au haut d’un degré supérieur, on voit les chambres de la bibliothèque, intitulée : Remèdes de l’âme ; 8 colonnes dans chacune. Der Médinet est charmant de sculpture ; les statues de Memnon sont célèbres.

Après avoir visité la rive gauche à l’ouest, on peut continuer par la rive droite à l’est, où l’on trouve plusieurs groupes de monuments, mais principalement le groupe de Luxor au sud, et le groupe de Karnac au nord.

Sur cet espace, l’on compte cinq monuments différents, mais le plus considérable de tous est le palais de Karnac, qui n’occupe pas moins de mille pas de longueur sur trois cents pas de largeur.

Il est composé de trois édifices qui se succèdent et se complètent. D’abord, la partie réservée au peuple et qui est la plus vaste ; ensuite le palais du souverain, et enfin la demeure de la famille du souverain avec les chambres des ancêtres.

Devant cet ensemble, à partir du Nil, on voit une avenue de sphynx disposés des deux côtés d’une chaussée de 300 pieds de longueur et de 50 pieds de largeur ; ensuite se présente une façade de 300 pieds de largeur, composée de deux pylônes hauts comme les tours de Notre-Dame.

Ces pylônes étaient ornés de plusieurs statues colossales peintes et dorées avec richesse, tandis que la surface des pylônes était couverte de peintures qui représentaient les faits les plus remarquables des princes auteurs de tous ces monuments : Ramsès, Toutmès, Menephtah, dont les règnes répondent à cette période brillante où les souverains de l’Égypte s’étaient enrichis par les sages dispositions de Joseph, richesses dont ces palais sont les impérissables témoins.

Les statues sont décorées et les murs chargés de peintures ; rien de frais et d’éclatant comme cette décoration.

Après avoir traversé ce portique, l’on entre dans une vaste cour de 300 pieds sur 200 pieds, environnée de galeries soutenues par des colonnes, comme un cloître immense dont les parois reproduisent les faits et gestes des anciens rois. C’est là qu’on voit ce grand nombre d’inscriptions et ces légendes qui jusqu’à ces derniers temps avaient conservé les secrets religieux, militaires et nationaux de l’ancienne Égypte.

Au delà, l’on voit un immense vestibule de 300 pieds de largeur, orné de deux rangées de colonnes ; ce vestibule précédait l’entrée de la pièce principale de cet immense monument. Cette pièce principale est la grande salle hypostyle de 80 pieds de hauteur, de 240 pieds de profondeur et de 300 pieds de largeur. Le plafond, à 80 pieds de hauteur, est soutenu par 150 colonnes de la grosseur de la colonne Vendôme.

C’est comme une forêt où l’œil s’étend à perte de vue.

Quand on voit ces piliers si multipliés et si énormes, on est tellement étonné qu’on ne saurait les décrire, à moins de passer pour un imposteur ou pour un fou, nous dit Champollion, et qu’on ne peut, dit M. Ampère, comprendre qu’il y ait eu des hommes pour concevoir de pareilles œuvres, des architectes pour les entreprendre et des ouvriers assez puissants pour les exécuter. Les colonnes du centre ont trente pieds de tour, portant à 80 pieds de hauteur des chapiteaux qui ont vingt pieds de diamètre et soixante pieds de circonférence.

Quelle idée pouvons-nous avoir des peuples qui ont réalisé de si grandes merveilles dans des temps si reculés, à des âges où les autres peuples vivaient dans des cabanes, dans des cavernes, dans des souterrains, sur des chaussées, dans des huttes de paille et de boue ?

Note de M. Ampère. — En quittant le Nil, au milieu de Thèbes, quand on a traversé un petit bois de palmiers, on rencontre un vaste pylône large comme la moitié de la façade des Invalides et haut comme une façade de cathédrale.

« Ensuite, on entre dans un vaste péristyle au milieu duquel s’élevaient douze colonnes. Elles ont été presque toutes renversées par un tremblement de terre. Les tambours gisent accolés comme une pile de dames renversées. En face, un second pylône. On remarque que ces pylônes sont multipliés à l’entrée de presque tous les monuments égyptiens. Il est possible que l’épithète homérique de Thèbes aux cent portes soit une allusion aux nombreux pylônes qui la décoraient.

« Un tremblement de terre a fait crouler un des massifs du second pylône, qui présente l’aspect d’un éboulement de montagnes : c’est comme cet amas de rochers précipités du haut des Pyrénées et que l’on appelle le Chaos de Gavarni. »

M. Wilkinson n’a pas exagéré en disant que c’est la plus vaste et la plus splendide ruine des temps anciens et modernes. Champollion fut comme foudroyé à l’aspect de cette merveille du passé.

Les Égyptiens construisaient leurs édifices en hommes de 100 pieds de haut, et l’imagination qui, en Europe, s’élève au-dessus de nos portiques, s’arrête et tombe impuissante au pied des 140 colonnes de la salle de Karnac. Je me garderai de la décrire, car mes expressions ne vaudraient pas la millième partie de ce que l’on doit dire en parlant de tels objets, ou bien, si je traçais une faible esquisse, quoique très décolorée, elle me ferait passer pour un enthousiaste ou même pour un fou. Essayons, cependant, d’imaginer une forêt de tours ; représentez-vous 134 colonnes égales en grosseur à la colonne de la place Vendôme, dont les principales ont près de 100 pieds de hauteur et 11 pieds de largeur, couvertes de bas-reliefs et d’hiéroglyphes ; les chapiteaux ont 65 pieds de circonférence ; la salle a 320 pieds de largeur sur 250 pieds de longueur, 70 000 pieds de surface. La paroisse Notre-Dame n’a que 26 000 pieds de superficie.


THÈBES

II


Nous avons encore une observation particulière à faire sur la grande salle de Karnac. Cette salle est si grande (320 pieds sur 250) qu’elle n’aurait pu être éclairée si elle n’avait des fenêtres que sur les parties latérales. Les anciens, qui connaissaient toutes les exigences de la construction beaucoup mieux qu’on ne le croit de nos jours, avaient ménagé les fenêtres au centre même de l’édifice par un procédé particulier qui a été généralement adopté depuis. Au milieu de la construction, quatre rangs de colonnes s’élevaient de 20 pieds de haut au-dessus des autres, ce qui constituait une nef centrale de 250 pieds de longueur sur 80 de hauteur et 60 pieds de largeur ; cette nef dominait de 20 pieds les bas-côtés. Dans cette différence de niveau des fenêtres étaient pratiquées, éclairant parfaitement la nef centrale, qui projetait de plus sa clarté sur les nefs latérales. C’est la révélation des exigences de la construction qui a été observée depuis dans les monuments grecs et les monuments romains, et il faut noter que toutes les constructions du moyen âge ont été élevées d’après ces principes : une nef centrale très élevée et éclairée directement par des fenêtres reposant sur les piliers du centre. Les élévateurs du commerce sont bâtis aussi d’après ces principes, comme on peut le remarquer près de l’église Bonsecours.

Il ne suffit pas, pour donner une juste idée de l’art égyptien, de présenter le plan même des formes et des éléments de la construction. Il faut de plus tenir compte de la coloration vive et variée dont ces différents éléments étaient revêtus pour se distinguer les uns des autres. Nous croyons que ces couleurs étaient destinées à accuser les moulures, les saillies de l’édifice et à en signaler les lignes maîtresses.

Il y a d’ailleurs deux sortes de décoration : une qui fait distinguer les différents membres de l’architecture, c’est ce qu’on appelle la polychromie ; et l’autre qui tend à représenter des sujets, des personnages avec la vie, le mouvement, unissant l’aspect de l’édifice avec des tableaux qui font corps avec lui. Alors les surfaces semblent revêtues de tapisseries, sans effacer les grands traits de l’architecture.

Cet emploi des nuances est motivé par l’intensité du jour et de la lumière dans les pays méridionaux. Cette intensité exige que l’on substitue la douceur des nuances et des couleurs à l’aspect de la pierre renvoyant trop vivement l’éclat de la lumière. L’œil ébloui est impressionné trop vivement et ne distingue pas les formes dans le nu de la pierre. Sans cet apprêt, les objets sont confus et vagues ; ils ne se détachent pas ; ils perdent la variété et la diversité de leurs éléments ; les angles ne s’aperçoivent pas ; les tours, les coupoles et les colonnes se modèlent à peine, et à cause de la violence des reflets, tout paraît plat et uniforme. Mais les tons variés que la polychromie permet de donner aux édifices aident à les distinguer des terrains et à montrer la différence des plans. Ils montrent les lignes dominantes ; ils avivent les arêtes et ils font saillir les reliefs et les divers ornements.

En ces pays lumineux, la polychromie est un secours pour les yeux et elle donne une perception plus nette de ce qu’on peut appeler les articulations de ces grands corps de pierre.

L’Égypte a donc le mérite d’avoir deviné la première l’obligation qu’une vive lumière impose à l’architecte, de donner, au moyen de la couleur, plus de tenue et d’accent aux lignes de l’édifice. Elle a bien compris le parti qu’elle pouvait tirer de la clarté et de la différence des tons pour distinguer les uns des autres les différents membres de la construction et pouvoir défendre le contour contre l’éblouissement en plein soleil. Elle a reconnu l’utilité du repos et la nécessité des contrastes. (Voir M. Hittorf.)

Après ces considérations sur le dessin des édifices et sur leur coloration, il nous reste à donner quelques détails sur la découverte merveilleuse que Champollion a faite du sens de toutes ces décorations.

L’expédition d’Égypte avait attiré l’attention sur les merveilles de cette contrée ; l’on avait dessiné avec soin les perspectives, les coupes et les élévations de presque tous les monuments ; mais on n’avait pu deviner la signification de toutes les figures et les signes dont ils étaient revêtus.

Eh quoi ! voici un pays conservé tout entier depuis tant de siècles, mais que l’on ne pouvait comprendre, et dont on ne pouvait rien deviner.

Tout subsiste : les monuments, les inscriptions, les illustrations de plusieurs milliers de siècles en peintures, en reliefs ; mais tout cela était impénétrable.

Ici les témoignages du passé n’ont pas été engloutis par des volcans comme à Pompéi, ni mis en cendre par un incendie comme à Troie, comme à Jérusalem, comme à Corinthe, comme à Rome, ni submergés par des cataclysmes, ni effacés par le grattoir des palimpsestes. Ils existent tout entiers et on ne peut les pénétrer, les deviner, les déchiffrer. Pas une nation n’a produit plus d’annales, plus d’inscriptions, plus de renseignements, et pas une n’a moins instruit la postérité sur son compte ; les inscriptions, les légendes, on ne peut les lire : tout est à l’état de lettre morte. C’est comme le supplice de Tantale, et cette impuissance faisait ressentir à Champollion un supplice insupportable.

Bien des efforts avaient été faits et n’étaient jamais arrivés à aucun résultat. Kircher n’avait vu que des idées dans ces signes, et non pas des sons. Champollion déchiffra enfin à la pierre de Rosette un nom propre, Ptolémée, et à une pierre de Philé le nom de Cléopatre, et dans l’ouvrage de l’expédition d’Egypte, le nom d’Alexandre ; et dans ces trois noms, il reconnut l’équivalent de 15 lettres de l’alphabet grec. Il rechercha partout les noms propres qu’il reconnut aux cartouches qui les environnaient, et il finit par découvrir tout l’alphabet.

Il n’en resta pas là. Il devina deux modes : le sacerdotal et le populaire.

Enfin, il connaissait déjà le copte, la langue populaire de l’Egypte, et il découvrit que, sauf quelques altérations faciles à rectifier, le copte était la langue des vieilles inscriptions.

Avec l’alphabet reconstitué d’après les noms propres il pouvait tout lire, et avec la connaissance de la langue copte il pouvait tout comprendre. Il découvrit que l’hiératique était une sténographie (tachygraphie) de l’hiéroglyphique. Les signes, dit-il, font fonction de lettres, alors que certains signes expriment phonétiquement le son initial de l’objet qu’idéographiquement il représentait. En copte, ro, qui veut dire bouche, est phonétiquement r ; syrinx, flûte de Pan, se dit sébi, et vaut une s ; patère, berbé, représente le b.

En terminant, nous allons résumer nos observations sur l’architecture égyptienne.

Quelques caractères particuliers sont à remarquer : d’abord, l’énormité des matériaux employés et la simplicité de leur agencement et de leur disposition.

C’est ce qui a tant contribué à leur conservation.

Les Égyptiens employaient des matériaux énormes, et ces matériaux étaient d’une pierre inattaquable aux intempéries.

De plus, la construction procède toujours par de grandes surfaces et par des dispositions à angles droits, qui sont bien plus à l’abri des altérations que ne peut l’être l’architecture à voûte, il arcades et à encorbellements.

Les plafonds sont plats et unis, disposés sans pente, ce qui convient bien dans un pays où il ne pleut pas.

Les supports sont énormes et maintiennent une solidité et une immobilité qui empêchent tout bouleversement.

Ces dispositions, si favorables à la solidité, donnaient à l’édifice un aspect grand et imposant.

Quant aux éléments et aux appropriations, ils avaient réuni ce qu’il y a plus original et de plus majestueux.

C’étaient des avenues très larges et bordées de sphinx et d’obélisques. Ces formes élégantes et isolées faisaient ressortir la grandeur des portiques immenses auxquels elles aboutissaient ; ces portiques, que l’on appelait pylônes, convenaient bien par leur masse à la majesté des temples et des palais.

Venaient ensuite des cours et des parvis environnés de colonnes et de pilastres. Ces galeries abritaient les foules ; elles les mettaient à l’abri des feux d’un soleil toujours éclatant et intense. Les assistants pouvaient aussi monter sur les galeries pour mieux contempler le spectacle des cortèges.

Au delà de ces parvis l’on trouvait des salles immenses, avec une multitude de colonnes disposées en quinconces et présentant les perspectives les plus grandioses.

L’Égypte sous ses premiers souverains s’éleva à un degré de puissance et de richesse qui en faisait l’un des empires les plus merveilleux de l’univers.

Ce peuple était aussi remarquable par l’élévation de ses idées que par la majesté de ses monuments.

Lorsque de nouveaux souverains vinrent s’établir après la conquête d’Alexandre, la ville capitale, Alexandrie, devint le centre du commerce de l’Asie et de l’Europe ; on y affluait de toutes les parties du monde.

Les premiers Ptolémées y fondèrent une bibliothèque qui devint bientôt la plus fameuse de l’univers. Là se distinguèrent des savants illustres : Euclide donna la connaissance des règles de la géométrie ; le poète Théocrite et le poète Aratus acquirent un renom immortel ; Hipparque s’illustra dans l’astronomie ; le géographe Strabon décrivit tout l’univers connu ; le philosophe Philon, l’historien Appien, l’astronome Ptolémée, accomplirent des travaux considérables. Avec le christianisme, l’école d’Alexandrie prit une face toute nouvelle et elle produisit des hommes du plus haut mérite : Pantène, Origène, Clément d’Alexandrie.

L’activité religieuse se répandait de là dans toute la contrée. La population se convertissait au christianisme, et ces esprits si sérieux alliaient à la pratique des ordonnances et des préceptes, l’observance des vertus les plus héroïques.

De là des solitaires, des religieux qui remplissaient la ville et les campagnes et qui faisaient resplendir les déserts des observances les plus hautes. On comptait des milliers de retraites mystiques qui occupaient les anciens palais et les anciens temples.

C’est ainsi que se conserva l’Égypte jusqu’à l’invasion arabe. Dès lors, l’ignorance religieuse gagna de proche en proche, jusqu’à ces derniers jours où les missions ont reconquis déjà une partie notable de la population.




LES COLOSSES DE MEMNON


À quelque distance de la plage, sur la rive droite, en remontant le Nil, on voit deux statues assises, de 60 pieds de hauteur, que l’on appelle les statues de Memnon.

Ce sont les seules statues qui restent du palais d’Aménophis. On a retrouvé aux environs les fragments de 17 statues colossales.

On pense que ces colosses étaient adossés à un pylône servant d’entrée au palais d’Aménophis, qui s’est écroulé.

Ces statues sont très endommagées ; elles sont taillées dans un grès très dur et composées de cailloux agglomérés et brillant comme des agates. Elles pèsent à elles deux le poids prodigieux de 1 305 992 kilogrammes.

L’une de ces statues, fendue par un tremblement de terre, faisait entendre des sons plaintifs au lever de l’aurore. Ce bruit provenait du changement de température. Au lever du soleil, après les fraîcheurs de la nuit, c’était le résultat du rétablissement de l’équilibre.


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STATUES DE MEMNON.

TEMPLE DE MÉDINET-ABOU


Sur la droite, en remontant, on trouve les ruines de Médinet-Abou. Ce temple a quelque chose de particulier, c’est qu’au milieu des restes de constructions primitives, on trouve une autre construction qui a une origine chrétienne, lorsque l’Égypte fut convertie.

L’ancien temple a des proportions immenses, des colonnes de 10 pieds de diamètre et de 30 pieds de hauteur, des chapiteaux de 15 pieds de diamètre.

En avant l’on trouve une rangée de petites colonnes qui peuvent avoir 3 pieds de diamètre et montent à 15 pieds de hauteur avec leurs chapiteaux.

Ce sont les restes du temple chrétien. Il a été édifié après la venue de Constantin, lorsque les chrétiens furent mis en possession d’un grand nombre de vieux temples.

Il y eut un moment, sous Justinien, où toute l’Égypte était chrétienne et où la religion était florissante. Les travaux de Clément d’Alexandrie et d’Origène avaient porté leurs fruits.

Les vieux temples étaient occupés par les chrétiens, les déserts étaient remplis de religieux donnant les exemples de la plus grande perfection.


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MÉDINET ABOU.

LUGSOR


Sur le Nil, à la rive droite, l’on voit s’étendre un grand quartier de Thèbes : d’un côté les palais des souverains et ensuite les temples si célèbres.

Le quartier des palais se nomme Lugsor. C’est là qu’on voit encore bien conservés le palais d’Aménophis III et le palais de Ramsès II.

Ces deux palais sont en assez bon état de conservation. L’un contient une cour environnée d’une galerie très large et très haute. Un peu plus loin, un portique ou pylone devant lequel se trouve un obélisque à l’un des côtés de la porte ; de l’autre côté de cette porte, il y en avait un autre qui est maintenant à la place de la Concorde à Paris, où il fait très bon effet.

De ces deux palais part une grande avenue ornée des deux côtés de sphinx et d’obélisques et qui conduit à la réunion des temples placés plus au nord et que l’on désigne sous le nom de Karnac.

Le premier quartier se trouve placé comme l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris, et le second comme les Tuileries.


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LUGSOR.

TEMPLE DE KARNAC


1o Vue de la nef ;

2o Vue des colonnes de la nef centrale ; cette nef a 240 pieds de profondeur et 400 pieds de largeur.

Au milieu le plafond est surélevé de 20 pieds avec des ouvertures, de manière à donner de la lumière à cette partie centrale qui, vu l’extrême largeur de 400 pieds, resterait dans l’obscurité.

C’est ce qui était pratiqué au temple de Jérusalem, c’est ce qui a été aussi réalisé dans les grandes cathédrales dont la nef centrale est plus élevée et éclairée par les fenêtres placées dans ce qu’on appelle le cléristorium.

Les colonnes sont couvertes de peintures et représentent des figures, des hiéroglyphes dont les couleurs sont vives et éclatantes comme au premier jour.


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TEMPLE DE KARNAC.


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RUINES DE KARNACK, (Égypte).

TEMPLE PRÈS DU NIL


Les rives du Nil présentent souvent l’aspect d’anciens temples dont on ignore parfois le nom.

Le plus célèbre de ceux qui sont connus est celui de Denderah, qui date de l’époque des Ptolémées et qui a tous les caractères de l’ancienne architecture égyptienne.

Il a été déblayé avec le plus grand soin par un des derniers explorateurs.

Celui que nous représentons ici offre un très bel aspect. Il est un spécimen de ces belles ruines qui ornent en si grand nombre les rives du Nil.

Il y a des détails très bien conservés, la pierre est d’une belle teinte qui est comme dorée par l’éclat du soleil.


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TEMPLE PRÈS DU NIL.