Cuer desirrous apaie

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Œuvres, Texte établi par Prosper TarbéP. Dubois typographe (p. 23-24).

Cuers désirous apaie
Douçours et confors :
Et je d’amours veaie
Sui en baisant mors.
S’encor ne m’est autres donés,
Mar fui onques de li privés !
A morir sui livré,
Sé trop le me delaie.

Premier baisier est plaie
D’amours : en mon cors;
MouM’angoisse et esmaie,
Si ne pert défors.
Hélas ! pour quoi m’en sui vantés,
Quant ne m’en puet venir santés,
Si ce, dont sui navrés
Ma bouche ne rassaie.

Amours, vous me féistes
Mon fin cuer trichier,
Que tel savour méistes
En son doux baisier.
A morir li avez apris,
Sé plus n’i prend qu’il n’i a pris,
Dont m’est il bien avis
Qu’en baisant me traïstes.

Certes, molt m’atraisistes
Juène à cel mestier,
N’aina nului n’i vausistes

Fors moi ingénier.
Je suis le plus loiaua amis,
Qui oncques fust ; nus bien meris !
Hélas! tant ai je pis.
Amours, mar me nourristes.

Sé je Dieu tant amasse
Com je fais celi
Qui si me painne et lasse,
J’eusse ja merci.
Qu’ains amis de meillour voloir
Ne l’a servi pour joie avoir,
Com j’ai fair tout pour voir
Sans mérite et sans grasse.

Sé de faus cuer proiasse,
Dont je ne la pri,
Espoir je recouvrasse,
Mès n’est mie einsi.
Ne ja Diex ne me doint voloir
De li déçoivre sans doloir.
Ce me tient en espoir
Qu’amours blesse et repasse.