Curiosités littéraires et bibliographiques

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NOTE DE L’ÉDITEUR


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Ce volume est surtout une table de renseignements.

Il nous a semblé à la fois curieux et utile de réunir la plupart des notes bibliographiques publiées par Charles Monselet, en dehors des catalogues qu’il a dressés.

On sait que cet aimable écrivain, sous quelque forme qu’il se présente, chroniqueur, romancier, conteur, poète, reste toujours un érudit ; mais c’est par-dessus tout un bibliophile, et, à ce titre, il sera sans cesse consulté et apprécié. Son ouvrage sur Rétif de la Bretonne le fit remarquer comme tel, presqu’à ses débuts, et lui valut par la suite le surnom de « Père des Restifomanes » ; son étude sur Fréron, ses Oubliés et Dédaignés, sa Bibliothèque galante ou Galanteries du XVIIIe siècle, etc., continuèrent à attirer l’attention des collectionneurs et des curieux.

Aussi est-ce à lui que s’adressèrent les éditeurs pour remettre en honneur des écrivains tels que Nép. Lemercier, Claude Tillier, l’abbé Colibri, Legay, Marmontel, etc.. Charles Monselet écrivit alors de courtes préfaces qui furent très goûtées et vinrent s’ajouter au bagage littéraire, déjà considérable, de cet écrivain.

Monselet était fils d’un libraire ; de bonne heure il s’intéressa aux livres ; à force de recherches il était parvenu à former une bibliothèque assez curieuse ; mais ce n’était pas un collectionneur jaloux de ses trouvailles, il les montrait volontiers, il faisait mieux et consacrait alors à chacune de ses découvertes de courtes notices dans les journaux où il écrivait : ce sont ces notices, échappées à la plume du journaliste, qu’il nous a paru intéressant de réunir pour les bibliophiles dans une édition de luxe tirée à petit nombre.

M. André Monselet, à qui nous devons la publication des œuvres posthumes de Charles Monselet, a apporté tous ses soins à ce travail et nous a permis ainsi de mener à bien notre entreprise.


——



J’ai toujours le nez dans les livres ; c’est vrai. On ne se refait point. Prêt à prendre la plume pour mon compte, je m’arrête en disant : « Ne vaudrait-il pas mieux citer ? » Ne voyez pas de la paresse là dedans ; cherchez-y plutôt de la modestie. Il y a tant de choses qu’on a si bien dites avant moi, tant de définitions si heureusement et si spirituellement formulées !

C’est de la besogne toute faite, dira-t-on ; — mais comptez-vous pour rien le mérite de l’avoir trouvée, les heures passées devant les étalages des bouquinistes, dans les bibliothèques, à la salle des ventes de la rue des Bons-Enfants ?

Vous me faites trop d’honneur en réclamant ma prose — ou mes vers. Ingrats lecteurs, vous mériteriez souvent d’être pris au mot !

Ch. Monselet.

CURIOSITÉS LITTÉRAIRES ET BIBLIOGRAPHIQUES


LA BIBLIOTHÈQUE DE J. JANIN

Il m’a été donné de voir à plusieurs reprises la bibliothèque de Jules Janin, — et d’abord dans la rue de Tournon, au coin de la rue de Vaugirard, modeste logis au quatrième étage, où elle fut commencée. Quand je dis modeste logis, je faux : les vieux meubles, les riches tentures, les tableaux de prix, abondaient dans ces appartements, qui n’avaient de la mansarde qu’une légère inflexion du plafond vers les fenêtres ouvrant sur le magnifique et verdoyant panorama du jardin du Luxembourg.

A cette époque, je parle de longtemps, les goûts du sémillant feuilletoniste s’étaient déjà tournés vers les éditions rares, et, par une pente toute naturelle, facilitée par ses innombrables relations, vers tous les beaux livres en général, même les modernes, à la condition qu’ils fussent imprimés sur papier de choix, à grandes marges, et habillés de somptueuses reliures. Il lui en venait de tous les côtés, et, lorsqu’ils ne venaient pas à lui, c’était lui qui allait à eux. Au bout de quelques années, la bibliothèque de Janin était classée ; bientôt elle fut célèbre.

Le catalogue en a été dressé par M. Potier. Un certain nombre de numéros furent retirés par la famille, et ce n’étaient pas, prétend-on, les moins curieux. Mais la nature intime de quelques notes, dont Jules Janin avait l’habitude de couvrir ses livres, — à l'exemple de Charles Nodier, — aurait pu éveiller des susceptibilités parmi les contemporains. On n’a pas voulu de batailles autour de sa mémoire. Il reste assez de quoi satisfaire les appétits des bibliophiles et les caprices des mondains. Essayons, s’il vous plaît, d’une promenade à travers ce catalogue.

Ainsi que je l’ai dit plus haut, les cadeaux affluaient chez Jules Janin. C’était un effet de sa situation toute-puissante au Journal des Débats.

Je trouve au n° 326 la mention d’un livre de toute rareté, à lui donné par la reine Marie-Amélie : ce sont les Marguerites de la Marguerite des princesses, très illustre royne de Navarre (Lyon, chez Jean de Tournes, 1547).

L’historique de cet exemplaire ne manque pas d’intérêt. Il a d’abord appartenu au comte Napoléon Camerata, petit-fils d’Elisa Bonaparte, mort par suicide en 1853 (je cite textuellement le catalogue) ; après cette mort, il passa entre les mains de M. Léon Cailhava, de Lyon, qui le céda au duc d’Aumale, qui le donna à sa mère, — laquelle, à son tour, l’offrit à Jules Janin.

Les femmes, d’ailleurs, se sont toujours plu à flatter ses goûts, comme le prouvent les indications suivantes :

« 5. La Sainte Bible; in-18, chagrin violet, à compartiments, tranche dorée, etc. Don de Mme Cat.-Jos. Escot, veuve de Seyne. »

Une autre Bible : « Envoi de Mme la comtesse de Gasparin. »

Enfin une troisième Bible, avec un envoi signé de Mme Hélène Fould : « A M. J. Janin, un des meilleurs amis de M. Benoit Fould. »

Qu’est-ce que l’auteur de l’Ane mort pouvait bien faire de toutes ces Bibles ?

Un jour, c’est Roger de Beauvoir, Roger de Beauvoir le brillant viveur, le dandy de lettres, qui, passant devant la demeure de Jules Janin, lui laisse en guise de carte de visite un Cicéron in-32 [Lutetiœ, typis J. Barbou, 1758), avec cet envoi :

A toi cet orateur romain,
Philosopbe au brillant plumage.
Accepte Caton de ma main :
C’est un fou qui te donne un sage.

M. Margueritte et Mme Suzanne Lagier se sont associés pour lui offrir un Plaute des Alde ayant fait partie de la bibliothèque de Colbert. — Sur la première garde, on lit : « Donné à notre ami Janin, M. Margueritte. » Et plus bas : « Ex munificentia equidem nostra, anno J.-C. 1847, Suzanne Lagier. »

Se doutait-on de tant de latinité chez Suzanne Lagier ?

Voici un Ronsard original avec cette men— Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/15 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/16 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/17 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/18 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/19 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/20 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/21 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/22 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/23 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/24 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/25 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/26 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/27 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/28 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/29

MADEMOISELLE BÉATA

Un des romans d’Alphonse Royer qui ont fait le moins de bruit est Mademoislle Béata (Paris, Dumont, 1840, un vol.). Il va sans dire que c’est celui où il a mis le plus d’originalité et d’humour. C’est un conte hollandais, rempli de détails locaux les plus amusants du monde. J’y ai remarqué un repas de fiançailles chez M. Gottfried, riche marchand de fromages de Saardam.

On descendit dans la salle à manger, où Mlle Olympie, selon l’usage néerlandais, s’occupait à préparer le thé pour les convives. Auprès de la bouilloire anglaise, frissonnant sur un réchaud ardent, de larges et plates tranches de bœuf fumé s’étalaient sur des assiettes japonaises bariolées de magots bleus et de nuages incarnats. Aux deux bouts de la table, deux chiens de beurre, fort joliment colletés de colliers peints en vermillon, semblaient se regarder et s’entendre, le museau allongé et les pattes trempant dans l’eau. Une singulière circonstance, c’est que la table consistait simplement en une simple planche carrée, recouverte d’une nappe et appuyée sur deux tonneaux. Le marchand de fromages du Nord-Hollande avait, ce jour-là, endossé son habit gris à boutons de nacre, et Mlle Olympie, quoiqu’il fût à peine dix heures du matin, était coiffée en cheveux, avec deux tulipes à la reine enfoncées dans son chignon bien lissé, en guise de plumet. Un tel dérangement dans les habitudes de la maison indiquait qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, et que le thé, les tranches de bœuf sur porcelaine du Japon, l’exhibition de l’habit gris et les chiens de beurre barbotant dans l’eau fraîche, avaient été employés comme décoration de quelque coup de théâtre imprévu.

N’est-ce pas que c’est là un aimable tableau ?

Le coup de théâtre, le voici :

M. Gottfried, après avoir vidé deux fois la théière, se lève tout à coup, enlève la table dans ses bras et laisse à découvert les deux tonneaux en question, remplis jusqu’aux bords de pièces d’or frappées à l’effigie de tous les souverains des Pays-Bas.

« Ceci est la dot de ma fille unique, s’écrie le négociant en fromages, 200, 000 florins bien comptés ! Cela vous va-t-il ? »

On ne fait plus assez de ces petites histoires d’un ton soigneux, à demi fantastiques, doucement spirituelles, comme Mademoiselle Béata.

CALIBAN ET CALIBAN

On parle du Caliban de M. Ernest Renan.

Ce que voyant, j’ai fouillé dans ma bibliothèque, — qui n’est pas la bibliothèque de tout le monde, — et j’ai trouvé un autre Caliban.

Caliban, par deux Ermites de Ménilmontant rentrés dans le monde. Deux volumes in-8° ; Dénain, libraire, rue Vivienne, n° 16, à Tentresol. — Paris, 1833.

Ces deux volumes, très recherchés par les amateurs de la période romantique, — et signalés dans la Bibliographie d’Asselineau, — sont illustrés de deux vignettes à l’eau-forte de M. Albert Aubert.

L’une représente le Caliban de Shakespeare, à mi-corps, portant un fagot sous son bras ; monstre difforme, nu, crépu, barbu, camard, aux dents horribles, aux vastes oreilles. Le sylphe Ariel voltige au-dessus de lui.

La seconde montre une femme échevelée et blanche soutenue par un magistrat.

Pour ce qui est du titre de notre livre, — est-il dit dans la préface, — le nom de Caliban, qui s’est offert à nous en lisant Shakespeare, nous a paru aussi bon que tout autre, d’autant qu’il y a dans le personnage quelque ressemblance avec notre ouvrage fait homme : — un mélange de forme et d’idées, une figure qui se place entre le ciel et l’enfer, une sorte de milieu entre ce qui est vice et vertu, milieu considéré comme absence ou confusion de ces deux termes jadis si éloignés…

Et maintenant, Messieurs et Dames, c’est le tour de Caliban ; avancez ici, vieux monstre, faites la révérence à l’aimable compagnie, — et commencez !

Les deux auteurs de ce Caliban sont : Edouard Pouyat, mort depuis longtemps, et M. Charles Ménétrier, vivant, très vivant celui-ci, et bibliophile des plus aimables.

M. Ernest Renan ne leur a rien emprunté ; il s’est contenté de faire comme eux : il a décroché l’enseigne de Shakespeare pour l’accrocher à sa propre maison.

Mme LA REVUE… DES DEUX-MONDES

Si chaste d’habitude, la Revue des Deux-Mondes a consacré une page tout entière au Portier des Chartreux.

Le titre seul de cet ouvrage constitue un outrage à la morale publique. C’est le roman le plus infâme et le plus corrupteur qui ait jamais été écrit au XVIIIe siècle.

L’épais cahier de la famille Buloz n’en juge pas ainsi ; il a des excuses et des atténuations : Avec la légèreté d’esprit et de causerie de la société d’alors, — dit-il, — quand les femmes les plus polies se vantaient d’être esprits forts et que le relâchement des mœurs dans les couvents défrayait l’innocente gaîté des honnêtes gens, un tel livre n’était qu’une amusante historiette de moinerie, un peu gauloise sans doute, mais tout à fait propre à chasser les vapeurs. On croit rêver…

Cette dissertation sur un des livres les plus honteux du monde est contenue dans un article intitulé : Les Filles de Louis XV, par M. Jules Soury. Elle a trait à l’anecdote de cette dame d’honneur accusée d’avoir prêté le livre en question à la jeune Adélaïde, alors âgée de quatorze ans.

L’auteur de l’article prend en main la défense de cette dame d’honneur, qu’il taxe tout au plus d’étourderie ; peut-être n’a-t-elle pas prêté le livre, peut-être est-il tombé de sa poche, peut-être Adélaïde l’a-t-elle ramassé et n’a-t-elle pas voulu le rendre, — et vingt autres simagrées semblables.

Le Portier des Chartreux — ajoute-t-il, — est illustré, comme on sait, de gravures très libres.

Comme on sait est superbe ! Mais il n’y a que vous qui le sachiez, espérons-le.

Bref, M. Soury ne voit pas là dedans de quoi fouetter un chat.

LUCRÈCE BORGIA

Il y a deux Lucrèce Borgia : celle de l’histoire et celle de Victor Hugo. Elles se confondent souvent. Mais certains érudits d’Italie et d’Allemagne se sont mis, depuis quelques années, à la tête d’une réaction en faveur de l’intéressante fille d’Alexandre VI. Le marquis Campori a composé un mémoire intitulé : Une victime de l’histoire ; M. F. Gregorovius a écrit deux gros volumes : Lucrèce Borgia, d après les correspondances contemporaines. Tous les deux plaident les circonstances atténuantes.

Selon le sensible Allemand, elle porte le fardeau d’une injuste malédiction ; elle fut plus malheureuse que coupable, et c’est un procès à refaire. Je n’y contredis point. Mais, toutes les pièces vues et toutes les correspondances lues, le mot de la situation me paraît être résumé par le traducteur de Gregorovius :

Bien que descendue aujourd’hui du piédestal sinistre où la tradition la faisait trôner à côté des Phèdre, des Médée et des Clytemnestre, la fille d’Alexandre Borgia reste encore une figure essentiellement tragique par sa présence, sinon par son concours, aux drames épouvantables où elle assista dans l’attitude ambiguë d’une complice ou d’une victime de la scélératesse des siens.

Lucrèce Borgia avait, à l’encontre de toutes les idées qu’on pouvait s’en faire, un minois enfantin et un nez retroussé. Les médailles frappées pendant qu’elle était duchesse de Ferrare sont là pour l’attester.

Lucrèce Borgia, un nez retroussé !

Essayez donc, après cela, de faire vrai au théâtre !

MADAME ANGOT… ET SA FILLE

« La vogue de l’ancienne Madame Angot a-t-elle été dépassée par celle de la Fille ?  » me demandait quelqu’un l’autre jour. Ce point d’histoire est incertain.

L’ancienne Madame Angot avait singulièrement bouleversé le vieux Paris ; — si l’on veut en avoir une idée, qu’on lise cet extrait d’une lettre fort spirituelle datée de 1798 ; je l’ai dénichée dans un petit volume : Vérités à l’ordre du jour, très goûte des bibliophiles, — section des spectacles.

Il était neuf heures du matin, Madame, et je dormais encore, lorsque monsieur votre oncle, entrant dans ma chambre, après m’avoir fait la guerre sur ma paresse, me dit qu’il me retenait pour aller le soir au théâtre de Ribié, actuellement nommé, on ne sait pourquoi. Théâtre d’Emulation.

« On y donne, ajouta-t-il, Fénelon et Madame Angot ; la salle sera éclairée en bougies. Vous y verrez la meilleure compagnie de Paris, dont c’est le rendez-vous habituel.

Fénelon au théâtre de Ribié ! m’écriai-je.

— Tenez, voici le Courrier des spectacles ; lisez, et jugez si je vous en impose. Je viens de faire retenir une loge, et je ne vous quitte pas que vous ne m’ayez promis de m’accompagner. Vous ne verrez pas tous les jours réunis Fénelon, représenté par Ribié, et Madame Angot, jouée par Corsse. »

Je n’eus plus rien à opposer à monsieur votre oncle, et je lui promis tout ce qu’il voulut. Nous dînâmes ensemble, et, l’heure du spectacle arrivée, nous montâmes en voiture et nous arrivâmes par la rue de Bondy. Bien nous en prit de n’avoir pas tardé davantage, car la foule était extrême, et l’on se disputait notre loge, quoiqu’elle fût fermée ; mais notre présence fît cesser toute contestation, et nous nous emparâmes de notre propriété, non sans exciter l’envie de bien des gens, qui ne voyaient notre bonheur qu’avec beaucoup de jalousie…

Nous arrivâmes au moment tant désiré de voir jouer Madame Angot. On ne saurait se figurer les trépignements de pieds, les battements de mains, les bravos, qui se firent entendre lorsque le coup de sifflet du machiniste annonça le lever du rideau : c’était un enthousiasme général !

Cette farce est environ à sa cent cinquantième représentation, et elle a rapporté à elle seule plus que tous les chefs-d’œuvre de Corneille, de Racine et de Voltaire n’ont jamais rendu. Mais, pour moi, j’avoue que, si je n’avais pas été en la compagnie de monsieur votre oncle, il m’aurait été impossible de rester jusqu’à la fin du spectacle. Il s’acheva cependant au gré de mes désirs ; nous nous hâtâmes de sortir pour éviter la foule. La soirée était belle, la lune était dans son plein ; nous revînmes à pied tout le long des boulevards, et nous allâmes prendre des glaces au pavillon d’Hanovre.

On aura remarqué dans cette lettre l’indication : la salle sera éclairée en bougies.

LES PROMENADES DE CLARISSE

Croirait-on que c’est principalement dans des ouvrages sur l’éducation que la fantaisie de certains écrivains s’est le plus exercée ?

Je possède un livre à la date du siècle dernier, intitulé : les Promenades de Clarisse, ou Principes de la langue française à l’usage des Dames, par M. Tournon.

L’auteur a cherché à rendre son travail aussi attrayant qu’un roman.

Il met en scène une jeune Anglaise, Clarisse ; — son père, lord Hamilton, — et un jeune Français, le marquis de Valzé. Ce jeune mortel, qui « unit une figure aimable à beaucoup d’esprit et de douceur », s’offre à enseigner le français à Clarisse, qui accepte en rougissant. On rougit tout le temps dans ce pudique ouvrage.

Les leçons commencent sous les yeux du père ; elles ont lieu dans un jardin agréablement ombragé, sur des bancs de gazon disposés de distance en distance, à côté d’un frais ruisseau qui s’échappe d’une grotte, pour se répandre en serpentant à travers la campagne.

Le paysage joue un rôle important dans ces Principes de la langue française. Par exemple, le marquis de Valzé vient à apercevoir un papillon.

« Mademoiselle, dit Valzé, voyez-vous ce papillon ?

— Oui, Monsieur.

— Comme il est brillant ! comme il est joli !

— En effet, répond Clarisse.

— Remarquez-vous que, dans ces derniers mots, je parle du papillon sans le nommer ?

— Oui ; pourquoi cela ?

— C’est que le petit mot il est mis là pour tenir la place du nom papillon ; aussi le petit mot s’appelle pronom.

Mais il y a pronoms et pronoms ; il s’agit d’en faire connaître les diverses sortes à Clarisse. Le marquis de Valzé continue d’emprunter sa démonstration à l’ordre champêtre.

Une abeille frappe ses yeux ; elle butine dans le calice des fleurs. Il la désigne à son écolière, et leurs regards la suivent avec intérêt.

« Bon ! s’écrie lord Hamilton (le papa), voilà l’abeille qui s’envole !
— Elle va regagner sa ruche, dit Clarisse.

— Et cela sans se tromper de chemin, ajoute vivement le marquis ; après avoir traversé des prairies, des vallons, des coteaux, elle n’en arrivera pas moins à sa destination, et sûrement elle ne prendra point une autre ruche pour la sienne.

— Pour la sienne… répète Clarisse devenue songeuse ; pour la sienne… c’est-à-dire : pour sa ruche.

— Oui, Miss.

— Ce mot est donc un pronom ?

— C’est un pronom, un pronom possessif », répond le marquis de Valzé.

Tout est sur ce ton de bucolique. On comprend que les événements n’y abondent pas. C’est dommage. On aurait voulu voir des duels, des enlèvements, des souterrains, des fêtes, — tout cela se rapportant à l’enseignement.

Il va sans dire qu’à la fin de son cours le marquis de Valzé obtient la main de miss Clarisse.

Je tiens cet ouvrage, pour peu qu’il le désire, à la disposition de M. le Ministre de l’Instruction publique.

Mlle DE MAUPIN… APRES LA LETTRE

On sait que le roman de Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier, doit un regain de succès au procès Santerre. A vrai dire, il jouissait depuis longtemps déjà d’un certain renom auprès des lettrés, mais il lui manquait la popularité. Elle devait lui venir du hasard, d’une circonstance semi-galante.

Lorsqu’on sut qu’une belle mondaine faisait de Mademoiselle de Maupin son livre de chevet, on voulut connaître Mademoiselle de Maupin.

Deux ou trois éditions s’enlevèrent immédiatement ; le poète ne s’était jamais vu à pareille fête. Je ne répondrais pas que le nouveau public qui lui arrivait fût bien apte à comprendre ces merveilles de style ; il ne cherchait qu’une distraction licencieuse.

Il arrivait trop tard.

Depuis la première édition, Théophile Gautier, cédant à divers scrupules, avait apporté des modifications à son œuvre, surtout dans la fameuse préface. M. A. Bonneau en a relevé quelques-unes dans la Curiosité littéraire.

Ainsi, primitivement, Gautier avait écrit : « Dans Molière, la vertu est toujours cocue et rossée… » Il a mis à la place : « Dans Molière, la vertu est toujours honnie et rossée. »

A « mon pot de chambre » il a substitué « certain vase » ;

A des « pessaires élastiques », des « ceintures élastiques ».

Et ainsi de suite.

On ne comprend guère ces restrictions de la part d’un homme aussi peu pudibond que notre Théo.

Il faut croire que Mme Santerre possédait la première édition de Mademoiselle de Maupin, — la bonne.


L’ART DE NE JAMAIS ÊTRE TUÉ NI BLESSÉ EN DUEL


L’Art de ne jamais être tué ni blessé en duel, sans avoir pris aucune leçon d’armes et lors même qu’on aurait affaire au premier tireur de l’univers, enseigné en dix leçons. C’est le titre d’un volume paru, en 1828, à la Librairie française et étrangère.

Il est orné d’une gravure coloriée, qui représente un restaurateur de campagne plumant les canards traditionnels.

Ce livre a dû se vendre très bien, car il est devenu rare, et peut-être mériterait-il les honneurs de la réimpression.

Au fond, c’est une facétie plutôt qu’un traité ex professo. Il y a le chapitre des Excuses, le chapitre des Interventions, etc.

Le portrait du second, ou témoin, est assez réjouissant :

Une taille haute et bien prise, pas trop de corpulence, une tournure noble et distinguée, une démarche libre et dégagée, une toilette toujours soignée, mais sans affectation, un visage ouvert, un œil tranquille, beaucoup d’éloquence et d’érudition, un appétit insatiable, un dévouement sans bornes, tel est, tel doit être le véritable second, le véritable témoin…

Ses devoirs sont plaisamment définis :

Entend-il parler d’une dispute, avant qu’on ait paru sur le terrain il mettra tout en œuvre pour l’apaiser. Malgré ses efforts est-on arrivé au bois de Boulogne, il ne faut pas qu’il désespère encore.

« Comment, doit-il s’écrier avec chaleur, deux Français, deux compatriotes, deux frères, se baigneraient dans le sang l’un de l’autre ! »

Ou bien :

« Des hommes appartenant à des nations amies, qui ne devraient être rivales que de gloire, se baigneraient, etc., etc. »

On se baigne toujours dans ce petit livre.

Le chapitre des armes n’est pas plus sérieusement écrit. La mystification montre le bout de l’oreille dans le paragraphe « des balles » :

On s’imagine que le temps des balles enchantées est passé sans retour, et l’on se trompe. Tout habile second doit savoir les confectionner, de manière qu’elles imitent à s’y tromper les balles véritables.

Prenez pour cela du liège dont les pores soient peu ouverts, et commencez à l’amincir et à l’arrondir avec un canif bien aiguisé. Quand vous aurez promené bien également le canif sur toute la surface sphérique du liège jusqu’à ce qu’elle ne présente plus de défectuosité, prenez du crayon de bonne mine de plomb et frottez-en votre petite boule dans tous les sens ; ne vous arrêtez que lorsqu’elle aura pris parfaitement la couleur et le demi-luisant de la balle.

Il serait de la plus grande imprudence, vous le pensez bien, de révéler ce mystère à aucun des combattants. Le secret doit rester inviolable et éternel entre l’autre second et vous.

Quand tous deux vous aurez épuisé tous les moyens de conciliation, alors l’un de vous prendra d’une main un pistolet, de l’autre les balles, et, les élevant de manière à ce que tout le monde les voie, il les laissera couler dans le canon du pistolet, tandis que l’autre second, saisi subito d’une toux-quinte, dissimulera par le bruit qu’il fera celui que les balles manqueront de faire dans le canon. La poudre, la bourre, tout sera entassé sur-le-champ, afin de ne point laisser aux adversaires le temps de concevoir des doutes.

Allons, allons, l’auteur de l’Art de n’être jamais tué en duel n’est décidément qu’un farceur.


DÉLASSEMENTS DES JEUNES CHARPENTIERS


Délassements des jeunes charpentiers, à eux adressés par un vieux Gâcheur troubadour, etc., etc. Se trouve chez divers Hbraires et chez les Mères des Bondrilles.

Tel est le titre d’un petit livre sur lequel le hasard m’a fait tomber.

La charpente a donc son poète !

Je l’ignorais ; et beaucoup d’autres comme moi, sans doute.

Ce poète ne s’amuse pas aux bagatelles du paysage ; il n’envoie pas de soupirs aux étoiles ; il ne s’inquiète pas de ce que dit le rossignol à la rose. Il va droit à son but, c’est-à-dire à son métier.

Voici les conseils qu’il donne dans la pièce intitulée : Écoute, apprenti !

Des murs sur le tas connaîtras
L’angle, l’aplomb, le percement.

L’épure ensuite tu battras
Avec grand soin et nettement.


Aux pans de bois observeras
Fruit, charge, aussi le roulement.

Puis ensuite tu poseras
Refend d’aplomb correctement.

Le comble, tu l’établiras
Et poseras habilement.

Dans les chéneaux tu laisseras
Passage aux eaux fort amplement.

Pour l’escalier étudîras
L’échappée attentivement.

Et, quand tu débillarderas,
Contente l’œil parfaitement.

Il y a encore comme cela cinq ou six distiques.

Les autres pièces des Délassements s’appellent : l’Origine de l’escalier-entonnoir, Ode sur le compagnonnage des charpentiers, la Légende du trait carré impossible, la Chansonnette des Bondrilles, etc., etc. L’auteur y parle avec enthousiasme de ses pairs et de ses amis, de Gâtinais le Divertissant, de Parisien le Bien-aimé, de Versailles le Clocher doré.

Tel fut Guérin, dit le Clocher doré,
De son vivant l’honneur du Trait carré.




DORCI, OU LA BIZARRERIE DU SORT


Se serait-on trompé jusqu’à présent sur le compte du fameux comte ou marquis de Sade ? On vient de publier un ouvrage inédit de lui : Dorci, ou la Bizarrerie du sort, qui rendrait certainement des points au vertueux Bordelais Berquin. On ne se figure pas un récit du lugubre gentilhomme sans flots de sang, fêtes dans un souterrain, pendaisons, empoisonnements, fustigations avec des fouets aux lanières de fer, etc., etc.

Au lieu de cela, Dorci n’offre que des scènes de sensibilité et de morale : le lait a remplacé le sang. Voyez le début : De toutes les vertus que la nature nous a permis d’exercer sur la terre, la bienfaisance est incontestablement la plus douce. Est-il un plaisir plus touchant, en effet, que celui de soulager ses semblables ? Et n’est-ce pas à l’instant où notre âme s’y livre qu’elle approche le plus des qualités suprêmes de l’être qui nous a créés ?

Très bien, bon marquis, bravo !

Pourtant, comme le tempérament ne perd jamais ses droits, on trouve encore dans Dorci, par un restant d’habitude, un cadavre, une jeune fille égarée dans une forêt, une petite prison ; mais tout cela timidement présenté, et comme avec des gants blancs.

Et puis, quelles belles tirades ! quels honnêtes sentiments ! Voulez— vous connaître le marquis de Sade bénisseur ? Ecoutez-le : O sainte humanité ! fille du ciel et reine des hommes, dois-tu donc permettre qu’une source de remords et de chagrins soit la récompense de tes sectateurs, pendant que ceux qui t’outragent sans cesse triomphent en t’insultant sur les débris de tes autels ?

Inimaginable !
Encore une biographie à refaire !




ALFRED DE MUSSET ENFANT !


Alfred de Musset enfant ! — C’est le titre d’une plaquette que je viens d’acheter sous l’Odéon. J’y lis des choses surprenantes, et qui ne ressemblent à rien.

« Viens, mon chéri, viens apprendre à lire », disait un jour Mme Patay de Musset à son petit Alfred.

Et d’abord, c’est Mme de Musset-Pathay qu’il faut écrire : un peu d’orthographe ne messied pas en biographie.

Continuons.

La Maman. — Allons, mon mignon, sois attentif, recommençons. Vois-tu cette lettre, la première ? Remarque comme elle est faite.

Alfred de Musset. — Je la vois bien, elle est à côté de l’âne. L’âne est bien gentil. J’aime les ânes, moi. Tu m’achèteras un âne, n’est-ce pas, maman ?

La Maman. — Oui, si tu apprends bien à lire, je t’achèterai un grand âne de bois qui…

Alfred de Musset. — Non, non ! je ne veux pas un âne de bois, je veux un âne en vie, un âne qui fait : hi han ! hi han !

La Maman. — Bien ! bien ! apprends seulement à lire, et nous verrons.

Alfred de Musset. — Je ne veux pas apprendre à lire, moi…

Cette publication fait partie d’une série intitulée : Bibibliothèque de l’École maternelle. Attendons-nous à voir successivement paraître :

Alexandre Dumas enfant ;

Ponsard enfant ;

John Lemoinne enfant, etc., etc.

Je ne saisis pas bien l’utilité de cette bibliothèque. Et puis, quelque talent qu’y déploie l’auteur, il lui sera difficile d’éviter une certaine monotonie.

Ce sera toujours, ou presque toujours :

La Maman. — Voulez-vous bien ne pas fourrer les doigts dans votre nez, Monsieur John !

John Lemoinne. — Qu’est-ce que ça fait ?

La Maman. — Prenez garde ! Je vais vous donner sur votre tutu !


L’ASSASSIN


Rien de nouveau ici-bas, — pas même la note violente émise par M. Jean Richepin dans sa Chanson des Gueux.

Bien avant lui, c’est-à-dire il y a dix ans, Amédée Rolland avait écrit le petit poème de l’Assassin, où se trouvent des vers qui ne le cèdent à personne pour la brutalité et le réalisme :

J’avais bu, j’ai tué ; mais c’est le sang qui grise !

Une fois que le vin du crime est répandu,
On en veut, il en faut. — Le vieux s’est défendu ;
J’allais pour le voler… c’est ce qui l’a perdu.

J’avais bu : j’ai tué le vieux à barbe grise.

Un enfant reposait à côté de son lit ;
Il s’est mis à crier : j’ai tué le petit.
J’aurais bien mieux aimé que l’enfant n’eût rien dit ;

Mais j’ai tué l’enfant, de crainte de surprise.

Aux cris désespérés, une femme accourut…
Elle pouvait sortir pour qu’on les secourût ;
Il fallut bien alors que la femme mourût.

Et tant de sang pour rien ! Je fis une bêtise.

Si j’avais travaillé pendant trente jours francs,
J’eusse à la fin du mois amassé trois cents francs.
Ce n’est pas un métier de tuer des enfants !

Voilà les résultats de la fainéantise.

Si l’on m’avait appris à lire, que sait-on ?
J’aurais fait, comme un autre, un honnête garçon.
Le vin falsifié n’enseigne rien de bon :

Il est couleur de sang et vous bestialise.




LETTRE EN MONOSYLLABES


La correspondance du chevalier de Boufflers avec Mme de Sabran m’a remis en mémoire ce badinage légèrement impie intitulé : Lettre en monosyllabes, qui ne se trouve que dans certaines de ses œuvres, entre le Cœur et Ma Bergère.

En voici le début :

Mon cher duc, qui de nous a la foi ? Qui de nous croit au vrai Dieu, à son fils, à un tiers, à un Dieu qui est un et qui en est trois ? Que ce Dieu est bon ! Il a fait le ciel pour nous tous ; y va qui veut, mais peu y vont, car c’est un peu haut. Il a fait un grand feu en bas pour ceux qui ne vont pas en haut ; et il faut que bien des gens aient bien froid, car ils y vont à qui mieux mieux ; c’est tant pis, etc., etc.

La Lettre en monosyllabes n’a pas empêché Boufflers de devenir un homme sérieux lorsqu’il a fallu l’être, d’entrer à l’Institut, d’écrire un Traité du libre arbitre et de traduire l’Hippolyte de Sénèque.

Une tragédie, Aline, qu’en dis-tu ?


LES FANTAISIES DE L’ACADÉMIE


Balzac a bien fait les Fantaisies de Claudine !

Mais quelle différence entre celles-ci et celles-là !

Les fantaisies de la bonne dame qui siège en son hôtel au bout du pont des Arts ont toujours été marquées au coin de la sénilité et de la solennité.

Un jour, — il est vrai qu’il y a de cela plus d’un siècle, — elle permit qu’un de ses nouveaux élus, celui qu’on appelait Crébillon le Tragique ou Crébillon le Noir, écrivît en vers son discours de réception.

On s’étonna d’une chose aussi naturelle : un poète parlant sa langue.

L’exemple du père Crébillon ne fut pas suivi ; cela est à regretter. On aurait eu de beaux et spirituels vers de plus des académiciens Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Musset, Auguste Barbier, Alfred de Vigny, Coppée, Sully-Prudhomme.

J’ai eu la curiosité de lire le discours rimé de l’auteur d’Atrée et Thyeste.

Le début joue à la modestie, selon la tradition :

Muse ! voici le jour si longtemps attendu,
Jour dont aucun espoir ne m’annonçait l’aurore,
Jour heureux, qui pour nous ne luirait point encore,
Si de nos seuls succès sa course eût dépendu.

Crébillon jette ensuite un regard autour de lui et s’émerveille de voir réunis tant de personnages illustres et de conditions si différentes :

Pourpre, mitres et croix, Mars, Neptune et Thémis,
Tout se confond ici, s’allie et s’humanise ;
Sans orgueil avec moi le héros fraternise.
Et je ne crois plus voir qu’une troupe d’amis.

On sait qu’à cette époque l’éloge du cardinal de Richelieu était obligatoire, ainsi que l’éloge du souverain régnant. Le poète satisfait à l’usage dans ces termes :

Ame de Richelieu, contemple ton ouvrage.
Qui doit ainsi que toi percer la nuit des temps :
Ces illustres mortels sans cesse renaissants,
Comme pour t’assurer un éternel hommage !

Quant au jeune Louis XV, il en trace un portrait dont la ressemblance ne devait pas durer longtemps :

Notre bonheur constant ne dépend point des Parques.
A peine nous perdons le plus grand des monarques
Qu’un autre, jeune encor, fait briller des vertus
Que Rome à quarante ans admirait dans Titus.
Juste, clément, pieux, son austère jeunesse
Semble déjà dicter les lois de sa vieillesse.

Le Titus français devait bientôt jeter joliment sa couronne par-dessus les moulins !

Crébillon arrive enfin à son prédécesseur, au sémillant La Faye ; il trouve, pour le louer, des légèretés inattendues :

Le sel athénien, l’urbanité romaine :
Tour à tour Lélius, Malherbe ou La Fontaine ;
Aimable paresseux plongé dans le loisir,
Quel n’eût-il pas été ? Mais sa muse volage.
Parmi tant de talents qu’il n’avait qu’à choisir,
Aimait trop de l’esprit le doux libertinage.

En résumé, le discours poétique de Crébillon n’est pas fort. Il est surtout mal rimé ; — il est vrai que tout le monde rimait mal au XVIIIe siècle.

Un seul vers, parmi les deux cents qui composent ce discours, a survécu. Il est même devenu célèbre, et plusieurs auteurs se le sont, sinon attribué, du moins appliqué. C’est celui-ci :

Aucun fiel n’a jamais empoisonné ma plume.

Ce sera une véritable révélation pour beaucoup de lecteurs d’apprendre que ce vers si souvent cité est de Crébillon.


LE DOMINO


Est-il beaucoup d’amateurs du jeu de dominos qui poussent le fanatisme jusqu’à exiger par testament d’être enterrés avec le double-six ? Tel est pourtant le fait historique que je vois relaté dans un poème sur le Domino, par le célèbre Marseillais Bénédit. — Bénédit, c’est tout dire ; Bénédit, l’auteur de Chichois. — Si Paris avait Bénédit… Vous savez le reste.

Il est fort amusant, ce poème sur le Domino, et fort consciencieux ; il donne les règles les plus précises de la « partie à quatre », car la partie à trois n’existe pas, pour ainsi dire. Ses conseils sont marqués au coin de la sagesse.

Ainsi :

… Abandonnez votre jeu franchement,
Pour soutenir celui de votre homme, au moment
Où vous apercevrez qu’il a le plus de chance,
Eussiez-vous avant lui même deux dés d’avance.

On dit mon homme au jeu de dominos.

Bénédit est partisan du double-blanc, que certains joueurs voudraient proscrire.

 
Vouloir du double-blanc supprimer la présence,
C’est commettre vraiment un acte de démence.

C’était bon en 1815. A cette époque de passion politique, les libéraux avaient exclu le double-blanc de toutes les boîtes de dominos, pour protester contre les royalistes.

Notre rimeur passe en revue les dominotiers fameux de Marseille. C’est là que se place l’anecdote du double-six inhumé, dont j’ai parlé en commençant :

Pour les résumer tous ici dans un seul nom,
La vérité m’oblige à désigner Brémond,
Boulanger par état, pompier par circonstance,
Lequel, du Domino reculant la science,
Pendant vingt ans au moins, chaque jour, chez Briffant,
A la table d’honneur ne fit jamais défaut.

Hélas ! la maladie s’abattit un jour sur Brémond et ne le lâcha plus. A l’heure des dernières dispositions, il fit mander un de ses amis et lui tint ce discours touchant :

Voici ce que j’attends : tu sais si j’ai chéri
Le jeu de dominos ; c’est mon jeu favori.
Je puis même ajouter que j’y devins célèbre,

 
Or, prends ce double-six, c’est le double funèbre,
Et, lorsque du trépas j’aurai franchi le seuil,
Tu le déposeras au fond de mon cercueil.
Au revoir, cher ami ; que le ciel te seconde !
Et souviens-toi surtout que si, dans l’autre monde.
Dieu nous permet encor ce jeu fort innocent.
Je te rendrai toujours quatre-vingts points sur cent.

C’est la perle du poème.

Après cela, Bénédit rappelle quelques coups exceptionnels et comment une fois il perdit soixante-huit points :

 
Après avoir perdu dans la partie à quatre.
Avec mon partenaire il fallut me débattre.
Il pose le double-as, je boude. Il met un trois,
Je boude derechef. Alors, prenant, je crois,
Un blanc, dont il avait un nombre confortable,
Il le place aussitôt au milieu de la table.
O malheur ! point de blanc, point de trois et point d’as.
Surpris et dépité, je poussais un hélas !
A fendre le plafond, lorsque mon adversaire,
Doucement animé d’un sentiment contraire,
Ferme net, et, coupant mon jeu sur tous les points,
Je reste avec sept dés et soixante-huit points !

Le Domino de G. Bénédit est devenu rare. Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/65 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/66
LES PÉCHÉS DE JEUNESSE


Il est question de réimprimer, en édition de bibliophile, les poésies d’Alexandre Dumas fils, publiées sous le titre de Péchés de jeunesse en 1847.

Les Péchés de jeunesse étaient dédiés par l’auteur à son père :


Lis ces quelques vers en appelant à mon secours ton indulgence paternelle ; et, si tu ne les trouves pas dignes de toi, inscris-les sans scrupule sur le grand livre des erreurs que tu m’as déjà pardonnées.


Ils sont introuvables aujourd’hui, les Péchés de jeunesse. « Où diable vous êtes-vous procuré ce volume ? m’écrivait il y a quelque temps Dumas fils ; il s’en est vendu en tout quatorze exemplaires. »


——
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UN LIBRAIRE… D’ALENÇON


Aurélien Scholl et moi, nous avons eu jadis un éditeur comme on n’en reverra pas de longtemps, jeune, lettré, viveur, riche. Il faisait imprimer ses livres à Alençon, sa ville natale. Il publia dans des conditions exceptionnelles de bon goût les romans de Champfleury, les poésies de Théodore de Banville, celles de Leconte de Liste, les Fleurs du mal, de Baudelaire, les Lettres sur la Hollande, de Maxime du Camp, etc., etc… Son seul chagrin au monde était de s’appeler Poulet-Malassis.

Vous pensez si l’on s’égayait sur ce nom ridicule ! Tantôt c’était l’auteur des Odes funambulesques qui écrivait :

Le typographe Malassis,
Que tout bas invoque sans trêve
Le poète inédit qui rêve
Triste et sur une malle assis…


Tantôt c’était moi-même qui mêlais ma note à ce concert d’ailleurs inoffensif. Je retrouve dans mes papiers un couplet qui date de cette époque :

Air du Menuet d’Exaudet.


Malassis
S’est assis
Sur un trône.
Ce libraire d’Alençon
Fait des livres qui sont
A couverture jaune.
Grâce à lui,
Weill a lui,
Et Banville,
Montégut et Louis Lacour,
Ont occupé la cour,
La ville.
Il a su,
Aperçu
Des critiques,
S’ériger un piédestal
Avec les Fleurs du Mal,
Bas-reliefs poétiques.
Ce succès
(Ou procès)
Populaire
A fait plus grand et plus beau
Le nom de Charles Bau-
delaire !


J’ajouterai, en dépit de toute modestie, que les livres édités par Poulet-Malassis, devenus très rares, se payent aujourd’hui au poids de l’or. Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/77 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/78 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/79 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/80 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/81 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/82 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/83 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/84 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/85 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/86 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/87 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/88 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/89 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/90 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/91 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/92 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/93 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/94 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/95 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/96 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/97 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/98 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/99 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/100 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/101 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/102 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/103 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/104 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/105 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/106

La vérité m’oblige à dire que l’ouvrage de Gérard de Nerval et de Limnander n’obtint qu’un succès modéré et n’eut qu’un petit nombre de représentations.

Il n’était pas venu dans un bon moment.

Pourquoi l’Opéra-Comique ne tenterait-il pas aujourd’hui une reprise des Monténégrins ? Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/108 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/109 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/110 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/111 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/112 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/113 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/114 Page:Monselet - Curiosités littéraires et bibliographiques, 1890.djvu/115
JOCKO



On vient de réimprimer Jocko, un petit roman qui eut un succès incroyable sous la Restauration, et d’où MM. Gabriel et Rochefort (le père d’Henri Rochefort) tirèrent un drame en deux actes qui eut un succès plus incroyable encore. Le célèbre mime Mazurier y remplissait le rôle principal, qui est celui d’un singe de grande taille.

L’auteur du roman de Jocko s’appelait Charles de Pougens et avait été nommé à l’Institut en 1799. Il était devenu aveugle, ce qui donna lieu à une aventure que M. Anatole France a oubliée dans sa notice :

Pougens se trouvait dans une foule, conduit par sa femme ; il marcha involontairement sur le pied d’un jeune homme qui, prompt comme l’éclair, lui donna un soufflet.

« Ah ! Monsieur, lui répondit Pougens avec bonhomie, comme vous allez regretter votre action en apprenant que je suis aveugle ! »


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RARETÉS BIBLIOGRAPHIQUES



Un catalogue de librairie annonce la mise en vente de trois raretés bibliographiques :


Mémoire sur deux grandes obligations à remplir par les Français.

Mémoire sur le scandaleux désordre causé par les jeunes filles trompées et abandonnées dans un absolu dénûment.

Mémoire sur les moyens de prévenir les vols et les assassinats.

Trois pièces (Tours, 1807, 1809) en un volume in-4°.


Ces trois mémoires sont de M. de Balzac, le père de l’auteur de la Comédie humaine.

M. de Balzac père était un original dans toute la force du terme. Il avait des idées absolues et mourut fort vieux.

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UN DICTIONNAIRE DES FROMAGES



Je lis dans les Mémoires de Casanova que cet homme extraordinaire avait entrepris un Dictionnaire des Fromages, œuvre assurément fort louable.


A Lodi, dit-il, j’achetai des traductions que je fus fort surpris d’y trouver, cette ville ne m’ayant jusqu’alors paru respectable que par son excellent fromage, connu dans toute l’Europe sous le nom de parmesan. Cet excellent fromage est de Lodi, et non de Parme ; et, le même jour, je ne manquai pas d’ajouter un commentaire à l’article Parmesan, dans mon Dictionnaire des Fromages, ouvrage que j’avais entrepris et que j’ai abandonné dans la suite, l’ayant reconnu au-dessus de mes forces, de même que Jean-Jacques Rousseau trouva au-dessus des siennes celui de la botanique.


Le Livarot et le Septmoncel attendront encore leur Littré.


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