Dans la rue (Bruant)/Sous les Ponts

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Ernest Flammarion (Volume IIIp. 23-27).


SOUS LES PONTS


« — Eh bien, répliqua le suave rond-de-cuir, vous irez coucher sous les ponts : il y en a bien d’autres !… (sic)

« L’employé qui envoie coucher le public est, en France, de toutes les administrations. Mais l’envoyer coucher… sous les ponts, c’est un raffinement qui était réservé à la « maternelle » Assistance publique. »

(Écho de Paris.)


Gens de sac, de corde et de mèche,
Tondeurs de chats, baigneurs de chiens,
Raseurs de mouisards dans la dèche,
Bons à tout, pégriots, vauriens,
Nous sommes les rôdeurs de berge,
Sous les tabliers nous grimpons…
La première arche est notre auberge…
C’est nous qui couchons sous les ponts.


Miteux, gougnafiers ou poètes,
Pilons, mendigots, purotains,
Fileurs de cloches… de comètes…
Fils de ribauds, fils de putains ;
Manchots, aveugles, culs-de-jatte,
Fripes, fripouilles et fripons,
Nous sommes les sans-canijatte…
C’est nous qui couchons sous les ponts


À travers la fête et les halles,
Les salopes et les gens saoûls,
Les culs terreux et les culs sales,
La nuit, nous chinons quelques sous
Sur les durs pavés de la ville…
Durs pavés que nous retapons !
Nous sommes les sans domicile…
C’est nous qui couchons sous les ponts.