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De Sydney à Adelaïde

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Traduction par F. de Lanoye.
Le Tour du mondeVolume 2 (p. 182-192).

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE[1]

(AUSTRALIE DU SUD).
NOTES EXTRAITES D’UNE CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE.
1860


… Le 1er mars dernier (1860), jour et mois correspondant, ne l’oubliez pas, au 1er septembre de notre hémisphère, je quittai Sydney, m’acheminant vers le sud dans une charrette à deux chevaux. Une bonne route parallèle à la côte nous conduisit d’abord jusqu’à Campbell-Town. En y arrivant nous apprîmes, à notre grand regret, que le pont de Camden avait été enlevé par les dernières crues ; il fallut nous lancer dans un chemin de traverse ; quel chemin ! Jamais je ne l’oublierai ; en partant au point du jour, et ne nous arrêtant qu’à la nuit, nous faisions tant bien que mal nos quinze kilomètres. Mme de Sévigné, mettant vingt journées, au temps du grand roi, pour se rendre de Paris à Grignan, allait d’un meilleur train. Nous arrivâmes le dimanche à Picton, que la pluie continuelle avait mis dans un état de désordre impossible et décrire. C’était un chaos de voitures embourbées, de chariots dans la vase jusqu’à l’essieu, d’hommes démoralisés déclarant qu’ils ne voulaient pas aller plus loin, offrant à tout passant et à tout prix leurs chevaux, leurs voitures et tout leur matériel. On se riait de notre prétention de pousser en avant ; mais nous avions pris la vieille devise des Douglas : « Jamais en arrière ; » et nous avancions…, non sans grande peine, il faut bien l’avouer. Nous traversâmes le Bargo, moitié flottant, moitié roulant ; et bien nous fîmes, car les prudents qui nous blâmaient, la pluie venant de plus belle, eurent huit jours devant eux pour prendre toutes leurs précautions avant de pouvoir guéer la rivière. La malle arrive trop tard pour suivre notre exemple, et, brandissant nos fouets, en signe de triomphe railleur, nous partons pour Benima, où nous arrivons le mercredi au soir ; nouveau contre-temps, du magnifique pont de pierre de cette place il ne reste aucun vestige ! Que faire ? Il y a bien un petit bateau de passage ; un canotier hardi nous promet de nous passer avec notre bagage ; mais les chevaux, mais notre charrette ? On fera passer les animaux à la nage ; et on traînera la machine à la remorque. Celle-ci fut assez docile, grâce à une ou deux barriques vides ; mais il n’en fut pas de même des quadrupèdes rétifs, et ce ne fut pas sans efforts qu’on les décida à se lancer dans les eaux écumantes. Pendant ce temps, les bourgeois de la localité nous regardaient d’un air narquois et raillaient les chercheurs d’or. Nous passons à leur nez et à leur barbe. Nous arrivons à Goulburn le vendredi, par des chemins affreux, si tant est que cela puisse s’appeler des chemins. Après une halte de deux heures dans ce chef-lieu du comté d’Argyle, nous nous remettons en marche pour Queanbeyan que nous atteignons le dimanche. Là je laisse mes compagnons et la charrette et en me dirigeant sur une ligne d’arbres encochés, j’arrive en deux jours aux mines. J’eus une semaine tout entière à donner à l’examen des mineurs et de leurs travaux avant l’arrivée des bagages, qui mirent neuf jours à venir de Queanbeyan. Rude besogne, par ma foi, pour leurs conducteurs ! Il leur fallut décharger plusieurs fois le wagon, faire passer les colis à force de bras par-dessus des troncs d’arbres, puis la charrette ; plus d’une fois ils furent sur le point de tout abandonner, bagage et wagon.

Dans mon exploration, pendant mes huit jours de solitude, je vis des mineurs travaillant au bord de la rivière sur une étendue de douze kilomètres environ, les uns heureux, remplissant leur pinte de poudre d’or par jour, les autres, et comme toujours c’est le plus grand nombre, ne faisant rien, bien qu’au milieu des placers les plus riches.

J’allai aussi visiter la ville de Kiandra, qui est située à environ deux kilomètres des plus beaux claims. Elle ne possède qu’un seul hôtel ; il est tenu par un Yankee entreprenant qui se vante de pouvoir loger cent personnes. En y arrivant, je pus remarquer une vingtaine d’hommes qui, se précipitant sur un individu, lui coupèrent les cheveux, lui attachèrent les mains derrière le dos, et lui placardèrent sur les épaules un écriteau de voleur. La bande augmenta en un clin d’œil et deux cents personnes au moins furent à l’œuvre avant la fin de l’opération. Qui avec des courroies ou des étrivières, qui avec des sangles ou des ceintures, tous s’en donnaient à cœur joie sur les épaules du drôle. Je n’ai jamais entendu huer quelqu’un de la sorte ; enfin quelques âmes charitables s’interposèrent, et le malheureux, étrillé de façon à s’en ressouvenir, put s’échapper.

Le dimanche qui, même dans les placers, devrait être un jour de repos, est ici le pire de toute la semaine : combats de chiens, boxes, querelles, jeu, ivresse, débauche de la plus honteuse espèce, tout est réservé pour le jour du Seigneur. Pendant tout le mois que je restai aux placers, je ne vis pas une seule fois célébrer le dimanche. Il faut reconnaître cependant que la nuit qui le suit et celle qui le précède sont les plus calmes de toute la semaine ; on n’y entend pas surtout ces lamentables violons et autres instruments criards que la vieille Europe s’acharne à importer avec elle partout où elle va dresser son foyer ou sa tente !

Le district aurifère, l’Eldorado de la Nouvelle-Galles, s’étend sur les comtés de Murray, de Beresford, de Wallace et de Wellesley. Il forme une ligne onduleuse le long du thalweg des hautes vallées du Morrumbidge et de la Snowy, creusées l’une et l’autre entre les Alpes australiennes à l’ouest, la chaîne côtière de la Nouvelle-Galles à l’orient, et descendant, la première au nord et vers l’intérieur du continent, la seconde au sud et vers le détroit de Bass. Au point de partage des eaux de ces vallées, je n’étais qu’à trois ou quatre jours de marche de la ville d’Eden et de Twofold-Bay, où j’étais sûr de trouver un prompt passage pour Sydney. Mais les aventureux habitants de Kiandra me parlèrent d’une route récemment frayée par quelques-uns d’entre eux dans la double direction de Melbourne et d’Adélaïde. Contournant par le nord-ouest la base des Alpes australiennes, elle aboutit à Albury sur le fleuve Murray, parcouru à cette époque de l’année par des bateaux à vapeur. Il y avait là une occasion tentante de voir les plaines de l’ouest, d’étudier les progrès de la colonisation le long des plus grands cours d’eau du continent australien et de vérifier les merveilles de cette Australie du sud, objet de tant de récits et de tant de jalousie de la part des vieux colons de Sydney… ; j’y cédai.


Les Alpes australiennes. — Le bassin du Murray. — Ce qui reste des anciens maîtres du sol.

Pendant que mon wagon, mes bagages et la plupart de mes gens filaient vers Twofold-Bay, je leur tournai le dos en ne prenant avec moi que deux hommes, trois chevaux et une demi douzaine de mâtins et de pointers que de pauvres diables de mineurs m’avaient cédés à grand prix, dans les diggings, et seulement pour m’obliger. Je m’acheminai, à petites journées, à travers les mille vallées qui rayonnent autour des flancs nord et nord-ouest des monts Kosciusko, Balh-Hill, Maragoura, Tennent, Talbingo et Manesranges, etc., et qui portent au Morrumbridge et au Murray les eaux de ces Alpes des antipodes. Vous pouvez pointer sur la grande carte de Keith-Johnston la ligne semi-circulaire qui me conduisit de Cooma à Albury par Numit et Bago, localités bien peu connues de vos géographes. Cette ligne parcourt certainement quelques-uns des plus beaux sites que renferme le continent australien ; car nulle part, sur cette terre, où la nature semble encore en travail de formation, on ne saurait trouver un ensemble aussi complet de vrais paysages, d’eau et de rochers, de montagnes, de gazons et de bois.

Aussi je me réserve de vous décrire une autre fois, et avec les détails qu’elle mérite, cette partie de mon voyage. Je ne veux aujourd’hui que vous retracer à la hâte les principales impressions qu’elle m’a laissées.

Australie du Sud. — Types indigènes. — Dessin de G. Fath d’après Pétermann.

Il y a trente-six ans à peine que les premiers pionniers, partis de Sydney, pénétrèrent dans ces régions ; il n’y en a pas vingt-cinq qu’elles furent explorées scientifiquement par Mitchell, et cependant il faudra moins de temps encore pour que l’état originel de la contrée ne se retrouve plus que dans le livre de ce voyageur. Bientôt les chercheurs d’or, les bushmen, la dent et le pied des troupeaux, la charrue et la hache du squatter auront tout changé, — je suis loin de dire tout embelli.

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le petit nombre d’indigènes et le peu de gibier que j’ai rencontré sur une ligne de plus de 400 kilomètres, parcourue en chasseur, ma meute en quête et l’œil aux aguets. Animaux et hommes sauvages s’éteignent et fondent ici comme ailleurs au souffle fatal de la colonisation européenne. Les tribus de plusieurs centaines d’individus, que Stuart et Mitchell visitèrent sur les affluents supérieurs du Murray, ne sont plus représentées que par des groupes épars de sept ou huit malheureux affamés. J’ai en vain aussi cherché à découvrir quelqu’un de ces bocages de la mort, qui jadis marquaient le centre de parcours, la terre patrimoniale de chacune de ces grandes tribus, et dont la plume et le crayon de Mitchell nous ont tracé de si remarquables tableaux. Ces poétiques sépultures ont disparu à leur tour ; les descendants ont manqué aux aïeux pour entretenir les tumuli de gazon et les petits sentiers sablés qui circonscrivaient, sous l’ombre des eucalyptus et des mélaleucas, les cases de ces échiquiers funéraires. Les pousses de quelques printemps, les pluies d’un petit nombre d’automnes auront suffi pour tout envahir, tout recouvrir ou tout niveler. Si l’on veut voir aujourd’hui une sépulture indigène, il faut aller la chercher dans les déserts dénudés de l’ouest. Là, de loin en loin, quatre branches brutes, fichées en terre et croisées à leur sommet, supportent la dépouille mortelle d’un Australien, ayant pour suaire une peau de kanguroo qui le défend mal contre l’inclémence de l’air et les insultes des oiseaux de proie, jusqu’à ce que la décomposition cadavérique livre ces lamentables restes aux chiens sauvages, accourus à cette curée des quatre aires de l’horizon.

Sépultures australiennes dans les bois. — Dessin de Lancelot d’après Mitchell.

… Les aborigènes ont de nombreux vices, il est vrai, mais, nous devons l’avouer, il en est beaucoup qu’ils doivent au contact du monde civilisé ; ils sont cruels, durs dans leurs rapports de famille, en un mot, possèdent en grand nombre de ces défauts qui distinguent les tribus sauvages et barbares. Cependant, d’après les observations recueillies depuis vingt ans par tous les directeurs et inspecteurs que l’administration anglaise leur a donnés, les Australiens possèdent des qualités qui pourraient servir d’éléments à la constitution d’un caractère moral d’un ordre plus élevé. Ils ont l’intelligence vive, observent et étudient avec finesse les objets inconnus ; leur pouvoir d’imitation est extraordinaire ; ils peuvent représenter les objets dans leur exacte proportion, et quand ils examinent un dessin, aucun détail ne leur échappe. Très-habiles à manœuvrer la lance et le boomerang, ils déploient une vraie sagacité dans l’emploi surtout de cette arme de jet, dont le principe scientifique a, jusqu’à ce jour, échappé aux explications de la science.

Rien ne peut égaler l’adresse avec laquelle ils jettent cette arme bizarre qui après avoir frappé le but revient tomber aux pieds de celui qui l’a lancée.

Leurs facultés perceptives sont donc très-développées ; mais l’absence des facultés réflectives, et surtout le manque d’esprit de suite dans leurs idées, est le plus grand obstacle à leur civilisation ; obstacle sérieux mais non insurmontable, et nous pourrions citer de nombreux cas où l’intelligence supérieure des blancs, aidée de leur dévouement, a su relever des tribus sauvages bien plus dégradées encore.

M. Thomas, le directeur actuel des aborigènes dans le district de Victoria, qui a beaucoup étudié ce sujet, dit que les enfants des deux sexes parviennent aisément à lire et à écrire ; qu’ils apprennent facilement par cœur des morceaux de poésie et de chant ; qu’ils aiment beaucoup les leçons orales traitant de la géographie, et qu’ils comprennent parfaitement l’usage des cartes.

Un jeune aborigène a eu, deux ans de suite, le prix de géographie à l’école normale de Sydney ; mais il était d’une ignorance complète en arithmétique. Les filles comprennent vite les travaux d’aiguille et de couture, et les garçons tout ce qui a trait à l’agriculture et à l’élève des bestiaux.

Comme on a exagéré leurs défauts, on n’a pas manqué d’exagérer leur laideur et leur type. Certes, ce ne sont ni des Apollons ni des Antinoüs ; mais parmi nos deux cent cinquante et quelques millions de congénères qui se prétendent fils de Japhet ou de Prométhée, combien y a-t-il de types qui puissent servir de modèle à un statuaire ? combien de têtes vraiment belles ? Je n’ose répondre.

… Le teint des Australiens est brun de rouille ou couleur de chocolat ; leur grandeur moyenne varie entre cinq pieds quatre pouces et cinq pieds sept pouces (1 m, 62 à 1 m, 72), leur tête est petite, leurs cheveux sont longs, couleur noire de poix, lisses et gros, parfois aussi bouclés et fins ; ils ont généralement les lèvres grosses, le nez large et aplati, le front en arrière, mais une denture superbe et de grands yeux vifs. L’abdomen prédominant et les membres grêles dont nos peintres caricaturistes les ont tant gratifiés, ne sont guère leur apanage que dans leur bas âge et quand ils sont mal nourris.

Je le répète, dans tout travail qui exige l’emploi des facultés perceptives, l’aborigène est supérieur au blanc. Les enfants nés de parents européens et élevés en Australie semblent acquérir à un haut degré cette extraordinaire faculté de perception qui caractérise les indigènes.

Jusqu’à présent on a été injuste, inhumain à leur égard. Les blancs ne se sont pas fait faute de les tuer en grand nombre sans plus de souci que du gibier : on les a expulsés des endroits qu’ils occupaient, on leur a pris leur terrain de chasse sans se préoccuper le moindrement de leurs moyens d’existence. Il faut dire qu’ils étaient peu nombreux, sans chefs, et qu’ils fuyaient à l’approche des blancs. Ils n’ont pas, comme les nouveaux Zélan dais, résisté les armes à la main aux envahissements des colons. Eussent-ils été plus puissants, les Européens seraient arrivés à composer plus équitablement avec eux. Dans les deux millions cinq cent mille kilomètres carrés de la province de Victoria, il est à peine un endroit où un aborigène puisse trouver le repos ; le bétail, dit-on, ne veut pas rester là où habitent les noirs, et trop souvent le blanc n’a pas hésité à sacrifier les quelques noirs qui s’opposaient à l’installation de ses bœufs et de ses moutons.

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Navigation sur le Murray. — Frontières de l’Australie du sud. — Le lac Alexandrina. — Le Kanguroo rouge.

Ayant trouvé à Albury un petit steamer qui, pour la première fois, avait pu remonter jusque-là, je m’y embarquai, et après huit jours d’une navigation régulière sur le Murray, nous franchîmes le cent quarante et unième méridien de longitude, qui forme la ligne de démarcation entre la colonie de Victoria et celle de South-Australia. Nous fîmes aussi nos adieux à la Nouvelle-Galles qui, jusque-là, avait été limitée par la berge de droite de la rivière. L’abondance de beurre, d’œufs, de lait, etc., que nous trouvâmes à la première escale, après avoir franchi la limite de ces deux provinces, me démontra clairement la supériorité de l’esprit industrieux des colons du sud sur celui de leurs voisins de l’est.’

Au delà de ce point, le fleuve se replie vers le sud, en se dirigeant directement vers la mer. Les falaises de roches, qui bordent son cours inférieur, sont de plus en plus rapprochées et de plus en plus élevées. Elles consistent en grès jaune, alternant avec des couches de calcaire, remarquables par leur horizontalité. Lentement désagrégées par l’action de l’atmosphère pendant des siècles, leur stratification toutefois s’est ajustée au niveau de l’eau avec une précision mathématique. Ces roches sont percées de trous en tout sens, creusés, dans le but d’y nicher, par les kakatoès blancs, aussi bien que par d’autres oiseaux. Sur la saillie d’une de ces roches, fort près de l’eau et dans un voisinage très-solitaire, je ne fus pas peu surpris de voir un lapereau sautillant deçà et delà. Il faut croire que quelques sujets de cette espèce ont été mis en liberté en cet endroit par un naturaliste philanthrope, et qu’ils se sont multipliés.

Le onzième jour de notre navigation nous débouchâmes avec le fleuve dans le lac Alexandrina. Il est difficile de calculer la distance parcourue par la vapeur, tant à cause des innombrables méandres que décrit le Murray, qu’à cause des arrêts que l’on fait en route ; néanmoins on estime généralement la portion navigable du Murray à environ deux mille kilomètres, ce qui est suffisant, je pense, pour faire de ce fleuve un cours d’eau respectable.

Le lac Alexandrina, dans lequel il débouche, présente la plus belle nappe d’eau douce que j’aie jamais vue. Car, agitée comme elle l’était sous l’effort d’un vent qui soufflait assez rudement pour tourner le cœur à qui n’avait pas pied marin, on l’eût prise pour tout autre chose qu’un bassin continental. Il mesure quarante à cinquante milles de long sur douze à quinze de large, et ses bords s’abaissent et s’effacent à l’horizon de manière à rappeler les grèves de la mer.

Goolwa, qui commande l’entrée et la sortie du Murray, est le point de cette navigation intérieure le plus rapproché d’Adélaïde ; c’est une ville naissante de peu d’étendue et sans prétentions. Au port Elliot, situé dans la baie Enconter, il y a une voie ferrée fort bien faite, qui dessert à bon marché les navires en chargement pour l’exportation, ainsi que ceux qui apportent à la colonie les produits du dehors. Cette voie ferrée mérite d’être étudiée ; elle traverse sept milles de pays assez favorables à sa construction, qui est formée de rails de fer placés sur des traverses de bois. Elle est desservie par des chevaux. Deux de ces animaux peuvent y mouvoir quatorze tonnes au trot, et elle n’a coûté que quarante-sept mille francs par kilomètre.

… C’est dans le trajet de ce port à Adélaïde, trajet que je fis non par la grande route, mais à petites journées, à travers champs et avec force zigzags, comme un homme venu de loin pour étudier le pays, que je tuai pour la première fois un kanguroo rouge (macropus giganteus), tout à la fois le plus grand spécimen de son espèce et le plus grand animal de l’Australie ; il est aussi le plus rare. Quand les chiens approchent d’une bande de ces animaux, le vieil homme, comme l’appellent les Bushmen, c’est-à-dire le plus vieux mâle, s’arrête, s’appuyant contre un tronc d’arbre, s’il s’en trouve dans le voisinage, et se tenant dressé sur ses jambes de derrière, il attend tranquillement l’attaque. Il est peu de vieux chiens qui osent se lancer franchement sur lui, car les kanguroos se servent si habilement de leurs pieds de derrière qu’un chien qui attaque sans précaution vient s’y embrocher comme sur un épieu, et se trouve rejeté au loin, le ventre ouvert et les entrailles pendantes. Ces kanguroos sont si vigoureux que, s’il se trouve une mare dans le voisinage, ils saisissent les plus gros dogues entre leurs pattes antérieures, et bondissent à l’eau où ils piétinent le chien jusqu’à ce qu’il soit noyé. Dans l’occasion dont il s’agit, j’étais en chasse avec une laisse de chiens superbes, dans le Bush qui couvre les falaises de la presqu’île d’York, entre les golfes Spencer et Saint-Vincent. Mes chiens firent lever un forestier rouge, le plus grand que j’aie jamais vu. Pendant trois kilomètres environ, nous eûmes une chasse splendide ; ayant alors fait face aux chiens, mon vieux kanguroo en éventra un, puis se dirigea en droiture vers la grève ; il y avait bonne brise nord ; Fango, un énorme griffon au poil rude, pressait le kanguroo qui filait toujours vers la mer ; j’étais bien loin de penser au parti qu’il allait prendre. À mon profond étonnement, mon vieil homme de la falaise, peu élevée à l’endroit où il se trouvait, saute sur la plage, traverse résolûment le ressac qui battait violemment la côte ; Fango le suit, se jette à l’eau. Aussitôt en dehors du ressac, le kanguroo ayant la tête et les épaules hors de l’eau se retourne, et attend, calme et tranquille, mon chien qui nageait courageusement pour l’atteindre. Il savait bien ce qu’il faisait, le vieux rusé ; il avait l’œil sur Fango, et avant que celui-ci eût pu lui sauter à la gorge, il le saisit avec ses pattes antérieures, le tenant très-soigneusement sous l’eau. Ceci se passa en moins de temps que je ne mets à l’écrire. L’air grave et tranquille du vieil homme passe tout ce qu’on peut imaginer ; je ne puis mieux comparer son occupation qu’à celle d’une blanchisseuse plongeant et replongeant dans l’eau son linge qui remonte toujours à la surface. Mais cela ne pouvait durer ; mon chien allait se noyer ; j’entrai sans hésiter dans le ressac, tenant un fusil élevé le plus possible au-dessus de ma tête pour le garantir de l’eau : je ne pouvais, du reste, tirer que de très-près, n’ayant que du plomb dans mes canons. Je m’avançai tant que je pus, j’avais de l’eau jusque sous les bras, quand je me décidai à tirer ; j’ajustai soigneusement, mais sans aucun résultat que de changer la scène. Le kanguroo abandonna mon chien et vint à moi, bondissant et éclaboussant. « Attention ! pensai-je, si je ne te tue pas, tu me noieras. » Je gardai mon fusil à l’épaule, l’attendant très-sérieusement, je vous assure, et quand il fut assez près, si près qu’il touchait mon canon, j’appuyai le doigt sur la gâchette : il tomba roide mort. Fango, remis de son bain un peu forcé, m’aida à amener le vieil homme sur la plage, et ce ne fut pas sans peine.


La colonie de l’Australie du sud. — Adélaïde. — Culture et mines.

En visitant la colonie de l’Australie du sud, je m’attendais à y rencontrer l’association d’une industrie intelligente avec de sérieuses applications pratiques, le tout sans les détails insignifiants, inséparables d’une communauté restreinte. J’avais connu, pendant nombre d’années, de très-intelligents colons de ce pays qui m’avaient paru singulièrement enthousiastes dans leurs appréciations des nombreuses vertus de leur colonie. Je ne me sentais guère entraîné à leur donner pleine confiance, car l’exagération de leurs éloges me portait à réagir intérieurement. Ces colons me semblaient par trop entraînés par leurs sentiments personnels, et, bien que j’aime l’enthousiasme, je m’en méfie.

Sépulture australienne au désert. — Dessin de Doré d’après un ouvrage intitulé : the Rambles at the Antipodes (Excursions aux antipodes).

Mais la seule vue d’une portion fort limitée de l’Australie du sud me convainquit qu’il y avait réellement dans cette colonie les éléments capables d’exciter les sympathies et de justifier les éloges de quiconque est l’ami des terres australiennes. Dès le premier pas que je fis en dedans de sa frontière, je fus à même de constater un développement remarquable de patiente et laborieuse industrie. Le même esprit règne dans toute la colonie. Les ressources ne sont peut-être pas à comparer avec celles d’un voisinage plus favorisé, mais quelles qu’elles soient, elles sont développées avec autant d’intelligence que d’activité. Aussitôt que l’on arrive au lac Alexandrina, des terrains en pleine culture, des habitations confortables, des moulins à vapeur, des centres de populations prospères apparaissent de toutes parts, et l’on se sent dans un pays où tous les besoins d’un peuple civilisé peuvent facilement trouver satisfaction.

Rarement, j’éprouvai une sensation plus agréable que celle que me procura la vue soudaine de Villianga, un charmant hameau situé à mi-route de Goolwa à Adélaïde. Nous avions chassé tout le jour et sans beaucoup de succès à travers une contrée misérable et stérile ; notre patience était à bout comme nos forces. Les broussailles de gommiers, une incessante succession de coteaux poussiéreux, n’avaient été qu’imparfaitement compensés par quelques belles échappées et par une abondance de ces belles fleurs sauvages que l’Australie semble réserver aux parties de son sol les plus ingrates, lorsque soudain, au déclin du soleil, les tristes broussailles parurent s’évanouir et le spectacle qui s’offrit à nous ne ressembla à rien de ce que j’avais vu depuis mon départ d’Angleterre. Du haut de la colline où nous étions, on aperçoit une étendue de pays de plusieurs milles de rayon ; et du nord au sud, de l’est à l’ouest, jusqu’à la mer qui borne l’horizon, ce ne sont que terres cultivées. À trente milles de là, les brumes d’une grande ville indiquent l’emplacement d’Adélaïde, et de tous côtés les flancs émaillés des légères collines, les clôtures qui s’étendent dans la plaine, les jardins bordés de haies, les vergers plantureux, les habitations confortables signalent la présence d’une race agricole active et industrieuse, qui a su échapper aux griffes du plus détestable des propriétaires, le gouvernement. Là des moissons verdoyantes dont la tendre coloration contraste avec les blondissantes céréales qui, semées en hiver, se parent pour la moisson prochaine ; ici un champ fraîchement labouré dont les teintes sombres décèlent la richesse du sol ; plus loin, des prés, des foins en meules embaument l’air, tout, en un mot, révèle un grand pays agricole.

Depuis longtemps mon regard ne s’était pas reposé sur une aussi grande étendue de terres cultivées. Ce fut comme la réalisation d’un rêve ; car, à Sydney, pendant des années, je m’étais efforcé, dans mon humble sphère, d’attirer l’attention de mes voisins sur la possibilité d’entrer dans cette voie, avec un pays aussi plein de ressources que le leur, et de leur démontrer la nécessité d’en finir avec le vieux système de monopole et d’exiger du sol le meilleur produit possible. J’appuyais surtout, de mon mieux, sur la culture variée, l’extension des terres cultivées, du jardinage, le développement des vergers, les essais de viticulture ; mais en vain, et ici je trouvais mes idées réalisées et les résultats pratiques de tout ce que j’avais prêché théoriquement.

À partir de ce jour, je visitai les localités les plus intéressantes de l’Australie méridionale, et rien n’est venu détruire cette première impression. C’est l’Angleterre, mais l’Angleterre sans ses monstrueuses anomalies d’extravagantes richesses, auxquelles des misères profondes servent de cadre. C’est l’Angleterre avec un beau climat, un sol vierge, avec la liberté sans ses antiques abus ; c’est l’Angleterre avec des institutions plus généreuses, avec des citoyens plus libres.

Le système territorial de l’Australie du sud est basé sur une division de quatre-vingts acres, servant de base fixe, et toute la superficie du pays est divisée en lots de même grandeur. C’est une étendue bien calculée. Un bon agriculteur sait qu’avec le travail intelligent d’une année il peut mettre de côté deux mille francs, et ses efforts tendent à réaliser cette somme.

Chaque jour il apprend à utiliser ses connaissances agronomiques dans un nouveau climat, et il connaît de mieux en mieux le terrain où il pourra fonder un établissement. Après l’acquisition de la terre il peut encore avoir besoin de travailler afin d’enclore son terrain, d’acheter un attelage de bœufs ou une paire de chevaux. Enfin il arrive à posséder un établissement à lui, et il se met courageusement à l’œuvre pour devenir un fermier indépendant. La première récolte lui laissera probablement des ressources, la deuxième le mettra à même d’acheter une ou deux parcelles attenantes à la sienne, et ainsi, graduellement, il arrive à être un propriétaire aisé et en agriculteur considérable, sans toutefois que la progression lui tourne la tête et l’entraîne à des erreurs, mais cependant avec assez de rapidité pour soutenir son énergie. C’est ainsi que le nombre croissant de pareils hommes a amené l’Australie méridionale au point de prospérité où elle se trouve, et l’on pourra avantageusement comparer cette race d’industrieux travailleurs avec n’importe quelle autre au monde. Pour démontrer la différence de cette colonie avec Victoria sa voisine, il me suffira de citer la dépense d’hôtel que je fis la dernière fois que je fus à Melbourne, où je payais cinq francs soixante centimes pour chaque repas. Dans le premier hôtel de l’Australie du sud, je payai deux francs cinquante centimes pour un repas plus abondant et de meilleure qualité.

Deux choses me frappèrent dans mes excursions au travers du pays, le nombre des moulins et celui des enclos formés de haies vives.

Je considère que l’existence de nombreux moulins est un symptôme de vitalité dans une colonie dont toutes les tendances se dirigent vers l’agriculture. Quant aux haies, il est curieux de voir combien Victoria en manque, en la comparant avec les colonies limitrophes. Dans l’île de Tasmanie, tout le pays est divisé par des haies épaisses d’églantiers, dont l’effet charme et la vue et l’odorat, l’air en est embaumé. Dans l’Australie du sud, l’on se sert de l’acacia épineux que fournit, je pense, l’île des Kanguroos et qui forme d’excellentes haies. Il pousse vite, et, bien mené, il forme une palissade épaisse qui garantit admirablement les jardins et les vergers. Son seul inconvénient est d’être facilement détruit par le feu, même à l’état vert. La généralité des haies ajoute encore ici à l’apparence cultivée du pays, et vous fait faire un triste retour sur la nudité des poteaux et des pieux qui bornent les propriétés dans les banlieues de Sydney et de Melbourne.

Quelques avantages que l’on puisse trouver dans les districts ruraux de cette colonie, on ne saurait cacher les désagréments de ses villes. Adélaïde est située assez avantageusement, même judicieusement, et toutefois, pendant plusieurs mois de l’année, elle est complétement inhabitable, et en cela aussi mal appropriée à la résidence de l’homme que Melbourne, que l’on vante tant et pour les mêmes causes. D’abord la poussière y est insupportable ; on me décrivait une fois Adélaïde comme une ville ou, dès le matin, on devait se laver la bouche avant de pouvoir parler, et où, pendant le jour, on entendait ses paupières crier quand on clignait des yeux. Je n’en avais rien voulu croire, mais mon expérience personnelle me fit reconnaître que l’état poudreux d’Adélaïde, tel que l’on me l’avait décrit, n’était que légèrement exagéré.

Sans cet inconvénient, la ville serait agréable, et l’on conçoit difficilement que dans une agglomération d’habitants comme celle que l’on trouve dans nos villes d’Australie, telles que Melbourne, Sydney, Adélaïde ou Hobart-Town, l’on n’ait jamais songé à adopter des mesures tendant à faire disparaître les inconvénients de la saleté et de la poussière.

La population d’Adélaïde commence à donner le bon exemple d’élever des plantations en ville. Les particuliers peuvent planter devant leurs propriétés, et la municipalité a fait garnir le pourtour de la ville et les places d’arbres d’ornement.

Adélaïde est bâtie dans une vaste plaine limitée par le Torrens qui l’alimente d’eau. Cette rivière est insignifiante, pendant l’été surtout, et n’a guère plus d’eau à cette époque que les torrents algériens ou andalous ; toutefois, si peu abondante que soit l’eau, elle ne tarit pas et est d’assez bonne qualité. D’un côté Adélaïde est abritée par une rangée de coteaux d’une grande beauté. Ces collines sont distantes entre elles de cinq milles à peu près ; la plus haute mesure, dit-on, deux mille pieds. Elles courent depuis les plaines de la côte jusqu’au district de Burra, pendant l’espace d’une centaine de milles, et présentent partout un charmant aspect. Légèrement ondulées, tantôt couvertes de bois, tantôt arrondies en dômes, accidentées de mille manières pittoresques, jamais elles ne fatiguent l’œil qui se repose sur la succession de leurs contours. Que le soleil se lève, qu’il plane au zénith ou qu’il se couche, elles présentent mille beautés de lumière et d’ombre, auxquelles s’ajoutent les caprices des nuages qu’entraîne le vent ; puis, çà et là au milieu des cultures, des parcelles d’un vert intense ajoutent aux aspects d’un paysage où l’on sent l’action de la main de l’homme.

Les jardins des environs d’Adélaïde sont plus nombreux que dans les autres colonies ; très-étendus, bien cultivés, ils sont d’un bon rapport. Pendant la saison, les fruits abondent, depuis la grosse groseille jusqu’à l’orange. Il y a de grands jardins plantés d’oliviers, mais, à ma grande surprise, on n’utilise pas leurs fruits, qui tombent et noircissent le sol où ils pourrissent ; les frais pour l’extraction de l’huile ou pour conserver les olives sont encore si élevés qu’on est forcé de perdre la récolte, et à ce sujet un jardinier m’avoua avoir offert toute la sienne à qui pourrait l’utiliser, et n’avoir pas trouvé d’amateur.

Les orangers sont, au contraire, cultivés avec succès par plusieurs colons. J’en ai vu chez un seul propriétaire une plantation de sept acres, et, bien que jeunes encore, les arbres sont vigoureux et commencent à rapporter abondamment. La culture n’en est pas très-développée, mais aussitôt que l’usage de ce précieux fruit s’étendra, les jardiniers qui y ont consacré leurs soins en retireront de bons revenus. La vigne aussi est cultivée sur une grande échelle ; on connaît le beau raisin qu’expédie Adélaïde ; on n’en a pas vu de pareils dans les autres parties de l’Australie. La fabrication du vin prend de l’extension, et la qualité des produits est aussi bonne que celle des meilleurs crus de la Nouvelle-Galles méridionale. Peut-être ont-ils un goût de terroir trop prononcé. Mon opinion est que les vignes sont plantées dans une terre trop forte, et le colon, habitué à faire fructifier la meilleure terre possible, applique les mêmes principes à la culture de la vigne que ceux qui conviennent à celle du blé et de la pomme de terre. Mais ce sont là des défauts que le temps et l’expérience corrigeront. Enfin, à l’honneur de cette jeune colonie, on doit constater qu’elle a déjà mis en culture au moins 15 000 hectares de plus que chacune de ses deux ainées, la Nouvelle-Galles et Victoria, bien plus riches et bien plus peuplées.

Les chemins de fer et le télégraphe progressent assez lentement. Une ligne ferrée relie Adélaïde avec le port et s’étend jusqu’à Gawler-Town, à vingt-cinq milles dans l’intérieur, dans la direction des grandes mines de cuivre de Burra.

Le télégraphe électrique qui communique avec Victoria doit se relier avec Sydney ; son installation laisse bien quelque chose à désirer ; mais il faut un peu d’indulgence pour l’application d’une découverte si récente de la science du vieux monde, dans un monde né d’hier en quelque sorte.

Restes d’un voyageur retrouvé par ses compagnons dans les déserts du lac Torrens. — Dessin de Doré d’après the Rambles at the Antipodes.

Le point le plus intéressant à visiter dans l’Australie méridionale est la belle mine de cuivre de Burra. Située au nord d’Adélaïde, elle est éloignée de cette ville d’à peu près cent milles. On peut s’y rendre en voyageant toujours en plaine le long de la ligne des charmants coteaux dont je vous ai parlé. Les premiers vingt-cinq milles se font en chemin de fer, et puis on prend la voiture, qui vous mène par une route assez bonne en général, mais parfois détestable. La mine de Burra présente une scène des plus animées. Neuf cents hommes et enfants y sont employés par la Compagnie à extraire la gangue et à la travailler pour la livrer au commerce. Une autre compagnie se charge de la fonte, elle achète la matière première à la compagnie minière et la réduit en cuivre pur pour être expédié. Les mines par elles-mêmes sont de grande étendue, le gisement des filons varie entre une profondeur de quelques mètres et celle de cent dix ; et le système des galeries peut présenter un développement de près de six milles. Cette mine a déjà donné aux actionnaires plus que soixante-deux fois le capital premier, et elle progresse encore ! Il y a d’autres mines à Kapunda et dans d’autres localités, mais aucune ne saurait être comparée en rendement et en étendue avec celle-ci. J’ai encore bien des observations à vous communiquer sur l’Australie méridionale et sur les entreprises récentes tentées, avec un égal enthousiasme, et par les particuliers et par le gouvernement local pour l’exploration de l’intérieur du continent ; entreprises qui viennent d’illustrer les noms des voyageurs Stuart, Babbage, Warburton, Hack, du gouverneur Mac-Donel lui-même, et qui ne sont ni sans grandes fatigues, ni sans grands dangers, témoin ce pauvre Coulthard, mort de soif dans le désert, où il s’était égaré, et retrouvé plusieurs semaines après, sa main de squelette encore étendue sur une cantine en étain, où il avait gravé ses dernières impressions d’agonie !!! Laissez-moi terminer cette lettre en vous affirmant qu’en dépit des richesses minérales que j’ai contemplées de mes yeux ou touchées du doigt depuis quelques mois, je vivrai et je mourrai dans la conviction que le vrai bonheur est étroitement associé aux opérations agricoles, au bon marché et à l’abondance des simples biens dus à la fécondité de notre mère la terre.

Traduit par F. de Lanoye.



  1. Sydney, chef-lieu de la Nouvelle-Galles méridionale, fondée en 1787 dans une baie magnifique connue sous le nom de port Jackson. Population 100000 habitants ; latitude sud 33° 51’, longitude est 148° 40’.

    Adélaïde, chef-lieu de la province de l’Australie du sud, fondée en 1836 sur la côte orientale du golfe Saint-Vincent, par 34° 58’ de latitude et 136° 15’de longitude. Sa population est de 30 000 à 35 000 âmes.