De l’encastelure

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

ÉCOLE IMPÉRIALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


────────


DE


L’ENCASTELURE


PAR


VIGUIER (Hippolyte)


Médecin-Vétérinaire


Né à Graulhet (Tarn)


────────



THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Présentée et soutenue le 20 juillet 1870


────────


TOULOUSE


IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC


Rue des gestes, 6


──


1870



À MES PARENTS




À tous ceux qu’il m’a été donné d’aimer.

ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES

inspecteur général.
M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.

ÉCOLE DE TOULOUSE

Directeur
M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de Toulouse, etc.
Professeurs.
MM. LAVOCAT ❄, Physiologie et tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale et Maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des exercices pratiques.
ARLOING, Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.
Chefs de Service.
MM. MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD Physique, Chimie et Pharmacie.
N…… Clinique et chirurgie.
JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, Chefs de Service.
BIDAUD,


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
――


THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
AVANT-PROPOS


L’importance de l’Encastelure est le motif qui m’a engagé à traiter cette maladie.

C’est elle, en effet, qui, le plus fréquemment, attaque les pieds de nos solipèdes domestiques, les met hors de service, en amenant la ruine prématurée de leurs membres.

Cette affection est d’autant plus grave que, mal diagnostiquée dans son principe, elle entraîne, après avoir longtemps progressé, des lésions dans les différents rayons des membres, suffisantes pour en imposer au praticien sur le véritable siège du mal.

À la gravité de la maladie s’ajoute encore l’ignorance des moyens propres à la prévenir et à la combattre.

Convaincu des funestes effets de cette altération, je me suis attaché à faire, aussi pratiquement que possible, l’exposé des causes, des symptômes et du traitement de cette affection. Pour ce qui concerne le traitement, je me suis appliqué surtout à fixer l’attention sur les moyens préventifs, et sur un procédé curatif dont les bons résultats ont confirmé la valeur. Enfin, je termine en disant un mot de la ferrure Charlier.

Puissent ces quelques considérations pratiques porter leur fruit.

H. VIGUIER.
DE L’ENCASTELURE


DÉFINITION.


L’encastelure (de in dedans, et castellum, château-fort) est une altération du pied des solipèdes, caractérisée par le rétrécissement général du sabot, mais principalement des régions des quartiers et des talons.

Cette affection, très commune chez les chevaux de sang, occasionne des boiteries d’une intensité grave au point d’amener la ruine des animaux qui en sont atteints.

Divisions. — Considérant l’origine de la maladie et les déformations diverses des pieds encastelés, on a établi les distinctions suivantes :

E. congénitale. — Lorsque le sabot offre les caractères d’un pied serré, sans que les parties vives qu’il recouvre soient comprimées. C’est une encastelure plutôt apparente que réelle.

E. acquise. — Lorsque les pieds primitivement bien établis ont pris plus tard une mauvaise conformation.

E. vraie ou fausse. — Dans la première, le rétrécissement s’étend à toute la paroi. Dans la seconde, les talons et les quartiers sont seuls le siège du resserrement.

E. idiopathique. — Quand la maladie n’est pas subordonnée à une autre altération. Dans le cas contraire, elle est appelée symptômatique.

ETIOLOGIE.

En général, la domestication est pour les solipèdes une source féconde de maladies, et particulièrement de l’affection que nous avons en vue.

À l’état de nature, en effet, le pied libre de ces animaux puisant, à chaque instant et partout, l’humidité indispensable à la boîte cornée, échappe aux principales causes déterminantes de l’encastelure : la dessiccation de la corne, le ralentissement de la circulation et de la nutrition dans le pied. Ces assertions sont basées sur l’étude de l’étiologie de cette maladie, à laquelle nous allons nous livrer.

Influence de la dessiccation de la corne. ─ Pour bien saisir l’action de cette cause, il est bon de dire un mot de la physiologie du pied.

La substance cornée jouit de la propriété de se resserrer lorsqu’elle perd, par l’évaporation, l’humidité qui l’imprègne, et de reprendre sa souplesse quand on lui restitue l’humidité qu’elle a perdue. Les différentes régions du pied ne sont pas hygrométriques au même degré ; ainsi le périople, la fourchette et ses glômes sont les parties que l’humidité pénètre d’abord pour se transmettre à leur aide aux tissus avoisinants, tels que les talons et les barres ; organes qui desséchés entraînent toujours la formation de l’encastelure.

Vu ses propriétés hygrométriques, toutes les fois que le sabot se desséchera, il en résultera comme conséquence inévitable son resserrement.

Par les rapports anatomiques que contracte la substance cornée avec les tissus sous-jacents, il lui est permis de puiser l’humidité nécessaire dans la circulation très puissante et très active dont cette partie de l’organisme est le siège.

Aussi voit-on la corne molle à sa face interne et très dure à sa face externe. Mécanisme admirable par lequel la mollesse est unie à la dureté, condition indispensable pour la libre exécution des fonctions de cet organe.

D’un autre côté le pied, comme les autres organes extérieurs, fournit de l’humidité à l’atmosphère. S’il perd par l’évaporation plus de liquide qu’il n’en reçoit, le rétrécissement survient et les douleurs se manifestent. Aussi voit-on l’encastelure se développer pendant les fortes chaleurs qui facilitent outre mesure les transpirations. Tant que la déperdition d’humidité sera contre-balancée par l’absorption, le sabot restera à l’état physiologique. Mais aussitôt que cet équilibre sera rompu par une déperdition excessive, la corne se desséchera, et par suite son resserrement aura lieu. Ainsi s’explique la formation de l’encastelure chez les solipèdes tenus à l’attache, et séjournant trop longtemps dans l’écurie. Pendant cette station prolongée, ces animaux sont soumis à un concours de causes déterminant le resserrement du pied.

Afin d’obtenir la propreté des écuries, aussitôt que la litière est salie par les urines ou les excréments, on la renouvelle ; de sorte que les pieds antérieurs, au moins, reposent constamment sur une litière sèche. En outre, le pied ne fonctionnant pas comme il le devrait, la circulation dans cet organe est ralentie, et l’élément qu’elle doit y porter y est moins abondant : élément séreux qui remplace ce qui se perd d’humidité par l’évaporation continue. Cette cause est d’une importance capitale dans la production de l’encastelure, contre laquelle les animaux pourraient impunément résister à la condition d’avoir sous leurs pieds une source artificielle d’humidité. En effet, les pieds postérieurs en contact avec la litière mouillée par l’urine et avec les crottins plus ou moins ramollis, ne sont jamais atteints de cette affection.

Je ne veux pas dire par là que, pour éviter l’encastelure, il faudrait mettre du fumier sous les pieds des solipèdes ; il y a des moyens préservatifs plus convenables que nous examinerons plus loin. C’est pour mieux faire comprendre l’influence de l’humidité sur la manière d’être du sabot.

Dans le nombre, quelques animaux sont laissés libres en boxe et, par le mouvement qu’ils prennent et l’humidité que puisent les membres antérieurs comme les postérieurs, ils échappent à l’invasion de cette maladie.

Dans le genre de service auquel les animaux sont astreints, se trouvent des conditions qui tantôt favorisent la formation de l’encastelure, tantôt en préviennent le développement.

Dans le premier cas sont compris les services rapides ou lents sur le pavé ou sur des routes empierrées.

Dans le deuxième cas, les travaux du halage, du labour, du canal, etc.

Dessiccation provenant de l’intérieur. — Comme le dit M. Lafosse, la dessiccation du pied ne résulte pas seulement d’une absorption insuffisante de l’humidité extérieure ; cette insuffisance peut procéder aussi de la faible sécrétion des liquides intérieurs. Que dans les aliments dont le cheval se nourrit l’eau prédomine, ses pieds, même pendant le repos prolongé, conservent leurs dimensions, ils tendent même à s’élargir ; ainsi, le vert, à l’écurie, soulage les chevaux encastelés et les guérit parfois. Tout au contraire, une alimentation sèche, excitante, l’usage de l’avoine, par exemple, fait resserrer les pieds, concourt à provoquer l’encastelure. Cela dépend de ce que le sang fournit plus ou moins à la corne les matériaux de sa transpiration, suivant que les aliments dont ce fluide se forme lui apportent une plus ou moins grande proportion d’eau ou de principes solides.

La ferrure est un fait complexe qui prend une très large part dans la production de l’encastelure. Elle agit d’abord par elle-même ; car le fer, s’interposant entre le sabot et le sol, empêche l’usure de la corne, et s’oppose à ce que celle-ci s’imprègne de l’humidité qu’elle pourrait puiser au dehors. Dans la pratique de la ferrure, la source des causes est plus abondante encore.

Le maréchal, ignorant comme il l’est de la structure et des propriétés du pied, ne peut exécuter son ouvrage qu’avec incertitude et d’une manière abusive.

Tout le monde sait que les maréchaux ont la fatale habitude d’enlever avec la râpe une couche très mince d’une corne particulière placée sur la paroi pour s’opposer à l’évaporation trop rapide des fluides intérieurs. La partie ainsi mise à nu, subit une dessiccation au contact de l’air, d’autant plus sensible que la râpe a détruit plus profondément les tissus. L’évaporation se produit également quand on pare trop profondément la sole, ou qu’on prolonge trop longtemps le contact du fer chaud. À plus forte raison cela aura lieu si l’ouvrier pratique à la fois, sur un même pied, ces deux manœuvres maladroites.

À l’état de nature, l’accroissement indiscontinu de la corne étant contrebalancé par les déperditions résultant des frottements, le pied conserve à peu près toujours les mêmes dimensions. L’état des choses change chez nos animaux domestiques, si l’instrument du maréchal n’intervient. Alors la corne, qui, par l’effet de la pousse, a dépassé les limites inférieures des cannelures podophylleuses, n’étant plus en rapport direct avec les parties vives, cesse de s’imprégner des liquides que celles-ci laissent incessamment transsuder. De là, dessèchement, dureté de la corne, et son retrait dans le diamètre latéral, surtout vers les régions postérieures.

Un cheval restant dix à douze mois en stabulation, sans que le maréchal raccourcisse ses pieds, deviendra infailliblement encastelé. À ce sujet, je citerai l’observation suivante, due à M. H. Bouley : « Le hasard nous a mis à même de constater cette curieuse transformation sur un cheval, méchant au point d’être inabordable, qui, ayant donné lieu à une contestation judiciaire, à cause de sa méchanceté même, resta douze mois en fourrière, dans une auberge, sans sortir une seule fois de sa stalle, et sans que, une seule fois, ses pieds aient été ferrés par le maréchal. Au bout de ce long temps, il fut sacrifié, et ses sabots antérieurs, recueillis par nous, ont été déposés dans le cabinet des collections de l’école d’Alfort, comme type de sabots encastelés, car leurs talons étaient tellement resserrés, que l’un des arcs-boutants chevauchait sur l’autre ; et cependant, notons-le bien, le cheval dont il s’agit ici était d’une race commune, propre au gros trait, et il avait des pieds très régulièrement conformés lorsqu’on l’attacha dans la stalle où il resta confiné pendant douze mois consécutifs. »

Je connais bon nombre de propriétaires qui font renouveler la ferrure seulement tous les trois ou quatre mois ; or, la pousse de l’ongle étant de un centimètre environ par mois, leurs animaux subissent les fâcheuses conséquences d’une longueur exagérée de cet organe.

Dans d’autres circonstances, au lieu de chercher à imiter la nature dans l’action de parer les pieds, les maréchaux détruisent, avec leurs instruments, les arcs-boutants, les barres et la fourchette, abattent les talons plutôt que de raccourcir la pince qu’ils laissent presque toujours trop longue et parent trop la sole ; toutes conditions voulues pour que le resserrement ait lieu, car ils ont détruit les parties qui seules combattaient la tendance des pieds à se resserrer. Solleysel, dans son Parfait Mareschal, deuxième partie, se prononce en ces termes contre cette pratique nuisible : « La seconde maxime ou règle principale, pour bien ferrer les chevaux, est de n’ouvrir jamais les talons ; c’est le plus grand de tous les abus, et qui ruine le plus les pieds. On appelle ouvrir les talons, lorsque le maréchal, en parant le pied, coupe le talon près de la fourchette et l’emporte jusqu’au haut, à un doigt de la couronne, en sorte qu’il sépare les quartiers du talon, et, par ce moyen, il offense le pied et le fait serrer.

« Ce qu’ils appellent ouvrir un talon est proprement le faire serrer, car la rondeur ou circonférence du pied étant coupée, en faisant ce qu’ils appellent ouvrir le talon, qui est le couper absolument, ils ne sont plus soutenus de rien. Ainsi, il faut nécessairement, s’il y a quelque faiblesse dans les pieds, qu’ils se serrent et s’étrécissent, et si les maréchaux étaient soigneux de leur réputation et de leur devoir, ils devraient faire un des principaux points de leurs statuts de cette maxime. »

Combien de maréchaux, méconnaissant les sages conseils de Solleysel, continuent leur mauvaise pratique !

Influence du ralentissement de la circulation et de la nutrition dans le pied. — Aux causes que je viens d’examiner s’ajoute celle-ci, conséquence des précédentes : Par suite du resserrement déjà produit, les vaisseaux qui se rendent au pied sont comprimés et le sang, porteur des éléments dont se nourrit l’ongle, ne peut y affluer en assez grande quantité. De là diminution des éléments servant à la transpiration de la corne, et partant, atrophie, petitesse du sabot qui se resserre davantage, et devient une cause permanente de l’encastelure. Le manque d’exercice, en ralentissant la circulation, favorise le développement de cette altération.

On a remarqué que les chevaux venus d’Orient dans nos pays étaient presque tous atteints de cette maladie. Des explications bien différentes ont été fournies pour la démonstration de ce fait. J’adopterai toutefois celles de M. Lafosse. « En Asie, en Afrique, dit cet auteur, point ou peu de routes propres à la circulation des voitures ; aujourd’hui, comme aux temps bibliques, on y voyage sur des montures. Le cheval n’est point condamné au régime cellulaire ; le repos prolongé lui est inconnu, il passe la nuit à la belle étoile, libre ou au piquet, sur l’herbe fraîche ou sur le sable, corps poreux qui s’imprègne facilement de l’humidité des nuits, ou que le cheval détrempe de son urine ; le sabot trouve donc, au dehors, une certaine somme d’humidité ; mais c’est surtout aux parties qu’il renferme qu’il en emprunte. Dans un mouvement de va-et-vient continuel, le pied admet aisément le sang pendant le lever, car alors la sole et le biseau cessent de presser sur la membrane veloutée et sur la cutidure ; les artères ne se trouvent plus comprimées là où elles abordent au pied, entre l’os coronaire, les fibro-cartilages et la corne ; les ondes sanguines se répandent partout sans obstacle, et fournissent largement à tous les besoins de la nutrition et des sécrétions. »

Dans nos contrées, le cheval oriental est tenu en stabulation permanente, et ne sort que pour une courte promenade, ou pour servir la jument qui l’attend. Il est l’objet d’une extrême propreté, et quand on se décide à le mener dehors, on choisit un beau temps, sec et chaud ; car s’il vient à tomber de la pluie, et que le terrain devienne boueux, on le rentre aussitôt. Aussi leurs pieds sont-ils presque sans cesse aux prises avec ces causes de dessiccation qui influent à un si haut degré dans la manifestation de l’encastelure.

Comme les chevaux d’Orient, les chevaux anglais sont fréquemment affectés d’encastelure. Cependant, objectera-t-on, les chevaux anglais se livrent à des courses très impétueuses, propres à activer la circulation dans l’ongle.

Par cela même qu’ils courent si vite, ils ne peuvent marcher aussi longtemps, ni être aussi souvent exercés. Dans l’intervalle ces animaux restent à l’écurie soumis à une alimentation sèche et excitante. Ainsi, non-seulement ces chevaux de course n’ont pas le temps de puiser à l’extérieur les moyens de résister aux causes sans cesse agissantes, mais encore soumis aux suées, à l’usage des diurétiques et des purgatifs, ils perdent par la peau, les organes urinaires et digestifs, des liquides qui auraient dû se répandre en partie dans l’épaisseur de l’ongle.

M. Lafosse attribue la fréquence de l’encastelure chez les chevaux de sang à la forme de leurs pieds, à la constitution de leurs tissus et de leurs fluides. En effet, dans les pieds dont la forme se rapproche du cône tronqué, les fibres de la paroi sont obliques, et vont en divergeant de plus en plus par rapport au centre du pied.

Au contraire, dans les pieds cylindriques, les fibres convergent vers le centre et tendent à se resserrer. En outre, ces animaux ne jouissent pas, comme les chevaux communs, d’un tempérament lymphatique. Leur sang est moins riche en eau et ne peut ainsi fournir l’humidité nécessaire à la corne, afin de prévenir sa dessiccation. Avant de terminer l’étude de l’étiologie de cette affection, je dois dire un mot des encastelures symptômatiques et idiopathiques. Les premières sont déterminées par toutes les maladies qui limitent les mouvements d’un membre ou le condamnent à l’inaction, ou bien encore par des altérations ayant leur siège près du bourrelet, et capables d’imprimer un changement de direction aux fibres de la corne, comme les javarts, les formes, etc.

Les secondes sont dues à des pressions exercées directement sur la paroi. Tels sont les pinçons latéraux, les ligatures, etc.

Je vais aussitôt faire l’exposé rapide et succinct des caractères à l’aide desquels on reconnaît l’encastelure.


SYMPTOMES.

L’encastelure se caractérise par le rétrécissement général du pied, principalement suivant le diamètre latéral, et dans la région des quartiers ou des talons qui acquièrent une assez grande hauteur ; la paroi devient épaisse, la sole concave et la fourchette disparaît presque entre les talons. Cette affection peut exister sans se traduire par la claudication ; M. Turner l’appelle alors encastelure latente, occulte.

M. Lafosse établit deux variétés d’encastelure :

E. Coronaire, caractérisée par une extrême étroitesse de la boîte cornée à son origine, tandis que sa circonférence inférieure est, au contraire, très évasée, ce qui donne au sabot de la ressemblance avec un entonnoir renversé.

E. Plantaire. — Cette variété, plus fréquente que la précédente, se traduit par l’allongement du sabot d’avant en arrière et par son rétrécissement d’un côté à l’autre, à sa partie inférieure. Le sabot acquiert ainsi la configuration d’un cône renversé. Les talons convergent l’un vers l’autre, à tel point que les arcs-boutants se touchent, se chevauchent même. Par suite de ce rétrécissement de la circonférence plantaire, la sole devient concave ; la fourchette est considérablement diminuée de volume, son corps est atrophié, amaigri ; ses lacunes ont presque disparu, et de leur fonds suinte assez souvent un liquide purulent d’une couleur grise ou noirâtre et d’une odeur infecte.

L’encastelure, au lieu d’affecter, les deux quartiers du même pied, se borne quelquefois à l’un des deux, soit l’externe, soit l’interne ; on la dit alors unilatérale. On conçoit que dans ce cas les symptômes précités se remarquent seulement du côté où est le mal.

Il est des symptômes généraux qui peuvent accompagner toutes les variétés que nous venons de décrire ; tels sont : la sécheresse, la consistance éburnée de la corne dans ses couches superficielles, la réduction du périople, des glômes de la fourchette en une espèce de détritus farineux, l’aspect rugueux, les cercles de la parois, le fendillement, la coloration rougeâtre de la sole, des barres en talons. Quelquefois la corne de la fourchette, des barres se décolle aux points où le suintement plus haut signalé se produit. Beaucoup de pieds ainsi déformés ne sont pas l’objet des soins du propriétaire tant que la claudication n’existe pas, comme aussi il arrive qu’un pied n’est presque pas déformé, qu’il n’a éprouvé qu’un faible resserrement, et cependant la claudication apparaît : dans tous les cas, c’est lorsque les parties vives trop comprimées par la corne deviennent douloureuses que se manifeste la boiterie.

La claudication varie beaucoup dans son degré : l’animal feint ou il boite tous bas ; entre ces deux extrêmes, toutes les nuances sont possibles. Lorsqu’un seul membre est malade la boiterie est assez facile à saisir ; il n’en est pas de même quand le bipède antérieur est affecté. « Alors, dit M. Lafosse, les allures se modifient : au départ, l’animal allonge la tête ; le jeu des épaules, de l’avant-bras a perdu de son ampleur, mais il est plus précipité ; les pieds rasent le sol et s’y appuient sans le percuter. On dit de l’animal, en cet état, qu’il a les épaules froides, chevillées, qu’il tricote. Peu à peu, si le mal n’est pas encore très intense, on voit l’exercice assouplir les membres ; ils se développent davantage et les allures deviennent presque naturelles ; mais si l’affection est parvenue à son plus haut degré, la difficulté qu’éprouvent les membres à se mouvoir s’aggrave à mesure que l’exercice se prolonge ; les traits de la face se crispent et expriment de la souffrance ; toute la peau se couvre de sueur ; l’animal butte, il tombe même, et il a besoin d’être énergiquement excité par le fouet pour se maintenir à une allure vive. »

La claudication devient plus intense après une journée de fatigue. Au repos, un seul membre antérieur étant affecté, l’animal le porte en avant : on dit qu’il pointe.

Les deux membres sont-ils souffrants ? les animaux sont droits sur leurs boulets, leurs genoux sont arqués et dans un état de flexion, d’agitation presque continuelles. Lorsque la maladie a atteint une grande intensité, le décubitus devient plus fréquent et plus prolongé que de coutume. Quoique rare, M. Lafosse a constaté plusieurs fois l’encastelure des quatre pieds. L’attitude et la marche, dans ce cas, ressemblent assez à ce qu’ils sont dans la fourbure chronique quadruple.

Complication. — Les plus communes sont : la bouleture, qui provient de ce que l’appui ne se faisant qu’en pince, les tendons fléchisseurs se rétractent, se raccourcissent ; par suite, les phalanges se redressent et le boulet est porté en avant ; la nerf-ferrure, résultant de la perte d’élasticité des tendons qui par suite ne résistent plus aux efforts de la locomotion, et deviennent le siège d’inflammation ; les exostoses dues aux pressions qui s’exercent directement sur les phalanges ; les seimes ; les fourbures ; les atrophies musculaires ; la maladie naviculaire, affection qui se confond aisément avec l’encastelure. Cette confusion offre peu de gravité. Car si l’on a affaire à une simple encastelure, on en triomphe assez facilement à l’aide d’un traitement rationnel. Si la maladie persiste, c’est qu’on sera en présence d’une encastelure aussi irrémédiable que la maladie naviculaire.

Anatomie pathologique. — Atrophie générale. La phalange unguéale s’est déformée, de circulaire qu’elle était à l’état normal, elle a pris la forme d’un ovale allongé, et ses bords sont devenus verticaux, sa substance est plus compacte ; les nombreuses ouvertures qu’on rencontre à sa surface sont pour la plupart oblitérées ; cependant, au point des grosses divisions artérielles, les ouvertures sont plus grandes. Du tissu fibreux blanc a pris la place du tissu adipeux du coussinet plantaire. Les lames podophylleuses sont comprimées, moins colorées qu’à l’état sain, et adhèrent plus fortement aux lames kéraphylleuses. En face de lésions si graves, on ne doit pas s’étonner des obstacles que l’on éprouve dans le traitement de cette maladie qui reste quelquefois incurable.


FAUSSE ENCASTELURE.

La fausse encastelure, connue dans la pratique sous les noms de pieds serrés, pieds à talons serrés, pieds étroits en talons, resserrement des talons, se caractérise par la diminution des diamètres transversaux des parties postérieures du sabot. Bien plus commune que l’encastelure vraie, la fausse encastelure peut affecter tous les pieds.

Ainsi, dans les pieds plats, les branches postérieures de la fourchette sont resserrées, tandis que son corps fait saillie sur la sole. Un peu en avant de l’angle d’inflexion des talons, les quartiers se séparent de la sole ; les talons, au contraire, convergent vers celle-ci, et s’infléchissent au point que leur paroi externe, de verticale qu’elle doit être, devient inférieure et presque horizontale.

Dans les pieds de configuration cylindrique, le resserrement a lieu en talons seulement ; mais le plus souvent l’un des talons est seul affecté, plutôt l’externe que l’interne.


PRONOSTIC.

Évidemment l’encastelure vraie offre plus de gravité que la fausse encastelure. On triomphe assez facilement de la dernière, tandis que la première présente quelquefois des difficultés insurmontables. On ne doit pas cependant dire, à l’exemple de quelques auteurs, qu’elle est incurable.

L’âge avancé des animaux, le nombre de pieds affectés, les diverses complications qui peuvent survenir, sont autant de circonstances qui aggravent la maladie, et rendent le pronostic fâcheux.


TRAITEMENT DE L’ENCASTELURE.

On le divise en préservatif et curatif. Il sera d’abord question du premier.

Traitement préservatif. — Les moyens propres à prévenir l’encastelure sont basés sur la connaissance de l’étiologie de cette affection. Les procédés à l’aide desquels on cherche à éviter les effets ou à atténuer l’influence des causes, sont nombreux et d’une importance reconnue.

Il faut envoyer au pâturage, dans des près humides, les chevaux qui ont les pieds encastelés, afin que les talons s’ouvrent, que la sole et la fourchette s’épanouissent. Toutefois, on doit auparavant enlever les fers, et arrondir la paroi avec la râpe pour éviter que les pieds se dérobent. Mais comme le séjour à la prairie a l’inconvénient d’interrompre le service, il est possible d’obtenir des effets analogues par l’emploi des procédés suivants : plonger les pieds de devant des animaux même ferrés, dans une couche de terre glaise humectée d’eau, placée près de la mangeoire, ou bien creuser le sol, mettre dans l’excavation du sable que l’on tient constamment humecté. On aurait encore le soin d’interposer entre le fer et le pied des lames de cuir ou de feutre imbibées d’eau, de placer sur la paroi une toile garnie d’étoupes, mouillée fréquemment avec de l’eau pure ou d’eau de graine de lin.

Le meilleur de tous les systèmes, c’est la mise en liberté dans un box ; dans ce cas, on atteint un double but : premièrement, les animaux profitent de l’humidité communiquée à la litière par les urines et les excréments ; en second lieu, ils se livrent à un certain degré d’exercice qui active la circulation, d’où résulte un afflux sanguin plus considérable dans le pied, et par suite un plus grand dépôt d’éléments de transpiration dans cet organe. Afin d’empêcher la sortie des fluides intérieurs par les pores de la corne, on applique sur la paroi des corps gras, comme le goudron minéral ou végétal, l’onguent de pied, en un mot, tous les corps gras en général. M. Lafosse croit que l’emploi de ces agents si utiles dans les saison chaudes et sèches, devient au contraire nuisible lorsque l’atmosphère ou le sol sont humides ; « car, dit-il, la graisse n’assouplit que la couche tout-à-fait superficielle de la paroi, et s’oppose à ce que la corne s’empare de l’humidité extérieure, source plus abondante d’imbibition que celle qui procède de l’intérieur chez les animaux à tempérament sec. »

On doit s’efforcer de fournir, par l’alimentation, des principes aqueux au sang, source d’humidité pour la substance cornée. — Ainsi le régime du vert pendant les saisons chaudes, ou des racines quand on ne peut donner des fourrages verts, telle est l’alimentation qu’il faut choisir.

L’inaction favorisant le développement de l’encastelure, celle-ci doit être combattue par de courtes mais fréquentes promenades. Les chevaux qui sont tenus à l’attache, et qui ne font pas de service, seront soumis tous les jours à ces légers exercices. Les pressions directes sur le sabot, comme les ligatures, les pinçons latéraux, étant reconnus causes directes d’encastelure, on défend aux maréchaux d’opérer cette mauvaise pratique.

C’est sans contredit dans la mauvaise application de la ferrure que résident les principales causes de l’encastelure. Tâchons donc de les prévenir autant que possible, en indiquant les règles que réclame sa bonne exécution, règles parfaitement bien indiquées par M. Lafosse, et que nous nous empressons de fidèlement reproduire : « Avoir soin de la renouveler au moins une fois par mois, et lorsque le bord inférieur de la paroi déborde le vif de plus de 3 à 4 centimètres. Faire en sorte que la sole garde une épaisseur de 2 à 3 centimètres, ainsi le sabot est assez résistant, et l’humidité qui vient de l’intérieur peut arriver jusqu’au bord inférieur. »

« Dans l’action de parer le pied, on aura le soin d’abattre de la corne, juste la quantité nécessaire pour que, le pied étant posé, la direction de la pince et des talons se rapproche, autant que possible, du parallélisme de la ligne oblique de l’épaule et du fémur ; de respecter scrupuleusement les barrés, de les niveler autant que possible avec la paroi, notamment au voisinage des arcs-boutants. »

« Enfin, on n’enlèvera jamais de la fourchette que la corne filandreuse ou les lames déjà en partie détachées. Autant que possible elle devra descendre un peu au-dessous du niveau du bord inférieur de la paroi, un peu au-dessus du niveau de la face inférieure du fer mis en place, afin qu’elle puisse toucher le sol lorsqu’il est meuble et ne soit pas meurtrie par lui, lorsqu’il est trop dur pour céder sous le poids du corps. En agissant de la sorte, on conservera au pied son aplomb principal ; on ne rejettera point sur sa partie postérieure cet excès de poids, qui force les talons à s’incurver vers le centre de la sole, par leur extrémité inférieure, dont la direction normale favorise cette tendance. On laissera une force suffisante à la sole, aux barres, pour résister à l’étreinte que leur fait éprouver la paroi lorsqu’elle se dessèche. Enfin, la fourchette remplira plus facilement, à l’occasion, son office de coin contentif ou dilatateur ; plus aisément aussi elle s’imbibera de l’humidité du sol, qu’elle répartira ensuite aux autres parties du pied au moyen de la capillarité.

» Le périople, les glômes de la fourchette, dont l’hygrométricité est si considérable, devront être religieusement ménagés, soit par la râpe, soit par le boutoir, afin qu’ils concourent, avec la fourchette, à l’imbibition du reste du sabot ; enfin, on devra se garder de râper la corne, même dans l’intervalle du fer aux rivets, afin de laisser sur la paroi le vernis naturel qui s’oppose à l’évaporation des sucs naturels. » Mais est-il toujours possible d’arrêter la râpe des maréchaux ou de limiter son action au bord inférieur de la paroi ? Certainement non ; tout le monde sait bien qu’il est extrêmement difficile de soustraire un homme à ses habitudes quand il les a contractées depuis longtemps, et qu’il préfère pratiquer la routine plutôt que de prendre la peine de s’instruire.

L’homme peu instruit, souvent, ne se soucie guère de réfléchir aux moyens de perfectionner son art ; il néglige de le faire dans la crainte de perdre des moments, qu’il croit mieux utiliser, en les employant à une occupation manuelle ; de sorte qu’il sacrifie les avantages d’une pratique souvent raisonnée, à l’absurdité de celle léguée par ses prédécesseurs

L’ouvrier maréchal est ainsi fait, vous essayerez en vain de l’écarter de ce qu’on lui a enseigné dans les ateliers ; il s’est trop persuadé qu’on ne peut faire mieux que ce qu’on lui a appris. Cela ne prouve pas évidemment qu’on ne doive pas chercher à l’instruire, au contraire. On rencontre, en effet, bien qu’exceptionnellement sans doute, des maréchaux intelligents disposés à écouter attentivement les leçons qu’on leur fait ; en bien ! c’est chez eux qu’on doit chercher à verser la bonne graine, parce qu’ils en profiteront. Leurs succès pourraient ainsi décider les autres. Malheureusement, la plupart des ouvriers maréchaux sont ignorants et attachés à la routine, et si un homme, sans être tout-à-fait étranger aux règles de la maréchalerie, s’avise de leur montrer quelques défectuosités dans la pratique de leur art, ils se fâcheront, et ne l’écouteront point, serait-ce même le vétérinaire.

Ainsi, on leur a enseigné de râper la paroi pour que les pieds aient un aspect plus beau, plus agréable à l’œil, et ils la râperont toute leur vie, parce qu’ils ne se rendront pas compte de l’effet nuisible qu’ils produisent, tant ils sont préoccupés de la seule idée d’embellir le pied.

Les maréchaux laissent le fer chaud trop longtemps en contact avec la corne. C’est là une mauvaise habitude ; car, outre que l’ouvrier s’expose à brûler la sole, il suractive aussi l’évaporation des sucs cornés, entraînant après elle le dessèchement du sabot.

Le fer chaud doit rester sur le pied le temps seulement nécessaire pour marquer les points où il porte, et pour permettre de juger s’il à une tournure convenable. Dans l’action du brocher, il faut avoir soin de placer les clous plutôt à maigre qu’à gras, et ne pas trop serrer les rivets, afin d’éviter la gêne de la circulation. Quoique les pieds encastelés ne le demandent pas, un peu d’ajusture doit être donnée au fer qui, dans ce cas, sera assez mince pour s’affaisser avant le renouvellement de la ferrure et produire ainsi une légère dilatation.

Reste à faire la description rapide de quelques ferrures spéciales, destinées à prévenir l’encastelure.

Fer gêneté. — Fer pourvu de pinçons contentifs étirés sur l’angle interne des éponges, et qui s’appuient en dedans des arcs-boutants. Dans ce mode de ferrure, et surtout si les quartiers sont forts, on rapproche les étampures des éponges. C’est un bon système qui s’oppose au resserrement de la paroi.

Ferrure à quartiers. — Pour pratiquer cette ferrure, on se sert d’un fer composé de deux pièces occupant la région de la paroi comprise entre la partie antérieure des mamelles et le milieu de l’épaisseur des arcs-boutants. Ces pièces, de l’épaisseur de la paroi, s’incrustent dans la corne et sont fixées à l’aide de trois ou quatre clous plats. C’est, en un mot, une ferrure Charlier en quartiers. M. Sempastous, vétérinaire au haras de Pompadour, en a obtenu de bons résultats, et M. Lafosse, avant la découverte de M. Jarrier, l’employait comme traitement curatif de l’encastelure. Elle jouit de l’avantage de permettre l’usure des talons et de la pince, et de laisser prendre au pied l’humidité du sol.

Ferrure à planche. — En général assez mal pratiquée, cette ferrure ne convient pas dans tous les cas comme moyen préventif du resserrement. Il n’y a vraiment indication de l’employer que dans les pieds larges, à talons bas et à fourchette très développée. Il est indispensable que la fourchette soit assez volumineuse pour supporter la traverse du fer. Alors, par les pressions perpendiculaires, cette partie élastique subira des mouvements d’expansion latérale qui réagiront contre les parois des quartiers, et préviendront le resserrement des talons.

Fer à lunettes de Solleysel. — De la forme d’un fer ordinaire qui serait léger et court de branches, et placé de façon que le talon et la fourchette prennent appui sur le sol. M. H. Bouley s’étonne de voir que cette ferrure ne soit pas d’un plus fréquent usage dans les pays chauds, pour les chevaux qui, par leur origine, par la conformation de leurs pieds, sont prédisposés au resserrement des sabots. On a dit que ces fers avaient l’inconvénient d’exposer aux bleimes, et que le cheval semblait avoir au pied des fers cassés. M. H. Bouley trouve ces objections de trop mince valeur pour dévier les gens du Midi de la pratique de cette ferrure. Quoiqu’il en soit, et malgré tous les efforts de Lafosse père, ce mode de ferrure est généralement abandonné.

Fer à étampures unilatérales de J. Turner. — Le hasard servit J. Turner dans la découverte de ce procédé. Un des chevaux de sa clientèle qui avait les pieds encastelés et qui se coupait, était ferré de façon à prévenir ce dernier mal. Quelques mois après l’application de cette ferrure, il s’aperçut que les pieds du cheval, d’oblongs qu’ils étaient, avaient repris leur forme circulaire. Cet incident fut pour lui un trait de lumière, il imagina alors la ferrure suivante : Elle consiste en un fer, de la forme de ceux qu’on emploie pour les chevaux qui se coupent, c’est-à-dire à branche interne très étroite et débordée par la corne, ne portant des étampures que sur le quartier externe, la pince, et une ou deux seulement à la mamelle interne. En outre, dans ce procédé, la fourchette, les barres et les arcs-boutants sont conservés, disposition heureuse pour s’opposer au resserrement du pied. De plus, à la faveur de la branche libératrice du fer (celle qui ne porte pas de clous) l’humidité peut imprégner le pied et maintenir la corne constamment imbibée.

Il resterait encore à examiner : la ferrure de Coleman, l’hyposandale de Bracy-Clarck, le fer à charnières de ce même auteur ; mais ces procédés n’offrant rien d’avantageux seront passés sous silence.

Traitement curatif. — Les systèmes de ferrure propres à produire la dilatation mécanique du pied, ont été l’objet de recherches minutieuses et, de modifications incessantes depuis les hippiatres jusqu’à nos jours. Et cependant, il en est peu dans le nombre qui soient réellement efficaces contre l’encastelure.

Aussi les fers à charnières, à étai, à crémaillère, à pantoufle, etc..., seront-ils laissés de côté dans cette description. Parmi les procédés découverts de nos jours, je me bornerai à en citer un seul, celui que j’ai vu employer journellement pendant le cours de mes études, et dont j’ai suivi les résultats qui ont, je puis le dire, été toujours favorables. Et a d’autant plus droit à la préférence que son exécution en est assez facile ; je l’ai moi-même pratiqué plus d’une fois : je veux parler du procédé Jarrier.

Procédé Jarrier. — M. Jarrier s’est appliqué à obtenir l’écartement de la paroi à l’aide d’un instrument approprié ; puis à s’opposer au retrait de la corne sur elle-même au moyen d’un fer muni de deux pinçons étirés de la rive interne des éponges.

En 1854, M. Jarrier, maréchal-ferrant à Blois, faisait connaître son invention à l’école de Saumur. Des expériences furent aussitôt entreprises dans cette école, et les épreuves ayant été couronnées de succès, on en ordonna l’application dans l’armée. Cet ordre fut suivi d’une instruction indiquant les règles à suivre pour la pratique de cette ferrure. Quelques modifications même furent apportées à l’instrument servant à dilater les talons.

Voici la description de ce procédé tel qu’on l’applique de nos jours.

L’instrument qui sert à opérer la dilatation se compose de quatre pièces : deux tiges et deux crochets. Chaque crochet, courbé sur champ, offre à considérer une extrémité qu’on peut envisager comme sa base, d’une épaisseur et d’une largeur d’environ 2 centimètres et percée de deux trous. De ces deux trous le plus rapproché de l’extrémité est carré, le second a 1/2 centimètre en avant du premier, est circulaire. À partir de ce point, les dimensions du crochet vont en décroissant jusqu’à l’autre extrémité, qui est seule recourbée de façon à s’accommoder à la convexité des talons. Cette extrémité réduite à l’épaisseur de 1/3 de centimètre, porte sur sa face externe une griffe tricuspide, sorte de crampon destiné à s’incruster dans les arcs-boutants. Les deux tiges, dont l’une est carrée et l’autre cylindrique, sont agencées de la manière suivante : celle qui est carrée, de 10 à 12 centimètres de longueur sur un centimètre carré d’épaisseur et portant des divisions millimétriques, s’engage dans le trou le plus reculé des crochets. Cette tige est fixée dans l’un de ceux-ci et libre dans l’autre, dont elle égale, à très peu près, le diamètre. La deuxième tige, placée à 1/2 centimètre environ en avant de la première, est un cylindre portant un pas de vis ajusté par une de ses extrémités avec un des crochets dont le trou est taraudé. L’extrémité opposée, qui joue dans le trou non taraudé de l’autre crochet, est terminé par une clef servant à tourner la vis. Le cylindre avec sa clef ont 14 centimètres de longueur.

Enfin, les pièces de cet instrument sont arrangées de telle façon qu’un des crochets étant libre, puisse se rapprocher ou s’écarter selon le besoin.

Il est très facile de comprendre par quel mécanisme agit le désencasteleur : les crochets étant engagés dans les lacunes latérales de la fourchette, leurs griffes appuyées sur la face interne des arcs-boutants ou des barres, il suffit de serrer ou de desserrer la vis pour opérer l’écartement ou le rapprochement de la paroi. Le fer contentif ou dilatateur ressemble à un fer ordinaire, dont il se distingue par deux pinçons étirés de la rive interne de chaque éponge.

Pour la bonne exécution de cette ferrure, il est indispensable que les talons aient une hauteur suffisante, condition que présentent, en général, les pieds affectés d’encastelure. Mais bien souvent on a conduit l’animal boiteux chez le maréchal, qui pour le guérir lui enlève les talons et applique un fer à planche ou un fer à éponges fortes et couvertes. Par cette manœuvre inconsidérée, l’ouvrier ne fait qu’aggraver le mal au lieu d’y porter remède. Force est alors d’attendre que les talons aient repoussé. Supposons que nous ayons affaire à un pied encastelé réunissant les conditions exigées pour bien opérer la dilatation.

Après avoir au préalable ramolli la corne par l’application de topiques, tels que cataplasmes de farine de graines de lin, on pare le pied comme à l’ordinaire, en ayant le soin, toutefois, de raccourcir la pince autant que possible et de respecter les talons et les barres.

Puis, à l’aide de la rainette, on pratique une rainure assez profonde entre la base de la fourchette et les arcs-boutants. Cette sorte de cannelure est destinée à recevoir les crochets du désencasteleur et un peu en avant de ceux-ci les pinçons du fer.

Préparation du fer. — Le maréchal commence par refouler les éponges du fer, en ayant le soin de laisser leur rive interne un tant soit peu plus forte que l’externe ; puis il l’ajuste et le fait porter, comme dans les conditions ordinaires, en lui donnant toutefois un excédant de largeur égal au degré de dilatation qu’on veut obtenir (ce degré varie de 1/2 à 1 centimètre). En second lieu, après avoir coupé l’angle interne de chaque éponge, on fait chauffer celle-ci à blanc, puis, à l’aide d’un petit marteau à panne, on étire des pinçons assez forts à leur base, et qui vont en s’amincissant jusqu’au sommet. La distance entre les deux pinçons devra représenter celle qui sépare les barres, plus le degré de dilatation qu’on veut obtenir. Quand on s’est rendu compte avec un compas, ou à la seule inspection de la bonne disposition des pinçons, on refroidit le fer et on se prépare pour le fixer sur le pied. On met le désencasteleur en place en engageant ses crochets assez profondément dans la partie la plus postérieure de la rainure. On tourne la vis graduellement jusqu’à ce qu’on soit arrivé au degré de dilatation qu’on veut obtenir. En même temps, on voit les branches de la fourchette s’écarter, laissant un vide dans la lacune médiane. On présente ensuite le fer dont les pinçons, un peu moins longs que n’est profonde la cannelure, doivent suivre l’obliquité des barres et s’appliquer exactement sur elles. On broche les clous et on serre les deux, placés le plus près des talons, avant d’enlever le désencasteleur ; puis on achève la ferrure suivant les règles ordinaires.

Veut-on se rendre un compte exact de la dilatation qu’on a produite ? Avant de commencer l’opération, on trace avec une pointe de feu un trou sur chaque talon. La distance qui sépare ces deux trous est mesurée avec un compas et reportée sur une planche.

Une fois la ferrure appliquée, on mesure de nouveau la distance qui existe entre les deux trous, on la compare avec la première mesure, et la différence indique le degré de dilatation. On ne saurait assez recommander de ne pas trop dilater à la première fois ; car on provoque alors le tiraillement de parties vivantes et très sensibles ; on réveille des douleurs qui se manifestent par une boiterie plus intense et plus grave qu’avant l’opération.

Ajoutons cependant que, presque toujours, une légère claudication accompagne l’application de la ferrure dilatatrice, claudication sans gravité qui disparaît par l’emploi de cataplasmes ou bains émollients. Mais la boiterie vient-elle à persister ou à augmenter d’intensité, il faut aussitôt en rechercher la cause. Elle peut provenir du trop de longueur des pinçons dont la pointe en pressant le fond de la rainure détermine de la douleur, ou d’une dilatation trop considérable. Dans le premier cas, on raccourcit les pinçons, et dans le second on resserre le fer. En agissant de la sorte, M. Lafosse, n’a jamais vu d’accident se produire. Il est préférable de renouveler la ferrure tous les 15 jours au lieu d’attendre un mois. Ainsi la dilatation s’obtiendra lentement, graduellement et sans accidents consécutifs.

On ne doit pas s’étonner que ce procédé, quoique très efficace contre l’encastelure, soit quelquefois suivi d’insuccès.

Cela s’observe quand on a affaire à une encastelure qui s’accompagne de modifications profondes dans la texture des parties vives du pied, ou bien lorsqu’on est en présence d’une des variétés de cette affection, qu’on appelle E. coronaire. Dans ces cas, on joint au procédé de M. Jarrier, des applications d’onguent vésicatoire sur la couronne, afin d’activer la sécrétion du bourrelet ; on pratique aussi des rainures parallèles aux fibres de la corne ou des amincissements partiels de la paroi.

Les nombreux cas de guérison qu’on peut obtenir à l’aide de ce procédé bien appliqué, sont des preuves irrécusables de son efficacité, et rendent gloire et justice à la belle découverte de M. Jarrier.

Ferrure Charlier. — Je termine en recommandant la ferrure Charlier ou ferrure périplantaire, comme un bon moyen préservatif et curatif à la fois de l’encastelure.

Cette nouvelle ferrure consiste dans l’application d’une bande de fer au-dessous du pied, correspondant seulement, mais dans toute son étendue, au bord plantaire de la paroi. Ce fer s’incruste de toute son épaisseur dans la muraille et ne s’oppose pas, par ce fait, au mouvement de la fourchette, qui peut ainsi arriver jusqu’au sol, pas plus qu’à celui de tous les autres organes élastiques,

Cette bonne ferrure laisse au pied toute sa liberté d’action toute son élasticité, et elle s’oppose ainsi au renversement des talons. Elle donne de nouveau au pied sa constitution normale s’il l’a perdue, prouve péremptoirement qu’elle ne contrarie pas les voies de la nature, et qu’elle doit être adoptée avec empressement, si l’on veut conserver l’intégrité fonctionnelle du pied et des animaux eux-mêmes. En effet, on remarque, quelque temps après avoir fait usage du nouveau procédé de ferrure, que la fourchette, en reprenant ses fonctions naturelles, devient plus souple, plus large et plus puissante, les lacunes plus marquées, les barres plus fortes, et que les talons s’écartent d’une manière très notable ; c’est peut-être le résultat le plus immédiat et le plus certain de la nouvelle ferrure.

Les inconvénients qu’on a voulu prêter au système Charlier ne sont pas sérieux, tandis que les avantages en sont réels et considérables.

On a cherché à renverser ce système et aujourd’hui encore on veut s’opposer à son extension ; mais il ne faillira jamais. Et un temps, toujours trop éloigné, viendra où il renversera définitivement la ferrure actuelle.

Plein d’espérance et confiant dans le triomphe de ce système, je ferai tout ce qu’il dépendra de moi pour le propager.

H. VIGUIER.