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De l’exomphale du poulain

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Imprimerie Pradel, Viguier et Boé (p. 1-51).
ÉCOLE DE MÉDECINE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE

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DE


L’EXOMPHALE


DU POULAIN


SON TRAITEMENT PAR L’ACIDE NITRIQUE


PAR


B. LAHILLE


Né à Castelnau-Picampeau (Haute-Garonne).


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THÈSE POUR LE DIPLÔME DE MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE


Présentée le 22 juillet 1877.

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TOULOUSE
IMPRIMERIE PRADEL, VIGUIER ET BOÉ
6, RUE DES GESTES, 6
――
1877







À MON PÈRE, À MA MÈRE


Veuillez accepter ce travail, comme un faible témoignage

de ma reconnaissance et de mon affection.











À ceux à qui je suis lié par la reconnaissance, le respect
ou l’amour.

B. LAHILLE





AVANT-PROPOS







La hernie ombilicale est tellement fréquente, les accidents en sont si graves quand on la méconnaît, son traitement est si facile et si dangereux, que pour ces motifs, nous avons choisi cette question pour sujet de thèse.

Les causes de l’Exomphale, les lésions qu’elle produit et surtout son traitement par la friction nitrique, vont être successivement développés dans l’exposé qui va suivre.

B. L.




DE L’EXOMPHALE





CHAPITRE PREMIER

De l’exomphale.


Très-bien définie par son nom, la hernie ombilicale, encore appelée exomphale, omphalocèle, se caractérise par l’échappement à travers l’anneau ombilical non oblitéré, d’une partie de l’intestin, de l’épiploon ou des deux à la fois.

Pour bien comprendre l’action intime des causes qui tendent à produire cette variété de hernie, il nous paraît très-utile de dire quelques mots sur la composition anatomique de la région ombilicale chez le fœtus, et d’indiquer les diverses modifications physiologiques que subissent, après la naissance, les organes qui la composent.

ANATOMIE DE LA RÉGION. — Pendant la vie intra-utérine, le cordon ombilical se trouve constitué par les artères et la veine ombilicales, le canal de l’ouraque, organes enveloppés d’une masse de tissu conjonctif embryonnaire, mou, gélatiniforme, appelé gélatine de Warthon ou tissu muqueux. Ce tissu conjonctif se trouve surtout très-abondant au niveau des lèvres de l’ouverture ombilicale.

Après la naissance, pendant que les vaisseaux ombilicaux s’atrophient et que l’ouraque s’oblitère, la gélatine de Warthon achève son organisation, se densifie, se cicatrise et forme une sorte de membrane fibreuse, douée de propriétés rétractiles comme tous les tissus cicatriciels. En se résorbant, cette membrane rapproche, d’une manière lente et graduelle, les lèvres de l’ouverture, les met en contact, d’où leur soudure définitive. Cette résorption terminée, l’ombilic se montre sous forme d’un léger relief ; par le taxis on découvre une cicatrice arrondie, réunie aux organes sous-jacents par un cordon très-dur, qui n’est autre chose que la transformation fibreuse du canal de l’ouraque. Ce canal, adhérent à la peau, s’étend jusqu’à l’entrée de la cavité pelvienne au niveau de laquelle il s’est séparé du cul-de-sac antérieur de la vessie au moment de la naissance.

Cependant, les faits ne se passent pas toujours ainsi. Pendant son évolution, le travail de régression du tissu muqueux peut être empêché, interrompu ou retardé par des causes que nous indiquerons en parlant de l’étiologie.

FRÉQUENCE. — Le cheval et le chien sont ceux de nos animaux domestiques sur lesquels l’exomphale se montre le plus fréquemment, ou pourrait même dire les seuls qui y sont prédisposés. On ne l’a constaté que très-rarement chez le bœuf. Cruzel dit ne l’avoir observé que deux fois sur cette espèce. Si on considère la disposition des organes digestifs chez cet animal, on voit qu’il doit en être ainsi. En effet, si le jeune veau à sa naissance, est atteint d’exomphale, dès le moment où il commence à manger, son rumen prend de l’ampleur, s’étend bientôt sur tout le plancher de la cavité abdominale, et chasse l’intestin grêle vers les parties supérieures ; de là, l’évacuation du sac herniaire. En outre, par suite de son volume, le rumen ne saurait concourir à la formation de la hernie, vu qu’il ne peut passer dans l’anneau ombilical. Le même fait se passe chez le mouton.

La hernie ombilicale ne paraît pas avoir été observée souvent dans l’espèce porcine, soit qu’elle ne se montre, en effet, que très-rarement, soit qu’elle n’ait pas attiré suffisamment l’attention des vétérinaires. Le genre de vie particulier de ce pachyderme donne l’explication de la rareté de l’omphalocèle dans cette espèce.

C’est principalement sur les jeunes animaux que l’on a l’occasion de constater cette infirmité. L’époque où elle se montre est assez variable ; c’est ordinairement à l’âge de trois ou quatre mois, mais très-souvent aussi au moment de la naissance.

L’exomphale ne se montre pas avec la même fréquence à tous les âges, et si on ne la remarque que très-exceptionnellement sur des animaux vieux, cela résulte de ce que l’éleveur, avant de mettre en vente son jeune animal, le fait traiter ; car il n’ignore pas que cette infirmité en diminue considérablement le prix. Dans toutes les localités, les animaux atteints d’exomphale ne se trouvent pas dans les mêmes proportions ; cependant, Marlot l’a indiqué comme étant de un sur vingt, tant poulains que muletons. Cette proportion peut être juste pour certaines localités, tandis qu’elle pourra être trop forte ou trop faible pour d’autres. Il est certain que dans le Poitou, elle est trop faible, tandis qu’elle est trop forte pour notre excellente race de Tarbes.

DIVISION. — Bon nombre de juments poulinières donnent le jour à des produits atteints d’exomphale qu’on appelle exomphale congénial, pour le distinguer de celui qui se produit quelque temps après la naissance, et qu’on désigne sous le nom d’exomphale acquis. L’exomphale accidentel se manifeste au moment de la chute du cordon ou quelques mois après la naissance. Il se distingue de l’exomphale acquis en ce qu’il reconnaît toujours pour cause une action traumatique, sans qu’il y ait prédisposition de la part du sujet.

On a encore divisé les hernies ombilicales en vraies et en fausses. Les premières sont celles qui s’effectuent par l’hiatus ombilical, tandis que les secondes se produisent sur l’un de ses côtés, par une ouverture accidentelle, résultant d’une rupture de la tunique abdominale et des muscles de la région. Si cette hernie se trouve trop éloignée de l’ombilic, elle prend le nom de ventrale, dénomination exacte de la hernie fausse. La division basée sur l’organe qui constitue la hernie, n’a de grande importance, qu’au point de vue de l’anatomie pathologique de l’exomphale, puisque, dans la plupart des cas, il est impossible de dire que tel ou tel organe occupe le sac herniaire. L’intestin y est-il seul ? la hernie prend le nom d’entéromphale ; si c’est au contraire, l’épiploon, ce qui arrive assez souvent chez le poulain, on la désigne sous le nom d’épiplomphale ; enfin, on désigne la hernie sous le nom d’entéro-épiplomphale, lorsque l’épiploon et l’intestin entrent dans sa composition.

On distingue encore la hernie en réductible et non réductible, division qui a une grande importance au point de vue du pronostic et du traitement.

Étiologie.


L’action intime que les causes exercent sur l’organisme pour produire la maladie, quelquefois nous est en partie connue, d’autres fois, elle nous échappe complètement. Ainsi, les causes mécaniques, physiques ou chimiques, telles que les déchirures, les violentes pressions, l’action des caustiques, la dilatation des conduits, sont en partie ou en totalité expliquées. Mais il arrive très-souvent que leur mode d’action nous échappe, et dans ce cas, il faut l’avouer, nous sommes obligés de rester spectateurs devant les faits mystérieux qui se passent dans la machine animale. En effet, pourquoi tels parents affectés de certaines maladies les transmettent-ils à leurs descendants ? La science reste encore muette en face de cette grande question, dont la solution serait si utile et si nécessaire pour prévenir et pour établir un traitement rationnel d’une foule de maladies inconnues dans leur nature. Nous devons donc employer tous les moyens d’investigation pour rechercher les diverses causes qui produisent la hernie, indiquer autant que possible leur action intime, afin de prévenir et d’entraver leurs effets, soit par une hygiène particulière, soit par un traitement thérapeutique ou chirurgical approprié.

La conformation de la cavité abdominale et le rôle physiologique qu’elle est appelée à remplir sont les deux principales causes qui prédisposent les animaux à la hernie. Extensible et rétractile, cette cavité se prête admirablement aux changements de volume qu’éprouvent les organes contenus dans son intérieur ; mais cette remarquable propriété ne pouvait lui être dévolue qu’aux dépens de sa force et de sa résistance. Les pressions qui s’exercent sur les diverses régions ne se traduisent pas avec la même intensité sur tous les points ; en effet, quoique la liberté des viscères dans la cavité abdominale permette l’application du principe de Pascal, nous voyons que le poids des viscères abdominaux est supporté seulement par la paroi inférieure de la cavité, qui est justement la plus faible. La force de résistance n’étant pas la même sur tous les points, il est évident que les parties les plus faibles cèderont les premières. Quelles sont les parties les plus faibles ? L’anneau ombilical et l’anneau inguinal supérieur. C’est du premier que nous devons nous occuper. Ces quelques considérations étant posées, voyons comment se produit l’exomphale congénial.

Si nous nous rapportons à la structure anatomique de la région abdominale chez le fœtus, nous pouvons déjà prévoir les causes qui vont déterminer la hernie ombilicale ; toutes celles qui empêchent, retardent ou détruisent le travail de cicatrisation de la gélatine de Warthon, doivent les premières entrer en ligne de compte. Sous l’influence d’une assez forte pression, déterminée chez le fœtus, par le développement considérable des appareils digestif et biliaire, l’intestin et l’épiploon peuvent, franchissant l’anneau ombilical, venir former une poche dans l’intérieur du cordon entre l’ouraque et les vaisseaux. La nouvelle position de ces organes empêche la cicatrisation et l’organisation complètes du tissu muqueux, base d’un travail rétractile et obturateur.

Si une grande ouverture existe à l’ombilic au moment de la naissance, ne doit-on pas l’attribuer avec quelque raison, à un manque ou à un arrêt de développement des parois de la cavité abdominale, dont la cause première nous échappe ? Les fortes pressions que le fœtus peut éprouver, pendant son séjour dans l’utérus, peuvent aussi occasionner le développement de l’exomphale. Il peut encore se produire au moment de la naissance, par suite de la violente compression que le jeune sujet éprouve dans le détroit qu’il est obligé de franchir. Les manipulations inhabiles qu’on peut faire pour aider l’accouchement, ne sont pas non plus étrangères au développement de cette affection. Nous pouvons encore admettre que le cordon ombilical, par suite du tiraillement qui doit amener sa rupture, puisse se désunir au point de jonction avec la peau ; comme conséquence, les organes abdominaux se précipiteront au dehors après avoir vaincu la faible résistance que leur offrait le tissu muqueux.

M. Lafosse a admis, comme pouvant produire assez fréquemment l’omphalocèle, la disproportion des deux procréateurs, soit par leur taille, soit par le volume de leur corps. Si deux individus de taille différente sont accouplés ensemble, ils donneront souvent naissance à des produits portant des hernies congéniales. Ce fait se remarque assez souvent sur des poulains résultant du croisement d’un fort étalon du Nord avec une des juments légères du Midi ; on le constate encore plus fréquemment chez le mulet, vu la grande disproportion qui existe entre la jument et le baudet, ses procréateurs.

C’est en ces termes que M. Lafosse interprète ce fait : « Cela ne dépendrait-il pas de certaines lois qui président à la génération ? Par les organes de relation, en général, l’individu procréé ressemble au plus énergique des deux desquels il procède ; le mulet ressemble plus par ses organes extérieurs à son père qu’à sa mère dont il tient davantage par les organes de nutrition. C’est l’inverse pour le poulain né d’une jument du Midi et d’un étalon du Nord. Qu’en résulte-t-il ? C’est que, dans les deux cas, les viscères digestifs, trop amples par rapport aux parois de l’abdomen, s’opposent à l’achèvement de ces dernières, dont les orifices trop larges ou trop lâches, deviennent des portes toutes disposées pour faciliter les hernies. »

Connues de quelques rares éleveurs, les lois qui régissent l’accouplement sont d’habitude consacrées à une cupidité mal entendue, ainsi, il n’est pas rare de voir un propriétaire livrer sa petite jument landaise à un étalon anglo-normand, dans l’espoir d’obtenir un produit bien plus fort que la mère, mais le résultat est très-fâcheux : il donne un sujet décousu, mal conformé, qui vient tromper ses belles espérances. On verrait sûrement diminuer la fréquence de la hernie ombilicale, si la loi suivante de zootechnie était moins méconnue : N’employer les croisements que sur des sujets appartenant à des races qui se ressemblent par la taille, par le volume du tronc et par le tempérament.

L’hérédité joue-t-elle un rôle dans l’étiologie des exomphales ? Cette question a été résolue de deux manières différentes : dans le sens de la négative et dans le sens de l’affirmative ; aujourd’hui on est d’accord pour admettre une telle influence comme cause de cette hernie. Dans toutes les contrées où l’élève de l’espèce équine se fait sur une vaste échelle, on voit les praticiens de ces mêmes régions, rapporter des cas d’exomphale héréditaire. En parlant de cette même influence, Hamon de Lamballe dit : « Je pourrais citer cinquante cas d’exomphale où des poulains issus des mêmes mères étaient atteints de cette sorte de hernie. » Il dit encore connaître un grand nombre de juments qui, atteintes de hernies dans leur jeune âge, n’ont fait que des poulains comme elles. Cruzel a recueilli un grand nombre de faits semblables, prouvant l’influence des procréateurs sur le développement de l’omphalocèle. Dans son Traité pratique sur les maladie de l’espèce bovine, ce praticien s’exprime en ces termes : « Aucun doute ne peut exister sur la transmission de l’exomphale par l’hérédité. Plusieurs fois, je l’ai constaté sur des sujets des espèces chevaline et bovine. J’ai sous les yeux trois générations de juments qui, toutes, ainsi que leurs produits, sans exception, ont été opérées de cette hernie. Les deux cas d’exomphale sur l’espèce bovine que j’ai observés, étaient également héréditaires. »

Des documents aussi précis, basés sur l’expérience de praticiens distingués, doivent être suffisants pour faire admettre que l’hérédité est une des principales causes de cette maladie. Puisque l’influence héréditaire est indéniable, n’est-il pas rationnel d’accorder à cette infirmité, une importance tout autre que celle que le public lui attribue ? Nous ne saurions donc trop engager l’éleveur à écarter de la reproduction toute jument ayant ou ayant eu un exomphale ; cependant, s’il est accidentel, il est certain que la mère ne le transmettra pas à ses descendants, si toutefois il n’y a pas prédisposition avant l’accident.

La configuration géologique du sol a une certaine influence sur le développement des exomphales. Les pays bas et humides nourrissent presque toujours des animaux lymphatiques, dont les fibres organiques se laissent distendre par manque de tonicité. Ces pays, en outre, fournissent des herbages abondants, peu nutritifs, gorgés d’eau, que les animaux prennent en quantité considérable, par suite la cavité abdominale se trouve distendue par les viscères qui ont acquis des dimensions énormes. Cette distension de la cavité, de concert avec le poids considérable des viscères, tendent à rupturer le tissu muqueux, encore faible dans le jeune âge.

Nous voyons donc que dans ces pays il y a une double cause agissant à la fois : le peu de résistance des fibres de la cavité abdominale, conséquence du lymphatisme, et l’augmentation du poids et du volume que les viscères ont acquis, par suite d’une alimentation aqueuse et très-abondante. Les années et les saisons pluvieuses, humides, agissent dans le même sens et pour les mêmes raisons que les pays marécageux.

On a remarqué aussi que les animaux de races distinguées étaient moins fréquemment atteints de cette infirmité que les animaux de races communes. Ce fait s’explique très-bien par l’hygiène bien mieux entendue chez les premiers que chez les derniers ; les uns présentent des proportions harmonieuses, les autres au contraire présentent des proportions défectueuses, telles que ventre volumineux, poitrine étroite, etc. Dans toutes les races, on constate le plus souvent que ce sont les produits des mères, soumises au mépris des règles d’une bonne hygiène, à un travail épuisant, avec une nourriture insuffisante, qui sont atteints d’exomphale.

Les causes occasionnelles peuvent être, d’après leur mode d’action, divisées en deux catégories. Dans l’une se placent les efforts musculaires quelconques que fait le sujet ; dans l’autre l’action contondante de certains corps qui viennent déchirer les couches sous-cutanées de la cavité abdominale, moins élastiques que la peau. Dans la première catégorie, se trouvent les violents efforts musculaires que fait le poulain lorsqu’il est au pâturage, pour franchir les haies, les claies ou les fossés qu’il ne peut éviter dans ses courses fougueuses et irréfléchies. Les chemins glissants sont aussi très-dangereux ; car les jeunes sujets sont obligés de faire de violents efforts pour éviter leur chute. Dans les terrains détrempés ils sont encore obligés de faire de grands mouvements pour dégager leurs membres enfoncés dans le sol. Les poulains, les muletons surtout, en se cabrant, posent les membres antérieurs sur le dos de leur mère, et parfois ne s’en dégagent qu’avec peine ; de là des tiraillements de la paroi inférieure de la cavité abdominale. Pendant le travail de la mère, le poulain se fatigue beaucoup pour la suivre surtout si la jument est employée au labour, d’où il semble résulter l’indication d’enfermer les animaux à ce moment.

Mais, connaissant le caractère irascible des jeunes nourrissons, on voit bien vite qu’une pareille conduite augmente les dangers au lieu de les diminuer. En effet, avec quel désespoir le fils ne voit-il pas l’éloignement de sa mère ; il ne recule devant aucun danger pour la suivre, et si la boxe offre une ouverture, pour si haut placée qu’elle soit, il épuise toutes ses forces pour échapper de sa prison, et dans quelques minutes on le voit ruisselant de sueur.

La deuxième catégorie, comprend les corps qui viennent d’une manière quelconque déchirer les parois de la cavité abdominale à l’exception de la peau. Lorsque cette dernière est rupturée, on donne à la lésion le nom d’éventration. Ces déchirures de la cavité abdominale se produisent ordinairement lorsque les animaux, présumant trop de leurs forces, franchissent en s’accrochant des haies ou autres obstacles de même nature. D’autres causes, comme les coups de cornes, les coups de pieds, les ernbarrures, peuvent aussi occasionner le développement de la hernie ombilicale.

Symptômes.


Chez nos animaux domestiques, les symptômes de l’exomphale sont presque toujours locaux. Cette lésion se traduit par une tumeur, située sur la ligne blanche au niveau de l’anneau ombilical ou très-près de lui ; son volume varie depuis celui d’un œuf de pigeon, jusqu’à celui de la tête d’un enfant ; sa forme demi-sphérique ordinairement, est quelquefois piriforme. La hernie est susceptible d’éprouver des changements de volume ou de consistance, non-seulement sur des individus différents, mais encore sur le même sujet. L’animal est-il au repos, atteint depuis peu de cette infirmité, la tumeur sera petite ; au contraire, si la hernie est ancienne ou que l’animal se livre à de violents efforts, elle augmentera relativement de volume.

Le plus souvent la saillie que présente l’omphalocèle est molle, répressible, mais elle reprend immédiatement sa forme première lorsque la pression cesse. Ordinairement, lorsque la hernie vient de se former, les parois se trouvent un peu pâteuses et n’ont pas la netteté qu’elles auront plus tard. Cette consistance leur vient de ce qu’une inflammation s’est développée à la suite de la rupture des tissus de la paroi abdominale, lors de la formation du sac herniaire. Ces symptômes inflammatoires disparaissent bientôt.

Le degré de consistance de la hernie se trouve intimement lié à l’état de vacuité ou de plénitude de l’anse herniée. L’intestin est-il vide ou rempli de gaz, la tumeur est flasque et élastique ; est-il plein de liquides ou de matières alimentaires compactes, elle est fluctuante ou assez ferme. La consistance varie encore suivant l’époque de la digestion ; elle est plus dure après qu’avant le repas, parce que pendant la première période l’organe hernié est rempli par des matières alimentaires, tandis qu’il n’y en a que très-peu ou point, pendant la seconde. Si au moment où l’animal fait des efforts, on explore la hernie, on la trouve tendue, résistante et non dépressible ; mais si les efforts viennent à cesser, on la voit aussitôt redevenir molle et dépressible.

L’animal atteint d’un exomphale n’éprouve ordinairement aucune douleur ; cela nous explique suffisamment pourquei on ne constate aucun symptôme éloigné ; si parfois il y a souffrance, cela provient de certaines complications dont nous parlerons un peu plus loin.

Outre les symptômes constants que nous venons d’indiquer, la hernie ombilicale en possède un autre existant dans la grande majorité des cas ; la réductibilité, propriété qu’ont les organes herniés de pouvoir quitter le sac qui les contient pour rentrer dans la cavité d’où ils procèdent. Ainsi, il est toujours ou presque toujours possible, par le taxis, de faire disparaître la tumeur herniaire. Si l’animal est debout, elle reparaît plus ou moins vite, après sa réduction, suivant la largeur de l’ouverture ombilicale. Mais si l’animal est couché en position dorsale et qu’il ne fasse pas d’efforts pour se dégager des liens qui le retiennent, la tumeur ne se montre plus, si au préalable elle a été réduite au moyen de la main, ou que la réduction se soit effectuée par l’effet de la position.

Après la réduction, le sac herniaire présente des rides qui permettent l’exploration parfaite de l’anneau ombilical, qui a livré passage à l’intestin ou à tout autre organe. D’autant plus grand que la tumeur est plus développée, cet anneau encore appelé collet présente des formes variées. Presque toujours elliptique, rarement circulaire, il a des bords, tantôt réguliers, tantôt irréguliers. On trouve à cette ouverture deux commissures, une antérieure et une postérieure, deux bords, l’un droit et l’autre gauche ; ces bords sont terminés par un bourrelet résultant du travail de cicatrisation.

Dans quelques circonstances, assez rares il est vrai, les commissures peuvent être réunies par une bride fibreuse, tendue, résistante, recouverte par un repli péritonéal qui s’adosse en dessous, divise ainsi la hernie en deux loges distinctes et donne au sac herniaire la forme bilobée.

Cet examen des symptômes terminé, le praticien peut diagnostiquer l’exomphale d’une manière certaine. Cependant il existe une autre catégorie de symptômes, moins importants et peu précis, qui demandent pour être saisis une attention plus minutieuse. En effet, par l’auscultation, on peut entendre des borborygmes dans l’anse herniée ; mais la présence de ces bruits n’est pas suffisante pour faire diagnostiquer la hernie, parce que l’oreille n’est pas assez exercée pour permettre de juger d’une manière précise si ces bruits viennent de la tumeur ou de la cavité abdominale.

Le taxis nous permet encore de saisir d’autres symptômes qui sont peut-être plus difficiles à constater que les précédents. En posant la main sur une tumeur on peut, à l’aide d’une grande pratique, constater les mouvements péristaltiques de l’intestin, et même, si ce dernier est rempli par des aliments, on peut juger de sa forme. Les symptômes fournis par le taxis et l’auscultation ne seraient pas suffisants pour reconnaître la hernie ; cependant ils peuvent confirmer le diagnostic dans quelques circonstances.

Complications.


La hernie ombilicale se traduisant par les symptômes que nous venons de décrire, n’offre aucune difficulté de diagnose ; mais il peut survenir, assez rarement il est vrai, des complications qui peuvent induire le vétérinaire en erreur et l’exposer à de graves accidents, si la prudence n’était la compagne constante de tout traitement chirurgical.

La tumeur herniaire, à cause de sa position superficielle, au-dessous de la paroi abdominale, se trouve exposée à des froissements, à des meurtrissures qui ont ordinairement pour résultat d’amener le développement de l’inflammation dans les parois du sac. À la suite de ces actions contondantes, la tumeur devient chaude, douloureuse, et il se forme un œdème qui ne tarde pas à envahir toute la région. L’inflammation qui se développe peut donner à la hernie tous les caractères du phlegmon et s’opposer même à l’exploration de l’anneau ombilical. Cependant son siège et les renseignements que peut fournir le propriétaire sur l’ancienneté de la lésion sur l’accident arrivé à l’animal doivent nous mettre en garde, réveiller en nous l’idée de l’exomphale et nous faire agir avec prudence. Enfin, au bout de huit à quinze jours, les symptômes du phlegmon aigu s’atténuant, ce dernier peut passer à l’état chronique et se terminer par une néoformation fibreuse, qui apporte au diagnostic de nouvelles causes d’erreur. Des contusions très-violentes sur la hernie, n’ont pas pour effet de produire un phlegmon aussi simple que celui que nous venons de voir ; elles peuvent occasionner une vive inflammation qui va s’étendre à l’intestin lui-même et amener la formation d’un exsudat qui s’organisera en fausses membranes, pour réunir l’organe hernié à la paroi du sac et constituer l’exomphale adhérent. Douée d’un caractère de gravité exceptionnel, cette complication non reconnue exposerait à des accidents mortels si, pour la traiter, on employait la méthode par compression, ou par ligature par exemple.

Si pendant longtemps on a cru que l’exomphale irréductible par adhérence était très-fréquent, cela doit être attribué à une erreur de diagnostic causée par le cordon fibreux résultant de la transformation de l’ouraque, car la hernie, ombilicale adhérente est très-rare.

Vu la gravité de cette complication, il nous semble indispensable d’indiquer d’une manière complète, tous les moyens de diagnose dont on doit faire usage. Pour s’assurer si la hernie est irréductible, on doit voir si l’organe hernié est mobile dans la poche ; s’il ne l’est pas on doit craindre l’adhérence, et comme cette manipulation, pour avoir de la valeur, demande une grande pratique, il vaut mieux coucher l’animal en position dorsale. Alors, si tirant le sac au dehors la tumeur persiste, on peut être sûr que l’intestin est adhérent.

Il peut arriver que des frottements violents déterminent la mortification de la poche et que, vers le huitième jour, la partie mortifiée tombe, et l’intestin n’étant plus retenu par les parois du sac, sorte au dehors et constitue une complication quelquefois mortelle qu’on désigne sous le nom d’éventration.

L’irréductibilité ne résulte pas toujours de l’adhérence ; elle peut encore être due à l’étroitesse de l’ouverture ombilicale, ou, pour dire plus vrai, à l’augmentation de volume de l’organe hernié après son apparition dans le sac. Ainsi il n’est pas rare de voir l’épiploon s’infiltrer de graisse et former un peloton, qui ne peut franchir l’ouverture qui lui a livré passage au moment où le sujet était maigre. Nous avons pu constater ce fait à la clinique sur un jeune chien atteint d’épiplocèle.

Doit-on considérer l’engouement de l’intestin comme une complication de la hernie ombilicale ? Oui, car elle peut se produire malgré qu’on nel’ait signalée que très-rarement. Cette complication consiste dans l’arrêt des matières alimentaires dans l’anse intestinale que contient le sac herniaire. Elle se traduit par les symptômes suivants : coliques intenses, le ventre se ballonne, il survient des hoquets ou des nausées. Si les contractions péristaltiques sont impuissantes à faire progresser les matières alimentaires, l’intestin hernié se congestionne, s’enflamme, et les symptômes de l’étranglement apparaissent. Celui-ci résulte de la gêne ou de l’arrêt de la circulation veineuse dans l’organe hernié. Cette gêne portée à la circulation est produite par la pression exagérée qu’exerce le collet sur les organes qui le franchissent. Cette compression, si elle n’est pas très-forte, a pour résultat de déterminer la production d’une infiltration séreuse dans ces organes ; si elle est très-énergique, de façon à déterminer l’oblitération complète des vaisseaux veineux, on voit bientôt des phénomènes de gangrène se manifester, si le débridement ne vient remédier à cette redoutable complication.

Anatomie pathologique.


Si l’on considère, le peu d’autopsies que l’on a l’occasion de faire de sujets atteints de hernie ombilicale, on prévoit sans peine que l’anatomie pathologique doit avoir encore beaucoup à faire, pour que tous ses points soient complètement élucidés. Ainsi, nous voyons les divers auteurs qui se sont occupés de cette maladie, interpréter cette

question d’une manière différente. Nous allons d’abord, indiquer la structure anatomo-pathologique de la poche herniaire.

On appelle ordinairement sac herniaire, cette poche, dans laquelle les viscères abdominaux viennent se loger, pour former la hernie. M. Marlot, qui s’est beaucoup occupé de l’exomphale, a admis cinq couches dans la structure de la poche herniaire : 1° le feuillet pariétal du péritoine qui est le sac herniaire proprement dit ; 2° une membrane fibreuse très-fine représentant le fascia transversalis ; 3° une autre couche formée de fibres jaunes élastiques représentant la tunique abdominale ; 4° le muscle peaucier ; 5° la peau. Ces différentes couches sont rassemblées par du tissu cellulaire. Il est certain que M. Marlot est dans l’erreur en admettant, dans le sac herniaire, l’existence des cinq couches que nous venons d’énumérer. En effet, nous savons que celle qui représente la tunique abdominale ne saurait exister, puisque celle-ci ne fait que s’écarter pour livrer passage à l’intestin.

Le feuillet péritonéal est la couche qui a le plus prêté au champ de la discussion. Les anciens croyaient que le péritoine se rupturait au collet pour livrer passage à l’organe hernié. Tandis que Marlot admettait cinq couches, Bénard niait non-seulement la participation de la tunique abdominale, mais encore le feuillet péritonéal dans presque toutes les hernies d’un fort volume. D’après ce praticien, la hernie ombilicale deviendrait d’autant moins volumineuse et plus réductible que le péritoine y existerait et qu’il y serait plus intact. En effet, si une hernie d’un volume énorme se développe instantanément à la suite de violents efforts, le péritoine délicat, peu élastique, ne pourra suivre la grande distension de la peau et du tissu cellulaire ; il s’amincira, s’éraillera inévitablement. Cependant il n’a pas encore été signalé de cas où les parois de la poche fussent dépourvues de feuillet pariétal ; on en trouve toujours un, résultant de l’organisation du tissu cellulaire sous-jacent en fausse séreuse faisant suite aux lambeaux du péritoine déchiré.

Nous considérerons encore comme faisant partie de la poche, l’ouraque et les vaisseaux ombilicaux atrophiés, que Bénard a placés parmi les organes herniés. À ce sujet, ainsi s’exprime ce praticien : « Lorsque l’ouraque est la seule partie qui s’y trouve avec l’intestin, on sent postérieurement un cordon rond, adhérent aux parois de la poche et offrant quelquefois une partie libre, plus ou moins longue, et flottante après que la réduction a été opérée. » Si Bénard, avait connu parfaitement le mode d’oblitération que subit le canal de l’ouraque chez le jeune sujet, au moment de la naissance, il n’aurait pas émis cette opinion erronée. Nous voyons que l’ouraque ne saurait être entraîné par l’intestin au dehors de l’abdomen, puisqu’il occupe toujours une position extra-abdominale. Pour ce motif, nous considérons comme faisant partie de la poche herniaire, non-seulement l’ouraque, mais encore les vaisseaux ombilicaux oblitérés ; ces organes très-souvent adhérents, se trouvent la plupart du temps attachés à la partie postérieure du sac.

L’ouverture ombilicale, encore appelée collet de la hernie, a une forme oblongue dont le diamètre longitudinal mesure de cinq à huit centimètres, le transversal, qui est le plus petit, varie, mais n’excède jamais cinq centimètres. Dans l’exomphale vrai, l’ouverture résultant de l’écartement forcé des parties géminées de la ligne blanche, présente des bords formés par du tissu fibreux cicatriciel. Également fibreux dans les hernies fausses, ces bords plus irréguliers présentent un ourlet dans toute leur étendue.

Les viscères abdominaux que l’on a jusqu’à présent rencontrés dans la tumeur de l’exomphale sont au nombre de quatre. Si nous les énumérons d’après leur fréquence, nous avons l’ordre suivant : intestin grêle, épiploon, colon flottant, et enfin pointe du cœcum. La disposition particulière de l’intestin grêle du poulain qui vient de naître, nous explique pourquoi cet organe se trouve plus fréquemment hernié que les autres. Nous voyons en effet que chez le fœtus cette partie du tube digestif a un volume relativement plus considérable que les autres viscères. Girard explique ce fait : « Au lieu d’occuper le flanc gauche, l’intestin grêle, dit-il, posé immédiatement sur les parois inférieures de l’abdomen, se trouve amoncelé sur la région ombilicale et pèse sur l’infundibulum. » Il est facile de comprendre, d’après ce rapport momentané des organes, que, si l’ouverture ombilicale cède à la pression des viscères, une anse va se précipiter dans l’infundibulum et produire l’exomphale. Cet auteur va jusqu’à dire, avec quelque raison peut-être, que l’intestin grêle est l’organe primitivement hernié dans l’exomphale congénial, et si le colon flottant se trouve plus tard dans le sac, ce n’est qu’après avoir acquis son développement normal qu’il pourra remplacer l’intestin grêle allant se placer définitivement dans le flanc gauche. Malgré cette explication, il est certain que le colon flottant a été plusieurs fois trouvé seul dans la poche herniaire.

M. Lafosse a constaté le premier, et une seule fois, la présence de la pointe du cœcum dans le sac. C’était sur un muleton de dix-huit mois : « La hernie était formée par la pointe du cœcum, qui se trouvait rempli de sable et de très-petits graviers ; le tout formait une masse très-dure. L’ouverture de communication avec l’abdomen était tellement étroite, qu’il était impossible d’y introduire le doigt. Quant au sable et au gravier, on conçoit aisément qu’ils se sont accumulés peu à peu dans la pointe du cœcum de la manière suivante : chaque fois que quelques parcelles de ces corps arrivaient vers la pointe du cœcum, elles étaient entraînées par la pesanteur dans la partie herniée, à la condition de présenter un diamètre inférieur à celui du collet de l’espèce de petite bouteille que formait l’intestin. »

Seul ou de pair avec les organes déjà cités, l’épiploon entre très-fréquemment dans la composition des exomphales ; il n’est guère possible d’établir une proportion bien certaine entre les entéromphales, les épiplomphales et les entéro-épiplomphales, les premiers et les derniers sont les plus fréquents ; l’épiplomphale cependant est moins rare sur le jeune chien que sur le poulain.

Dans quelques circonstances, nous l’avons déjà dit, la tumeur herniaire, sous l’influence de contusions, peut s’enflammer et devenir adhérente. Cette inflammation, que les anciens croyaient douée d’un cachet particulier, spécial, et qu’ils nommaient inflammation

adhésive, a pour premier effet d’amener la destruction des cellules endothéliales du feuillet séreux de la hernie. Après la destruction de cette couche protectrice, il y a prolifération des éléments anatomiques du chorion et formation de capillaires, qui établissent avec l’organe hernié, des relations de continuité là où il n’y avait que relation de contiguïté. Ces adhérences peuvent envahir en partie ou en totalité le sac et les organes qu’il contient, empêcher la réduction non-seulement sur l’animal vivant mais encore sur le cadavre. La hernie, compliquée d’une vive inflammation présente à l’autopsie une infiltration séreuse du tissu conjonctif sous-jacent, une prolifération exagérée des éléments du sac.

Si la tumeur herniaire a subi des irritations successives à différentes époques, on peut constater, entre la peau et la face externe du feuillet péritonéal, la présence d’une couche de tissu fibreux stratifié pouvant acquérir plusieurs centimètres d’épaisseur. Ce tissu, plus vascularisé que le tissu fibreux normal, est plus ou moins dense, suivant l’ancienneté de la couche, et présente des faisceaux entrecroisés formant un vrai feutrage. En un mot, cette néoformation possède tous les caractères de celle qui résulte d’une inflammation chronique variant d’intensité à certains moments de son cours.

Dans l’engouement, l’anse herniée se trouve bourrée par des matières alimentaires dures, épaisses, que les contractions péristaltiques font cheminer avec difficulté. Ce fait se produisant chaque fois que la digestion a lieu, il en résulte une gêne intermittente de la circulation capillaire qui donne lieu, avec le temps, à un épaississement des parois de l’anse et à une diminution du calibre de son canal intérieur.

L’étranglement, suivant la période à laquelle on l’examine, présente des lésions anatomiques variables. Au premier moment de la constriction, l’intestin a une couleur rouge qui se fonce rapidement, dans l’espace de quelques heures il a pris la teinte violacée, voire même noir bleuâtre, indiquant la stagnation du sang dans les capillaires. C’est alors qu’on voit apparaître l’épaississement de la paroi intestinale, grâce à l’extravasation des éléments du sang dans ses diverses couches. Bientôt, l’intérieur du sac se trouve rempli d’un liquide qui perle à la surface de l’intestin. Dix-huit ou vingt-quatre heures après l’apparition de l’étranglement, la gangrène apparaît avec sa nombreuse escorte de symptômes, flaccidité, mollesse des tissus, friabilité, abaissement très-sensible de la température de la région ; une odeur sui generis se dégage. Ces redoutables lésions s’irradient vers tous les points environnants ; des œdèmes ascendants se montrent, et enfin le sujet ne tarde pas à périr.

Diagnostic.


Le diagnostic ne présente aucune difficulté, tant que les symptômes caractéristiques et exclusifs de l’exomphale existent. Mais si la tumeur s’œdématie et que la douleur et la température augmentent également, on se trouve en présence des caractères du phlegmon ; l’infiltration peut même s’opposer à l’exploration de l’ouverture ombilicale et rendre ainsi le diagnostic tout à fait incertain. Lorsqu’on se trouve en face de tels symptômes, on doit s’astreindre à un traitement qui leur soit approprié et attendre qu’ils aient disparu avant de porter le diagnostic.

Dans d’autres circonstances, si l’intestin est rempli de matières alimentaires dures, la hernie peut simuler une tumeur indolente de nature fibreuse. M. Lafosse, dans son Traité de pathologie vétérinaire, cite à ce sujet un exemple remarquable de difficulté de diagnostic, constaté sur un muleton de dix-huit mois, présentant une hernie de la pointe du cœcum, dont nous avons déjà parlé : « La dureté, l’irréductibilité, l’insensibilité de la tumeur, qui était grosse comme la tête d’un enfant naissant, l’impossibilité de trouver l’ouverture de communication avec l’abdomen, l’absence de borborygmes, tout concourait à donner le change, à faire prendre la hernie pour une tumeur fibreuse. On dut recourir à une ponction d’essai. Il s’écoula un liquide épais ayant une odeur de matières stercorales, mais que, nonobstant son odeur stercorale, on pouvait prendre pour du pus, à cause de sa consistance ; car on sait que cette odeur se communique au pus des abcès qui se forment sur les parois abdominales. Sans doute, on aurait pu sortir d’incertitude en examinant le liquide au microscope ; mais comme dans l’hypothèse d’une hernie il fallait ouvrir le sac, vider l’intestin ou débrider le col pour obtenir la réduction, on incisa en dédolant, et on finit par apercevoir l’intestin. »

Si nous considérons les symptômes appartenant à l’entéromphale et à l’épiplomphale, nous voyons qu’ils sont trop peu distincts pour permettre d’établir un diagnostic différentiel précis. Cependant l’entéromphale ne présente pas dans tous les points la consistance pâteuse et régulière qu’offre l’épiplomphale. Si la hernie présente quelques complications, il n’est pas besoin de dire qu’il est impossible d’établir la différence. Pourtant si la complication est constituée par l’étranglement, il est très-facile de distinguer, par l’intensité des coliques, l’entéromphale de l’épiplomphale, puisque la douleur est très-forte dans la hernie de l’intestin.

Si le collet offre une assez grande dimension et qu’au moyen du taxis on ne puisse parvenir à faire rentrer entièrement les organes herniés dans l’abdomen, on peut avoir la certitude que l’en se trouve en présence d’un exomphale adhérent.

Pronostic.


Le pronostic de l’exomphale n’a pas eu la même gravité à toutes les époques. Avant que la zootechnie eût établi les règles du croisement, la hernie ombilicale était très-grave, vu le nombre des animaux atteints. Mais depuis que les accouplements sont mieux compris, on voit la fréquence des hernies s’affaiblir de jour en jour.

En 1848, Dayot préconisa la cautérisation nitrique pour le traitement de l’exomphale ; cette heureuse innovation diminua pour sa part les suites fâcheuses de cette affection. Nous devons donc, pour établir le pronostic sur des bases solides, considérer la hernie ombilicale, au point de vue de la pathologie, des pertes qu’elle cause à l’éleveur par la moins-value des produits et enfin des frais que nécessite son traitement.

Envisagé au point de vue pathologique, l’omphalocèle offre peu de gravité. Ainsi il y en a qui disparaissent sans l’intervention d’aucun traitement : un régime bien dirigé et les progrès de l’évolution organique du jeune sujet peuvent amener leur disparition. Celles qui ne subissent pas ce sort disparaissent par l’emploi de divers traitements thérapeutiques ou chirurgicaux. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’on en voit quelques-unes réfractaires à tout traitement ; dans ce cas, elles n’ont pas une très-grande gravité du moment qu’elles sont pour la plupart compatibles avec la santé des sujets qui ne sont que tarés par leur présence. Si elles ont de la gravité, ce n’est qu’au point de vue des complications qui peuvent survenir.

Si la hernie ombilicale offre un pronostic, moins grave dans le jeune âge qu’à l’état adulte, cela tient à ce que chez le jeune sujet, l’hiatus, une fois évacué, s’oblitère facilement et d’une manière complète par suite de la prolifération des éléments qui constituent ses bords ; tandis que chez les sujets adultes, ces mêmes éléments cicatriciels sont lents à se produire et quelquefois la prolifération qui doit se former n’est pas assez intense pour fermer l’ouverture, de là l’insuffisance et la non réussite du traitement.

L’adhérence est une complication très-fâcheuse ; elle rend les hernies irréductibles et s’oppose à l’emploi de certains moyens que l’on choisit pour les faire disparaître. Elle a encore un cachet plus grave si elle n’est pas reconnue, elle expose les organes herniés à être comprimés entre les parois du sac que l’on veut maintenir en contact.

On doit encore tenir compte du volume de la tumeur pour établir le pronostic. Plus la tumeur est développée, plus elle se trouve exposée aux actions contondantes des corps extérieurs et par suite sujette aux diverses complications déjà indiquées. D’un autre côté on a moins de chance d’obtenir la réunion des lèvres de l’anneau, vu qu’à une grande hernie correspond presque toujours une grande ouverture, et plus cette ouverture sera large, et moins rarement on verra son occlusion.

Nous pouvons dire sans crainte de nous tromper, que l’engouement au point de vue du pronostic offre moins de gravité dans l’exomphale que dans les autres hernies, et plus particulièrement que dans celles de Faîne. D’où vient cette différence ? L’exomphale, par sa position superficielle, permet d’exercer sur la tumeur des pressions presque immédiates, à l’aide desquelles on peut diviser les matières alimentaires contenues dans son intérieur, et faire reprendre à ces dernières leur marche physiologique. L’étranglement est moins dangereux, puisqu’on peut facilement porter le bistouri sur le collet et le débrider.

Si maintenant, pour apprécier la gravité de l’exomphale, nous considérons la quotité des pertes qu’il cause annuellement à l’élevage, nous verrons que ce chiffre en est très élevé. À l’appui de cette assertion citons un passage extrait d’un mémoire de M. Marlot « La question du traitement des exomphales des poulains est plus importante, dit-il, qu’on ne le croit généralement. On reste bientôt convaincu de sa valeur pratique si l’on considère qu’il naît annuellement en France 300,496 solipèdes, dont le vingtième environ est affecté d’omphalocèles, c’est-à-dire approximativement 15,248 poulains et muletons, dont la valeur moyenne individuelle n’est pas moins de 200 francs et ]a valeur totale de 3,049,600 francs. Si l’on considère ensuite que cette infirmité, qui empêche souvent la vente, enlève à l’animal au moins un quart de sa valeur, on voit qu’il en résulte pour l’agriculture et le commerce un préjudice annuel de 762,400 francs. Si l’on considère en outre qu’un dixième des jeunes animaux affectés d’exomphale, succombent à la suite, soit d’engouement de la hernie, soit d’opérations par les procédés anciens et surtout entre les mains d’empiriques dangereux, on voit encore pour l’agriculture une perte annuelle de 304,760 francs. Ainsi donc, au total, l’exomphale, malheureusement trop fréquent, occasionne annuellement, à l’agriculture et au commerce français, une perte de 1,067,360 francs. »

CHAPITRE II

Traitement.


Ce chapitre va seulement être consacré à l’étude de l’emploi de la cautérisation nitrique dans le traitement des hernies ombilicales. Pour établir la médication rationnelle de cette lésion, deux indications se présentent : réintégrer les organes herniés dans l’abdomen, et déterminer l’oblitération définitive de l’ouverture qui leur a livré passage. Pour remplir ces deux indications fondamentales, un nombre infini de moyens ont été mis en pratique, mais pas plus avantageux les uns que les autres. On peut diviser ces moyens en quatre catégories comprenant chacune plusieurs procédés : 1° La méthode par les bandages ; 2° la méthode par la compression des parois du sac ; 3° la méthode par les sutures ; 4° la méthode par les topiques irritants ou caustiques. C’est à cette dernière méthode qu’appartient le procédé que nous allons décrire.

TRAITEMENT DES EXOMPHALES PAR LA CAUTÉRISATION NITRIQUE OU PROCÉDÉ DAYOT.


Ce procédé consiste dans l’application sur la tumeur herniaire d’une quantité déterminée d’acide nitrique destiné à produire une escharification d’abord et ultérieurement la chute du sac herniaire.

Historique. — Parmi les médecins de l’antiquité, Celse paraît être le premier qui ait préconisé les caustiques dans le traitement des exomphales. Cependant cette méthode n’a été introduite dans la vétérinaire qu’en 1848, par M. Dayot. Si avant cette époque on voyait de temps en temps quelques praticiens en faire usage, ce n’était qu’avec méfiance, car la science contre-indiquait ce mode de traitement. Ainsi, l’école des Girard, des Mignon, des d’Arboval bannissait impitoyablement l’emploi des topiques dans le traitement de l’exomphale. Hertwig, de Berlin, après que M. Dayot eût donné connaissance de son procédé à la Société centrale de médecine vétérinaire, voulut s’en attribuer la découverte, déclarant qu’il avait déjà, en 1833, conseillé à ses élèves l’usage de l’acide sulfurique dans le traitement de la hernie ombilicale.

Par quelle circonstance M. Dayot fut-il conduit à reconnaître l’efficacité de l’acide nitrique contre l’omphalocèle ? C’est au hasard qu’il doit son heureuse découverte. En novembre 1844, un éleveur présenta à ce praticien un poulain de lait qu’il désirait faire opérer d’une hernie du volume d’un œuf, dont la base était entourée par trois fics à pédoncules assez larges. Il fut décidé que les deux opérations ne seraient pas faites à la fois, qu’on débuterait par l’extirpation des fics et leur disparition obtenue on traiterait la hernie par le procédé Bénard. Après avoir amputé ces excroissances fibreuses, il en cautérisa les racines avec de l’acide nitrique. Environ quinze jours après cette première opération, alors qu’il se préparait à faire le traitement de la hernie, il s’aperçut, à son grand étonnement, que la tumeur herniaire n’avait plus qu’un tiers de son volume primitif ; en outre elle offrait plus de consistance, son élasticité et sa souplesse avaient diminué, mais l’intestin se trouvait encore dans la poche. Il remarqua encore que le caustique, s’était étendu au-delà des plaies produites par l’enlèvement des fics, avait en partie empiété sur la tumeur, en avait racorni l’épiderme qui commençait s’enlever sous forme de larges écailles.

En présence d’une action si inattendue, M. Dayot renvoya l’opération à un autre jour. Cependant l’idée que ce phénomène était dû simplement à l’action de l’acide azotique sur la peau, le détermina le lendemain, et sans aucune hésitation, à faire une application de ce précieux caustique. Un jour après cette application, il constata une légère tuméfaction dont la disparition ne se fit pas attendre. Douze jours après, la tumeur se trouvait réduite au volume d’une noisette et quelques jours plus tard elle avait complètement disparu.

En possession d’une pareille recette, M. Dayot ne voulut pas, à l’exemple de certains praticiens, livrer sa découverte à la publicité avant d’en avoir reconnu l’efficacité et de s’assurer si les opinions que la science émettait étaient bien dépourvues de tout fondement. Cette règle de conduite arrêtée, c’est avec empressement qu’il entreprit des expériences, d’abord sur des poulains qu’il acheta afin de ne point compromettre sa réputation et les intérêts de ses clients, s’il venait à avoir des insuccès. Enhardi par les cures qu’il venait d’obtenir, ce praticien traita de la même façon les animaux qui lui furent présentés et ses expériences furent non moins heureuses.

Si c’est, en quelque sorte, à Celse, à Hertwig, à quelques hippiâtres même que revient l’honneur d’avoir mis à profit l’action des caustiques dans le traitement de l’exomphale, Dayot doit avoir le titre de restaurateur de cette méthode complètement abandonnée en France, et celui d’inventeur du procédé nouveau dont le hasard et l’observation vinrent doter la thérapeutique.

Disons en quelques mots le manuel opératoire, employé par M. Dayot.

Après avoir pris en considération le tempérament et l’irritabilité du sujet, l’animal debout, ayant au préalable coupé les poils sur la hernie, Dayot prenait un pinceau d’étoupes imbibé d’acide azotique qu’il étendait sur la tumeur en dépassant un peu ses limites. Il renouvelait la même opération une ou deux fois dans une heure, suivant l’épaisseur de la peau. C’est la préoccupation des dangers indiqués jusque là par la science qui le faisait agir de la sorte ; aussi le résultat n’était presque jamais parfait. Cependant après avoir étendu le champ de ses expériences, et la timidité ayant fui devant de nombreux succès, ce praticien employa une cautérisation plus énergique, afin d’en mieux assurer les suites.

Quatre ans après son heureuse découverte, se trouvant en possession de quarante-deux observations militant toutes en faveur du nouveau procédé, M. Dayot crut devoir envoyer un mémoire à la Société centrale de médecine vétérinaire. Après la publication de cet article si important, un grand nombre de praticiens firent bon accueil à la nouvelle méthode et la mirent en pratique à cause de sa simplicité et de ses belles promesses. Aussitôt, nous trouvons un grand nombre de comptes-rendus dans le Recueil de médecine vétérinaire de 1840-1850. Sanson cite trois cas remarquables de guérison par l’emploi de l’acide nitrique sur l’omphalocèle, dont un surtout mérite d’être mentionné ; il a trait à une hernie accidentelle dont l’ouverture présentait 7 cent. de long sur 5 de large ; la guérison fut radicale. M. Legoff présente cinq cas de réussite sur six. M. Charrant en rapporte quarante-deux, et aucun n’a résisté au procédé Dayot. M. Duprey en rapporte également vingt-trois, ayant tous réussi. Enfin, des faits semblables recueillis à la clinique des Écoles de Toulouse, d’Alfort et de Lyon, prouvent les bons effets de l’acide nitrique contre l’omphalocèle.

Chaque chose ayant son bon et son mauvais côté, le procédé Dayot ne fait pas exception à la règle. Ainsi, si un grand nombre de cures sont venues prouver l’efficacité de ce procédé, il en est d’autres très-rares, il est vrai, qui l’ont discrédité en raison de la complication formidable qui a suivi son application ; nous voulonsparler de l’éventration. Roche-Lubin de Ste-Affrique, Weber, de Montargis, Paugoué, de la Châtre-sur-Loire, disent avoir suivi point par point le procédé Dayot, et avoir eu des éventrations. M. Rochard, étant élève à l’École de Lyon, cite un cas d’ouverture de la cavité abdominale : l’air entrait et sortait, mais l’intestin fut retenu par un bandage qui empêcha la terminaison funeste qui devait s’ensuivre, et l’animal sortit guéri des hôpitaux de l’École. M. Raynal cite quatre exemples d’animaux atteints d’inflammation du péritoine à la suite d’éventration ; un seul fut sauvé au moyen du bandage.

Mode d’emploi de l’acide nitrique.


Nous n’entreprendrons pas ici de décrire les divers procédés que l’on a employés pour faire cette opération, nous parlerons seulement, de celui indiqué par M. Lafosse dans son Traité de pathologie.

CHOIX DE L’ACIDE. — L’acide qu’on rencontre ordinairement chez le droguiste se trouve au degré nécessaire pour être employé ; en effet, on le prend à 34° ou 36° de l’aréomètre Beaumé. Cette concentration est assez caustique pour déterminer la mortification de la peau, mais pas assez pour la raccornir et empêcher la pénétration d’une petite quantité de liquide dans le tissu cellulaire. Nous verrons plus loin pourquoi il y a avantage à obtenir ce dernier résultat. La quantité d’acide nécessaire est 24 à 30 grammes pour des hernies de moyen volume. On doit se munir, en outre, d’une spatule en bois garnie d’une petite couche d’étoupes. Le liquide doit, pour la commodité de l’opérateur, se trouver dans un verre ou dans un plat en terre.

PRÉPARATION DE L’ANIMAL. — L’animal ne réclame aucune préparation particulière, seulement il serait bon qu’il fût à jeun, quoique cette précaution ne soit pas indispensable. Le plus souvent un tord-nez suffit pour maintenir le sujet ; s’il est indocile, on peut ajouter des tord-oreilles. Cette simple contention doit d’habitude être suffisante pour permettre la friction. Cependant, si l’on avait affaire à des animaux tellement irritables qu’il fût impossible de faire l’opération debout, on peut avoir recours à l’abattage ; dans ce cas, il est indispensable que l’animal soit à jeun. Après avoir fixé le patient de la manière que nous venons d’indiquer, on coupe les poils, d’autant plus abondants que l’animal a plus de gros. Après avoir préparé les éléments nécessaires à l’opération, on peut imbiber d’eau froide la face antérieure des membres postérieurs, afin qu’ils ne soient atteints par quelques gouttes de caustique. L’animal ainsi préparé, le temps de la friction arrive.

DE LA FRICTION. — Après avoir imbibé la spatule dans l’acide nitrique, remplissant les conditions nécessaires, on frotte modérément la surface de la tumeur, et à sa base un liséré d’environ un ou deux centimètres de large. La friction doit être faite aussi régulièrement que possible, c’est-à-dire que la spatule doit être promenée partout dans les mêmes conditions et un nombre égal de fois sur tous les points.

Il faut employer d’emblée assez de caustique et avec assez d’énergie pour pouvoir déterminer la désorganisation de la peau et produire sûrement sa mortification. Pour arriver à ce résultat, duquel dépend le succès de l’opération, M. Lafosse a été conduit à faire durer la friction de 3 à 5 minutes, suivant la finesse de la peau. À l’École de Toulouse, nous avons toujours vu frictionner 5 minutes. Ce laps de temps est exclusivement consacré à la friction, et si l’animal vient à se défendre de manière à interrompre l’opération, on doit employer plus de temps pour compenser celui que l’on perd pendant que l’animal s’agite. Des 32 grammes d’acide que l’on a pris, on n’en emploie guère que 15 à 20 grammes si l’animal est docile et qu’il ait la peau fine. La durée de la friction et la quantité de caustique employé dépendent encore du volume de la hernie. En voyant le volume de la tumeur, le praticien doit, dans son esprit, établir la proportion.

Il existe des hernies très-volumineuses dont les parois du sac, à la suite de frottements ou de contusions, ont été le siège d’une inflammation qui a pu amener des néoformations fibreuses de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent. C’est dans ce cas qu’on doit agir le plus énergiquement. Lorsqu’on est obligé de coucher l’animal, et de le mettre sur le dos, on doit diminuer d’un tiers environ la quantité de caustique et la durée de la friction.

M. Rey, pour que la friction soit plus régulière, met l’acide dans une soucoupe, et y fait plonger la hernie, mais ce procédé occasionne des accidents. Ainsi, l’animal venant à remuer, peut faire verser le caustique sur ses jambes ou le répandre sur une certaine partie de son abdomen. Les mains de l’opérateur peuvent être facilement atteintes.

Sur le sujet mâle, il arrive assez fréquemment que la tumeur herniaire se trouve tout à fait à l’entrée du fourreau et même qu’elle s’en trouve revêtue. Dans ce cas, la friction doit s’étendre jusque dans la cavité de cet organe, en ayant, au préalable, enduit la tête de la verge avec une matière grasse, afin de la préserver des atteintes du caustique.

SOINS CONSÉCUTIFS À L’OPÉRATION. — L’opération finie, on applique un bandage sur le ventre, recouvrant la hernie pour la mettre à l’abri de la dent et du pied du sujet. Si l’animal s’acharne à mordre la région cautérisée, on l’attache à deux longes. Il est bon de ne lui donner que des aliments renfermant sous un petit volume beaucoup de principes nutritifs, afin de diminuer le poids de la masse intestinale ; le régime blanc est excellent, surtout s’il y a peu de fièvre. Le bandage doit, pour prévenir les accidents, être laissé en place et flottant, jusqu’à la chute de l’eschare, laquelle a lieu, vers le deuxième ou troisième septénaire. Si l’eschare est trop profonde, après son élimination, on laisse encore le bandage, qui doit être serré, et l’on met un tampon d’étoupes sur la plaie afin de prévenir l’éventration.

MODE D’ACTION DE LA CAUTÉRISATION NITRIQUE. — À l’exemple de tous les caustiques, l’acide azotique appliqué sur les tissus, en détermine une désorganisation prompte et complète, à cause de son affinité pour l’eau qu’ils contiennent. En outre, il parait déterminer la combinaison de la protéine avec un alcaloïde contenu dans les cellules épithéliales et les poils, qu’on appelle xantine (C11H4Az4O4), pour former l’acide xanthoprotéique. Cet acide est considéré comme produisant la coloration jaunâtre de la surface cautérisée. Quoi qu’il en soit de cette explication donnée par Ferran, est-il toujours certain que l’acide nitrique, en présence de la peau, se combine avec ses diverses couches, détermine à la surface cutanée la formation d’une matière grasse, onctueuse, jaunâtre, qui parait résulter de la dissolution de l’épithélium, des poils et de la matière sébacée.

La teinte jaune varie suivant le fond sur lequel elle repose, d’un jaune ambré sur une peau dépourvue de pigment, elle est jaune brun sur une peau pigmentée.

MM. H. Bouley, Reynal, Pérosino, etc., ont remarqué que l’eschare produite par l’acide azotique se présente, dans la majorité des cas, sous un état particulier. En effet, la peau soumise à l’action de l’acide nitrique, toute désorganisée et dépourvue de ses propriétés vitales qu’elle est, n’accuse nullement, par aucun signe extérieur, les modifications chimiques et vitales qui viennent de se passer dans sa constitution intime. Elle est toujours molle, souple, onctueuse ; sa chaleur même n’a pas sensiblement diminué. Cependant la consistance est beaucoup moindre à sa surface, et en pressant dessus avec l’ongle, on dilacère facilement son épiderme. Le praticien non prévenu de la persistance de ces apparences de vitalité, et croyant à l’insuffisance de la première cautérisation, serait tenté de la renouveler. On voit d’ici les accidents qui peuvent résulter d’une telle conduite.

Si presque toujours, les effets de l’acide azotique sur la peau se traduisent comme nous venons de l’indiquer, il se présente des exemples assez nombreux où l’eschare, au lieu de conserver sa souplesse avec les apparences de vitalité, se parchemine immédiatement, devient dure et sèche. M. H. Bouley déclare qu’il n’est pas facile de donner une explication claire de ce fait ; cependant il ajoute, que cela pourrait probablement dépendre du degré d’épaisseur de la peau, de sa densité, de sa vascularisation, de l’âge de l’individu et probablement aussi de la race du sujet. Ce qui donne quelque base à cette hypothèse, c’est que si, sur le même animal, on pratique la cautérisation nitrique sur deux régions différentes, l’une au ventre, l’autre à la croupe, on voit l’eschare de la première rester molle tandis que celle de la seconde est sèche et dure.

Si les effets de l’acide nitrique se bornaient seulement à ceux que nous venons de voir se produire sur la peau, et qu’ils ne s’étendissent pas au-delà de celle-ci dans le muscle peaucier et dans le tissu cellulaire sous-jacent, il est certain que le praticien n’obtiendrait pas le résultat désiré. Cette pénétration du caustique au-delà de la couche cutanée, a été prouvée expérimentalement par notre savant professeur M. Lafosse. Ayant pris 3 gr. d’acide nitrique, et au moyen d’une spatule entourée d’étoupes, l’ayant appliquée pendant 3 minutes sur une surface de peau de 5 centimètres carrés, cet auteur à l’aide du papier de tournesol a pu constater au bout de 15 minutes la présence du caustique dans les tissus sous-cutanés.

Mais si l’on double la dose de l’acide et qu’on frictionne 6 minutes au lieu de faire une simple application durant 3 minutes, le papier de tournesol manifestera la présence de l’acide 10 à 12 minutes après la friction.

Ces expériences toutes parfaites qu’elles semblent être ne peuvent servir de base à la cautérisation nitrique d’une manière mathématique, vu que les sujets dont on a pu disposer pour faire ces expériences étaient de vieux chevaux ruinés, offrant peu de réaction, pourvus d’une peau dure, épaisse et peu vasculaire. En effet, dans la pratique on a presque toujours à traiter des sujets jeunes présentant un tégument très-fin et très-vasculaire, chez lesquels les effets doivent être plus rapides et plus faciles à obtenir, que chez les animaux d’expérience.

L’effet vraiment curatif de l’exomphale se trouve dans la production d’un phénomène consécutif de la cautérisation, c’est la formation d’un œdème dans le tissu conjonctif sous-cutané. Tantôt il se produit immédiatement après la friction, d’une manière si rapide que M. Dayot a pu dire qu’on apercevait son augmentation à l’œil nu. D’autres fois il ne se développe qu’insensiblement et plusieurs heures après la friction. Dans quelques circonstances assez rares, il se développe très-peu et peut même ne pas apparaître du tout. On n’a pas encore pu expliquer ce fait.

La petite quantité d’acide arrivée dans le tissu cellulaire, détermine une action irritante ayant pour résultat, une augmentation de la vitesse et de la tension du sang lesquelles sont la cause d’un exsudat inflammatoire sous le sac péritonéal et même dans son intérieur. Ce blastème exerce une pression égale et graduelle sur toute la surface de l’anse herniée. D’un autre côté, la peau offrant une assez forte résistance, l’intestin doit céder le premier et rentrer dans la cavité abdominale. Nous voyons d’après cela, que la réduction de la hernie est toute mécanique et que pour si intense que soit la cautérisation, on ne peut obtenir la guérison qu’à la condition qu’il y ait formation d’un œdème.

Les éléments du tissu cellulaire, en présence de l’exsudat, entrent en prolifération et remplissent par suite de leur développement la cavité du sac. Ces éléments, de nouvelle formation, forment une masse de tissu embryonnaire qui par la suite, se densifie, se rétracte et se résorbe comme le font tous les tissus cicatriciels.

Puisque le succès du traitement de l’omphalocèle dépend de l’œdème qui se développe dans le tissu conjonctif sous-cutané, tout procédé pouvant produire cet œdème sera efficace pour traiter cette infirmité. Ce sont probablement ces considérations qui ont amené M. le docteur Luton à injecter dans le tissu cellulaire un irritant capable d’y produire un œdème sans déterminer la suppuration. Il est arrivé à remplir cette indication rationnelle au moyen d’une solution de chlorure de sodium. Il prend dix gouttes de ce sel, concentré à froid et l’injecte aux quatre points cardinaux de la hernie ; il ne tarde pas à se produire autant de petites tumeurs indurées qui n’ont aucune tendance à la suppuration. M. Luton possède quatre observations de cette nature suivies toujours de guérison complète, malgré la gravité des cas. Chez nos poulains ce procédé particulier devrait être mis à l’essai puisqu’il semble présenter tous les avantages de la cautérisation nitrique sans en avoir les inconvénients. L’opération serait très-facile à pratiquer ; on pourrait se servir de la seringue Pravaz et même d’une seringue en caoutchouc, de manipulation commode, que l’on pourrait se procurer à très-peu de frais.

Après avoir indiqué l’action intime que l’acide azotique exerce sur les tissus, nous allons dire quelques mots sur les divers phénomènes qui se déroulent sur le point traité. Pendant la friction on voit se dégager à la surface de la tumeur, des vapeurs rutilantes plus ou moins épaisses, suivant le degré d’humidité de l’atmosphère. Les animaux traduisent la douleur qu’ils éprouvent par des trépignements plus ou moins intenses, cette vive souffrance se calmant bientôt, on constate peu ou point de fièvre. La tumeur œdémateuse arrive à son summum de développement vers le second ou le troisième jour ; elle se trouve déprimée à son centre à cause du peu d’élasticité du moignon du cordon ombilical ; vers le huitième jour, l’œdème augmente de consistance et commence à se résorber ; la peau se dessèche insensiblement et prend les caractères du parchemin. Vers cette même époque l’inflammation éliminatrice qui doit détacher l’eschare se manifeste entre la partie mortifiée et les parties vives ; du pus se montre sur quelques points à la périphérie de cette eschare, et peu à peu ces points se multipliant forment un sillon appelé sillon disjoncteur. À mesure que les fibres qui retiennent la partie mortifiée se rupturent, des bourgeons apparaissent et la peau commence à s’organiser sur les bords de ce sillon. Vers le quinzième jour elle ne tient plus qu’au centre par un petit pédicule ; celui-ci se rupture vers le vingt-et-unième jour, et à la place de l’eschare existe, tantôt une plaie rosée, bourgeonnante dans son étendue, tantôt elle présente à son centre une partie plus foncée qui n’est autre chose que la matière fibrino-albumineuse accumulée dans le sac. Cette plaie, qui ne donne que très-peu de suppuration, se trouve, vers le trentième jour, recouverte d’épithélium, elle est privée de poils et quelquefois de pigment. Quand le travail de cicatrisation est terminé, on voit une peau indurée adhérente aux tissus sous-jacents et faisant partie du bouchon obturateur formé par du tissu fibreux cicatriciel.

Accidents.


Les accidents, résultant de la cautérisation nitrique, peuvent être dus à l’opération elle-même ou à la mauvaise hygiène à laquelle a été soumis l’animal.

Si nous considérons d’abord les accidents résultant de la cautérisation elle-même, nous trouvons, les récidives qui ont ordinairement pour cause une friction insuffisante ou le non-développement de l’œdème. Cependant, lors même que ces deux faits paraîtraient exister, on ne doit pas faire une seconde friction, avant que l’effet de la première soit terminé, c’est-à-dire environ un mois ou six semaines après. Un autre point doit encore faire renoncer à une nouvelle friction, avant la fin de ce délai ; c’est l’imperméabilité de l’eschare dans certains cas. Il nous a été possible au commencement de l’année de constater un exemple où l’action de la cautérisation paraissait insuffisante.

Une pouliche de six mois présentait un exomphale du volume d’un œuf de dinde ; l’ouverture de l’anneau ombilical présentait 3 cent. à son grand diamètre. Une friction faite suivant la règle indiquée n’eut pour résultat que la production d’un léger œdème, et à peine si on pouvait sentir un petit dépôt fibrino-albumineux dans l’intérieur du sac. Pendant les neuf jours que l’animal passa à l’École on ne constata autre chose que l’augmentation de densité de l’eschare. Quinze jours après sa sortie, l’animal fut de nouveau conduit dans les infirmeries ; à son arrivée on constata que l’eschare, détachée presqu’entièrement, comprenait dans son épaisseur tout le derme et une partie du tissu cellulaire sous-jacent. La hernie était complètement réduite. On voyait le centre de la plaie occupé par un tissu de couleur brune dont la surface égalait celle d’une pièce de 50 cent. ; c’était la matière fibrino-albumineuse organisée épanchée dans le sac à la suite de la cautérisation. Cela prouvant bien que le sac avait été ouvert, on s’empressa de mettre un bandage jusqu’à consolidation plus parfaite du bouchon obturateur. Aucun accident ne survint.

Si, se basant sur les apparences d’inefficacité de la première friction, on en avait fait une seconde trois ou quatre jours après, on aurait été exposé à avoir une eschare tellement épaisse et profonde, qu’à sa chute une éventration aurait pu se produire.

Ce dernier accident arrive ordinairement lorsque les animaux, ayant une peau très-fine, le praticien n’en tient pas compte pour limiter la durée de la friction ; il se produit vers le huitième jour après l’opération.

L’éventration peut être encore l’effet de la mauvaise hygiène à laquelle est soumis le sujet après l’opération. Par suite de la douleur ou du prurit intolérable qu’il éprouve dans la région cautérisée, l’animal, avec les dents, va saisir l’eschare et peut s’éventrer. C’est pour cette raison qu’il doit être attaché à deux longes ou pourvu, soit d’un collier à chapelets, soit d’un bâton à surfaix. Le bandage met l’animal dans l’impossibilité de saisir la partie mortifiée avec les dents et prévient la sortie de l’intestin dans le cas de cautérisation trop forte. Des efforts violents peuvent produire la récidive et même l’éventration si les tissus formant l’ouverture de l’anneau n’offrent pas assez de résistance aux organes abdominaux. Il est donc indispensable d’appliquer un bandage approprié lors de la chute de l’eschare, surtout si elle est profonde, afin de renforcer la faible cicatrice de nouvelle formation contre la poussée intestinale.

M. Lafosse cite un cas de tétanos consécutif à la cautérisation nitrique sur un muleton portant une hernie ombilicale. M. Raynal a aussi observé un cas de péritonite à la suite de cette même opération.

La méthode Dayot survivra à l’opiniâtreté de ses détracteurs, son emploi facile et peu coûteux, ses complications, quoique très-graves, surviennent si rarement, que presque tous les praticiens, ayant reconnu sa supériorité, n’hésitent plus à la mettre en pratique.

B. L.