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De la Présence et de l’Action du Saint-Esprit dans l’Église/Chapitre 14

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De la présence et de l’action du Saint-Esprit dans l’Église
J. Marc Aurel, Imprimeur-libraire (p. 98-123).

CHAPITRE XIV.

DU CHAPITRE XIVe DE M. WOLFF, SUR L’APOSTASIE DE L’ÉGLISE.

J’ai déjà assez écrit sur ce sujet, pour m’épargner ici, à moi-même, la peine d’en dire grand’ chose, et à mes lecteurs, l’ennui d’une répétition de ce que j’ai déjà dit ailleurs.

Je dois déclarer que je n’accepte nullement le tableau donné ici de mes opinions. M. Wolff dit « que, de nos jours, une opinion faite pour prospérer au milieu des ruines a de grandes chances de succès. » Ceci est bien extraordinaire, s’il n’y a pas de ruines et si tout est debout comme on le prétend. Si nous sommes au milieu des ruines, cela se comprend ; mais comment arrive-t-il qu’une opinion faite pour prospérer au milieu des ruines ait de nos jours de grandes chances de succès ? Hélas ! la conscience, le cœur, la peur même parlent trop haut pour ne pas se faire entendre quelques fois, malgré des systèmes, et à travers des systèmes artificieusement composés.

Je me permets de dire que l’auteur se trompe beaucoup en ce qu’il avance sur la doctrine des Irvingiens ; ils n’enseignaient pas que l’apostasie existât, mais que le Saint-Esprit avait quitté l’église et qu’il y était revenu. L’autorité ecclésiastique était leur idole.

C’est, je crois, parce que l’on n’a pas reconnu que l’église devait être visible que les choses vont si mal.

M. Wolff, et d’autres que lui, s’élèvent avec force contre cette idée que l’église devrait être visible. L’église était au commencement, et elle aurait toujours dû être la manifestation de la gloire de Christ par l’Esprit ; elle a cessé presque entièrement de l’être, et ceux qui ont la gloire de Christ à cœur le sentiront. La gloire de Christ sera pleinement manifestée dans l’église glorifiée ; mais l’église aurait dû la manifester ici-bas.

Voici du reste l’ordre universel :

L’homme responsable, l’homme selon les conseils de Dieu ; Israël responsable, et Israël selon les conseils de Dieu ; l’église responsable, et l’église selon les conseils de Dieu ; nous pourrions ajouter même : Christ responsable, et Christ selon les conseils de Dieu.

Dans tous ces cas, sauf celui de Christ, l’homme a manqué dans la responsabilité où Dieu l’avait placé ; mais cela n’a fait que glorifier la fidélité de Dieu dans l’accomplissement de ses conseils ; cela n’empêche pas que Dieu ne soit juste dans son gouvernement où l’homme a manqué (Voir Rom. III).

Je ne sens pas le besoin de suivre des raisonnements (p. 55) qui veulent faire de l’église un contre-poids du pasteur, comme si c’était une constitution des hommes charnels ; c’est justement cette habitude, purement charnelle du siècle et du pays, qui a fait tant de mal aux âmes et aux troupeaux. Selon moi, le troupeau qui sent que son affaire est d’être un contre-poids à son pasteur est dans un triste état. Je ne suis pas étonné de bien des choses qui sont arrivées, si de tels principes sont approuvés. Tout cela, du reste, n’est qu’ad captum, pour attraper des mouches ; mais, hélas ! tout cela est basé sur la rejection de la présence du Saint-Esprit. Au commencement, le Saint-Esprit menait tous les fidèles ensemble comme d’un seul cœur ; mais la chair a besoin d’un contre-poids.

Je ne crois pas, comme M. Wolff me le fait dire (p. 55), que les évêques fussent des fonctionnaires destinés spécialement au service extérieur de l’église ; c’est une expression, du reste, un peu obscure.

Qu’il ne soit pas donné à chaque congrégation, d’avoir un pasteur (ce que l’on range parmi les changements pratiques auxquels on prétend que nous avons pourvu dans notre théorie), c’est un fait, c’est un sujet de prières afin que Dieu y porte remède, là où il y en a besoin.

Je crois, en effet, que les évêques étaient placés dans une charge, tandis que dans la Parole de Dieu le ministère est attaché à un don. Je crois que l’évêque était lié à une église particulière, ce qui n’était pas nécessairement le cas du pasteur, parce que celui-ci, selon la Parole, était placé comme jointure dans le corps. Dire qu’un tel pasteur était un apôtre [1], moins les miracles, cela ne fait que démontrer chez l’auteur l’ignorance de ce que c’était qu’un apôtre. Un apôtre fondait les églises que le pasteur ne faisait que paître ; il faisait des ordonnances pour toutes les églises avec l’autorité de Christ ; il choisissait des évêques, il gouvernait toutes les églises quand elles étaient formées. Si l’on ne savait pas de quelle manière les âmes simples sont embrouillées par des assertions hardies, quand il y a l’air d’avoir examiné la Parole, il n’y aurait pas besoin de répondre à de telles accusations, sauf que j’ai toujours remarqué l’effort de mes adversaires pour réduire l’idée de l’église, de l’apostolat et de tout au niveau auquel ils se trouvent eux-mêmes, pour tranquilliser leurs consciences aux dépens de la gloire de Christ et des preuves éclatantes de l’amour de Dieu envers nous.

M. Wolff entreprend en outre de démontrer quatre choses :

1° Que le mot apostasie, 2 Thess. II, 3, n’a trait en aucune façon ni à l’église ni à l’économie (p. 57) ;

2° Que Rom. XI, surtout vers. 22, ne concerne que l’individu chrétien, que c’est une affaire toute personnelle (p. 57) ;

3° Que l’état actuel de l’église prouve tout le « contraire » d’une apostasie (p. 58) ;

4° Que la notion d’une église visible n’est « autre » que celle des papistes » (p. 59 et 60).

Nous allons toucher sommairement à ces quatre points, et montrer :

1° Que le mot apostasie, 2 Thess. II, 3, a trait à l’économie ;

2° Que le passage Rom. XI, 22, concerne l’économie et non pas l’individu chrétien, l’enfant de Dieu ;

3° Que l’état actuel de l’église, de l’aveu même de M. Wolff, démontre une ruine ;

4° Que la notion d’église visible est parfaitement scripturaire.

1° Le mot apostasie a trait à l’économie.

Il est faux que, comme le prétend M. Wolff, dans 2 Thess. II, il ne soit question que du fils de perdition.

Il y est question :

1° D’un système d’iniquité qui se mettait en train dès le temps de l’apôtre. Et s’il se mettait en train, je demande où ? Était-ce en Chine, ou en Afrique, ou dans ce qui était appelé l’Église ?

Il y est question : 2° D’une apostasie, et 3° De la manifestation du méchant.

Le fils de perdition, l’homme de péché, est présenté comme autre chose que l’apostasie. Il est dit : « a moins que l’apostasie n’arrive premièrement, et que l’homme de péché, le fils de perdition ne soit manifesté. » Et, bien que la manifestation du fils de perdition suive le premier évènement qui éclate, les versets que l’on lit ensuite montrent une puissance de satan, à l’influence de laquelle seront livrés tous ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité. Est-ce là un mot isolé ? Heureusement que, malgré la folie de quelques uns, la chose presse trop de près pour que tous écoutent ce que presque tous, néanmoins, aimeraient à dire : « Nous sommes riches » expression qui désigne, en peu de mots, la brochure de M. Wolff.

Je recommande à ceux qui se défient des « Plymouthiens, » de lire dans l’Essai sur le royaume de Dieu, de M. F. Olivier, qui ne peut pas être suspecté de Plymouthisme, depuis la page 42 jusqu’à la page 69 ; ou plutôt, j’engage les admirateurs des principes de M. Wolff, de bien vouloir lire 2 Thess. II, d’un bout à l’autre et de décider en suite s’il n’y a qu’un mot sur le point en question. Du reste de la part de Dieu, un mot dit souvent beaucoup à la fois, et, si le mot amour dit plus, dans la bouche de Dieu, que des volumes n’en pourraient contenir, apostasie parle assez haut à celui qui est attaché à la beauté de l’épouse de Christ et à la gloire de son nom, de quel côté que ce soit qu’elle s’introduise.

2° Rom. XI, 22, concerne l’économie.

J’ai assez discuté en d’autres écrits, Rom. XI, passage toujours appliqué par les chrétiens aux Gentils, ou, au moins, aux Gentils de l’occident, jusqu’à ce que les conséquences en fussent senties. Celui qui peut croire qu’il ne s’agit dans ce passage que d’un individu menacé par la chûte d’Israël, et de la chûte de quelqu’un qui est debout par la foi, car alors ce n’est pas un principe sur lequel on se tient debout, mais une réalité déjà dans le cœur de l’individu, celui, dis-je qui peut croire que la chûte d’Israël, comme économie, est appliquée comme menace à un individu réellement debout par la foi, je le laisse sous l’effet de ses vues.

Où est-il parlé de l’église, de l’économie, dit M. Wolff ? Paul répond : « Je parle à vous Gentils en tant que je suis apôtre des Gentils. » N’est-ce pas là l’économie ? Il parle de la réconciliation du monde, en contraste avec le judaïsme, ne s’agit-il pas là de l’économie ? Il parle de la sanctification d’une masse par les prémices ? Il parle d’un olivier sauvage enté ; est-ce qu’un individu est l’olivier sauvage ? et s’il s’adresse à la conscience de l’individu, c’est aux Gentils comme jouissant du privilège de l’économie, et non comme à un individu, qu’il lui parle. Aurait-il pu parler ainsi à un Juif ? Il est clair que non ; il est donc parfaitement sûr que ce n’est pas ici une affaire toute personnelle. L’apôtre parle-t-il d’une affaire toute personnelle, quand il conclut en disant : « Car, mes frères, je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère ; qu’un aveuglement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des Gentils soit entrée. »

Ce que l’auteur dit (p. 58, 2°), sur deux apostasies est d’une telle force d’absurdité, que je ne sais pas trop comment m’y prendre. Compte-t-il à ce point sur la crédulité de ses lecteurs, ou, est-ce que son ignorance de la Parole l’a trahi ? Il parle, dit-il, de deux apostasies, « ce qui prouverait qu’il n’y a pas d’apostasie en masse et ensuite qu’une apostasie ne détruit pas à jamais l’église, puisque la première sert d’avertissement pour en éviter une seconde. » Est-il possible ? Mais enfin, il y a deux apostasies. Peut-on seulement lire le chapitre XI aux Rom : et ne pas voir que ce sont les Juifs qui sont tombés ? Je n’aurais pas pu supposer un tel (il faut dire je crois) aveuglement. Quelles sont les branches qui ont été l’objet de la sévérité de Dieu ? Eh bien ! selon M. Wolff, ce passage parle d’une apostasie passée des Juifs (voilà la première) et puis apostasie à venir des Gentils (et voilà la seconde) ; et la première sert d’avertissement pour en éviter une seconde. M. Wolff en ceci, au moins voit clair. Il parle de deux apostasies, d’une apostasie passée et d’une apostasie future ; « la première sert d’avertissement pour en éviter une seconde » c’est parfaitement. Mais alors il est parfaitement clair que la première, dont l’apôtre parle, était des Juifs comme économie retranchée. Eh bien ! la seconde c’est des Gentils, ce qui est aussi très-clair, car il dit : « je parle à vous Gentils. » Les Gentils sont menacés de la même chose s’ils ne persévèrent pas dans la bonté de Dieu ; si cette apostasie n’a lieu même que pour les Gentils, M. Wolff n’a guère raison de s’en glorifier ; il n’y avait pas besoin de parler des Juifs comme nation ; cela leur était déjà arrivé.

3° L’état actuel de l’église montre une ruine.

Quant à ce que l’auteur dit à la page 59, je n’y vois rien que l’esprit de Laodicée. Si M. Wolff, prend la peine de lire Actes II ou Actes IV, il comprendra la différence de notre position et de celle qui se trouve dépeinte dans ces chapitres, sans songer à se prévaloir de l’état de l’église de Corinthe, état qui a empêché l’apôtre d’aller seulement voir cette église. Du reste, il est mal tombé en faisant allusion à Sardes, qui selon bien des chrétiens éclairés est une préfiguration du protestantisme ; car (oh ! que les consciences se réveillent !) le Seigneur dit à cette église « souviens-toi de ce que tu as reçu et entendu et le garde et te repens, si donc tu ne veilles pas, je viendrai sur toi comme un larron et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi. »

M. Wolff peut se contenter d’un tel état de choses ; mais je ne crois pas que celui qui prend à cœur les paroles du Seigneur, voulût s’excuser en présence d’une telle menace de sa bouche.

Au reste, il ne s’agit pas de l’apostasie d’une église, mais de l’état de l’économie et de l’église. La foi identifie toujours la gloire de Dieu et le peuple de Dieu, elle peut présenter à Dieu son peuple avec une confiance illimitée, fondée sur la fidélité de Dieu, et ne peut supporter ce qui déshonore Dieu dans son peuple. Ainsi Moïse refuse de recevoir la gloire d’être la nouvelle souche du peuple de Dieu ; il en appelle à la gloire de l’Éternel lui-même qui avait fait sortir le peuple d’Égypte, demandant même d’être effacé du livre plutôt que le peuple ; mais, quand il descend et qu’il voit le péché du peuple, il dit : « que chacun se consacre aujourd’hui sur son frère, son ami, son voisin. » Il prend ensuite sa tente et la dresse hors du camp, l’éloignant du camp. Ceux qui cherchaient l’Éternel allaient au Tabernacle d’assignation [2] hors du camp.

4° La notion d’église visible est scripturaire.

La Parole de Dieu, dit-on, ne veut point d’église visible ; c’est-à-dire que la Parole de Dieu ne veut pas la manifestation de la gloire de Dieu et de sa lumière sur la terre dans l’église (voilà la doctrine qui nous est opposée). Elle veut bien que l’église soit une dans la gloire, mais non pas sur la terre. Ici bas il n’y a que des églises.

Une chose certaine, c’est que si ce principe est vrai, toutes les églises nationales, luthériennes et presbytériennes sont des mensonges publics contre la Parole de Dieu ; leur unité est une invention humaine ; elles ne sont pas des églises. La Parole de Dieu ne reconnait selon la brochure, que l’église en gloire et des églises locales comme à Corinthe, à Sardes.

La chose est très-simple et très-évidente ; toute la conclusion à tirer d’un tel raisonnement, c’est que ceux qui patronisent et font circuler cette brochure sont disposés à employer tous les moyens pour s’opposer à la vérité qui condamne leur manque de foi.

Ce qu’il y a de pénible là dedans, c’est qu’ils sont contents de sacrifier la gloire de Dieu dans l’église aussi bien que leur propre système, s’ils peuvent seulement engager les âmes à ne pas recevoir la lumière. Leur système n’est pas de la foi. La lumière de la foi écartée, ils espèrent, quoique avec peu de confiance, de la soutenir contre les attaques de l’incrédulité.

Mais il est triste de voir un système, qui se donne le nom d’église de Dieu, être en butte comme les Juifs, à la haine et au mépris des Gentils, d’un côté, et d’avoir contre lui, de l’autre, le témoignage de Christ et de ses apôtres ; un système qui renie ses propres privilèges ; un système assujetti à César, qui ne veut ni reconnaître son esclavage, ni suivre le témoignage de la foi, ce qui est le seul moyen de délivrance ; un système qui mûrit pour le jugement, parce qu’il méconnaît la puissance et les droits du Saint-Esprit.

J’ai discuté ce sujet ailleurs.

Le cœur et la conscience doivent reconnaître que l’église devrait être une pour glorifier le Seigneur sur la terre ; l’homme spirituel le reconnaîtra sans raisonnement. Mais il faut produire les témoignages de Dieu pour ceux qui ne le veulent pas, et afin que ceux qui ne désirent que la gloire de Christ soient affermis, et puissent fermer la bouche aux adversaires. Je n’appelle pas adversaires tous ceux qui ont des opinions contraires. Il y a bien des enfants de Dieu ignorants de la vérité sur ce sujet ; il y en a bon nombre aussi qui se font illusion et qui, éblouis par les prétentions de ceux qui s’opposent à la vérité, sont entraînés sans le savoir. M. Rochat, qui avec les dissidents s’opposait à cette vérité, l’a reconnue publiquement. Il a reconnu ce sens du mot église, savoir, l’ensemble des élus sur la terre à une époque donnée. Je suis content de cette définition. Seulement cette expression fait ressortir la cause de l’opposition à cette vérité, c’est que si le mot église a un tel sens il est certain que dans ce sens elle est en ruine. Et ici je prie le chrétien de bien faire attention à ceci, que quand nos adversaires m’accusent de nier qu’il y ait une église sur la terre, c’est en niant eux-mêmes qu’il y en ait jamais eu, s’il y en avait certes tout est en ruine. Ils admettent qu’il y avait des églises, mais ils disent qu’il n’y a jamais eu une église. Ils sentent que, cela une fois admis, la vérité au sujet de notre état doit être nécessairement admise aussi ; mais, contents d’eux-mêmes, ils nient l’existence d’une église de Christ sur la terre, plutôt que de confesser leur péché.

De quelques objections au mot ruine.

Ces objections, tant de fois répétées, me parais sent puériles et ne démontrent qu’une conscience qui n’aime pas à aborder la question en face. Le mot ruine s’emploie moralement, aussi bien que matériellement ; et il est évident que c’est le cas quand on l’applique à l’église. Si je dis qu’un homme est ruiné, l’homme existe toujours ; si je dis que sa réputation est ruinée, ce n’est pas qu’il n’en ait point, mais qu’elle est mauvaise. Si je dis qu’une chose a été la ruine d’un tel homme, il est évident que je parle de l’effet moral de telle ou telle chose et que je ne veux pas dire que l’homme n’existe plus. Nous avons vu d’ailleurs que M. Wolff emploie lui-même ce mot.

Ainsi, quand je dis que l’église est ruinée ou que je parle de la ruine de l’église, c’est dire qu’elle n’est pas du tout dans son état normal ; c’est comme si je disais, par exemple, que la santé d’un homme est ruinée.

Ceux qui s’y opposent, ne voulant pas reconnaître la misère où nous sommes tous, et sentant que si l’église, dans son unité, était au commencement dépositaire de la gloire de Christ, elle ne l’est plus, nient hardiment qu’elle le fût jamais. Repassons donc seulement quelques passages sur ce sujet important ; voici ce que dit M. Wolff, « nous ne nous arrêterons pas à réfuter cette notion de l’église visible, cette notion n’étant autre que celle des papistes, » etc. « Pour nous il nous suffit de savoir qu’il est parlé dans l’Écriture d’une église (au singulier) que Dieu a rachetée de son propre sang, » etc. « Cette église n’a certes pas apostasié, elle n’a jamais été ni extérieure ni visible. Quand elle sera au complet elle sera visible dans les cieux. Cette église s’appelle toujours dans l’Écriture, au singulier, et d’une manière absolue l’église. — À côté d’elle se trouvent les églises telles que l’église de Jérusalem, l’église de Laodicée, l’église qui est dans la maison de Philémon, ou dans celle de Priscille et Aquille, etc. Ces églises là sont visibles, extérieures, indépendantes les unes des autres ; mais il n’est parlé nulle part de leur unité dans un seul corps. Nous nions que, dans l’Écriture, il soit fait mention d’une troisième église. L’église et les églises. Voilà la seule distinction qu’elle admette. Je sais que l’idée d’une église visible, corps de Christ, est nécessaire à l’invention de l’apostasie et qu’elle lui sert de base. »

Nous retrouvons ici premièrement toute idée de nationalisme renversée de fond en comble. Il y a une église qui n’a jamais été ni extérieure ni visible. Les églises sont indépendantes les unes des autres. — Il faut en effet, où il y a tant soit peu d’activité spirituelle, que les vieux systèmes tombent. Ce qui est singulier, c’est que le grand champion des églises indépendantes, M. Rochat, a dû reconnaître qu’il y a un troisième sens du mot église, et que M. F. Olivier, qui s’oppose aussi aux vues que M. Wolff combat, a dû convenir de l’apostasie dans sa brochure, et qu’il en a donné les détails les plus frappants et les plus pénibles ; seulement, il veut que l’on dise royaume et non pas église ; mais il convient de la chose même. Pour mon compte, j’insiste sur ce point, c’est que le royaume ne peut pas apostasier à cause du roi ; mais laissons cela.

— L’apostasie, selon M. Olivier, existe [3].

Maintenant j’en viens aux citations. Le lecteur croira peut-être que Jérusalem, Laodicée, la maison de Philémon sont jetés là au hasard. Pas du tout : ce livre est plein d’art. Il est dit de l’église à Jérusalem : « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’église ceux qui devaient être sauvés. » Si l’église à Jérusalem n’était pas une église particulière, comme l’auteur veut le faire supposer en l’introduisant ainsi comme par hasard, voilà un passage très-positif pour l’église une et visible ici bas. Laodicée est choisie, parce qu’il est dit de cette église : « Je la vomirai de ma bouche, » et s’il y avait quelque chose de plus qu’une église particulière rejetée, voilà l’église rejetée sur la terre. J’ai cherché à être charitable ; mais cette brochure est remplie de ruses semblables. L’auteur ajoute l’église dans la maison de Philémon afin de pouvoir appliquer les titres et les fonctions d’église à toute petite assemblée. Traduisez l’assemblée dans sa maison et ces idées mystérieuses d’organisation disparaîtront bientôt.

Voyons maintenant ce qui concerne l’église de Jérusalem. Souvenons-nous que l’église une, selon M. Wolff, ne le sera que dans la gloire. « Elle n’a jamais été ni extérieure ni visible. Quand elle sera au complet elle sera visible dans les cieux. »

L’église n’existe donc pas encore, cela est bien clair ; on ne fait qu’en rassembler les membres un à un. Elle n’existe pas, on peut la mettre de côté, sauf dans les cas où la Parole en parle prophétiquement, ou par anticipation, en espérance, réalisée en esprit ; mais toute action appliquée à une église sur la terre ne s’applique pas à elle. Par exemple, il est évident que Héb. XII, 23, s’y applique par anticipation ; c’est de l’assemblée tout entière, qui sera visible en gloire, que la Parole parle par anticipation ; assemblée qui, selon moi, était aussi manifestée sur la terre ; mais j’admets l’application que M. Wolff en donne. Cela n’ôte aucune difficulté, car voici ce qui est dit de l’église à Jérusalem : « Tous ceux qui croyaient était ensemble en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes, et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’église ceux qui devaient être sauvés. » Voilà une église qui était une église une et visible ; cela est très-clair ; mais il n’est pas dit que le Seigneur ajoutât à l’église de JÉRUSALEM ceux qui devaient être sauvés (c’est le mot employé pour désigner les épargnés parmi les Juifs, le résidu selon l’élection de grâce), mais il les ajoutait à l’église. Souvenons-nous qu’il y avait des personnes de toutes nations sous le ciel, mais que Jérusalem était encore le centre de l’opération du Saint-Esprit. C’est là que Dieu avait commencé à rassembler les élus ; ils n’avaient été rassemblés nulle part ailleurs. Dieu, dans sa souveraine providence, rassemble des Juifs de tous les côtés, et par la puissance de l’Esprit, forme, au nom de Christ, une assemblée où se trouvent les douze apôtres. Peut-on croire que quand le Saint-Esprit nomme cela l’Église, il ne parle que d’une église indépendante d’autres églises ? Jamais il n’est dit ailleurs , d’une église particulière : Dieu ajoutait à l’Église ceux qui devaient être sauvés. Cela se comprend lorsque Dieu, prêt à juger les Juifs et Jérusalem, transportait ses élus, jour par jour, dans un autre système, dans l’église. Plus tard, ce corps envoie des décrets partout ; est-ce que cela ressemble à l’indépendance des églises dont Jérusalem n’était qu’une seule ? Enfin, il n’est pas dit que Dieu ajoutait à l’église de Jérusalem, mais à l’église, à une église (au singulier) et d’une manière absolue à l’église, selon les termes mêmes de l’auteur, p. 60.

Le passage Actes XX, 28, que l’auteur cite en faveur de son opinion, ne se prête guère à l’interprétation que l’on veut lui donner ; car il serait difficile de dire comment des anciens pouvaient paître l’église, si celle-ci n’était ni extérieure, ni visible, et si, en effet, comme église elle n’existe pas même encore ! Si, comme M. Wolff le dit ici (p. 61), Actes XX, 28, s’applique à ce qui se compose des premiers nés dont les noms sont inscrits dans les cieux, ce n’était donc pas le troupeau d’Éphèse, et il en convient : « C’est une église, dit-il, au singulier, » une église qui n’est pas visible, mais qui le sera dans les cieux. Mais, dans ce cas, comment la paître sur la terre, si elle n’y existait pas ? car c’est là l’église que l’on doit paître, laquelle Christ a acquise, cette église au singulier, donc elle était sur la terre, et c’était un troupeau de Dieu dont les évêques pouvaient s’occuper selon leur place.

Mais il y a des passages trop évidents pour qu’il soit nécessaire de faire beaucoup de raisonnements. Paul donne à Timothée des directions, « afin, lui dit-il, que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’église du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité. » 1 Tim. III, 15. On ne peut pas dire cela d’une église particulière, sinon comme occasion , comme cela est arrivé au sujet d’Éphèse, Actes XX, 28. Eh bien ! il est clair qu’il ne s’agit pas de la conduite de Timothée dans l’église rassemblée en haut dans la gloire. Donc, l’église au singulier, la maison de Dieu, la colonne et l’appui de la vérité, c’était quelque-chose de reconnu de Dieu sur la terre.

En Éph. IV, 4, nous avons un esprit et un corps ; les chrétiens étant édifiés ensemble, Juifs et Gentils, pour être un tabernacle de Dieu en Esprit. Voilà notre vocation. Mais, dans ce cas, tout le corps, bien ajusté et serré ensemble, prend accroissement par l’action des membres, selon la vigueur qui est dans la mesure de chaque partie pour l’édification de soi-même en charité. Voilà donc expressément l’unité du corps sur la terre.

1 Cor. XII, 13, « Nous avons tous été baptisés d’un même Esprit pour être un seul corps. » Aux versets 27, 28 : « Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres chacun en particulier ; et » Dieu a mis dans l’Église d’abord des apôtres.... » puis des miracles, dons de guérisons. » Voilà l’église au singulier d’une manière absolue ; il est bien certain que les apôtres n’étaient pas tous dans l’église de Corinthe, et non moins certain que les dons de guérisons n’étaient pas dans le ciel. C’est un passage qui ne demande pas de raisonnements.

L’unité du corps de l’église sur la terre, voilà ce que ce passage affirme d’une manière expresse [4].

Jean XVII : le Seigneur demande que ceux qui croiraient par les paroles des apôtres fussent un, afin que le monde crût que le Père l’avait envoyé. Il ajoute ensuite sans prier : « La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient consommés en un et afin que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » Voilà donc la gloire présentée comme moyen d’être consommés en un et comme moyen de faire connaître au monde que le Père a envoyé Jésus, que le Père aime tous ceux que Jésus a sauvés comme il aime Jésus lui-même. Et Jésus prie aussi qu’ils soient un, ceux qui croient par la parole des apôtres, afin que le monde croie ; cela doit évidemment avoir lieu sur la terre, comme la gloire aura lieu dans les cieux.

L’auteur des thèses a senti toute l’importance de cette question. Si l’unité de l’église sur la terre est une vérité, il comprend qu’il ne saurait nier l’état actuel des choses ; mais il est évident que pour échapper à l’effet d’une telle vérité, et au jugement qu’une telle vérité porte sur leur position, ces personnes nient une vérité positivement annoncée dans la Parole et une vérité des plus précieuses.

M. Wolff passe, sans s’y arrêter, sur le 3e chapitre de la seconde épître à Timothée et sur l’épître de Jude, en disant qu’il y est si peu question de l’apostasie de l’église, etc. (p. 60). Il ne me semble pas que dire qu’il y aurait des temps fâcheux où les hommes auraient la forme de la piété en en reniant la force, ce ne soit rien dire de la chute ou de la ruine de l’économie. Le premier de ces passages est une description de l’état général des choses dans la chrétienté, état qui démontre que ceux qui professent le christianisme sont devenus corrompus comme les anciens païens ; car ce qui est dit au 2 Tim. III de la chrétienté, est fort pareil au tableau que le 1er chapitre aux Rom. trace de la corruption des païens. Quant à l’épître de Jude, ce qu’elle dit de personnes qui étaient déjà entrées dans l’église et qui seraient l’objet des jugements de Christ sur les impies, me paraît être une circonstance assez importante ; c’est une révélation assez grave que celle qui montre que c’était dans le sein de l’église que se trouvaient les objets des plus terribles jugements de Dieu. Il paraît que M. Wolff y attache peu d’importance ; mais c’est attacher, hélas ! peu d’importance à la gloire de Dieu dans son peuple. C’est là le mal affreux que ces brochures décèlent.


Quant aux progrès du mal, du mystère d’iniquité, voici ce que j’ai à en dire. On peut bien présenter cette difficulté, que c’est la chrétienté et non pas l’église qui est dans cet état de ruine.

Voici ma réponse :

Le mal a commencé dans l’église ; les chrétiens sont tombés, en principe, dans le judaïsme. La porte a été ouverte à de faux frères, ce qui, peu à peu, a formé la chrétienté ! L’église a ainsi perdu son unité, sa puissance et sa sainteté, et a cessé de rendre témoignage à Dieu dans le monde ; et ce qui s’appelle l’église est actuellement le centre et la puissance du mal et de la corruption dans le monde. À la suite de tout cela, il y aura une révolte ouverte, et le méchant, l’homme de péché, sera manifesté ; de sorte que la faute a commencé par l’église, par les chrétiens. De plus, quand même les chrétiens se séparent de ce mal (2 Tim. III, 5), cela n’empêche pas que l’état de choses, que l’économie soit toute gâtée, ni que Dieu y mette fin par ses jugements pour faire place à Christ et à sa gloire. Ainsi, bien que les élus soient glorifiés avec lui, il n’en est pas moins vrai que tout sera retranché ici-bas : c’est ainsi que Dieu a mis fin au royaume de Saül, pour faire place à David, et au judaïsme, pour faire place à l’église, quoiqu’il ait sauvé les élus dans tous les temps. Les portes du Hadès ne prévaudront point contre l’église, mais c’est la résurrection qui en sera la démonstration ; car le Fils du Dieu vivant est plus puissant que celui qui a l’empire de la mort. Cela n’empêche pas que Dieu retire ses élus dans le ciel, afin de faire venir ses jugements sur les habitants de la terre, pour détruire ceux qui corrompent la terre.

La repentance d’une église particulière n’est pas le relèvement d’une économie déchue, ainsi que M. Wolff le prétend, p. 63, 3° et 64, 4°, alléguant même l’exemple de l’économie judaïque dans ses chutes et ses relèvements ; car, enfin , on est, comme on le voit, réduit à parler de la chute d’une économie. L’auteur va même jusqu’à dire (p. 64,) 4° que « toutes les fois qu’il y a eu des hommes craignant Dieu, ils ont rétabli l’économie tout entière, et ont participé à toutes ses bénédictions. » Ceci est d’une hardiesse inconcevable. Est-ce que la fidélité de quelques hommes craignant Dieu a rétabli l’unité des royaumes d’Israël et de Juda ? A-t-elle abattu les veaux d’or ? a-t-elle identifié les Israélites avec le temple et l’autel de Dieu ? Jamais. Est - ce que la piété de Josias a détourné de Juda la colère de Dieu ? Non : — après le récit de ce que fit Josias, qui se retourna vers Dieu de tout son cœur, et de toute son âme, et de toute sa force ? (2 Rois XXIII, 25). Il est ajouté (vers. 26) : « Toutefois l’Éternel ne revint point de l’ardeur de sa grande colère de laquelle il avait été embrasé contre Juda, à cause de tout ce que Manassé avait fait pour l’irriter. » — Est-ce que l’économie tout entière a été rétablie ? Est-ce que ces hommes craignant Dieu ont participé à toutes les bénédictions de l’économie, quand ils ont dit, comme Ésaïe : « Nous avons tâtonné après les parois comme des aveugles ; nous avons bronché en plein midi. Nous rugissons tous comme des ours, et nous ne cessons de gémir comme des colombes ; nous attendions le jugement, et il n’y en a point ; la délivrance, et elle s’est éloignée de nous. Car nos forfaits se sont multipliés devant toi, etc. (És. LIX, 10-12). » Est-ce que les hommes craignant Dieu ont participé à toutes les bénédictions, quand Jérémie a dit que celui qui s’enfuirait vers les Chaldéens sauverait sa vie ? (Jér. XXI, 9). Est-ce que l’on jouissait de toutes les bénédictions de l’économie, quand il y en avait 7,000 qui n’avaient pas fléchi le genou devant Bahal ? Est-ce après la captivité de Babylone, quand il n’y avait plus d’arche, plus d’Urim et de Thummim ? Car ce n’est que plus tard que Dieu a mis fin à toute espérance, quand ils ont rejeté le témoignage du Messie. Est-ce que quelqu’un ose dire que les Juifs jouissaient de toutes les bénédictions de l’économie, quand, selon M. Wolff, Jésus l’a reconnu avec toutes ses institutions ? Était-ce jouir de toutes les bénédictions de l’économie, que d’être assujettis aux Gentils, et d’avoir été livrés par Dieu entre leurs mains ? (Voir Néh. IX, 36, 37). Était-ce jouir de toutes les bénédictions de l’économie, que d’acheter la souveraine sacrificature à prix d’argent ? Je ne suis pas étonné que celui qui peut parler des Juifs comme jouissant de toutes les bénédictions de l’économie, trouve l’église aussi bien qu’au commencement. Le parallèle de M. Wolff est assez juste. Quant à moi, je ne vois qu’une chose, la foi de la sainte femme qui parlait de la venue de Jésus à tous ceux qui attendaient la rédemption en Israël. Il paraît que, d’un côté, ces gens qui attendaient la rédemption en Israël se connaissaient l’un l’autre, et que, d’un autre côté, ils connaissaient la ruine et le jugement qui était tombé sur Israël, parce que les Israélites aussi croyaient qu’ils jouissaient de toutes les bénédictions de l’économie, et parce qu’ils se croyaient riches, n’ayant besoin de rien. C’est ainsi que la lumière qui était venue en grâce, a été trouvée être en jugement. Dans ce sens, Christ a renversé l’économie Judaïque ; mais à qui la faute ? Qui est-ce qui, d’un côté, a dit : Je suis venu dans le monde pour le jugement, afin que ceux qui ne voyaient pas, voient, et afin que ceux qui voyaient devinssent aveugles ? et qui est-ce, de l’autre, qui a jugé qu’il fallait se débarrasser de Jésus pour empêcher les conséquences que leur folie, en agissant ainsi, a fait tomber sur leur tête ? Quand le combat est là, il n’y a de la sagesse que dans la foi. Mais j’admets que celui qui trouve qu’Israël a joui de toutes les bénédictions de l’économie jusqu’au temps de la venue de Christ même, et que l’histoire d’Israël est une preuve qu’une économie ne peut pas faire chute ni être retranchée, celui, dis-je, qui peut dire qu’Israël est une preuve de cela, Israël privé de tout, Israël sur le front duquel Dieu a écrit Lo-Ammi, pas mon peuple, celui-là peut très-bien croire la même chose aussi de lui-même et de l’église de Dieu. Mais comment dépeindrai-je mon angoisse en insistant sur ces choses ? Je sens que plus la lumière leur est présentée avec instance, plus ceux que j’aime, (pour lesquels je pourrais dire, avec saint Paul ou Moïse : Efface-moi plutôt de ton livre, car je ne peux m’empêcher de voir que ce qui maintenant est une économie déchue, était jadis l’épouse chérie de Christ, qu’elle est toujours telle quant à sa responsabilité et à son devoir) je sens que plus la lumière leur est présentée avec instance, plus elle est pressée sur eux, plus ils s’enfonceront dans les ténèbres. Mais que faire ? Peut-on laisser ceux qui aiment la lumière sans avertisse ment quand les jugements s’approchent ? On ne le peut pas.Que Dieu nous donne seulement de nous conduire par son Esprit dans la charité, et avec une patience qui ne se fatigue jamais à leur égard, et de lui remettre tout le reste.

L’auteur ne se borne pas là : il ajoute, p. 64, 5° que parler de la ruine de l’économie, c’est faire un outrage à Dieu, et autres choses encore ; mais il n’est pas nécessaire de répondre à des déclamations.

Dieu ayant placé l’homme sous sa responsabilité, fera abonder le mensonge de l’homme à sa gloire, je n’en doute pas ; mais il ne manquera pas néanmoins de juger sa méchanceté à cause de cela. Il n’y a qu’un très-petit nombre d’entre les élus qui aient joui des premières bénédictions d’Israël ; et certes, parmi les dix tribus, on n’en jouissait pas. Et que voyons-nous dans l’Église ? Déjà du temps de saint Paul, il disait : tous cherchent leur propre intérêt, personne les intérêts de Jésus-Christ (Phil. II) ; et il savait que le mal entrerait après son départ (Actes XX).

Selon M. Wolff lui-même, il n’y a pas un seul don qui reste ; il est au moins bien singulier si l’on jouit de toutes les bénédictions de l’économie, qu’il ne reste pas un seul don. Enfin l’auteur, allant plus loin encore, dit, p. 65 , 6°, que « si l’économie est ruinée, nous sommes sans ordres, sans directions de Dieu ; nous n’avons plus droit à l’usage des sacrements, et au culte commun des fidèles ; il ne nous reste de l’économie que ses ruines ; il n’y a pas dans l’Écriture un seul précepte, un seul commandement du Seigneur qui nous soit applicable et que nous soyons tenus d’observer. Nous ne saurions ni atteindre la sainteté recommandée aux premiers chrétiens, ni porter aucune responsabilité, etc. » Il est possible que l’auteur ne puisse rien trouver, si tout n’est pas là. Moi, je crois que « le secret de l’Éternel est avec ce lui qui le craint, » et qu’il lui montrera son alliance. Je crois que le ministère subsiste, et que, quoiqu’il n’y ait personne qui puisse ordonner ou régler toutes choses comme le ferait un apôtre, il n’en demeure pas moins vrai que, « là où deux ou trois se trouvent réunis au nom de Jésus, il s’y trouve ; » et que la Parole de Dieu pourvoit aux besoins de son peuple dans leur état actuel comme dans tout autre état. Quand, par ses jugements, Dieu avait privé Israël des prophètes et de l’Urim et du Thummim, l’auteur aurait pu faire les mêmes plaintes et les mêmes déclamations ; déclamations que je trouve peu à propos dans la bouche de celui qui déclare qu’il ne reste pas un seul don à l’église. Cela ferait supposer que, dans l’opinion de l’auteur, les dons n’étaient pas un moyen de sanctification. Mais il y a des préceptes pour les temps fâcheux, comme il y en avait pour les temps de bénédiction, où une grande grâce était sur tous, et où personne ne disait que quelque chose qui lui appartenait fût à lui (Actes IV). Dieu n’abandonne jamais son peuple.


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  1. Il est assez singulier que Calvin dise : « Avec cela, les pasteurs ont une charge toute pareille à celle des apôtres, excepté que chaque pasteur doit gouverner une église. » En ce qu’il y a de semblable dans ce que j’ai dit, je crois avoir eu la même pensée que Calvin ; mais, quant à la révélation et au pouvoir de faire des ordonnances, la différence était du tout au tout.
  2. Ce nom était une anticipation assez remarquable du tabernacle qui allait être dressé de Dieu.
  3. On peut ajouter : et selon M. Gaussen aussi ; car, dans son Souverain Pontife et l’Église de Rome, soutiens de la vérité, etc., il applique, comme l’église réformée de France, 2 Thes. II au système papal. L’apostasie donc, selon lui, est arrivée ; et qu’on y fasse bien attention, il ne s’agit pas de l’apostasie d’une église particulière, mais de l’apostasie qui doit amener des jugements qui éclateront lors de la venue du Sauveur. L’on peut consulter encore l’Histoire abrégée de l’Église de Jésus-Christ, etc., Genève 1832, tome I, pages 94-125, où l’on verra de quelle manière l’auteur parle de l’église, soit dans le texte, soit dans les notes L M, pages 400-404.
  4. On peut consulter encore : Matth. XVI, 18 ; Galat. I, 15 ; Éphés. III, 10, 21 ; — V, 24, 29, 52 ; Philip. III, 6; Colos I, 24.