De la baguette divinatoire/Partie 2/Chapitre 3

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CHAPITRE III.

DES RECHERCHES EXPÉRIMENTALES DE GERBOIN SUR LE PENDULE EXPLORATEUR.

165.En 1808 parurent les Recherches expérimentales sur un nouveau mode de l’action électrique, de Ant.-Cl. Gerboin, professeur à l’École spéciale de médecine de Strasbourg, dont j’ai parlé plus haut. Ses recherches ne comprennent pas moins de 253 expériences, composant un texte de 356 pages in-8°. Si quelque chose peut prévenir contre les expériences des esprits réfléchis dont les habitudes sont étrangères aux sciences expérimentales, mais qui ont conscience de pouvoir apprécier un livre d’après ses résultats et les raisonnements employés à l’appui des opinions de l’auteur, c’est sans doute l’œuvre dont nous allons nous occuper. Le physicien M. Masson m’a fait connaître ce livre assez rare aujourd’hui, mais intéressant à mes yeux, parce qu’il peut être cité à l’appui de ma définition de la méthode expérimentale. En effet, si la physique et la chimie doivent à la pratique de cette méthode un degré de certitude qu’on n’accorde pas en général aux sciences dites d’observation, bien des gens s’imaginent que des travaux qui se composent d’expériences, auront par là même un caractère d’exactitude qui manquera à des travaux afférents aux sciences de pure observation. Eh bien, c’est là une erreur malheureusement trop ordinaire. Tel travail d’observation peut être réellement bien plus exact que tel travail composé d’expériences qualifiées de faits par beaucoup de gens qui ne se rendent pas compte de ce qu’est un fait dans un langage rigoureusement scientifique ou rigoureusement positif. Ma proposition sera vraie, si l’auteur de recherches fondées sur la simple observation appuie chacune de ses conclusions sur des propositions qu’il a contrôlées par des observations incontestables ; car, en ce cas, il aura été fidèle à la méthode expérimentale, telle que je la définis ; tandis que l’auteur de recherches dites expérimentales qui aura tiré des conclusions dont l’exactitude ne sera pas démontrée par des expériences ultérieures leur servant de contrôle, sera par là même infidèle à cette méthode ; n’oublions pas que le caractère de celle-ci réside essentiellement dans le contrôle par l’expérience d’un raisonnement suggéré par la simple observation, ou déduit d’une expérience préalable.

166.Donnons maintenant sans remarque critique un aperçu de l’ouvrage de Gerboin. Rappelons que le pendule dont il faisait usage se composait d’un fil de chanvre et d’une sphère ou d’un cylindre plus ou moins dense. Le fil devait être conducteur de l’électricité, et le corps grave qui y était attaché ne devait avoir ni angles ni pointes.

Les hommes sont doués, à divers degrés, d’une faculté ou force que Gerboin appelle organo-électrique parce que, selon lui, elle se compose de fluide électrique et d’une faculté de l’organisation.

Cette faculté, lorsqu’elle est suffisamment intense chez un homme, se manifeste par le mouvement que prend un pendule tenu par le pouce et l’index de sa main droite ou gauche.

Si le mouvement est normal, le fil et le centre de gravité du pendule décrivent un cône, ou, ce qui revient au même, le centre de gravité décrit une courbe circulaire.

L’énergie de la force organo-électrique se montre chez l’homme sous quatre formes distinctes, dont chacune constitue l’état habituel d’un certain nombre d’individus. Ces formes sont :

  1. La qualité expansive ;
  2. La qualité compressive ;
  3. La qualité perturbatrice passive ;
  4. La qualité perturbatrice active.

I. La qualité expansive est la faculté par laquelle un homme met en mouvement modéré et régulier, un pendule qu’il tient entre le pouce et l’index, au-dessus de certains corps.

Le fluide auquel Gerboin attribue les effets de la qualité expansive est fourni par le tissu cutané.

II. La qualité compressive se manifeste par l’impuissance de mettre en mouvement le pendule qu’on tient entre deux doigts, et par la faculté d’arrêter le mouvement d’un pendule que tient un homme doué de la qualité expansive, lorsque l’homme doué de la qualité compressive vient à toucher convenablement la main du premier.

Le contact le plus efficace est celui d’un des trois premiers doigts avec son semblable, surtout celui du médius avec le médius. (Gerboin, pages 45 et 46.)

Le contact cessant, le mouvement recommence.

III. La qualité perturbatrice passive est la faculté expansive à un haut degré d’énergie.

Elle appartient, non à tous les hommes doués de la faculté expansive, mais à certains d’entre eux qui présentent les phénomènes suivants :

Si l’homme est doué de la qualité perturbatrice passive, qu’il tienne un pendule, et qu’il reçoive convenablement le contact d’un homme doué de la qualité expansive ou d’un homme doué de la qualité compressive, il arrivera :

1°. Le pendule étant en repos, que celui-ci prendra un mouvement en sens contraire de celui qu’il aurait pris dans un cas ordinaire.

2°. Le pendule étant en mouvement circulaire de droite à gauche, qu’il prendra un mouvement circulaire de gauche à droite, et vice versâ.

Le mouvement produit en dernier lieu redeviendra inverse par un nouveau contact. (Gerboin, p. 49-50.)

On constate cette qualité par le contact d’un des trois premiers doigts de la main du premier homme avec le doigt semblable de la main du deuxième homme ; le contact des deux médius est le plus efficace (page 50).

Gerboin, qui croit à la réalité des mouvements de la baguette causés par des corps, considère tous les sourciers comme doués de la qualité perturbatrice passive.

IV. La qualité perturbatrice active appartient à un homme qui, incapable de mettre le pendule en mouvement, fait changer le sens ou la direction des oscillations d’un pendule, lorsqu’il vient à toucher la main de celui qui le tient. L’homme doué de la qualité compressive sans qualité perturbatrice active, réduirait le pendule au repos par le contact. (Gerboin, page 52.)

En définitive, il n’y a que les hommes doués de la qualité expansive et de la qualité perturbatrice passive, qui jouissent de la faculté de faire osciller le pendule ; les hommes doués de la qualité compressive et de la qualité perturbatrice active ne produisent donc d’effet qu’en touchant des hommes en possession des deux premières qualités qui tiennent un pendule en mouvement.

167.Ces distinctions de Gerboin sont loin d’être précises et claires, surtout lorsqu’il les envisage relativement aux doigts de la main, organes essentiels de préhension pour tenir le fil du pendule, et siège principal des qualités précédemment définies. Elles se manifestent surtout aux extrémités des doigts de la main et du pied, quelquefois elle s’étend à la partie extérieure de la bouche.

Selon lui, la qualité expansive se manifeste lorsqu’on saisit le fil du pendule avec le bout des doigts de la main ou du pied, le médius excepté. Il en conclut :

1°. Que l’extrémité des doigts est le siège principal de la qualité expansive (Gerboin, pages 61, 62, 63, 64) ;

2°. Que le médius est entièrement compressif dans ses effets (page 67).

On ne voit pas la liaison de ces conclusions avec les observations suivantes :

Deux hommes, doués à peu près également de la force expansive, sont réunis.

1°. Les effets du pendule sont augmentés plus ou moins par le contact des trois premiers doigts ;

2°. Le contact des doigts annulaires change la direction du mouvement ;

3°. Le contact des doigts auriculaires le fait cesser. Gerboin en conclut :

1°. Que le doigt annulaire a la qualité perturbatrice ;
2°. Que le doigt auriculaire a la qualité compressive (page 72).

Enfin, lorsqu’un homme doué de la faculté de perturbation est mis en communication avec un homme exerçant actuellement l’influence expansive, le contact de chacun des cinq doigts produit l’effet perturbateur (page 71). Tous les doigts développent donc le même effet (page 72) !

168.L’influence organo-électrique de l’homme est susceptible d’être modifiée par les corps qui sont placés au-dessous du pendule, corps que Gerboin qualifie d’explorés.

Les corps explorés qui agissent sur le pendule peuvent être des corps inorganiques ou des êtres organisés.


CORPS INORGANIQUES (y compris les principes immédiats des êtres organisés).

169.Les minéraux peuvent donner lieu à trois effets sur le pendule :

1°. Ils sont sans action ;

2°. Le mouvement circulaire qu’ils lui impriment se fait de gauche à droite : c’est le sens que Gerboin appelle oxygène, il l’attribue à l’électricité vitrée on positive, à la force ou qualité expansive ;

3°. Le mouvement circulaire qu’ils lui impriment se fait de droite à gauche : c’est le sens que Gerboin appelle hydrogène, il l’attribue à l’électricité résineuse ou négative, à la force ou qualité compressive.

A. Les corps qui agissent sur le pendule de gauche à droite sont :

L’arsenic, le charbon ;

Le zinc, l’antimoine, le bismuth, le cobalt, l’eau, l’alumine, les oxydes noir et rouge de fer, l’oxyde de zinc ;

Les fleurs d’antimoine, l’oxyde de bismuth, l’oxyde brun de cuivre, l’oxyde jaune et l’oxyde rouge de plomb, l’oxyde noir et l’oxyde rouge de mercure ;

La flamme de phosphore, les acides phosphorique, arsénique, sulfurique, nitrique, boracique, oxalique, nitreux ;

L’alun ;

Le corps ligneux des plantes qui ne végète plus, l’amidon, la gomme blanche, le sucre, le sucre de lait.

B. Les corps qui agissent sur le pendule de droite à gauche sont :

Le soufre, le phosphore ;

Le fer forgé, le fer battu, l’étain, le plomb, le cuivre, le platine, l’argent, le mercure ;

Les sulfures de fer, de cuivre, de mercure ;

Les acides muriatique, phosphoreux, sulfureux, benzoïque ;

Le sel marin, la magnésie, la potasse, la soude ;

La flamme d’une bougie ;

Le sel ammoniac, le savon sec ;

L’éther sulfurique, l’huile de thym, le camphre, les résines et le succin ;

La fibrine sèche, la pulpe cérébrale.

C. Les corps qui n’agissent pas sur le pendule sont :

Le diamant ;

L’eau congelée, la neige, la silice pure, le quartz hyalin limpide et opaque lorsqu’il n’est pas imprégné d’oxydes métalliques ;

Le verre qui a pour base la terre siliceuse, et qui contient peu de substances métalliques ;

L’acide phosphorique vitreux ;

Le borax vitrifié ;

La flamme de l’alcool ;

Le coton blanchi, la soie écrue ou blanche ;

La laine, etc.

D. Gerboin nomme des corps qu’on pourrait qualifier de capricieux, parce qu’ils n’agissent pas constamment d’une même manière, et que quelquefois ils n’agissent pas du tout. Tels sont :

La houille, surtout si elle est pyriteuse ;

La plombagine ;

La blende, l’orpiment ;

Divers minerais métalliques ;

Le schiste noir, la pierre de Florence ;

Plusieurs substances végétales et animales dans un état commençant de décomposition.

170.Gerboin fait dépendre l’action des substances inorganiques sur le pendule, de leur composition chimique, de leur figure et de la situation de leur partie à l’égard du pendule ; enfin, de leur masse.

L’action sur le pendule est d’autant plus régulière, que le corps est formé d’un plus petit nombre de principes, et que la combinaison est plus exacte.

La surface plane est plus favorable à l’action qu’une surface anguleuse. Le centre d’une figure symétrique éteint toujours le mouvement ou l’empêche de se produire. Les deux moitiés d’une même surface tiennent de leur état mathématique des propriétés opposées et une sorte de polarité.

Enfin, un même corps agit avec d’autant plus d’intensité, que sa masse, en rapport avec le pendule, est plus considérable, et que cette masse présente plus de surface.


ÊTRES ORGANISÉS.

171.Les êtres organisés considérés comme corps explorés, c’est-à-dire comme corps soumis à l’action du pendule, ont présenté à Gerboin les phénomènes suivants :

Le pendule placé au-dessus des deux premiers doigts de la main ou du pied, ou au-dessus de la surface du corps qui est douée de la propriété compressive, oscille de gauche à droite.

Au-dessus du bout du doigt annulaire ou au-dessous de la surface du corps doué de la propriété perturbatrice, il oscille de droite à gauche.

Enfin, au-dessus du médius et du cinquième doigt et sur la ligne médiane du corps ou de ses principales lignes, le pendule ne se met pas en mouvement.

Les végétaux présentent des phénomènes analogues, mais ils sont plus complexes.

L’action résulte presque toujours de la qualité vitale des parties, de leurs formes et de leur constitution intime.

Gerboin conclut que la réaction excitée par les êtres organisés ne diffère pas réellement de celle que font naître les corps inorganiques.

Dans tout ce qui précède, j’ai conservé autant que possible les expressions de l’auteur. Je reprendrai plus loin quelques-unes de ses observations et expériences pour montrer qu’elles rentrent dans le principe d’explication que je vais exposer.