De la baguette divinatoire/Première partie/Conclusion générale relative à la baguette

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CONCLUSION GÉNÉRALE RELATIVE À LA BAGUETTE.

154.Comment des idées mystérieuses se sont-elles attachées à la baguette ?

Je l’ai dit (37), en montrant que, dans l’antiquité la plus reculée, elle était un signe d’autorité, de puissance, de commandement, enfin un instrument de divination.

C’est comme telle qu’elle fut employée à rechercher les métaux vers le XVe siècle, et les eaux souterraines dans le xviie.

Les explications qu’on a données de son mouvement rentrent dans deux catégories fort différentes :

La première comprend celles qui rattachent ce mouvement au monde moral, à une cause spirituelle, qui peut être Dieu, les anges, le démon, ou encore l’esprit de l’homme ;

La seconde comprend les explications qui se rattachent au monde physique.

1°. À des propriétés dont la matière est douée.

Des péripatéticiens ont mis en avant des propriétés occultes connues sous les noms de empathies et d’antipathies.

2°. À des corpuscules, à des vapeurs, à la matière subtile. Cette opinion a été professée par des cartésiens.

3°. À un fluide impondérable, tel que l’électricité, l’électro-magnétisme, l’électro-organisme, etc.

Cette opinion est celle de plusieurs de nos contemporains.

155. L’examen critique des écrits les plus remarquables auxquels la baguette a donné lieu, m’a conduit à rejeter toute cause du monde physique d’après les considérations émises par le père Malebranche, l’abbé de Rancé, l’abbé Pirot, le père Ménestrier et surtout le père Lebrun.

En effet, les phénomènes émanés d’une cause du monde physique se reproduisent d’une manière constante et comme fatale dans les mêmes circonstances.

Eh bien, nous avons vu les partisans de la baguette partagés en deux camps lorsqu’il s’agit de reconnaître avec elle la nature spécifique d’un corps caché : les uns prétendent que le mouvement de celle-ci est augmenté par le contact d’une matière identique à celle qui a déterminé le mouvement, tandis que le contact d’une matière différente l’arrête ; les autres prétendent absolument l’inverse. Or, comme tous affirment réussir, je demande si, dans des circonstances aussi semblables que le sont celles de la recherche par la baguette de corps cachés, on peut admettre l’influence d’une cause physique qui produirait des phénomènes absolument contraires ?

156. D’un autre côté, les partisans de la baguette, quels qu’ils soient, théoriciens ou exclusivement praticiens, reconnaissent en fait l’influence de la pensée, que ce soit volonté, désir ou intention de celui qui la tient.

Cette pensée peut neutraliser l’action des corps matériels, de telle sorte que le métal qu’on prétend actif sur la baguette n’a plus d’action si on cherche de l’eau, comme celle-ci cesse d’agir si on cherche un métal ; enfin il y a plus : c’est que toute matière cesse d’agir lorsqu’on cherche à savoir si des bornes d’héritage ont été déplacées, ou qu’on suit à la piste un voleur ou un assassin.

157. Les choses amenées à ce point, il est évident à mes yeux que la cause du mouvement de la baguette n’appartient pas au monde physique, mais au monde moral.

Les pères Lebrun, Malebranche et Ménestrier, les abbés de Rancé et Pirot sont unanimes pour l’attribuer au démon. Quant à moi, sans hésitation, je pense que, dans la plupart des cas au moins où la baguette est tenue par un homme probe et qui a foi en elle, le mouvement est la conséquence d’un acte de la pensée de cet homme.

Telle est la cause, par exemple, des phénomènes décrits par M. le comte Jules de Tristan et de ceux dont il va être question dans la partie consacrée au pendule explorateur.