De la génération des vers dans le corps de l’homme (1741)/Chapitre 03/Article 1

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Veuve Alix ; Lambert et Durand (Tome Ip. 66-188).
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Chapitre III



ARTICLE PREMIER.

Des Vers du Corps Humain qui naissent hors des Intestins.



LES Vers qui naissent dans l’Homme, hors des intestins, sont de diverses espéces, ou plutôt se réduisent sous différentes classes. J’en compte de quatorze sortes en général ; scavoir, les Encéphales, les Pulmonaires, les Hépatiques, les Spléniques, les Cardiaires, les Péricardiaires, les Sanguins, les Vésiculaires, les Helcophages, les Cutanés, les Umbilicaux, les Vénériens, les Œsophagiens & les Spermatiques. Nous en allons parler de suite.

Les Encéphales naissent dans la tête ; on les appelle ainsi du mot Grec Kephale, qui signifie tête. Il y en a de cinq sortes ; scavoir, les Encéphales proprement dits, qui viennent dans le cerveau, ou sur ses membranes ; les Rinaires, qui viennent dans le nez ; les Ophthalmiques, qui viennent au grand angle de l’œil ; les Auriculaires, qui viennent dans les oreilles ; les Dentaires, qui viennent aux dents ; & les Salivaires, qui sont dans la salive.

Les Encéphales proprement dits, sont rares ; mais il y a certaines maladies où ils regnent, & l’on a vû des fiévres pestilentielles ne procéder que de là. Celle qui fit tant de ravage à Bénévent, & dont presque tout le monde mouroit, sans qu’on y pût apporter aucun remede, en est un grand témoignage. Les Médecins s’avisèrent enfin d’ouvrir le corps d’un Malade qui étoit mort de cette contagion, & ils lui trouverent dans le cerveau, un petit Ver vivant, tout rouge & fort court. Ils essayerent divers remedes sur ce Ver, pour découvrir ce qui le pourroit tuer ; tout fut inutile, excepté le vin de Malv. dans quoi on fit bouillir des raiforts. On n’en eut pas plutôt jetté dessus, que le Ver mourut. On donna ensuite de ce remede à tous les autres Malades[1], & ils échapperent presque tous. Appien Alexandrin rapporte que les Romains, dans la guerre contre les Parthes[2], sous la conduite de Marc-Antoine, furent réduits, faute de vivres, à manger les herbes des champs, & se trouvèrent ensuite attaqués d’une maladie épidemique, consistant dans une fureur qui leur faisoit fouir la terre à belles mains, & rouler de grosses pierres, comme si c’eût été pour les faire servir à quelque grand dessein. Il ajoute que la plupart moururent faute de vin, qui étoit, dit-il, le seul remede à cette maladie. Je remarquerai que cette fureur pouvoit bien venir de quelques Vers engendrés dans la tête, par le mauvais suc des herbes qu’on avoit été obligé de manger.

Schenkius écrit qu’en 1571. dans la marche d’Ancone, régna une maladie épidemique, qui causoit des vertiges furieux, & dont on mouroit le troisiéme jour, ou au plûtard le quatriéme. Tous les Médecins du lieu avouerent qu’ils ne connoissoient point ce mal, & par conséquent qu’ils ne sçavoient quels remedes y apporter. Un jeune Homme de 22. ans, extrémement riche, craignant d’en être attaqué, à cause d’une douleur périodique qu’il commencoit à sentir dans la tête, & effrayé de cet aveu des Médecins, crut qu’il n’y avoit pas de meilleur parti à prendre pour lui, que de quitter promptement le pays, & de se retirer à Venise, où étoient alors des Médecins très-fameux. Il n’y fut pas plûtôt, qu’il fit venir tout ce qu’il y avoir de plus sçavans Hommes dans la Médecine, & entre autres, le célébre Nicolas de S. Michel, lequel soutint que c’étoit un Ver qui causoit dans le cerveau les douleurs périodiques dont ce jeune Homme se plaignoit, lesquelles, sans troubler la raison, ni la mémoire, faisoit souffrir si cruellement le Malade, que dans les accès, il lui sembloit qu’on lui perçoit la tête avec un fer. On lui fit divers remedes ; mais on ne put le sauver, & le troisiéme jour de son arrivée, il mourut. Georges Carnerus, l’un des Médecins qui l’avoient traité, pria les parens de lui permettre d’ouvrir la tête du mort ; ce qu’il fit le lendemain 19. de Novembre. Il n’eut pas plutôt levé la dure mere, qu’il apperçut du côté droit, la tête d’un Ver tout vivant, qui, à cause de l’air froid, s’enfuit aussi-tôt dans la substance du cerveau. Carnerus découvrit alors les ventricules du cerveau, & il tira ce Ver, qui étoit tout rouge, de la longueur du doigt indice, & avoit une tête pointue, toute noire, & un col velu. Il le prit avec des pincettes, & le mit sur du papier, où le Ver mourut aussi-tôt. Schenkius rapporte ce fait dans son Traité des Doubleurs de Tête.

On prétend qu’il se trouve des Vers jusques dans la glande pineale, & qu’il n’y a presque point de réduit dans la tête, où l’on n’en ait vu.

Dans le fond du conduit qui va au quatrième ventricule du cerveau, est une éminence appellée Apophyse vermiforme, que quelques Auteurs croyent se changer en Ver ; mais c’est une pure fable ; l’apophyse dont il s’agit, n’est nommée Vermiforme, qu’à cause qu’elle a comme la figure d’un Ver.

Les Rinaires qui s’engendrent dans la racine du nez, sont ainsi appellés du mot, qui en Grec, signifie narine. Borelli les appelle Nasicoles, c’est-à-dire, Habitans du nez[3].

Ils sortent quelquefois d’eux-mêmes par les narines, comme on l’a vu arriver en plusieurs occasions ; quelquefois ils demeurent engagés dans le fond du nez, & font tomber en fureur les Malades. Ceux qui ont lû Fernel, sçavent l’histoire de ce Soldat malade, qui[4] mourut le vingtiéme jour de sa maladie, après être devenu furieux, & dans le nez duquel on trouva deux Vers, vélus & cornus. Ambroise Paré nous a donné la figure de ces Vers[5], on la voit aussi dans Aldrovandus, en son Livre des Insectes ; mais pour épargner aux Lecteurs curieux la peine de l’y chercher, nous l’avons mise ici.

Andry - De la génération des vers (1741), p. 73-1.png

Kerckring dans ses Observations Anatomiques, donne encore la figure d’un Ver velu & cornu, qui sortit du nez d’une femme d’Amsterdam, le 11. Septembre 1668. & qu’il conserva vivant jusqu’au 3. d’Octobre, sans lui donner aucune pâture. En voici la figure dans cette page. Il ajoute une circonstance digne de remarque, c’est que ce Ver étant sorti, en produisit un autre avant que mourir.

Andry - De la génération des vers (1741), p. 73-2.png

Antoine Benivenius dans ses Observations Médicinales, raconte l’histoire d’un Malade de ses amis, qui, attaqué d’un violent mal de tête, accompagné d’éblouissemens, de vomissements, d’extinction de voix, d’aliénation d’esprit, & d’un froid général de tout le corps, fut réduit à l’extrémité le septiéme jour, & ce même jour, lorsqu’on ne lui espéroit plus de vie, rendit par la narine droite un Ver long d’un palme & plus, & se trouva aussi-tôt guéri[6].

Je pourrois rapporter un grand nombre d’autres exemples de vers sortis par le nez. Mais les deux suivans qui se lisent dans l’Histoire de l’Académie Royale des Sciences, sont assez considérables pour pouvoir suffire après ceux qui viennent d’être rapportés.

Une femme bien constituée, & qui, à ce qu’observe l’Historien, ne connoissoit point les maux de tête[7], commença à l’âge de 36. ans en 1708. à sentir une douleur fixe au bas du front, du côté droit & près du nez. Cette douleur qui ne tenoit d’abord qu’un petit espace, s’étendit peu à peu jusqu’à la temple du même côté ; & au lieu que dans les commencemens elle avoit de grandes intermissions, elle devint au bout de deux ans presque continue, accompagnée de convulsions, & d’une insomnie presque perpétuelle.

Enfin la violence de la douleur augmenta si fort, que la Malade en fut deux ou trois fois à l’agonie, & eut la raison fort attaquée dans les grands accès. Au bout de quatre ans, après avoir fait en vain toutes sortes de remedes, elle y renonça, se contentant de suivre un bon régime, & de prendre par le nez du tabac en poudre, dont elle esperoit quelque soulagement.

Elle n’en avoit encore usé que pendant un mois, lorsqu’un matin, ayant éternué avec effort, elle moucha, parmi un peu de sang, un Ver tout ramassé en peloton. Elle sentit cesser alors, & tout à coup, une si longue & si cruelle douleur ; son esprit se remit dans son assiette naturelle, & la guérison fut entiere, si ce n’est que pendant deux ou trois jours il coula un peu de sang du nez.

Feu M. Littre, de l’Academie des Sciences, & Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, auquel on doit cette observation, a eu soin d’avérer exactement tous ces faits, aussi-bien que ceux qui vont suivre, lesquels sont tout de même rapportés dans l’Histoire de l’Academie des Sciences, année 1708.

Le Ver étoit vivant, & quand il s’allongeoit autant qu’il le pouvoit, il avoit six poulces, mais seulement deux lorsqu’il se replioit en zic-zac, ce qui étoit la figure ordinaire : il avoit deux lignes de largeur, & 1½ d’épaisseur dans l’endroit le plus gros de son corps ; sçavoir, vers le milieu ; il étoit de couleur de caffé clair, convexe par-dessus, & plat par-dessous, couvert par-tout, excepté à la tête, d’écailles annulaires, larges d’une ligne, & toutes séparées les unes des autres par de petits intervalles, de chacun desquels il sortoit, tant à droite qu’à gauche, cinquante-six pattes, longues d’une ligne, & grosses comme des cheveux. Il paroît par-là, que ce Ver étoit de l’espéce de ceux que l’on appelle Centipedes. La tête étoit longue d’environ deux lignes, on y distinguoit facilement deux yeux, deux cornes, une pince faite de deux branches, plus éloignées l’une de l’autre à leur racine, que vers leur extrémité, & une gueule entre ces deux branches. La queue étoit armée de deux espéces d’aiguillons égaux, plus longs & plus gros que les pattes. Il fut enfermé dans une phiole vuide, où on le trouva vivant dix-huit heures après. Ensuite on s’avisa d’y verser de l’eau-de-vie ; & il ne laissa pas de vivre encore deux ou trois heures.

Le siége de la douleur fixe que sentoit la Malade, montroit assez, comme l’observe l’Historien, que le Ver devoit être dans une cavité située au-dessus du nez, appellée par les Anatomistes Sinus frontal, qui est pratiquée sous le sourcil, dans un os que les mêmes Anatomistes nomment Coronal. Elle a près de deux poulces de long, sur huit à dix lignes de large, & par conséquent elle pouvoit contenir l’animal replié. Il paroît par l’inclination qu’il avoit à prendre cette figure, qu’il y devoit être fort accoutumé.

Il y a entre le sinus frontal, dont il s’agit, & la narine, un trou de communication par où le sinus reçoit de l’air, à chaque moment que l’on respire ; en sorte qu’une forte respiration peut y avoir fait entrer avec l’air, l’œuf invisible où cet animal étoit renfermé en petit. Ce même œuf pourroit aussi être entré par la bouche avec quelque aliment, & avoir suivi la longue & tortueuse route de la circulation du sang. Mais toujours, comme le remarque l’Historien, il est certain que l’animal n’a pu sortir que par ce trou de communication. À la vérité, le diametre en est plus petit que n’étoit celui du corps de l’animal : mais comme ce trou est formé immédiatement par une membrane, le Ver a pu la dilater peu à peu, lorsqu’il a voulu sortir, & même les goûtes de sang qui ont paru, marquent qu’il l’avoit un peu déchirée.

L’œuf, observe encore l’Historien, avoit trouvé dans la cavité dont il s’agit, sçavoir, dans le sinus frontal, la chaleur, l’humidité, la lymphe, enfin tout ce qui lui étoit nécessaire pour éclorre, & l’animal tout ce qu’il lui falloit, non-seulement pour sa subsistance, mais pour un accroissement auquel apparemment il ne fût jamais parvenu sur la terre, puisqu’il n’y eût été ni si bien nourri, ni autant à l’abri d’une infinité d’accidens qui ne permettent guère quatre années de vie à ces espéces d’animaux ; chaque mouvement qu’il faisoit (c’est toujours l’Historien qui parle) devoit causer à la membrane délicate, dont le sinus frontal est tapissé, une irritation d’autant plus cruelle, que l’Insecte, avec ses deux cornes, ses deux aiguillons, & ses cent douze pattes, ébranloit, & pour ainsi dire, attaquoit en détail, chaque petite fibre nerveuse de la membrane ; en sorte que plus il se fortifioit, plus le mal devoit être violent & insupportable. La grandeur de l’animal, laquelle vint à lui rendre le lieu où il étoit, trop incommode, & selon toutes les apparences, l’odeur du tabac qui lui étoit contraire, ainsi qu’à un grand nombre d’autres Insectes, l’obligerent enfin à chercher les moyens de sortir.

Les symptômes qu’a eû la Malade, feroient assez aisément reconnoître un pareil accident. En ce cas, M. Littre juge qu’il faudrait d’abord prévenir l’inflammation de la membrane du sinus, par les moyens ordinaires que l’on pratique contre les inflammations. Il reste ensuite à attaquer le Ver. On le peut faire, remarque-t-il, & par les remèdes intérieurs qui sont en usage contre les Vers, & en même-temps par des remèdes extérieurs, puisque ce Ver-là seroit dans un lieu où de tels remédes pourroient aller. Il est déja à présumer que le tabac conviendroit, mais on pourroit encore tirer fortement par le nez des sucs âcres ou acides que l’on jugeroit, ou que l’on reconnoîtroit les plus capables d’incommoder l’animal. M. Littre croit que rien ne seroit plus propre à le tuer, que de l’huile, parce que l’on sçait qu’elle ôte la respiration aux Insectes, en bouchant les ouvertures de toutes les trachées ; enfin si rien ne réussissoit, il en faudroit venir à une opération Chirurgique sur l’os coronal. M. Littre assure qu’elle ne seroit ni dangereuse ni difficile.

L’autre exemple d’un Ver Nazal ou Rinaire, est rapporté dans l’Histoire de l’Académie des Sciences, année 1733. Un Officier de chez le Roy, sentoit depuis trois ans, au bas du front, du côté gauche, & près de la racine du nez, une douleur vive, plus violente dans des temps que dans d’autres, laquelle s’étendoit vers l’œil du même côté, & devenoit quelquefois si excessive, que le Malade craignoit d’en perdre l’œil. Il avoit en même-temps dans l’oreille un bourdonnement considérable. Pour remédier à ce bourdonnement, il se fit verser, étant au lit, quelques, goûtes d’huile d’amandes douces dans l’oreille affectée, & se tint pendant quelque temps couché sur l’autre. Deux jours après il sentit dans la narrine gauche une grande démangeaison, des picotemens, des tiraillemens, de fréquentes envies d’éternuer, & même en se mouchant, quelque chose qui remuoit dans son nez, & qu’il n’en put tirer tout-à-fait, qu’en y portant le bout du-doigt. C’étoit un Ver. Ce Ver, dit l’Historien, courut aussi-tôt sur la main du Malade avec une extrême vitesse, quoique couvert d’une mucosité parsemée de tabac, parce que cet Officier en prenoit beaucoup. On mit le Ver dans une tabatiere où il y avoit du tabac, & il y vécut cinq ou six jours. Tous les accidens du Malade, continue l’Historien, cesserent aussi-tôt après la sortie de l’Insecte.

M. Malber, Docteur-Régent de la Faculté de Medecine de Paris, a eu ce Ver entre ses mains, mort & desseché : il le trouva du genre des Centipedes, de l’espéce des Scolopendres terrestres : il en fit une description qu’on ne rapporte point dans ce volume de l’Histoire de l’Academie des Sciences, parce que dans celui de 1708. on a rapporté une description assez semblable d’un autre Ver, rendu de même par le nez, qui est celui dont nous avons parlé ci-devant.

Ces deux Vers, observe l’Historien, ne différent que par la grandeur. Le dernier n’avoit que seize lignes de long, & l’autre avoit six poulces. Il est vrai que le plus grand avoit cent douze pattes, & l’autre cent seulement, mais si le petit eût vécu, peut-être en auroit-il eu davantage. Enfin, remarque l’Historien, c’est le grand nombre de pattes, & non le nombre déterminé de cent, qui fait les Centipedes.

Une autre différence que le même Historien observe entre les deux Vers dont il s’agit, c’est que celui de 1708. fut, selon les apparences, chassé en un mois, par l’usage du tabac, au lieu que le dernier, malgré l’usage continuel que la Malade faisoit de ce remede, avoit vécu trois ans dans le nez. Il vécut même encore cinq à six jours dans une tabatière pleine de tabac, ce qui, comme le dit en passant, & fort à propos l’Historien, rend au moins fort douteuse la bonté du tabac contre les Vers.

Les deux Vers étoient dans les sinus frontaux, le grand dans le droit, & le petit dans le gauche. Différence que l’Historien rapporte, mais en reconnoissant qu’à proprement parler, ce n’en est pas une.

La route que feu M. Littre faisoit tenir à son Ver pour entrer dans le sinus, & pour en sortir, doit, sans doute, être la même que celle qu’a tenue le Ver de M. Maloet. Mais voici une différence très-essentielle que remarque l’Historien, & qui est le point principal de l’observation de M. Maloet, c’est que le Ver de M. Maloet paroît n’avoir été chassé que par l’huile versée dans l’oreille : la difficulté cependant, est que cette huile ait pu parvenir jusqu’au Ver enfermé dans le sinus frontal ; car elle ne s’est répandue que dans le conduit extérieur de l’oreille, lequel est très-exactement fermé en dedans, par la membrane du tympan ; comment a-t-elle donc pû passer au travers de cette membrane ? Et en cas qu’elle y ait passé, peut-on concevoir quel chemin elle a pris pour cela ? Puisqu’il y a encore bien loin de cette membrane au sinus frontal. M. Maloet reconnoît que d’appliquer sur le nombril différentes huiles pour agir contre les Vers des intestins, est un bon remede pour les chasser, & cela posé, il fait le raisonnement suivant : Ces huiles ainsi appliquées sur le nombril, n’y agissent qu’après avoir pénétré la peau, la membrane adipeuse, le péritoine, l’épiploon & les membranes des intestins ; donc à plus forte raison une huile introduite dans l’oreille pourra pénétrer le tympan, qui est si fin & si délié. À la vérité il n’y a que les parties les plus subtiles de l’huile qui puissent pénétrer la membrane dont il s’agit, quelque fine qu’elle soit, mais il n’en faut pas beaucoup pour se faire sentir à un si petit Ver, surtout dans l’espace de deux jours.

L’Historien de l’Academie remarque ici que s’il y a toujours à la membrane du tympan une petite ouverture échancrée que Rivinus a découverte, & que M. Maloet dit avoir effectivement vue deux fois, ou que si seulement elle s’est trouvée par une espéce de hazard dans le tympan du Malade, en question, l’huile aura eu encore, sans comparaison, plus de facilité à passer.

Quant au chemin qu’elle aura tenu, il juge qu’après avoir été reçue dans la cavité du tympan, elle se sera portée, par le moyen de la trompe d’Eustache, appellée communément l’aqueduc, jusqu’aux fosses nazales, d’où, à cause de sa subtilité, elle aura pu aisément s’élever au sinus frontal.

Nous ne devons pas oublier ici les réflexions sages que le sçavant Historien fait ensuite sur la circonstance de cette guérison.

1o. Ce fut par une espéce de hazard, & uniquement par rapport au bourdonnement, que le Malade attaqué de ce Ver sans le sçavoir, se fit verser de l’huile dans l’oreille.

2o. S’il eût connu son Ver, & le lieu que cet Insecte occupoit, il se seroit sans doute avisé de tirer cette huile par le nez, afin qu’elle allât attaquer le Ver par cette route aisée, & toute ouverte. Cependant il auroit très-mal fait de suivre cette indication, toute naturelle qu’elle étoit. En effet, remarque judicieusement M. de Fontenelle, le Ver attaqué du côté du nez, n’auroit pas manqué de fuir du côté opposé, & se seroit par ce moyen, cantonné dans des endroits d’où il n’auroit pu sortir.

3o. Si par quelque empêchement que ce soit, il n’avoit pu fuir, il seroit mort infailliblement dans le sinus où il étoit, & par la pourriture de son cadavre, il auroit pu causer de fâcheux accidens. Heureusement l’attaque qu’on faisoit d’un côté le détermina à fuir de l’autre, où la sortie étoit facile ; & il s’aidoit outre cela de toutes ses forces pour sortir, ce qui est encore un avantage quand on tire les Vers vivans.

4o. Il résulte de là une regle de pratique pour tous les Vers qu’on jugera être dans les sinus frontaux.

5o. Conformément à ces idées, on suit fort à propos deux méthodes pour les Vers des intestins : ils ne peuvent guère sortir que par bas, & pour les chasser par cette voye, on employe des choses ou qui les contrarient, ou qui les attirent : les premières se prennent par la bouche, & les secondes en lavement. Nous rappellerons tout cela en parlant des remedes contre les Vers.

Les Vers Ophthalmiques, ainsi nommés du mot grec Ophthalmos, qui signifie, œil, se trouvent dans le grand angle de l’œil. Ces Vers sont très-rares, & Amatus Lustranus qui en rapporte un exemple, dans sa septiéme Centurie, Cure LXIII. dit que cet exemple est singulier, & mérite pour cette raison d’être publié : qu’on a bien vu des Vers sortir par le nez, mais qu’on en ait vu sortir par les yeux, c’est ce qui est extraordinaire. Voici les propres paroles de Lusitanus, traduites mot à mot : « Une petite fille de trois mois, se portant bien & ne sentant pas le moindre mal, rendit par la partie antérieure de l’œil, appellée communément le grand angle, un Ver dont la tête commença d’abord à paroître. Des personnes qui se trouvèrent là, voyant cette tête, se hâterent de tirer le Ver avec les doigts, & furent fort surprises de voir sortir de l’œil de cet enfant, un Insecte vivant long d’un demi palme, de la grosseur d’une ligne, & tout blanc, sans que l’œil parut endommagé en rien. Le cas est surprenant & mérite d’être écrit. On a vu sortir des Vers par le nez, & j’en ai vu plusieurs fois sortir ; mais qu’il en soit sorti par les yeux, c’est un fait des plus rares. » Est certè casus hic mirus & dignus chartis dari, per nares vero lumbricos fluxos, non rarò nos & alii varii viderunt.

M. Vrayet Médecin d’Abbeville, dont nous rapporterons cy-après deux lettres au sujet des Vers sanguins, me mande dans la derniere, qui est du 31. Juillet de l’année 1736. avoir tiré il y a vingt ans du grand angle de l’œil d’un enfant de six mois, un Ver strongle, c’est-à-dire, long & rond, qu’il mit aussi-tôt dans de l’esprit de vin, & qu’il y a conservé plus de six ans. Ce Ver, dit-il, étoit de la longueur du doigt, de la grosseur d’une plume de Pigeon, & venoit certainement des premières voyes. Cette réfléxion de M. Vrayet, que ce Ver venoit des premières voyes, c’est-à-dire, des intestins, est un point à examiner. On voit bien quelquefois des Vers sortir par le nez après y être montés des intestins ; le passage de communication qui va du gosier au nez, rend la chose facile à comprendre ; mais qu’un Ver remonté des intestins dans la bouche, puisse de là passer aux yeux, c’est ce qu’on ne comprend pas de même, les embouchures du canal nazal & du sac lacrymal étant fort petites. La chose cependant examinée à la rigueur, ne paroît pas impossible.

Les Vers auriculaires s’engendrent dans les oreilles, & sont ainsi nommés du mot latin qui signifie oreille.

Silvaticus dans ses Consultations[8], parle d’un enfant de douze ans qui tous les matins étoit sourd de l’oreille gauche, & cessoit de l’être après le dîner, lequel rendit dix petits Vers par cette oreille, & ensuite vingt autres, au moyen d’une fumée d’herbes bouillies dans du vin, sur laquelle on lui faisoit tenir l’oreille. Ces Vers étoient vivans, & vécurent un mois. La circonstance que rapporte Silvaticus, sçavoir, que la surdité cessoit après le dîner, a quelque chose de singulier. Il prétend que le mouvement des dents qui se faisoit par la mastication, débarrassoit l’oreille d’une humeur qui s’y étoit amassée pendant la nuit, & qui causoit la surdité.

Tharantanus dit avoir vu sortir de l’oreille d’un jeune homme malade d’une fiévre aiguë, deux ou trois Vers qui ressembloient à des graines de pin. Panarolus[9] parle d’un Malade, qui, après avoir été tourmenté d’une violente douleur d’oreille, rendit par cette partie, ensuite d’une injection qui y fut faite avec du lait de chevre, plusieurs Vers sembables à des mites de fromage, après quoi la douleur cessa. Kerckring donne la figure de cinq Vers qu’un homme rendit par l’oreille en 1663. dans un Bourg nommé Quadiich, lesquels étoient faits comme des Cloportes, si ce n’est qu’ils n’avoient que dix pieds. Voyez-les dans les cinq figures cy-dessous.

Andry - De la génération des vers (1741), p. 92.png

M. Winslow m’a écrit depuis peu avoir trouvé il y a quelques années un Ver dans le tympan de l’oreille d’une fille de trois ans, mais avec des circonstances qui rendent le fait assez singulier. Voici sa lettre.

« Vous avez souhaité que je vous communiquasse l’Observation que j’ai faite autrefois d’un Ver dans le cadavre d’une fille de trois ans, voici ce que c’est. En 1716. au mois d’Octobre, comme je faisois l’anatomie de la tête de cette enfant, je trouvai au haut du pharynx, derriere la luette, un Ver long & rond comme les Vers ordinaires des intestins, lequel avoit une de les extrémités dans le pharyng même, & s’étoit glissé dans la trompe d’Eustachius, jusques dans la cavité du tympan, où l’autre extrémité étoit engagée entre les osselets de l’ouie. Je ne doute point, Monsieur, que ce Ver ne vînt des intestins, & ne fût monté par l’œsophage. Il avoit environ cinq pouces de long, & l’épaisseur d’une petite plume à écrire. Ce que j’ai trouve de singulier, c’est qu’ayant ce volume, il ait pu s’engager dans un passage si étroit, & je ne sçaurois deviner ce qui peut avoir déterminé cet Insecte à aller plutôt là, que dans la narine attenante, qui est bien plus spacieuse. Vous ferez là-dessus vos réflexions. Je suis, &c. Winslow. Ce 4. Septembre 1736. »

Les Vers dentaires, ainsi nommés, parce qu’ils s’engendrent aux dents, se trouvent d’ordinaire sous la carie des dents. Jacobæus rapporte qu’un homme tourmenté d’un violent mal de dents, sans que les remèdes ordinaires y eussent servi de rien, guérit enfin après avoir enlevé de dessus sa dent, une carie sous laquelle se trouva enfermé un Ver qui s’agita beaucoup &[10] dont la niche étoit creusée dans le corps de la dent. Ce mal de dent étoit périodique, & le Malade sentoit par intervalles, quelque chose qui tressailloit sur sa dent. Au reste il n’est pas rare de trouver des Vers aux dents[11].

Les Pulmonaires se forment dans les poumons. Ces Vers sont rares, mais cependant il s’en trouve, Fernel[12] dit en avoir vu des exemples. Ce qu’il y a de certaine, c’est que des Malades en ont jetté quelquefois en toussant, qui étoient tellement enveloppés dans les crachats, qu’on ne pouvoit soupçonner qu’ils vinssent d’ailleurs que de la poitrine, comme le remarque Brassavolus[13]. De ces Vers, les uns ressemblent à des Moucherons ; selon le rapport d’Avenzoard[14], de Alsaharavius[15] ; d’autres sont faits comme des Pignons, selon l’observation de Thomas de Veigue[16], & d’autres comme de petites Punaises, selon la remarque de Joachim Camerarius, dans Schenkius.

Les Hépatiques se trouvent dans le foie, & sont ainsi appellés, du mot Latin Hepar, qui signifie Foie. Tous les Médecins ne conviennent pas que ces sortes de Vers, se forment dans ce viscère, & plusieurs Auteurs estiment qu’ils y viennent d’ailleurs, parce que la bile du foie semble devoir empêcher les Vers de s’y engendrer. Cependant comme le foie est sujet à des hydropisies, dans lesquelles il est souvent plus rempli d’eau que de bile, il ne paroît pas impossible qu’alors il ne s’y engendre des Vers, & ce n’est guère non-plus, que dans ces occasions qu’il est arrivé d’y en trouver, ainsi que le remarque Hartman, & que nous le verrons ailleurs.

Gaspard Bauhin[17], rapporte à ce sujet une Consultation qui vient trop à propos, pour que nous devions l’omettre. En 1578. au mois d’Octobre dans l’Hôpital de Padoue, en présence de plusieurs Médecins, & entr’autres du célébre M. Emilien de Champ-long, alors Professeur à Padoue, & de Gaspard Bauhin ; il fut trouvé dans le foie d’un enfant de deux ans, mort de la petite vérole, plusieurs petits Vers. Voici comment la chose se passa. On étoit en peine de sçavoir si le venin de la maladie n’avoit point endommagé les parties nobles : Emilien de Champ-long, que nous venons de nommer, voulut s’en éclaircir par ses yeux, & pour cela fit ouvrir le corps. Comme on visitoit le foie, on trouva dans les rameaux de la veine-porte, & dans les propres rameaux du foie, un grand nombre de Vers, les uns vivans, les autres morts. Ces Vers étoient rouges, ronds, un peu longs, & assez mous au toucher. Les Médecins qui assisterent à l’ouverture, furent de différens sentimens sur le lieu où ces Vers s’étoient engendrés ; les uns soutenoient qu’ils avoient été formés dans les intestins, de-là conduits par les veines mézéraiques, jusqu’à la veine-porte, & de cette veine dans les autres vaisseaux du foie ; d’autres, qu’ils s’étoient véritablement formés dans le foie ; mais que ce n’avait été qu’après la mort du malade ; & d’autres, qu’il ne falloit pas douter qu’ils n’eussent été formés dans le foie du vivant même de l’enfant : ce qui fut l’avis de Bauhin. Ce dernier sentiment paroît assez vraisemblable ; vu qu’il y a des occasions où la bile du foie dégénére si fort, que perdant presque toute son amertume, elle devient propre à laisser éclorre des Vers, lorsqu’il s’y en rencontre des œufs.

Les Spleniques se produisent dans la rate, & sont ainsi appellés du latin Splen, qui signifie, Rate. Quelques Médecins cependant croyent qu’il ne se produit jamais de Vers dans cette partie, & que c’est la seule de tout le corps, qui en soit exempte ; c’est une question à examiner.

Les Cardiaires sont dans le cœur ; ils se nomment ainsi d’un mot grec, qui signifie cœur. Il y en a de deux sortes : les Cardiaires proprement dits, & les Péricardiaires. Les premiers sont dans le cœur même, & les autres dans le péricarde, c’est-à-dire, dans la boëte du cœur. Il y a eu des pestes où l’on trouvoit de ces Vers dans la plûpart des corps que l’on ouvroit, ainsi que l’écrit Vidius[18]. Ils causent de grandes douleurs & quelquefois des morts subites. On demandera peut-être, comment il peut y avoir des Vers dans une partie dont le mouvement est si considérable ; mais il suffit de faire réfléxion à la structure de ce muscle, pour connoître que cela est très-facile. On sçait qu’à la base du cœur sont deux cavités faites en forme de cul-de-sac, l’une à droite, l’autre à gauche, que l’on appelle les ventricules ; que ces ventricules sont remplis de petites colomnes charnues, produites par les fibres droites du cœur, & ont plusieurs enfoncemens & plusieurs petites fentes qui rendent la surface interne de ce même ventricule rude, & inégale ; or c’est dans ces inégalités que les Vers sont retenus, nonobstant le mouvement continuel du sang qui entre dans le cœur & qui en sort.

Les Péricardiaires sont dans le péricarde, c’est-à-dire, dans la capsule ou boëte du cœur. Ils causent quelquefois des convulsions extraordinaires, dont les attaques durent peu, mais recommencent sans cesse ; ces convulsions sont accompagnées d’une pâleur effroyable de visage, d’un abbatement entier de tout le corps, de violentes douleurs d’estomac & de poitrine. Il se rencontre quelquefois de ces Malades infortunés, & le célébre Baglivi Médecin de Rome, m’a fait part là-dessus, d’une observation importante & curieuse que voici.

Un Cavaliere di 40. anni frego lati nel vivere, commincio à patire di dolori gagliardi di stomaco e di parti circonvicine doppo otto giorni li sopra. Giunse un stravagantissimo moto convulsivo, cioe ogni mezzo quarto d’ora era sorpresso da un momentaneo moto convulsivo per tutto il corpo con pallore di volto, e postrazione di forze. Cessato il quale, retornava detto moto convulsivo ogni mezzo quarto d’ora giorno e notte, che maggior puntualita non aurebbe osservato l’orologio, doppo ooto giorni di questi travagli si fermo per due ore il moto convulsivo, doppo le quali vi sopragiunsero dolori acerbissimi di stomaco ; e di petto per violenza de quali poco doppo mori. Diceva l’analato nel morire sentirsi strappare il cuore e le viscere dalli cani. Aperto il cadavere si retrovo nella cavita del pericardo vicino al cuore, un verme vivo longo d’un palmo, nero e peloso, & il cuore alquanto livido. Il resto delle viscere si ritrovava nello stato naturale. C’est-à-dire : Un Gentilhomme de quarante ans, peu reglé dans son vivre, commença à sentir des douleurs très-fortes dans l’estomac & dans les parties voisines. Huit jours après survinrent des mouvemens convulsifs extraordinaires, qui revenoient à chaque demi quart d’heure, & qui le prenoient tout-à-coup par tout le corps : il devenoit alors extrêmement pâle, & étoit sans force : l’accès fini, le Malade reprenait ses forces, & se portoit aussi bien qu’auparavant. Ces accès pendant huit jours retournerent si ponctuellement à chaque demi quart d’heure, tant du jour que de la nuit, qu’une horloge n’auroit pas été plus juste. Les huit jours étant passés, les mouvemens convulsifs ne revinrent que de deux, heures en deux heures, & peu de temps ensuite le Malade fut attaqué de douleurs de poitrine & d’estomac si violentes, qu’il en mourut. Il disoit en mourant qu’il se sentoit déchirer le cœur & les entrailles comme par des chiens. Quand il fut mort on l’ouvrit, & on lui trouva dans le Péricarde un Ver vivant, long d’un palme, tout noir velu, le cœur un peu livide, & toutes les autres parties dans leur état naturel.

Ce genre de Ver dont parle M. Baglivi, peut causer quelquefois des morts subites ; & Sphérérius raconte qu’un Gentilhomme de Florence, s’entretenant un jour avec un Etranger, dans le Palais du Grand Duc de Toscane, tomba mort tout d’un coup ; que comme on craignit qu’il n’eût été empoisonné, on l’ouvrit, & qu’on lui trouva dans la capsule du cœur[19], un Ver tout vivant.

Les Sanguins, se trouvent dans le sang ; ils sortent quelquefois par les saignées, comme l’assurent Rhodins[20], Riolan[21], Etmuller[22] & plusieurs autres Auteurs.

J’ajoute à cela, que M. de Saint-Martin, fameux Chirurgien à Paris, m’a attesté que faisant une saignée par l’ordonnance de M. Quartier Médecin de Paris, le sang s’étant arrêté tout à coup, il remarqua en écartant les lévres de l’ouverture, un corps étranger qui en bouchait le passage ; qu’il fit aussitôt faire un léger détour au bras, & qu’en même temps, il vit sortir avec le sang, qui s’élança alors avec violence, un Ver cornu de la longueur d’un Perce-oreille. Feu M. Daval, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, & père de M. Daval d’aujourd’hui, nouveau Docteur de la même Faculté, m’a assuré avoir vu plusieurs fois sortir des Vers par les saignées, & que M. son père en vit un jour sortir deux par une même saignée, lesquels avoient chacun de longueur, environ un tiers d’aulne.

On raconte du fameux Pere Senault Prêtre de l’Oratoire, de qui nous avons le Traité des passions, que quelques jours avant sa mort, on trouva dans du sang qu’on venoit de lui tirer, un petit Ver sorti par la veine, lequel avoit des aîles. Je n’oserois donner ce fait pour certain ; car il se pourroit bien faire qu’on eût pris pour un Insecte engendré dans le sang, quelque Moucheron tombé par hasard dans une des palettes. C’est souvent à des méprises semblables que nous devons quantité d’histoires qu’on nous rapporte comme vraies, & qui examinées de près, ne sont que des preuves de la trop grande simplicité de ceux qui s’en disent les témoins.

Les Vers qui s’engendrent dans le sang, ne sont pas tous de même figure ; cependant ceux qu’on y trouve ordinairement, se ressemblent assez. La maniere dont ils sont faits, mérite d’être remarquée. Leur corps est figuré comme une feuille de myrthe, & tout parsemé de filamens semblables à ceux qu’on remarque sur les feuilles naissantes des arbres. Ils ont sur la tête une espéce d’évent comme en ont les Baleines, par lequel ils rejettent le sang dont ils se sont gorgés. Ces Vers qui se remarquent quelquefois dans le sang de l’homme, se trouvent aussi dans celui des animaux, & pour les voir, il faut prendre des foies de veau ou de bœuf, tout récemment tirés du corps, les couper en petits morceaux, puis les jetter dans de l’eau. On en verra sortir alors avec le sang, plusieurs Vers, qui auront un mouvement fort sensible, si les foies sont bien frais.

Ces sortes de Vers sont connus aux paysans du Languedoc, qui les appellent Dalberes, du nom d’une herbe qui passe chez eux pour produire dans le corps beaucoup de cette vermine. On peut voir là-dessus M. Borell[23] dans les Observations de Physique & de Medecine ; la chose paroît avoir beaucoup de rapport avec ce que nous avons remarqué ci-devant des Vers des Moutons page 27. Mais pour revenir aux Vers sanguins de l’homme, comme on ne sçauroit avoir là-dessus trop de faits bien constatés, nous croyons devoir joindre encore ici les cinq suivans : le premier, attesté par une lettre de M. Charollois, Médecin de l’Hôpital de Châlons sur Saone ; le second, par une lettre de M. Vrayet, alors Médecin à Compiegne, & aujourd’hui à Abbeville ; le troisiéme, par une lettre de M. Collasson, Maître Chirurgien à Vatan, & les deux derniers car une nouvelle lettre du même M. Vrayet, qui m’a écrit tout récemment sur ce sujet. Les voici telles qu’elles m’ont été écrites ; je n’en ai retranché que les complimens. Elles méritent d’être lues.

Lettre de M. Charollois, Médecin de l’Hôpital de Châlons-sur-Saone, au sujet d’un Ver sanguin.

Monsieur,

« Il est juste que je vous fasse part d’un fait extraordinaire concernant un Ver Sanguin. Ce Ver est sorti par la veine médiane d’un homme de 66. ans, attaqué d’une Maladie dont je vous ferai l’histoire par la suite. Je n’ai point vu dans votre Livre de la Génération des Vers, ni dans aucun Auteur cité ; non plus que dans ceux dont j’ai connoissance, qu’il y ait eu de Ver Sanguin de cette grosseur. Il est de celle d’un tuyau de plume à écrire : il a le corps comme variqueux, rouge dans le dedans & en quelques endroits de la superficie. Il est rond dans toute sa longueur, qui a près de cinq pouces : on y distingue très-bien la tête & la queue. Je ne puis, Monsieur, vous marquer d’autres circonstances, manquant de microscopes pour cela. J’ai mis le Ver dans de l’eau de vie & vous l’ai destiné. Je vous l’enverrai par la Diligence, sitôt que vous m’aurez témoigné le souhaiter. J’ai pris à Paris quelques-unes de vos Leçons aux Ecoles de Médecine après avoir reçû le Bonnet de Docteur à Montpellier. Je n’avois encore trouvé aucune occasion de vous remercier, je suis ravi que celle-ci se présente pour vous assûrer que je suis, &c.

Charollois, Médecin de
l’Hôpital de Châlons-sur-Saone
en Bourgogne.

» Par la premiere Diligence qui partira d’ici, je vous ferai remettre en main propre ce dont il s’agit, avec l’histoire de la maladie, qui est très-singuliere. »

À Châlons-sur-Saone, ce 25. May 1723.


Seconde Lettre de M. Charollois, Médecin de l’Hôpital de Châlons-sur-Saone au sujet du Ver Sanguin, dont il est parlé dans la précédente.

Monsieur,

« Je vous envoye, comme je vous l’avois promis, le Ver dont je me suis donné l’honneur de vous écrire. Vous le trouverez un peu changé en longueur, grosseur & couleur, par le séjour qu’il a fait dans l’eau-de-vie. Le Malade auquel on le tira est mort après avoir eu dans une maladie chronique très-longue, des douleurs universelles, une insomnie, un dégoût, un étouffement erratique, un pouls inégal, dur & concentré, un crachement de sang noir, mêlé de bîle, des enflures de jambes, une tension douloureuse, & à diverses reprises, dans la région du foie ; des urines briquetées, quelquefois de la fievre, une difficulté de demeurer au lit pendant les premiers jours de la maladie ; en un mot, une assemblage confus de différentes maladies, qui m’a empêché de caractériser celle-ci, & de la réduire sous aucune classe particulière.

» Vous observerez, Monsieur, que le Malade, pendant tout le cours de sa maladie, n’a rendu que trois Vers par les déjections ; encore a-ce été un jour de Médecine, quoique je l’aye purgé plusieurs fois, & que j’aye employé les antivermineux, regardant toujours le fond de vermine comme cause conjointe. S’il se présente quelque autre fait singulier, je me ferai un sensible plaisir de vous le communiquer, & de vous assurer que je suis,

MONSIEUR,
Votre très, &c.
Charollois.
À Châlons-sur-Saone, ce 25. May 1723.


Lettre de M. Vrayet, Médecin à Compiègne, sur un Ver Sanguin.

Monsieur,

« Je ne compte pas vous faire rien voir de nouveau, en vous envoyant un Ver sorti de la veine du bras par une saignée que je fis faire hier à une Dame attaquée d’un rhumatisme universel. Le Chirurgien, en ouvrant le vaisseau qui avoit été piqué la veille, tira, en ma présence, avec la tête d’une épingle, le Ver que je vous envoye. Il est rompu, & nous n’en avons eu que ce que vous voyez, quoiqu’il fût peut-être de la même longueur que ceux que M. Daval le père a vu sortir par la saignée, & dont vous parlez dans votre Traité des Vers.

» La tête & le corps étoient rouges, & le col blanc ; il étoit de la grosseur d’une petite plume d’oye ; de sorte qu’il avoit presque le diamétre de la veine d’où il a été tiré.

» Je l’ai mis dans un bout de plume pour qu’il ne se rompe pas. J’aurois du le conserver dans de l’eau-de-vie, afin que vous l’eussiez pu voir tel qu’il étoit ; mais je ne sçavois à qui le confier. Je suis,

MONSIEUR,
Votre, &c.
Vrayet, Médecin.
À Compiegne, ce 23. Novembre 1724.
Lettre de M. Collasson, Maître Chirurgien à Vatan, sur un Ver Sanguin.

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous écrire au sujet d’un phénomene de Médecine, que j’ai vu le 15. de ce mois de Septembre 1726. en saignant de la céphalique M. Gigot, Chanoine de S. Laurian de Vatan, de la veine duquel il est sorti un Ver long comme cette raye.



gros comme une petite ficelle, & que j’ai vu se mouvoir ; ce qui fut suivi de quelques portions de sang caillé. Le lendemain, j’ouvris au Malade la médiane du même bras. Le sang sortit avec impétuosité, & l’ouverture fut aussi-tôt bouchée par du sang caillé. Je fus obligé alors de dégager, avec la tête d’une épingle, ce qui bouchoit le vaisseau, & je tirai une grande quantité de sang comme congelé, &c. Je suis,

MONSIEUR,
Votre, &c.
Collasson, Maître Chirurgien
à Vatan.
De Vatan, ce 27. Septembre 1726.

Ce que me mande dans cette lettre M. Collasson, Maître Chirurgien à Vatan, se trouve confirmé & éclairci dans une autre qu’il vient de m’écrire, en réponse à quelques questions que je lui ai faites depuis peu à ce sujet, en lui annonçant que j’allois donner une troisiéme édition de mon Traité des Vers ; & que s’il avoit quelques remarques nouvelles à me communiquer, je me ferois un grand plaisir de les insérer dans mon Livre avec la premiére dont il m’avoit fait part. Voici donc sa réponse, qui me paroît d’autant plus digne d’attention, qu’elle sert à constater un fait curieux & important dans la Médecine.

Monsieur,

« Le cas d’un Ver sorti par la saignée, est trop singulier, pour être ordinaire, aussi n’en ai-je pas vu de semblable depuis que j’ai eu l’honneur de vous écrire, & même je n’ai rien vu en fait de Vers & des accidens dont ils sont suivis, qui mérite de vous être rapporté aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, le Chanoine qui donna lieu à l’observation que je fis dans le temps, sur le Ver sorti par la saignée, est encore au monde. Il est réel que lorsque je le saignai il se présenta un Ver à l’ouverture de la veine, & qu’il n’en sortit qu’à l’aide de mon ongle. Sa longueur étoit de deux bons travers de doigt ; sa figure étoit ronde, & sa grosseur de celle de la queue d’une poire de bon chrétien. Au sortir de la veine on apperçut son mouvement circulaire, ou spiral. On le conserva quelque temps dans de l’eau-de-vie, après quoi on négligea de renouveller l’eau, & de garder plus longtemps cet Insecte, &c. J’ai l’honneur d’être, &c.

Collasson, Maître Chirurgien.
À Vatan, ce 7. Août 1736.

Il y a ici une remarque particuliere à faire sur la premiere Lettre de M. Vrayet, qui est que depuis onze ans qu’il m’a envoyé dans un bout de plume le Ver Sanguin dont il me parle, j’avois négligé de l’examiner, & que ce n’est qu’au mois de Juin de l’année 1736. que je me suis avisé de le tirer du tuyau de plume où il étoit. Je l’ai trouvé, comme on peut croire, fort desséché, ce qui m’a obligé de le mettre dans de l’eau pour l’humecter, & en mieux discerner les parties ; mais je n’y ai rien vu de bien distinct. Ce qui m’a frappé & à quoi je ne m’attendois pas, c’est qu’au bout de quelques heures, il a teint en couleur de sang, toute l’eau où je l’avois jetté, laquelle étoit assez abondante ; le lendemain j’ai ôté l’eau qui étoit encore plus rouge, & en ai remis d’autre, qui en une nuit est devenue de la même couleur de sang. J’ai recommencé une troisiéme fois, & la même chose est arrivée. Ce qui fait voir qu’il falloit que ce Ver fût bien pénétré de sang, pour pouvoir colorer ainsi l’eau, onze ans après avoir été tiré de la veine.

J’ai voulu réiterer l’expérience une quatriéme fois, mais elle n’a plus réussi, & le Ver s’est tourné en colle.

Quant au Ver Sanguin dont me parle M. Charollois dans sa Lettre, & qui m’a été envoyé en premier lieu, je le laissai perdre par mégarde ; ainsi je n’ai pu le mettre dans de l’eau, comme j’y ai mis celui de M. Vrayet ; mais il y a toute apparence, que comme il m’avoit été envoyé dans de l’eau-de-vie, il n’auroit pu rougir l’eau commune, parce que le sang en devoit être trop coagulé par l’eau-de-vie.

Dans le moment que j’écris ceci, je viens de recevoir une Lettre du même M. Vrayet, datée du 3. Juillet de la présente année 1736. dans laquelle il me parle de deux autres Vers Sanguins. Comme ces sortes de faits ne sçauroient être trop connus, je crois qu’on ne sera pas fâché de voir ce que ce sçavant Praticien me mande encore sur ce sujet.

Monsieur,

« C’est à Abbeville où je suis établi à présent, que m’a été remise la Lettre que vous m’avez adressée à Compiégne, où a été faite par mes soins, l’observation sur le Ver Sanguin que je vous ai envoyé en 1704.

» Je vous dirai pour répondre à votre Lettre, que j’en ai vu sortir un autre il y a huit ans au Quélu, près la Ville d’Eu, en faisant saigner Madame de Fressenneville, laquelle autant que je puis m’en souvenir, étoit attaquée d’une fièvre maligne dont elle est morte. Mais je négligeai de conserver cet Insecte, & d’en faire la description. Je crois cependant qu’il ressembloit à un petit Ver à soye, tels qu’on les trouve dans leur coque quand ils sont dépouillés de leur peau, & qu’ils sont en fève.

» Nous avons encore observé ici, il y a six ans, entre trois Médecins, M. Poultier, M. Hecquet, moi, un Ver Sanguin, qui avoit la figure d’une petite Tanche ou petit poisson, long d’un peu plus d’un travers de doigt, sorti comme on saignoit Madame de l’Epine enceinte de sept mois, attaquée de pleurésie laquelle guérit par le moyen de cinq ou six saignées, de quelques convulsions, & accoucha quinze jours après.

» Si vous insérez mon Observation de Compiégne & ces deux autres dans votre nouvelle édition du Traité De la Génération des Vers, je vous prie que ce soit sans affectation par rapport à moi, qui ne prétends tirer aucune gloire de ceci, puisque ces observations sont un effet du hasard. »

Cette Lettre de M. Vrayet contient plusieurs autres particularités que nous supprimons, parce qu’elles regardent des sujets diffërens de celui-ci. Au reste il n’est pas étonnant qü’il puisse y avoir des Vers dans le sang, la petitesse de leurs œufs, qui, à raison de cette extrême petitesse, s’insinuent dans les endroits les plus impénétrables, rend la chose facile à comprendre.

L’ordre demande que nous venions à présent aux Vers Vésiculaires, & aux autres qui naissent hors des intestins ; après quoi nous parlerons de ceux qui se produisent dans les intestins mêmes. C’est le plan que nous nous sommes proposé au commencement, & qu’il faut suivre.

Les Vers Vésiculaires s’engendrent dans la vessie, & dans les reins, & sortent avec l’urine ; il y en a de plusieurs figures différentes : Tulpius parle d’un Ver[24] sorti de la vessie, qui étoit long & rond comme les Vers ordinaires des intestins, & rouge comme du sang ; il y en a d’autres où l’on découvre un nombre presque inombrable de pieds, une queue pointue, marquée d’un point noir au bout, & une tête large, avec deux petites éminences aux deux côtés, le dessus du corps rond & lisse, & le ventre hérissé. Un Médecin d’Amsterdam, dont Tulpius[25] fait mention, en rendit dix-neuf de cette sorte dans l’espace de huit jours, en urinant, & cela après avoir été guéri d’une fièvre tierce : il les rendit au reste, sans aucune douleur. Ils avoient autant de pieds que des Cloportes. Le même Tulpius en a donné la figure dans le second Livre de ses Observations ; la voici.

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Louis Duret, ce fameux Interprête d’Hippocrate, en rendit par les urines, après une longue maladie, de semblables à ceux-là, selon ce qu’écrit Ambroise Paré[26].

On en voit d’autres qui n’ont que six pieds, trois de chaque côté vers la tête, & qui, du reste, sont tout blancs, & ressemblent à des mites de fromage, comme ceux que rendit une femme de cinquante ans dont parle aussi Tulpius[27]. Il y en a d’autres qui sont faits comme des Sangsues, à cela près, qu’ils ont deux têtes, l’une à un bout, & l’autre à l’autre. Ces Vers vivent quelquefois fort long-temps après être sortis, pourvu qu’on les tienne dans de l’eau tiède, comme on fit celui dont parle Balduinus Ronseus[28], lequel par ce moyen, fut conservé vivant plus de sept mois. Il y en a d’autres qu’on prendroit pour des Sauterelles : le Comte Charles de IVlansfeld, malade d’une fiévre continue à l’Hôtel de Guise, en jetta un de cette espéce par les urines ; on en trouve la figure dans Ambroise Paré[29] ; la voici.

Andry - De la génération des vers (1741), p. 122.png

Thomas Bartholin parle d’un Polonois, qui, après avoir usé pendant long-temps, d’un médicament contre la gravelle, jetta par les urines quantité de sable mêlé de Vers noirâtres, faits comme des Scorpions, mais plus petits[30].

Le sept du mois d’Avril 1713. une Demoiselle de qualité, âgée de sept ans, Pensionnaire chez les Dames de la Visitation Sainte Marie, rue du Bac, rendit par les urines quatre petits Vers blancs, après avoir bû de l’eau de fougere, que je lui fis prendre contre les Vers. Ces Vers étoient ronds, menus, & sans pieds.

Les Elcophages naissent dans les ulcères, dans les tumeurs, dans les apostumes. Ils sont ainsi appellés des deux mots Grecs ELKOS & Phaguein, dont le premier signifie ulcère, & le second, manger.

Les grains de la petite vérole en sont quelquefois tout remplis, comme l’a observé M. Borelli[31]. Les charbons, les bubons pestilentiels, en contiennent un grand nombre, les chairs gangrenées en sont ordinairement toutes pleines. Hauptman rapporte qu’un de ces Vers ayant été mis sur du papier après avoir été tiré d’une partie gangrenée, en produisit sur le champ cinquante autres, ainsi qu’on le remarqua par le microscope. Ambroise Paré, Chapitre 3. du XX. Livre, au Traité de la petite Vérole & de la Lèpre, parle d’un Ver vélu qui avoit deux yeux & deux cornes, avec une queue fourchue, lequel fut trouvé dans une apostume à la cuisse d’un jeune homme. Le fameux Jacques Guillemeau tira lui-même ce Ver, & le donna à Ambroise Paré, qui le conserva vivant plus d’un mois dans un vaisseau de verre, sans lui donner aucune nourriture. Voyez la figure ci-jointe, où il est représenté tel qu’Ambroise Paré le décrit dans l’endroit cité.

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Les Cutanez naissent sous la peau, entre chair & cuir, & sont ainsi nommés du Latin Cutis, qui signifie peau. Il y en a de plusieurs sortes ; les principaux sont les Crinons, les Cirons, les Bouviers, les Soyes, les Talpiers & les Toms.

Les Crinons, en latin Crinones, sont ainsi nommés, parce que quand ils sortent, ils ressemblent à de petits pelotons de crin. Ces Vers viennent aux bras, aux jambes, & principalement au dos des petits enfans. Ils font sécher leur corps, de maigreur ; en consumant le suc qui est porté aux parties : c’est la remarque de Schenchius[32].

Kufner[33], Montuus[34], Ambroise Paré[35], Ettmuller[36], Reusner[37], Borelli[38], font mention de ces Vers qui ont été inconnus aux Anciens : Ettmuller en a parlé assez au long dans sa pratique spéciale, & nous en a donné une exacte description avec figures. Ces Vers, selon ce qu’ils paroissent dans le microscope, ont de grandes queues, le corps gros, & sont tels qu’on les voit ici représentés. A les représente comme ils paroissent sans microscope, & B, comme ils paroissent avec le microscope.

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Ils sont aussi appellés par Ettmuller, Dracunculi, petits Dragons ; mais cet Auteur les confond mal-à-propos avec d’autres Vers qui portent ce nom, & dont nous parlerons dans un moment.

Les Crinons n’attaquent guère que les enfans à la mammelle : ils s’engendrent à la faveur d’une humeur excrémenteuse arrêtée dans les pores de la peau, & qui est assez ordinaire en cet âge.

Les enfans attaqués de cette vermine tombent en chartres, & cependant tettent, & dorment bien, leur maigreur ne venant, comme nous l’avons dit, que de ce que ces Vers dévorent presque tout le suc nourricier qui est porté par le sang aux parties. Il y a néanmoins des enfans que ces Vers empêchent de dormir, & qui en sont si tourmentés qu’ils crient jour & nuit. M. Borelli dit[39] qu’il avoit un frere attaqué de cette maladie, lequel poussa des cris continuels jusqu’à ce que ces Vers fussent dehors. Il remarque qu’on les fit sortir avec un peu de miel dont on frotta le corps de l’enfant. Il ajoute que ces Vers dès qu’ils sentirent le miel, commencerent à montrer leurs têtes, & qu’ensuite ils tomberent tous par le moyen d’un linge rude qu’on passa sur le dos du petit Malade.

Le Ciron est un Ver qui passe pour le plus petit des Animaux, quoiqu’il y en ait de bien au-dessous de celui-là. On l’appelle en Latin Acarus, d’un mot Grec qui signifie très-petit[40]. On le nomme Ciron en François, parce que la Cire y est sujette quand elle est vieille. Le Ciron se traîne sous la peau qu’il ronge peu à peu. Il y cause de grandes démangeaisons, & de petites ampoules, sous lesquelles on le trouve caché quand on les pique. On a découvert par le microscope toutes les parties du Ciron : il a six pieds placés deux à deux près de la tête, avec lesquels il creuse de longs sillons sous l’épiderme. Ce Ver a été connu aux Anciens, & Aristote en parle dans le Chap. 31. du Livre V. de son Histoire des Animaux. Voyez-le représenté dans les figures suivantes, ou il est dessiné comme il paroît par le microscope.

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Les Bouviers sont ainsi nommés, parce que les Bœufs y sont sujets : ces Vers se traînent sous la peau comme les Cirons, mais ils sont plus gros, & causent des demangeaisons presque universelles ; ils sortent souvent d’eux-mêmes, & percent la peau en divers endroits. Alsaharavius, Avenzoar, & Albucasis, font mention de ces sortes de Vers. La maladie qu’ils causent s’appelle Passio Bovina, douleur Bovine. Elle a besoin d’un prompt secours, sans quoi il en peut arriver de fâcheux accidens.

Les Soyes sont des Vers qui ne se voyent point dans ces pays[41], mais qui sont communs dans l’Ethiopie & dans les Indes. Ils ressemblent à de petits cordons de soye torse, & naissent ordinairement aux jambes & aux cuisses. Ils sont d’une longueur extraordinaire, les uns ayant une aulne, les autres deux, les autres trois, & quelquefois quatre ; les Negres d’Affrique y sont fort sujets, & les Américains contractent cette maladie par la contagion des Negres qu’ils fréquentent. Elle se communique même souvent à des personnes qui ne sont ni d’Amérique, ni d’Affrique, & M. le Comte de Scaghen, Hollandois, m’a dit avoir vu dans l’Amérique Occidentale, un Soldat d’Utrech, qui avoit aux jambes vingt-trois de ces Vers, qu’il tira de suite les uns après les autres, & dont quelques-uns avoient plus de deux aulnes. Ces Vers causent des douleurs de tête, & des vomissemens ; mais quand on en est une fois délivré, on se porte bien.

Lorsqu’ils sont en état d’être tirés, on le connoît par une petite apostume à l’endroit où aboutit une des extrémités du Ver. On perce alors cette apostume, & puis on prend un petit morceau de bois rond, long de la moitié du doigt, & fort ménu, auquel on tortille d’abord ce qui se présente du Ver.

On tourne ensuite ce bois comme une bobine, & le corps du Ver se roule à l’entour comme du fil qu’on devideroit. C’est ainsi que ce Soldat tira les siens en la présence de M. le Comte de Scaghen. On s’y prend de la sorte de peur de le rompre, parce qu’il est fort délié, & qu’il y a du risque à ne le pas tirer entier ; car la partie qui reste cause des fiévres dangereuses.

Deux choses sont a remarquer dans ce Ver : 1o. Il a deux têtes, non à côté l’une de l’autre, mais situées l’une à un bout, & l’autre à l’autre, comme en certaines Chenilles. 2o. Il y a toujours une de ces deux têtes qui est comme morte, tandis que l’autre paroît vivante.

La maniere dont on tire ce Ver est représentée dans la planche suivante, fig. I. laquelle est copiée de Velschius, qui a fait un traité exprès sur cette sorte de Ver.

Andry - De la génération des vers (1741), planche p. 132.png

Il vient à la cuisse des Chardonnerets un Ver presque semblable. Spigelius dit en avoir vu un à la cuisse d’un de ces Oiseaux, lequel avoit un pied de long. Cette longueur paroît d’abord incroyable, mais la maniere dont le Ver est situé, rend la chose facile, vû qu’il est disposé en ziczac, comme on le voit ici, fig. II. & c’est ainsi qu’était celui que Spigelius dit avoir remarqué[42] ; c’est aussi de la même maniere à peu près, que sont disposés ceux dont nous venons de parler, qui viennent aux jambes des Ethiopiens. Celui des Chardonnerets est mince comme une petite corde de Luth. Lorsqu’il est parfait & qu’il commence à se mouvoir, il perce la peau & sort quelquefois de lui-même. Le plus souvent l’Oiseau le tire avec le bec.

Quelques Auteurs ont douté que les Soyes fussent de véritables Vers, mais Thomas de Veigue prétend que ceux qui sont dans ce doute, n’ont pas examiné la chose d’assez près. En effet, le Ver dont il s’agit, a du mouvement, & M. le Comte de Scaghen, que j’ai cité plus haut, m’a assuré en avoir apperçu dans plusieurs de ceux que ce Soldat avoit tirés. Les Arabes, & entre autres, Avicenne[43], appellent ce Ver du nom de Veine, parce qu’il ressemble à une petite veine. Thomas de Veigue dit qu’Albucasis en a vû qui avoient jusqu’à vingt palmes de long. Quant à la couleur, il est rougeâtre. Amatus Lusitanus parle de ce Ver, & décrit la maniere dont on s’y prend pour le tirer, laquelle s’accorde avec ce que nous venons de dire là-dessus, p. 131. Mais il y a une circonstance singuliere dans ce qu’il en rapporte, qui est que quelquefois il faut plusieurs jours pour parvenir à le tirer entier sans le rompre ; ce qui arrive apparemment lorsqu’on s’y prend trop tôt, & avant que le Ver soit, pour ainsi dire, mûr, & en état d’être tiré.

« Un Ethiopien, dit-il[44], âgé de 18. ans, Esclave d’un Intendant de Marine, ayant été amené de Memphis à Thessalonique, se plaignit d’abord d’une grande douleur dans une cuisse : il lui vint près du talon un petit ulcere, dans lequel paroissoit comme le bout[45] d’une veine. Les Turcs ayant consideré ce mal, le connurent, & dirent que c’étoit une maladie dangereuse, ordinaire en Egypte & aux Indes. Un Médecin qui se connoissoit à cette sorte de maladie, fut appellé, & se conduisit ainsi pour la guérir. Il prescrivit d’abord une maniere de vivre convenable, puis il prit l’extrémité de cette veine, ou plûtôt de cette espéce de corps nerveux, la lia à un petit bâton fort ménu, qu’il tournoit de temps en temps, fort doucement, jusqu’à ce qu’enfin au bout de quelques jours, il parvînt à l’autre extrémité, c’est-à-dire, qu’il eût tiré environ la longueur de trois coudées, par le moyen de quoi l’Ethiopien fut guéri de ses douleurs & de sa maladie, sans l’application d’aucun cataplasme & sans aucune fomentation. » Voilà ce que rapporte Lusitanus.

On diroit à ces paroles, qu’il suppose que ce Ver n’est qu’un corps membraneux, ou nerveux, & non un animal ; mais immédiatement après il déclare le contraire bien expressément[46]. « Les Auteurs, dit-il, sont en balance sur la nature de ce mal, & ne sçavent si c’est une veine, un nerf, ou un Ver ; pour moi je suis témoin oculaire de la chose, & par conséquent plus à croire que ceux qui n’en ont qu’entendu parler. J’assure que cela paroît être un Ver blanc fort délié, & de la figure d’une soye torse, lequel sort dehors, & dont la partie qui paroît, ressemble à un nerf desséché. Si cette portion vient à se rompre & à se détacher du reste, le Malade en ressent de grandes douleurs dans le corps, & de grandes perplexités dans l’esprit[47]. »

Ce Ver s’appelle autrement petit Dragon, en Latin Dracunculus, nom qu’Ettmuller donne mal-à-propos aux Crinons, qui sont très-différens de celui-ci.

Ambroise Paré, après avoir rapporté sur cette maladie le sentiment de la plûpart des Grecs, & avoir, comme il se l’est imaginé, bien réfuté là-dessus les Anciens, dit que le petit Dragon, ou comme il l’appelle, le Dragoneau, n’est ni un Ver, ni rien d’animé, mais[48] seulement un abscès causé par un sang trop chaud. De plus, il en parle comme d’une maladie commune dans toutes sortes de pays, en quoi il se trompe ; ce mal, selon le rapport unanime des Grecs, & de tous les Arabes, étant particulier aux Indiens & aux Ethiopiens. Ambroise Paré ne s’est pas soucié ici du témoignage des yeux, lui qui avance cependant que dans les choses qui tombent sous les sens, on ne doit rien avancer sans en avoir été témoins. Schenchius[49] dit là-dessus que cet Auteur a voulu apparemment confondre la France avec les Indes & l’Ethiopie.

Quelques autres mettent ce mal dans le genre des Varices, & ne se trompent pas moins ; d’autres le confondent avec le Crinon, ainsi que fait Ettmuller ; & c’est, comme l’observe Schenchius, vouloir comparer une Mouche avec un Elephant, les Crinons étant fort petits, & les Soyes, ou petits Dragons, dont il s’agit, étant d’une longueur extraordinaire.

Les Talpiers, sont ainsi nommés, parce qu’on diroit qu’ils cheminent sous la peau, comme cheminent sous terre les Taupes ; ils se tiennent ordinairement cachés dans des tumeurs ou des cals qu’ils semblent faire élever, comme les Taupes font élever au-dessus d’elles des bosses de terre. Ce sont de petits Insectes, qui, par quelques-uns des accidens qu’ils causent, paroissent avoir assez de rapport avec les Soyes, mais qui en sont d’ailleurs fort différens.

Les Espagnols nomment cette sorte d’insecte Pique, & les Indiens Guaranis qui y sont fort sujets, le nomment Tung. Il n’est pas plus gros qu’une Puce, comme le remarque le Pere Chomé dans la pénultième Lettre du vingt-deuxiéme Recueil des Lettres Edifiantes & Curieuses, p. 411. en quoi ce Ver différe bien des Soyes ou petits Dragons, qui ont quelquefois plusieurs aulnes. Le Pere Chomé, après avoir dit que le Ver en question, est de la grosseur d’une petite Puce, ajoute qu’il s’insinue peu à peu entre cuir & chair, principalement sous les ongles, & dans les endroits où il y a quelque calus ; que là il fait son nid & laisse ses œufs.

Mais n’y a-t-il pas apparence que c’est plûtôt le Ver lui-même qui cause ces cals ou tumeurs. Au reste, de la manière dont parle le Pere Chomé, quand il avance que le Ver dont il s’agit, s’insinue peu à peu entre cuir & chair, & que là il fait son nid & laisse ses œufs, il semble que ce Ver ne se produise pas dans l’homme-même, mais qu’il y vienne de dehors, ce qui est un fait à examiner, & non à supposer. D’ailleurs pourquoi ce Ver chercheroit-il plutôt les calus pour s’insinuer dans la peau, que les endroits qui sont plus tendres & plus faciles à pénétrer ? De plus, si le Pique, comme le nomment les Espagnols, ou le Tung, comme le nomment les Indiens, vient du dehors ; pourquoi n’en trouve-t-on pas aussi sur terre ? Du moins on n’entend pas dire qu’il s’y en trouve ; cette difficulté n’est pas facile à résoudre. Mais la question est peu importante, venons à quelque chose de plus intéressant. Si lorsqu’on est attaqué de ce Ver, ce qui se reconnoît par une violente démangeaison qu’il cause dans l’endroit où il est, on n’a pas soin de le tirer promptement, il gagne pays, se répand au long, & produit de fâcheux accidens ; tels entre autres, que de rendre les pieds ou les bras perclus, selon l’endroit où il se cantonne. Pour se délivrer de cet ennemi, il faut miner peu à peu sa petite loge avec la pointe, non d’une épingle, de peur d’envenimer la peau, mais d’une aiguille, puis le tirer de là tout entier ; nous dirons tout entier, car quoiqu’il soit fort petit, il arrive souvent qu’on n’en tire que la moitié, ou moins encore, ce qui rend la playe dangereuse, & tout le corps fort malade ; accident qui est assez semblable à celui que causent les Soyes, lorsqu’en voulant les tirer dehors on en laisse en dedans quelque portion.

Les Toms sont de petits Vers qui viennent aux pieds, où ils causent des tumeurs douloureuses & grosses comme des fèves. On ne trouve de ces Vers que dans l’Amerique ; Thevet rapporte dans l’Histoire de ce pays-là, que lorsque les Espagnols y furent, ils devinrent fort malades de ces sortes de Vers, par plusieurs tumeurs qui s’éleverent sur leurs pieds, & que quand ils ouvroient ces tumeurs, ils y trouvoient un petit animal blanc. Les Habitans du pays s’en guérissent par le moyen d’une huile qu’ils tirent d’un fruit nomme Chibou, & Cachibou, lequel n’est pas bon à manger : ils conservent cette huile dans de petits vaisseaux faits avec des fruits, appellés chez eux Carameno. Ils en mettent une goutte sur les tumeurs, & le mal guérit en peu de temps.

Les Vers Umbilicaux sont des Vers, qui, à ce que prétendent quelques Auteurs, viennent au nombril des enfans, & qui les font beaucoup souffrir. Ils leur causent une maigreur considérable, & les jettent dans une langueur universelle. Les lèvres pâlissent ; la chaleur naturelle diminue, & tout le corps tombe dans l’abbattement. On n’a point d’autre signe de ce Ver, dit Ettmuller, sinon qu’ayant lié sur le nombril de l’enfant, un de ces poissons, qu’on nomme Goujons, on trouve le lendemain, une partie de ce poisson rongée. On en remet un autre le soir, & l’on réitère la chose jusqu’à trois ou quatre fois, tant pour s’assurer du séjour du Ver, que pour l’attirer par cet appas.

Ensuite on prend la moitié d’une coquille de noix, dans laquelle on mêle avec un peu de miel, une poudre faite avec du chrystal de Venise & de la Sabine. On applique cette coquille sur le nombril ; le Ver vient à l’ordinaire, & attiré par le miel, mange de cette mixtion qui le tue ; après quoi on fait avaler à l’enfant quelque médicament abstersif pour entraîner le Ver.

J’aurais beaucoup de penchant à traiter ce Ver de fable, sans le témoignage d’Ettmuller[50] & de Sennert[51], qui me font suspendre mon jugement. Le premier assure que Michael a guéri de ce Ver plusieurs enfans, en observant la méthode ci-dessus. Le second rapporte aussi l’autorité d’un témoin oculaire, qui est Bringgerus[52], lequel dit qu’une petite fille de six mois, ayant une fievre dont elle ne pouvoit guérir, la mere soupçonna que c’étoit un Ver au nombril, & que pour l’en délivrer, elle mit tout vivant sur le nombril de l’enfant, un de ces Goujons, le lia avec des linges, & l’y laissa vingt-quatre heures ; que le Ver mangea le poisson, & n’y ayant laissé que les arêtes, se retira dans la veine ; ce sont ses termes : que la mere renouvellant tous les jours l’appas, la même chose arrivoit ; que huit ou dix jours ensuite, les linges appliqués sur le nombril étant tombés, entraînerent le poisson & le Ver qui le mangeoit ; que ce Ver n’ayant pu rentrer dans le vaisseau umbilical, fut trouvé mort sur le ventre de l’enfant ; qu’il étoit rond & jaunâtre, avoit un demi-pied de long, & une peau plus dure que celle des Vers ordinaires.

Rupert, ami familier de Sennert[53], rapporte une histoire semblable, d’un enfant de même âge, lequel passoit les nuits dans de grandes agitations, crioit sans cesse, & rendoit des matieres vertes, souvent cendrées, qu’on auroit prises pour de la chair hachée. Il dit qu’on fit à cet enfant, plusieurs remedes inutiles, après lesquels on se détermina à lui appliquer sur le nombril un Goujon ; qu’au bout de deux heures, le poisson fut rongé & creusé à pouvoir mettre un poids dans ce creux ; qu’on appliqua ensuite un autre Goujon, qui se trouva le lendemain rongé, qu’il n’avoit que l’arrête ; que comme on eût remarqué cet effet, on appliqua sur le nombril, la moitié d’une coquille de noix, remplie d’une pâte faite avec du chrystal de Venise pilé, du miel & de la sabine ; que le lendemain on trouva une partie de cette pâte mangée ; que l’ayant renouvellée trois jours de suite, la même chose arriva les deux premiers jours ; mais que le troisiéme, on tira la mixtion toute entiere ; que ce signe ayant fait juger que le Ver étoit mort, on fit avaler à l’enfant de la poudre de corne de Cerf dans de l’eau de Tanaisie ; & qu’ayant après visité ses langes, on y trouva le Ver (qui étoit sorti sans doute, par l’anus) & dont la tête s’étoit séparée ; que ce Ver avoit un palme de long ; que la tête, qui étoit faite comme celle d’une Mouche, paroissoit fort dure ; qu’on y voyoit des yeux, & auprès de ces yeux, une trompe fort bien figurée ; que quand le Ver fut sorti, tous les symptômes de la maladie cesserent.

Voilà ce que rapporte Ruppert[54], lequel ajoute que l’on conservoit la tête de ce Ver, & qu’on la montroit par curiosité.

Il y a dans ce récit, une circonstance qui ne me paroît pas vraisemblable ; c’est la sortie du Ver par les intestins ; car si l’Insecte étoit dans quelqu’un des vaisseaux ombilicaux, soit dans la veine du foie, soit dans l’une des deux artères umbilicales, ou si l’on veut, dans le ligament nommé Ouraque ; qu’on ne doit pas cependant mettre ici au rang des vaisseaux umbilicaux, puisqu’il n’est pas creux dans l’homme ; on ne peut concevoir que la force d’aucun médicament ait pu l’entraîner de-là dans le conduit intestinal pour le chasser avec les déjections ; à moins qu’on ne suppose que ce Ver ait percé les intestins pour y entrer. Ne seroit-il pas plus vraisemblable de penser que ces prétendus Vers umbilicaux, ne sont point des Vers particuliers engendrés dans l’umbilic, mais des Vers intestinaux, lesquels perçant l’intestin & les tégumens communs, se font un chemin jusqu’à l’umbilic qu’ils percent aussi, & d’où ils retournent dans les intestins ; ce qui ne seroit pas un cas si singulier, y ayant eu plusieurs Malades à qui les Vers des intestins sont ainsi sortis par le nombril, comme le témoignent[55] Forestus, & plusieurs autres Auteurs.

Ettmuller[56] cependant & Sennert parlent de cet Insecte, comme d’un Ver qui fait une espèce à part. Le premier dit que personne, excepté Sennert & lui, n’en a fait mention.

Les Vers Veneriens, sont des Vers que l’on dit se trouver dans presque toutes les parties du corps de ceux qui sont atteins de la maladie vénérienne. M. Hartsoéker dans la seconde Lettre qu’il m’a écrite, & qui est insérée dans ce Livre, est de sentiment qu’ils causent tous les ravages qui arrivent dans les maladies Vénériennes ; qu’ils mordent & rongent tout ce qu’ils trouvent. Il y a des Vers dans plusieurs maladies Vénériennes, le fait est constant ; mais que ces maladies viennent de Vers, comme le prétend entr’autres l’Auteur d’une These soutenue à Montpellier au mois de Juillet 1713. laquelle a pour titre : An lues venerea à Vermibus ? c’est ce qu’il est difficile de prouver. Aussi l’Auteur de cette Thése n’appuie-t-il d’aucune preuve convainquante le sentiment qu’il avance. Il y a bien plus d’apparence que les Vers qu’on nomme Vénériens, sont l’effet plutôt que la cause des désordres de cette maladie. Il est vrai qu’ils peuvent augmenter le mal ; mais de soutenir qu’ils en sont la source, c’est vouloir deviner.

M. de Sault, dans sa réponse à M. Astruc, est d’opinion que la cause des maladies vénériennes sont les Vers. Voici sur quoi il se fonde. 1o. dit-il, le microscope découvre des Vers dans les ulcères vénériens. 2o. Le Mercure qui est un souverain remede contre la maladie vénérienne, est aussi un souverain remede contre les Vers. 3o. On lit dans l’Ecriture, que Celui qui se joint aux femmes prostituées, sera mangé des vers. Qui se jungit fornicariis, erit nequam, putredo & vermes hereditabunt illum[57].

Il peut se trouver des Vers dans les ulcères vénériens ; mais il ne s’ensuit pas que ces Vers soient la cause des ulcères où ils se trouvent ; ils peuvent en être l’effet, & rien plus.

Quant au Mercure, il guérit le mal vénérien ; mais de ce qu’il guérit aussi les maladies qui viennent de Vers, il ne s’ensuit pas qu’il ne guérisse les maux vénériens, que parce qu’il est contraire aux Vers.

Pour ce qui est du passage de l’Ecclésiastique, sçavoir, que celui qui s’abandonne aux femmes débauchées, sera mangé des Vers, M. Desault lui-même avoue que ce témoignage ne prouve pas absolument que la maladie dont il s’agit soit causée par les Vers du corps.

Les Vers de l’homme, comme ceux de la plûpart des animaux, se distinguent en Zoophages & en Zoophiles. Les premiers sont ennemis de l’animal & le dévorent ; ce qui fait qu’on les appelle Zoophages, du mot grec Zoon, qui signifie animal, & du mot grec Phaguein, qui signifie manger, dévorer. Ceux dont nous avons fait jusqu’ici mention dans ce Chapitre, & ceux dont nous parlerons dans l’Article des Vers des intestins, sont de ce nombre.

Les seconds, loin de nuire à l’animal, en sont amis ; ce qui fait qu’on les appelle Zoophiles, du même mot grec Zoon, qui signifie, animal, & du mot grec Philos, qui signifie ami. Tels sont les Œsophagiens & les Spermatiques.

Il semble que j’aurois du passer sous silence, ces sortes de Vers qui n’ont rien de commun avec les autres ; si, comme on le prétend, ils sont amis de l’animal : mais comme je me suis proposé de traiter universellement de tous les Animaux qui se produisent dans le corps ; ce ne seroit pas remplir mon dessein, que d’obmettre ceux-ci. Il est vrai que dans le titre de ce Livre, après avoir annoncé que je vais traiter de la Génération des Vers du corps humain, j’annonce tout de suite, que je traiterai de la nature & des especes de cette maladie ; mais il ne s’ensuit pas pour cela que je me restraigne à ne faire mention que des Vers qui sont nuisibles au corps. Je vais donc parler des Vers que l’on nomme Œsophagiens, & de ceux que l’on nomme Spermatiques.

Les Œsophagiens sont des Vers, que quelques Auteurs prétendent s’engendrer dans une glande du gosier, laquelle par le moyen de certaines fibres fistuleuses qui vont s’introduire dans l’œsophage, a communication avec l’œsophage même, & y verse un suc vermineux, qui opere la digestion des alimens. M. Vercelloni Médecin Piémontois[58], est de cette opinion, dans un Livre latin qu’il a donné sur les Glandes conglomerées de l’œsophage, imprimé à Ast en 1711. Sa principale raison est qu’on voit, à ce qu’il dit, un grand nombre de Vers dans cette glande ; & qu’afin que les alimens se digerent, ces mêmes alimens doivent se changer en un suc vivifiant. Or un suc, dit-il, ne peut devenir vivifiant, que par quelque chose qui le vivifie, & ce quelque chose ne sçauroit être qu’une matiere mée, telle que sont des Vers. Mais je demande à cet Auteur, si les Vers qui, selon lui, font en nous la digestion, n’ont pas besoin d’autres Vers pour faire la leur propre ? Le Médecin de Piémont, répondra sans doute qu’oui ; on ne peut dans son systême, lui prêter d’autre réponse. Je lui demande ensuite, si ces Vers, par le moyen desquels les Vers mêmes font leur digestion, n’ont pas aussi besoin d’autres Vers pour digérer ? M. Vercelloni est sans doute encore obligé de répondre qu’oui, s’il veut parler conformément à son systême. Cela posé, on le fera remonter ainsi à l’infini, ce qui est d’une absurdité visible.

Les Vers Spermatiques sont des Vers qui se remarquent par le moyen du Microscope, en cette humeur qui est contenue dans les testicules des animaux mâles & autres de leurs parties servant à la génération. Comme cette humeur est l’humeur spermatique des Animaux, c’est-à-dire, celle qui sert à la propagation de l’espece ; il est naturel d’appeller du même nom de Spermatiques, les Vers qui s’y trouvent. M. Hartsoéker[59], & après lui, M. Leewenhoek, prétendent que ces Vers sont à l’homme & à tous les animaux, ce que les germes des plantes sont aux plantes, c’est-à-dire, que c’est par eux que se fait la génération. Voici le systême.

Dans tous les Animaux mâles, on remarque avec le Microscope, en cette humeur que renferment les testicules & les autres parties destinées à la génération, un nombre incroyable de vermisseaux, qu’on appelle, pour ce sujet, ainsi que je viens de le dire, Vers Spermatiques. C’est un fait dont on peut aisément se convaincre par l’expérience.

Si l’on ouvre un Coq vivant, qui depuis quelques jours n’ait été parmi les Poules, & qu’on examine avec le Microscope l’humeur contenue dans les testicules de cet animal & dans les autres parties de la génération, on verra dans cette humeur, quand on n’en prendroit qu’une portion de la grosseur d’un grain de sable, plus de cinquante mille Animaux vivans, ressemblans à des anguilles ; & tous dans un mouvement continuel. Pour bien réussir dans cette expérience, il faut d’abord ouvrir au Coq la veine jugulaire, afin de n’être point embarrassé par l’abondance du sang.

Si l’on fait couper un Chien, & qu’après en avoir pris un testicule, on examine par le Microscope l’humeur qui sortira du vaisseau deférent, on y découvrira un nombre si énorme de petits Vers vivans, qu’à peine pourra-t-on croire ses yeux. Disséquez ensuite le vaisseau deférent, vous y trouverez un si grand nombre de Vermisseaux, que dans une portion de cette humeur, qui ne sera pas plus grosse qu’un grain de poussiere, vous en verrez plus d’un million. Comme cette expérience ne se peut faire sans qu’il se mêle quelques gouttes de sang avec l’humeur qu’on examine, vous appercevrez parmi ces Vers, plusieurs petits globules, qui sont les parties du sang ; car elles sont ainsi figurées.

Disséquez les Epididymes, ou les Parastates, vous y verrez encore la même quantité de Vers. Ces Vers ont une longue queue, & un corps composé de plusieurs rondeurs l’une sur l’autre[60]. Voyez la planche suivante, fig. 1. Quand ils sont morts, ils ont une autre figure. Voyez même planche, fig. 2.

Andry - De la génération des vers (1741), p. 155.png

Les laites de Merlue sont toutes pleines de Vers Spermatiques : séparez-en une particule, grosse comme la pointe d’une aiguille ; examinez cette particule avec le Microscope, vous y verrez plus de dix mille animaux à longues queues, tous vivans. Du reste c’est le plus, si cent de ces particules, posées les unes près des autres, font la longueur d’un poulce ; d’où s’ensuit qu’à calculer juste, il faut que dans ces laites, qui ont bien quinze poulces, il y ait plus de cent-cinquante milliars d’animaux, c’est-à-dire, plus qu’il n’y a d’hommes sur la terre.

Leewenhoek dit qu’il éventra un jour un Loir, & qu’en ayant ôté les testicules avec les vaisseaux deférens, il vit dans la liqueur contenue en ces vaisseaux, un nombre innombrable d’animaux vivans, ressemblans à des Anguilles. Il en donne la figure, voyez-la dans la planche ci-devant, fig. 3. Il rompit plusieurs fils de ces testicules, & il observa avec soin, la matiere dont ces fils étoient remplis ; il les trouva pleins d’une humeur chrystalline & huileuse, composées de plusieurs parties irrégulieres, & d’un nombre infini de ces Vermisseaux, dont plusieurs étoient repliés sur eux-mêmes, & sans mouvement, ne paroissant pas encore tout-à-fait dévelopés ; il ajoute que ces Vers Spermatiques étoient si petits, que dix mille ensemble, ne tenoient pas l’espace du plus petit fil de ces testicules. Il a fait la même expérience plusieurs fois, & il a toujours découvert la même chose.

Dans les Animaux très-vieux on n’en trouve aucun, ou que très-peu, & ce peu paroît sans vie. Il y a des Animaux qui n’en ont point, & ce défaut est en eux une marque & une cause de stérilité. On ne trouve point de ces Vers dans les Animaux que les maladies rendent stériles. Et pour le remarquer en passant, comme les maladies vénériennes rendent ordinairement l’homme stérile, il s’ensuit qu’ordinairement il ne doit point y avoir de Vers Spermatiques dans les hommes attaqués de ces sortes de maladies.

Dans les animaux trop jeunes, ces Vers paroissent informes, étant tout repliés en eux-mêmes, à peu près comme certains insectes envelopés encore dans leurs nymphes.

L’homme & les autres animaux commencent à devenir capables de produire leurs semblables, lorsque ces petits Vers, auparavant immobiles dans les testicules, prennent par la suite du temps, une nourriture plus forte. Ils se dévelopent alors, & commencent à se mouvoir.

Dans l’humeur spermatique tirée d’un animal qu’on vient d’ouvrir vivant, ils vivent trois ou quatre jours, après quoi leurs petits cadavres flottent sur l’humeur. Dans un homme mort de mort violente, les testicules & les vésicules, nommées séminaires, en laissent voir quelquefois vingt-quatre heures après la mort, qui sont encore vivans.

Il y a toute apparence que le Ver Spermatique est le racourci de l’animal qui doit naître, ensorte, 1o. que si le Ver est mâle, il en vient un animal mâle, & que s’il est femelle, il en vient un animal femelle. 2o. Que quand il est entré dans la matrice de la femme, il y prend son accroissement par le moyen d’un œuf qui y tombe de l’ovaire, & où il s’insinue en la maniere que nous tâcherons d’expliquer dans la suite ; il séjourne dans cet œuf le temps arrêté par la nature pour s’y déveloper peu à peu, y prendre la forme d’enfant, & y croître jusqu’à une certaine mesure, ensuite de quoi, devenu plus vigoureux, il force les membranes de l’œuf, & prend naissance. Mais comment ce Ver Spermatique s’engage-t-il dans l’œuf ? Comment, sur-tout, parmi tant de Vermisseaux qui entrent dans la matrice de la femme, n’y en a-t-il ordinairement qu’un qui prenne la forme d’enfant ? Pour répondre à cette question, il n’est pas nécessaire de se déclarer avec Leewenhoek, contre la doctrine des Ovaires & des Œufs, & de dire qu’il n’y a ordinairement dans toute la matrice de la femme, qu’un seul point propre à nourrir & à entretenir ce Ver Spermatique ; ensorte que de tous ces Vers, il n’y a que celui qui vient à rencontrer ce point, lequel croisse & devienne enfant, & que les autres meurent enfin faute de nourriture, comme des grains qui ne sont pas en bonne terre. Il est plus naturel de supposer le systême des œufs, & de leur donner l’usage que voici, qui est premièrement de recevoir, & puis d’enveloper & de nourrir le Vermisseau. Or la chose se peut entendre ainsi.

Quand l’œuf s’est détaché de l’ovaire, & qu’il est tombé dans la matrice, ces Vers Spermatiques, qui sont tous dans un mouvement continuel, se répandent dans la capacité de la matrice, ils rencontrent cet œuf, ils courent sur sa superficie, & comme l’endroit par lequel l’œuf s’est détaché de l’ovaire, ressemble à celui par lequel les grains de raisin se détachent de leur grappe, c’est-à-dire que cet endroit laisse une petite ouverture ; il est aisé de comprendre qu’entre tant de Vers, il n’est pas possible qu’il n’en entre quelqu’un dans l’œuf par cette ouverture. Or, la cavité de l’œuf est petite alors, & proportionnée au volume du Ver, qui ne se peut replier pour sortir, ensorte qu’il est obligé de demeurer enfermé dans l’œuf, où en même-temps il ne peut entrer d’autre Ver, à cause de la petitesse du lieu occupé. S’il tombe plusieurs œufs dans la matrice, il entre un Ver dans chaque œuf, & alors la femme devient grosse de plusieurs enfans. Ces enfans ayant chacun leur œuf, doivent par conséquent être enfermés chacun dans des envelopes à part, & c’est ce que l’expérience fait voir.

La femme n’est pas toujours grosse du même jour qu’elle a conçu. Par conception, j’entends la premiere action par laquelle l’humeur spermatique est retenue dans la matrice après que l’œuf y est tombé. La matrice se ferme alors exactement comme l’on sçait, & la matiere qui y est contenue ne peut s’en échaper. Voilà ce qui fait la conception.

La grossesse arrive lorsque le Ver est entré dans l’œuf, car il croît alors, & y devient fœtus : or, il n’y entre pas toujours aussi-tôt que la femme a conçu, il se passe quelquefois plusieurs jours, & c’est ce qui fait que les femmes se trompent si souvent, lorsqu’elles veulent juger du temps de leur grossesse, parce qu’elles ne la comptent jamais que du jour auquel elles croyent avoir conçu. Il n’est pas même impossible que ces Vers demeurent plusieurs semaines dans la matrice avant qu’il en entre un dans l’œuf, car ils ne meurent pas si-tôt. Or, il peut arriver de-là qu’une femme, dont le mari sera mort peu de temps après, le jour où elle aura conçu de lui, n’accouchera néanmoins que le onziéme ou le douziéme mois, & quelquefois même que le treiziéme ; parce que le Ver ne sera entré dans l’œuf qu’un mois, que deux mois, & peut-être que trois mois après la conception. J’avoue que le cas est difficile ; 1o. parce que le nombre de ces Vers Spermatiques paroît trop grand pour qu’il se puisse passer un si long-temps sans qu’il en entre quelqu’un dans l’œuf ; 2o. parce qu’il ne peut guère arriver que ces Vers vivent un si grand nombre de jours dans la seule matrice ; mais la chose pour être difficile, ne paroît pas impossible. Aussi a-t-on vu quelquefois de ces sortes d’accouchemens, sans qu’ils fussent l’effet du crime.

Quand le Ver Spermatique est entré dans l’œuf que renferme la matrice, il y devient fœtus, ses parties croissent, & se dévelopent insensiblement, & quand elles ont atteint toute la grandeur qu’elles doivent avoir dans l’œuf, qui croît avec elles jusqu’à un certain temps, le fœtus fait violence à la prison trop étroite qui le renferme, & prend naissance, comme nous avons déjà dit.

Les Vers Spermatiques ont tous de longues queues, mais ils quittent ces queues lorsqu’ils deviennent fœtus ; il en est de cela comme des petites Grenouilles, qui ne sont d’abord que tête & queue, & qui ensuite perdent cette queue, lorsqu’elles commencent à prendre la forme sensible de Grenouilles.

Il ne faut pas conclure de ce systême, que l’humeur spermatique des Chiens, renferme de petits Chiens ; celle des Coqs, de petits Poulets ; celle de l’Homme, de petits Enfans ; c’est une opinion qu’on a attribuée mal-à-propos à Leewenhock, dans un Livre intitulé : Collectanea Medico-Physica, Cent. 5. p. 8. & de laquelle cet Auteur se défend avec raison : en effet, comme il le remarque fort bien, de même qu’on ne peut pas dire que les petits animaux que le microscope découvre dans presque toutes les eaux, soient des Mouches & des Papillons, quoiqu’ils deviennent tels dans la suite, ni que le pépin d’une poire soit un poirier, parce qu’il en doit sortir un poirier ; de même nous ne devons pas dire que les Vers Spermatiques de l’Homme qui sont encore dans le corps du mâle, soient de petits Enfans, quoiqu’ils doivent devenir tels quand ils seront entrés dans la matrice ou plutôt dans l’œuf contenu dans la matrice.

Je prévois ici la pensée de quelques Lecteurs ; il me semble leur entendre dire que c’est une chose incroyable que dans l’homme, par, exemple, un si petit Ver soit, sinon un Enfant, du moins l’abrégé d’un Enfant, & que ce que nous appellons formation du fœtus, ne soit qu’un simple dévelopement, & un simple accroissement de parties ; que pour cela il faudroit supposer une infinité de parties organiques dans ce Ver, & admettre par conséquent que ces parties sont d’une petitesse infinie ; que d’ailleurs dans ce systême il faudroit nécessairement supposer que le Ver Spermatique, non-seulement renferme l’abregé de l’animal qui doit naître, mais qu’il renferme encore l’abrégé de tous ceux qui naîtront de cet animal, & non-seulement l’abrégé de tous ceux-là, mais encore de tous les autres qui viendront de la lignée de celui-là ; ce qui paroît impossible, à cause de la petitesse extrême dont il faudroit que fussent ces petits corps organisés ; petitesse qu’on ne peut ni imaginer ni comprendre, & qui, par conséquent, semble devoir faire rejetter le systême dont elle est une suite.

Je réponds à cela, que si l’on ne peut ni imaginer, ni comprendre cette petitesse, il est impossible néanmoins qu’on ne comprenne que toute inimaginable & incompréhensible qu’elle est, elle doit nécessairement être admise ; & pour cela il ne faut que s’en rapporter au témoignage des yeux : voici comment.

Les Vers Spermatiques sont chacun dix mille fois plus petits que le plus petit grain de sable qui est presque invisible. Ce sont nos yeux qui nous en convainquent, puisqu’ils nous en font voir plus de cinquante-mille dans une portion de matiere qui n’est pas si grosse qu’un grain de sable, ainsi que nous l’avons remarqué en parlant de ce que le microscope découvre dans l’humeur spermatique du Coq, du Chien, & d’autres animaux : or, que l’on conçoive, si l’on peut, ce que c’est qu’un grain de sable divisé en cinquante mille parties ; mais n’en mettons pas tant, contentons-nous de dire en mille parties, pour n’effrayer personne ; il faut donc admettre qu’il y a des Vers mille fois plus petits qu’un grain de poussiere qu’à peine pouvons-nous voir. Ce n’est pas tout, ces Vers mille fois plus petits qu’un grain de sable, ont un mouvement comme les autres animaux. Ils ont donc des muscles pour se mouvoir, des tendons, & une infinité de fibres dans chaque muscle ; enfin du sang, ou une humeur équivalente, & des esprits animaux pour remplir & pour faire mouvoir ces muscles, sans quoi ces petites machines animées ne pourroient se transporter d’un lieu à un autre. Il faut donc admettre des parties encore plus petites que ces petites machines, puisque la partie doit être plus petite que le tout. L’imagination se perd dans cette pensée, elle s’étonne d’une si étrange petitesse ; mais elle a beau se révolter, la raison nous convainct ici de l’existence de ce que nous ne pouvons imaginer.

Ce qui fait notre erreur sur ce point, c’est que notre vue étant très-bornée, nous pensons que l’étendue l’est aussi ; cependant au contraire, l’étendue est infinie en un sens, & une petite portion de matiere qui se cache à nos yeux, est capable, comme dit un célebre Philosophe[61], de contenir un monde, dans lequel il se trouverait autant de choses, quoique plus petites à proportion, que dans le monde où nous vivons.

Tous les animaux ont d’autres animaux qui, les dévorent, & qui leur sont peut-être invisibles ; de sorte que ce qu’un Ciron est à notre égard, ces animaux le sont à un Ciron ; & peut-être, comme dit si bien encore le même Auteur, qu’il y en a dans la nature de plus petits, & de plus petits à l’infini, selon cette proportion étrange d’un Ciron à un Homme. On a des démonstrations de la divisibilité de la matiere à l’infini, & cela suffit pour faire comprendre qu’il peut y avoir des animaux plus petits, & plus petits à l’infini.

Après tout, y a-t-il quelque portion de matiere dont la petitesse, pour extrême qu’on la suppose, puisse borner le pouvoir de Dieu dans la formation de ces petits animaux, non-plus que d’aucune autre créature ?

L’expérience nous a déja détrompés en partie, en nous faisant voir des animaux mille fois plus petits qu’un Ciron, pourquoi voudrions-nous qu’ils fussent les derniers en petitesse, comme le dit encore si bien le même Philosophe ?

Il ne paroît donc pas déraisonnable de penser que dans un seul Ver Spermatique il y ait une infinité de corps organisés propres à produire, en le dévelopant, une infinité d’animaux. De sorte que selon cette pensée, qui ne peut paroisse bizarre qu’à ceux qui mesurent les merveilles de la puissance infinie de Dieu, selon les idées de leurs sens & de leur imagination, on pourroit dire que dans un seul Ver Spermatique il y auroit des corps organisés propres à produire des fœtus & des enfans pour des siècles infinis, toujours suivant la proportion de plus petit en plus petit.

La nature, c’est à-dire l’ordre établi de Dieu dans le monde par des loix inviolables de mouvemens, ne fait que déveloper ces petits corps organisés, donner un accroissement sensible à celui qui est hors de son envelope, & des accroissemens insensibles, mais non moins réels, à ceux qui sont encore renfermés dans leur envelope.

On voit un Poulet dans le germe d’un œuf frais, & qui n’a point été couvé : on voit des Grenoüilles dans les œufs des Grenoüilles, & on verroit sans doute encore d’autres animaux dans leurs germes, si l’on avoit assez d’adresse & d’expérience pour les découvrir.

Il y a donc apparence que tous ses corps des animaux qui sont nez depuis le commencement du monde, & qui naîtront jusqu’à la consommation des siécles, ont été créés dans les premiers individus mâles de chaque espéce. On pourroit pousser plus loin cette pensée, si l’on ne craignoit, avec l’Auteur de la Recherche de la Vérité, de porter trop avant la curiosité dans ce qui concerne les merveilles de Dieu. Tenons-nous en à ce principe essentiel, que rien n’est grand ni petit en soi ; qu’il ne l’est que par rapport à la mesure que nous attribuons à notre corps, & qu’ainsi rien n’est grand ou petit absolument, puisque notre corps n’est pas une mesure certaine sur laquelle il faille juger de ce que peut être l’étendue des autres corps. Nous sommes nous-mêmes très-petits par rapport à la terre, encore plus petits par rapport à l’espace contenu entre nous & les étoiles fixes, plus petits encore & plus petits à l’infini, par rapport à des espaces immenses que nous pouvons imaginer toujours plus grands, & plus grands à l’infini.

Dieu auroit pu faire des Hommes (& en tout ceci nous entrons dans les judicieuses réflexions du Philosophe que nous avons cité,) à l’égard desquels nous ne serions que la milliéme partie d’un Ciron. Il en auroit pu faire d’autres à l’égard desquels ceux-là mêmes seroient petits. Que serions-nous par rapport à ces plus grands ? Ils nous chercheroient peut-être avec des microscopes, & ne nous trouveroient pas. Notre petitesse leur seroit incompréhensible, & si quelques Philosophes parmi eux, les vouloient assurer de notre existence, ils regarderoient sans doute les discours de tels Philosophes comme de belles imaginations. Mettons-nous à la place de ces hommes, considerons l’erreur où nous serions de regarder comme impossible qu’il y eût des hommes si petits, par rapport à ce que nous serions, & avouons que nulle petitesse, quelque inconcevable qu’elle soit, ne doit nous effrayer, & que s’il n’y a pas d’autre difficulté que celle-là dans le Systême de la Génération des Animaux par les Vers Spermatiques, rien ne doit nous empêcher de l’embrasser.

Feu M. Tauvri, de l’Académie Royale des Sciences, & Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, a fait dans son Traité de la Génération du Fœtus, imprimé à Paris chez Barthelemi Girin, rue S. Jacques, plusieurs Objections contre ce Systême de la Génération des Animaux par les Vers Spermatiques. On ne sera peut-être pas fâché de voir ici ces Objections, & les Réponses qu’on y peut faire. Les voici en peu de mots.

OBJECTIONS

CONTRE LE SYSTEME
de la Génération de l’Homme par les Vers Spermatiques :
& Réponses à ces Objections.
PREMIERE OBJECTION


SI l’on suppose des animaux emboëtés les uns dans les autres, on verra qu’on ne peut aller bien loin sans supposer une petitesse au-dessous de toute imagination. Il faudra pourtant des organes dans cette petite étendue, & on ne voit pas quelles seront les liqueurs capables de les arroser & de les entretenir. Pag. 5.

RÉPONSE

La matière étant divisible à l’infini, comme M. Tauvry le reconnoît dans le Livre même où il fait cette Objection, rien n’empêche de concevoir des parties liquides toujours plus petites, & qui soient proportionnées à la petitesse de ces animaux, sur-tout après que nous avons appris de l’expérience qu’il y a des animaux fort au-dessous du Ciron. Car on ne peut nier que ces petits animaux n’ayent des organes, & par conséquent qu’il n’y ait des liqueurs capables d’arroser & d’entretenir ces mêmes organes. Or de quelle petitesse ne faut-il point que soient ces parties de liqueurs pour humecter des organes si fins. Cette petitesse passe l’imagination, l’esprit n’y trouve point de prise, cependant l’expérience nous empêche d’en douter.

II. OBJECTION.

La matiere est divisible à l’infini, mais on ne la sçauroit imaginer actuellement divisée. Pag. 5.

RÉPONSE

Aussi ne dit-on pas que ces petits animaux soient actuellement séparés & divisés les uns d’avec les autres ; on les suppose au contraire, tous les uns dans les autres, & on prétend seulement qu’ils se dévelopent & se séparent ensuite successivement, pour la propagation des espèces.

III. OBJECTION.

Il faudra expliquer comment le Ver Spermatique s’attache à l’œuf. Il ne suffit pas de le faire entrer par un trou de l’œuf, & de lui faire fermer ce trou avec sa queue, il faut une union de ses parties avec celles de l’œuf. Pref.

RÉPONSE.

Le Ver Spermatique peut s’attacher à l’œuf comme l’œuf s’attache à la matrice ; on ne peut rien dire pour l’explication de l’un, qui ne serve pour l’explication de l’autre. L’œuf ne tient point à la matrice quand il y tombe, non-plus que le Ver ne tient point à l’œuf quand il y entre, & cependant l’œuf s’unit intimement à la matrice.

IV. OBJECTION.

Mais sans parler de ces difficultés, on peut dire que ce systême est tout-à-fait contraire aux loix de la nature : elle affecte par-tout une simplicité surprenante, on ne découvre rien d’inutile dans ses ouvrages, & lorsque je vois qu’il faut, pour faire naître un homme, qu’elle sacrifie plusieurs millions de germes, je ne puis penser qu’elle ait pris cette voye. Pref.

RÉPONSE.

Ce nombre innombrable de germes, ou de petits animaux, n’est point inutile, puisqu’il est cause qu’immanquablement il entre un Ver dans l’œuf, & qu’ainsi la génération s’accomplit infailliblement. Il n’est point opposé non-plus, à la simplicité de la nature ; car cette simplicité ne consiste qu’à employer des voyes qui ne soient pas différentes. Un Mécaniste, qui par un seul moyen multiplié, pourvoit à quelque inconvénient qui pourroit l’empêcher de parvenir à sa fin, agit plus simplement que celui qui employe plusieurs moyens de différente espéce pour arriver à la même fin. Or ici, l’Auteur de la Nature n’emploie qu’un moyen fort simple, il le multiplie seulement, & par cette multiplicité, il fait voir sa providence & sa sagesse, puisque par là, il assure la génération ; en sorte même que quelque nombre d’œufs qui se trouvent mûrs à la fois, il ne se peut faire qu’ils ne reçoivent chacun leur germe, & qu’ainsi ils ne soient tous fécondés, comme il arrive dans les animaux qui ont un grand nombre de petits à la fois. Quant à ce qu’on ajoute, sçavoir, qu’il n’y a pas d’apparence que pour faire naître un homme, il faille que tant de germes soient sacrifiés, on doit considerer que ce sacrifice n’est rien, puisque ces germes ne coûtent rien à l’Auteur de la Nature.

V. OBJECTION.

Les petits animaux, ou les petits Vers qu’on croit voir avec le microscope dans l’humeur spermatique des animaux, ne prouvent rien, puisque dans le vinaigre, dans l’eau de pluye, dans l’eau commune, & presque dans toutes les liqueurs, on croit voir différens animaux avec le microscope, quoique ces liqueurs ne soient propres à aucune genération. Pref.

RÉPONSE.

Ces mots, on croit voir, font juger que feu M. Tauvry n’étoit pas tout-à-fait persuadé qu’il y eut des Vers dans ces liqueurs : mais il ne faut qu’ouvrir les yeux pour se convaincre qu’il y en a, & même dans le vinaigre on en découvre des milliers sans qu’il soit nécessaire de microscope ; on n’a qu’à mettre en Esté quelques goutes de vinaigre au fond d’un verre, & regarder au Soleil ce vinaigre à travers le verre, on sera alors convaincu que cette liqueur est toute remplie de Vers. Quant au fond de l’objection, il faut remarquer que ce n’est pas à cause qu’il se trouve des Vers dans l’humeur spermatique des animaux, qu’on dit que la génération se fait par le moyen de ces Vers, mais que c’est à cause des circonstances avec lesquelles on les y trouve, & que nous avons rapportées ; ces Vers n’étant visibles ni avant ni après l’âge propre à la génération, &c.

VI. OBJECTION.

Ce qui peut encore servir à détruire ce systême, est ce qu’avance un des Partisans de cette opinion, qui est l’Auteur même du Livre de la Génération des Vers, lequel dit, que dans les Maladies Vénériennes, les Vers séminaires sont le plus souvent morts. Nous sçavons que les Maladies Vénériennes n’ôtent point la fécondité ni dans les hommes, ni dans les femmes ; or selon ce systême, elles l’ôteroient. Pref.

RÉPONSE.

Pour pouvoir dire positivement qu’on sçait que les Maladies Vénériennes n’ôtent point la fécondité, il faudroit avoir consulté là-dessus un très-grand nombre de personnes, qui étant fortement attaquées de ces Maladies, n’eussent pas laissé d’avoir des enfans. Je dis un très-grand nombre, car en fait d’induction, quelques exemples ne suffisent pas. Or il est très-difficile de recueillir les voix sur ce sujet. Si l’Auteur avoit dit qu’on sçait que les maux Vénériens n’ôtent pas toujours la fécondité, il auroit parlé plus juste ; mais aussi il n’auroit pas attaqué le sentiment qu’il a voulu combattre, puisque ce sentiment est que dans les Maladies Vénériennes les Vers Spermatiques sont le plus souvent morts ; car il s’ensuit de-là, que quelquefois ils ne sont pas morts, & qu’ainsi quelquefois ceux qui sont attaqués de ce mal peuvent avoir des enfans. L’objection va donc à dire que les maux Vénériens n’ôtent jamais la fécondité ; c’est ce qu’il est difficile de prouver, & ce qu’on trouvera combattu dans les ouvrages des plus célébres Médecins, & entre autres de Fernel & de Perdulcis, qui mettent les Gonorrhées & les Maux Vénériens au rang des Causes de la Stérilité. Vitia quæ sterilitatem accersunt, dit Fernel, in viris quidem numerantur pudendi Paralysis & Atonia, Gonorrhæa, &c. Fernel Pathol. lib. VI. cap. XVII. de morb. mulier.

Causæ externæ, dit Perdulcis, sunt frequens vonus, varius concubitus, Gonorrhæa. Perdul. cap. XI. lib. XIII.

Interdum ea imbecillitas ex impuro concubitu contrahitur propter auram virulentam se se in vasa spermatica insinuantem, quæ non modo eorum vires naturales exolvit, sed quidquid in ea confluit coinquinat & corrompit. Perdul. lib. XII. cap. III. de Gonorrhæa.

VII. OBJECTION.

Si la génération se fait par le moyen des Vers Spermatiques, & que les Maladies Vénériennes tuent ces Vers, elles ne rendront pas seulement l’homme stérile dans le temps qu’elles l’affligeront, mais encore après ; car dans la suite, on ne conçoit pas ce qui pourroit produire à un homme de nouveaux Vers. Pref.

RÉPONSE.

Le froid de l’Hyver, qui tue les Vermisseaux dans les campagnes, n’empêche pas qu’au Printemps il ne s’en reproduise de nouveaux, par des œufs qui se sont conservés pendant l’Hyver. De même les fortes Maladies Vénériennes qui tuent les Vers Spermatiques déja dévelopés, n’empêchent pas que ceux qui sont encore envelopés, ne se conservent pour éclore après la guérison du Malade. Car les Vers Spermatiques sont les uns hors de leurs envelopes, & les autres encore enfermés dans leurs envelopes.

VIII. OBJECTION.

L’esprit pourroit cependant entrer dans cette hypothése, malgré la résistance de l’imagination, si nous concevions bien par là comment les hommes n’ont point encore diminué de grandeur. Pag. 5.

RÉPONSE.

Le terme de l’accroissement ne se tient pas tout de la part des germes, il se tient encore de la part des sucs nourriciers, & l’on ne voit rien qui empêche de penser que l’Auteur de la Nature pouvoit fournir à l’homme des alimens, dont les sucs auroient pu le rendre d’une stature ou plus grande ou plus petite que celle dont il est, & cela sans changer la premiere fabrique des germes. Ainsi tous ces germes emboëtés, quelques petits qu’ils soient, peuvent avoir par leur structure de quoi permettre aux animaux qui en viennent, de croître fort au-delà de la mesure où ils arrivent. En sorte que si les animaux ne passent pas une certaine grandeur, cela vient peut-être autant de la qualité de leur nourriture, que de la petitesse de leurs germes. En effet, ce n’est point le volume des sémences qui décide de la grandeur des productions. Le germe contenu dans la féve est plus gros que celui qui est dans le pépin de la poire, & cependant quelle disproportion entre la grandeur du poirier & celle de la plante qui porte la feve. Quoiqu’il soit donc vrai que les Vers Spermatiques emboëtés soient plus petits que ceux qui les emboëtent, il ne s’ensuit pas pour cela, qu’ils doivent produire des animaux plus petits.

IX. OBJECTION.

Il faudroit encore expliquer d’où vient que de l’accouplement d’animaux différens, il vient une troisième espece. P. 5.

RÉPONSE.

Cette différence d’espéce vient de la différence des sucs nourriciers que le fœtus trouve dans la matrice d’une femelle qui est d’une autre espece ; car cette différence de sucs est propre à donner à certaines parties plus ou moins d’accroissement que ces parties n’en auroient pris par les sucs qu’elles auroient trouvés dans la matrice d’une femelle de même espéce. Il en est de cela comme de quelques plantes, qui selon les terres où elles sont nourries, deviennent plus ou moins grandes. Les melons d’Europe plantés dans le Pérou croissent en arbre, & durent plusieurs années, à ce qu’écrit Pierre Laurembergius. Pepones in Peruvia plantati, radice ac caudice lignoso arborescunt, arbore ad multos annos superstite. Horti. culturæ lib. I. cap. 13. On peut donc dire, par exemple, que les sucs que le Ver Spermatique du Cheval trouve dans la matrice de l’Anesse, étant propres à donner plus d’accroissement aux oreilles du fœtus, que n’en auroient pû donner les sucs que ce même Ver Spermatique auroit trouvé dans la matrice d’une Cavale, il doit arriver que ces oreilles soient plus longues qu’elles n’auroient été ; d’un autre côté, que ces oreilles n’étant pas originairement d’une structure capable de tout l’accroissement qu’une telle nourriture peut donner, elles doivent être un peu plus longues que celles du Cheval, en même-temps plus courtes que celles de l’Ane. On peut étendre cette explication à tous les autres changemens qui arrivent par l’accouplement d’animaux de différente espéce.

X. ET DERNIERE OBJECTION.

L’esprit pourroit enfin entrer dans cette hypothese, si nous concevions bien par-là, comment se forment certains organes dans la matrice & certaines parties dans l’œuf. P. 5.

RÉPONSE.

Cette Objection regarde généralement tous les systêmes qu’on peut proposer sur la génération, puisqu’il n’y en peut point avoir d’assez clairs pour faire concevoir nettement comment se forment tous les organes de la matrice & toutes les parties de l’œuf. Il ne s’ensuit donc pas qu’un systême soit faux, de ce qu’il renferme quoique obscurité. L’Auteur de la Nature s’est-il engagé à ne rien faire qui pût passer l’intelligence de l’Homme ?

Feu M. Geoffroy, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, a fait soutenir en 1704. aux Ecoles de Médecine, une These que nous avons traduite, dans laquelle il prend la défense de ce systême, que j’avois proposé trois années auparavant dans la premiere édition de ce Livre. Il y allègue par rapport aux Vers Spermatiques, les mêmes preuves que nous ; avec cette différence, qu’il y ajoute diverses raisons étrangéres, tirées de la génération des Plantes ; ce qui, pour le remarquer en passant, nous a obligés en traduisant la These, d’y suppléer bien des choses, pour donner à ces raisons un rapport plus sensible avec leur sujet. Ceux qui seront curieux de voir cette These ou Dissertation, la pourront lire à la fin de ce Traité, où nous avons trouvé plus à propos de la renvoyer. Il n’a été particulierement question jusqu’ici, que des Vers qui naissent hors des intestins. Il est temps de venir à ceux qui naissent dans les intestins mêmes.


  1. Forest. Lib. IX. de variis Capitis dolorib. Obser. IX. in schol.
  2. App. Cap. V. de Bell. Parth.
  3. Borell. Observ. Medicoph. CIII. Observ. XLV.
  4. Fernel Pathol. Lib. V. Cap. 7.
  5. Ambr. Par. Liv. XX. Chap. 3.
  6. Solet interdum acutus dolor in capite excitari, quem Græci cephalalgiem vocant, sed talem quo caligent ocule, alienetur mens, citetur vomitus, supprimatur vox, frigescat corpus, & ipsa denique deficiat anima. Rarum est videre ; nam & nos amicum habuimus, qui cum his omnibus ageretur malis & adventante die septimo, mors ipsa, nullis conferentibus auxiliis, jam jam adesse videretur ; vi tandem robustioris naturæ, Vermem è dextrâ nare palmo longiore ejecit. Quo propulso, monis statim cum eo amotus est languor.

    Anton. Benivenii Florentini, Medicinalium observat. exempla, cum annotationibus Rembert. Dodonæi. Cap. C.

  7. Histoire de l’Academie Royale des Sciences, années 1708. & 1733.
  8. Bened. Silvaticus, consilia & responsa. Cent. 2. Consult. 19.
  9. Jatrolog. Pentec 4. Observ. 17.
  10. Quidam odontalgia immuni ac periodica vexatus sensit in dente quid saliens per temporum intervalla, cui remedia plura in cassum adhibita ; abrasæ demum carie dentis in vasculum reflexo saltus varios iteravit, foramme insigni per quod exierat vermis, in dente conspicuo. Thom Barth. act. Med. & Phil. Tom. V. Cap. 8. Vol. 5.
  11. In dentibus verò reperiri vermes haud infresquens est. Antonii Benivenii, Medicinalium Observat : exempla, cum annotationibus Bemberti Dodonæi. Cap. 100. p. 194. lig. i. in annotatione.
  12. Fern. Pathol. de morb. intesti.
  13. Brassav. Comment, ad Aphor. 47. lib. IV. Hipp.
  14. Avensoard, Lib. I. Tract. II. Cap. 3.
  15. Alsahar. Cap. I. Tract. XIII. Pract.
  16. Thom. à Veiga, Comm. ad Cap. 5, Lib. I. Galeni de locis aff.
  17. Gasp. Bauh. de Observ. propriis.
  18. Vidius junior, lib. VII. cap. 2. de curat. membror.
  19. Schenekius. Observat. medic. Lib. II. de corde.
  20. Rod. Cent. 3. Observ. 6.
  21. Riol. Encheir. Anat. p. 147.
  22. Etmull. Schrod. dilucid. Phis. Class. II de aceto.
  23. Borel. Cent. 3. Observ. 4.
  24. Tulp. Observ. Medic. Lib. II. Cap. 49.
  25. Tulp. Observ. Medic. Lib. II. Cap. 50.
  26. Ambr. Par. Liv. XX. Chap. 3.
  27. Tulp. Observ. Medic. Lib. II. Cap. 49.
  28. Bald. Rons in Epist.
  29. Ambr. Par. Liv. XX. Chap. 3.
  30. Thom. Barth. Histor. Anat. Cent. IV.
  31. Petr. Borell. Histor. Observ. Medic. Physic. Cent. II. Observ. 72.
  32. Schench. Obs. Med. Lib. V. de Phthiriasi, Obs. 8.
  33. Kufn. cap. 12. Append. ad Lib. Leonelli. Favent. de morb. puer.
  34. Mont. de Infant. Febrib.
  35. Amb. Par. Lib. 7. cap. 21. Chirurg.
  36. Ettmull. de morb. Infant.
  37. Hier. Reusner. in disput. Medicâ habitâ Basileæ ann. 1582.
  38. Borell. Histor. & Observ. Med. Physic. Cent. I. Observ. 8.
  39. Petr. Borell. ibid, ac supra.
  40. ἀκαρής, quod præ exiguitate dividi non potest : qui ne peut être divisé à cause de sa petitesse.
  41. Paul Æginet. Lib. IV. cap. 58.
  42. Spigelius de lumbrico lato.
  43. Vena Medena. Avic. Fen. 3. Lib. IV.
  44. Amat. Lusit. Curationum Medicinalium centur. sept. curat. LXIV. in qua agitur de Dracunculo, in tibiâ nacto quem Arabes venam mitenam appellant.
  45. In quo venæ modo, caput conscipiebatur.
  46. In schol. huic curat. subject.
  47. An nervus vel lumbricus morbus hic est, in dubium vertunt Autores. Ego verò oculatus testis, multis auritis verior, testor morbum hunc tanquam lumbricum cnospici, album, subtilem, lineæ contortæ modo, qui ex se foras prodit, & pars extra missa cùm arescit, eam nervum exsiccatum quivis dicet : qui si abrumpi contingat, intensos excitat dolores, & non lenes animi angustias concitat. Nascitur autem morbus hic frequenter apud Ægyptios, Indos, & Arabes : sed præcipue apud Mediam juxta Perdisen, unde nomen venæ Medenæ traxit.

    Amat. Lusitan. Curation. Medicinal. centuria septima. In Schol.

  48. Ambr. Par. Chap. 13. des Tumeurs en particulier.
  49. Schenc. Observ. Medic. Lib. III. de Phtiriæ Ob. 7.
  50. Ettmull. de morb. Infant.
  51. Sennert. Lib. III, Part. I. de Morb. Abdom. Cap. 42.
  52. Bringg. in Epistolâ. Observ. D. Philipp. Hoecsteri Decadi 6. annexâ.
  53. Sennert, Lib. III. Part. X. Cap. 4.
  54. Apud Sennert, Lib. III. part. 10. Cap. 4.
  55. Forest. Lib 21. Observ. 26. in schol.
  56. Ettmuller, de Morbo infantum.
  57. Ecclesiast. c. 19. v. 3.
  58. Jacobi Vercelloni pedemontani, de glandulis œsophagi conglomeratis, succo vero nutritio, & vermibus, Dissertatio Anatomico Medica. Astæ 1711.
  59. Essai de Dioptrique.
  60. Voyez Leewenhoek, part. 3. p. 165.
  61. Le pere Malebranche, Recherche de la Vérité.