De la méningo-myélite

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École Impériale Vétérinaire de Toulouse

THÈSE
POUR LE
DIPLÔME DE MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE
Présentée et soutenue le 28 juillet 1868
PAR
A. P. MORA
De Lespéros (Landes)

DE LA MÉNINGO-MYÉLITE

TOULOUSE
IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC,
rues des Geste, 6

1868



ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES


Inspecteur général.

M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.

ÉCOLE DE TOULOUSE


Directeur

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de Toulouse, etc.

Professeurs.

MM. LAVOCAT ❄, Physiologie (embrassant les monstruosités).
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale et Maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
N, Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.
Chefs de Service.

MM. BONNAUD. Clinique et Chirurgie.
MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD. Physique, Chimie et Pharmacie.
JURY D’EXAMEN



MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
Bonnaud, Chefs de Service.
Mauri,
Bidaud,


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN

Instruction ministérielle
du 12 octobre 1866.



THÉORIE Épreuves écrites Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie et de Physiologie.
Épreuves orales Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie chirurgicale ;
Manuel opératoire et Maréchalerie ;
Thérapeutique générale ; Posologie et Toxicologie ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Hygiène, Zootechnie, Extérieur.
PRATIQUE Épreuves pratiques Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses des sels ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.

À MON EXCELLENT PÈRE

Faible témoignage de reconnaissance et de dévouement.




À MES SŒURS




À MES PARENTS




À MES PROFESSEURS




À MES AMIS

MORA.

À LA MÉMOIRE DE MA MÈRE



À LA MÉMOIRE


De mon Grand-Père, de ma Grand’-Mère


SOUVENIR ÉTERNEL


MORA.

DE LA MÉNINGO-MYÉLITE



On désigne sous le nom de méningo-myélite la congestion et l’inflammation de la substance de la moëlle et de ses enveloppes.

Les auteurs qui se sont occupés de cette affection lui ont donné diverses dénominations. Hippocrate aurait, dit-on, décrit cette maladie sous le nom de pleuritidis dorsalis ; suivant d’autres, cette dénomination devrait plutôt se rapporter à la maladie qui est désignée aujourd’hui sous le nom de méningite rachidienne, d’arachnitis spinale. Les noms de rachialgie ou rachialgite, dénomination consacrée par Brera au mal vertébral de Pott, lui auraient été donnés par quelques auteurs. Plusieurs médecins français la nommaient spinitis ou spinite, désignation impropre et qui, suivant Ollivier, est bien plus applicable à l’inflammation des vertèbres et de leurs ligaments. Enfin, les dénominations les plus usitées dans le langage de notre médecine sont les suivantes : myélite, méningite, arachnoïdite rachidienne, paralysie, paraplégie, etc.


CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES


Notre but, en entreprenant ce petit travail, est d’envisager dans un même cadre la description de la congestion et de l’inflammation de la substance propre de la moelle et de ses enveloppes, afin d’éviter des répétitions inutiles. Nous suivrons ainsi l’exemple de notre honoré professeur M. Lafosse.

Avant que les travaux importants de Bouley jeune eussent paru, la congestion et l’inflammation de la moelle épinière étaient confondues avec d’autres maladies qui s’accompagnent, comme elles, de perturbations dans la marche des animaux ainsi que dans les fonctions des muscles qui reçoivent de la moelle leur principe incito-moteur. Aujourd’hui, grâce aux autopsies assidues d’hommes capables, on est parvenu à reconnaître même sur le vivant les altérations qui appartiennent d’une manière spéciale à certaines maladies de la moelle. C’est ainsi que l’on distingue de nos jours les paralysies essentielles de l’hydro-rachis, que des inflammations et des dégénérescences des nerfs rachidiens sont connues du praticien au point de ne plus les confondre, comme le faisaient les anciens auteurs, avec les efforts de la colonne vertébrale et des inflammations des muscles et autres organes qui l’avoisinent. Quant au siège de la maladie, il varie ; mais, le plus ordinairement, sa fréquence se fait remarquer à la région des lombes.

On conçoit facilement que la maladie sera d’autant plus dangereuse que son siège sera avancé de l’encéphale, à cause des organes essentiels qui règnent en avant pour les fonctions vitales.

En résumé, on peut avancer qu’indépendamment du siège de la maladie, l’inflammation a toujours pour effet de troubler, d’anéantir même la sensibilité et la contractilité dans les régions du corps correspondant à l’action de la moelle, à partir du point enflammé jusqu’à sa dernière limite. En général, tous les animaux domestiques sont sujets plus ou moins à la méningo-myélite ; cependant le chien en offre des exemples plus fréquents que le cheval et le bœuf. Cela tient probablement au tempérament nerveux dont jouit cet animal.


ÉTIOLOGIE


Parmi les causes de la méningo-myélite, les unes sont déterminantes, les autres occasionnelles, et enfin il existe des causes prédisposantes.


Causes déterminantes. — Les secousses brusques et violentes, les chocs, les coups reçus sur la colonne vertébrale peuvent être cités comme causes déterminantes. On peut également citer les chutes accidentelles, ce qui arrive facilement dans les courses immodérées ou bien lorsque l’animal se trouve conduit par un cavalier maladroit. L’opérateur qui abat un cheval est exposé également, s’il ne prend des précautions suffisantes, à déterminer des accidents qui peuvent amener la méningo-myélite.

Les luxations des vertèbres que l’on remarque après l’abattage des chevaux, les efforts de la région lombaire, l’introduction de projectiles ou de corps étrangers dans le canal rachidien, enfin toutes les violences traumatiques agissent avec plus ou moins de gravité sur la moelle épinière et peuvent déterminer son inflammation.


Causes occasionnelles. — Le froid, qui joue un grand rôle dans la production d’une multitude de maladies, n’est pas étranger au développement de la méningo-myélite. En effet, on a remarqué que les animaux mal logés, passant la mauvaise saison dans les écuries froides et humides, étaient affectés souvent de cette maladie grave. Le passage subit du chaud au froid, l’exposition à l’humidité, un bain frais pris quand ils sont en sueur, les attaques rhumatismales sont aussi des causes sous l’influence desquelles peut apparaître la phlegmasie de la moelle. On remarque encore, la gestation, la parturition laborieuse, comme deux causes amenant la maladie qui fait le sujet de notre thèse. Indépendamment des eschares, des ulcérations anciennes, de la répercussion des œdèmes, des exanthèmes, des suppurations anciennes, qui comptent toutes dans les causes occasionnelles de la méningo-myélite, on peut encore citer : la monte, la métro-péritonite, la maladie des chiens. Enfin, chez nos animaux domestiques, de même que chez l’homme, on cite l’excès du coït comme étant une des causes les plus favorables au développement de la maladie en question.


Causes prédisposantes. — Les causes de cette nature sont peu nombreuses ; ainsi la longueur des reins, de l’encolure, le dos ensellé, chez les animaux de bât ou qui tirent au joug, sont les principales causes prédisposantes indiquées dans l’excellent ouvrage de M. Lafosse.


SYMPTÔMES


Différant suivant que la méningo-myélite est aiguë ou chronique, nous décrirons séparément les symptômes propres à chacun de ces cas.


Méningo-myélite aiguë.


La rapidité de la marche de cette maladie, son siège et l’étendue des désordres pathologiques apportent des variations dans l’intensité et la gravité de ses symptômes : aussi, après avoir décrit d’une manière générale les principaux phénomènes qui apparaissent dans la phlegmasie de la moelle, nous examinerons les symptômes propres à l’inflammation des diverses portions affectées.


Symptômes généraux. — Les affections aiguës de la moelle épinière et de ses enveloppes sont rarement isolées, elles se manifestent par des symptômes généraux, et aucun signe particulier ne les différencie.

En général, leur début est brusque et leur marche rapide. Les animaux éprouvent un engourdissement des extrémités accompagné de gêne dans les mouvements ; la marche est chancelante, les articulations se fléchissent subitement, des convulsions partielles ou générales se manifestent ordinairement lorsque le mal siège dans les méninges ; mais le plus souvent on remarque un affaiblissement de la sensibilité et une diminution de force du système musculaire ; enfin, une paralysie plus ou moins complète du sentiment ou de tous les membres, d’un seul côté du corps, d’un membre : mais dans tous les cas, la paralysie existe du côté correspondant au siège de la lésion.

Ces différents phénomènes peuvent s’achever dans vingt-quatre heures ou deux ou trois jours après l’invasion de la maladie.


Douleur spinale. — Bientôt enfin apparaissent les symptômes spéciaux de la maladie. Pendant ou après les symptômes que nous venons d’indiquer, le malade se plaint d’une douleur profonde plus ou moins vive dans un point de la longueur du dos. Cette douleur est surtout exaspérée pendant la marche des animaux. D’ailleurs, quand la douleur spinale n’existe pas d’une manière appréciable pour la faire réveiller, Copelan, et après lui J. Franck, ont conseillé de promener le long de la colonne dorsale une éponge imbibée d’eau chaude : dans tous les points où la moelle n’est affectée, l’animal ne ressent que l’impression de la chaleur de l’eau qui imbibe l’éponge ; mais dès qu’elle se trouve vis-à-vis le point enflammé, il éprouve aussitôt un sentiment de chaleur brûlante.

Ce procédé ne paraît pas avoir l’importance qu’avaient voulu lui donner ces auteurs, car il a été employé sans succès dans des cas où la méningo-myélite a été constatée à l’autopsie.

Un moyen plus simple encore que le précédent qui paraît avoir été utile dans des cas où le diagnostic était encore incertain, ce moyen sur lequel on ne doit pas toujours compter, consiste à presser successivement sur toutes les apophyses épineuses du rachis, et le malade éprouve souvent de la douleur quand on arrive au niveau de l’inflammation. La paralysie, qui est un symptôme dominant, peut avoir une marche ascendante, c’est-à-dire qu’elle peut gagner la partie antérieure du trône, les membres antérieurs, et dans ce cas la mort arrive par la cessation de la respiration. Tantôt, au contraire, les accidents suivent une marche opposée, ils se propagent d’avant en arrière. Enfin on voit, mais dans des cas rares cependant, des convulsions vagues, la contracture momentanée d’un membre antérieur ou d’un membre postérieur ; il paraîtrait que les convulsions se rencontrent surtout lorsque la méningo-myélite est de nature rhumatismale. La paralysie apparaît d’abord seulement d’un côté du corps, le plus communément l’un des membres est affecté en entier, avant que les mêmes phénomènes se développent dans celui du côté correspondant.

Tels sont les symptômes généraux qui se manifestent le plus ordinairement dans la méningo-myélite ; mais ces symptômes offrent des différences notables, suivant le point affecté. Nous allons indiquer ces variétés, en examinant successivement l’inflammation dans la portion crânienne de la moelle épinière, dans les régions cervicales, dorsale et lombaire.


Inflammation de la portion crânienne de la moelle. — Le diagnostic de l’inflammation de la moelle est difficile à établir dans ce cas, car l’encéphalite se traduisant par des phénomènes identiques à ceux du ramollissement de la moelle allongée, il est souvent difficile de savoir à quelle affection l’on a affaire. Quoiqu’il en soit, voici les symptômes que l’on rencontre généralement quand la portion crânienne est le siège de l’inflammation : souvent il y a trouble des sens, délire furieux, l’animal perd la conscience de ce qui se passe autour de lui, il y a des grincements des dents, la bouche est sèche et chaude, la langue rouge sur ses bords et sèche à sa surface ; la respiration est fréquente et tumultueuse.

Peu après succède l’hémiplégie, qui arrive d’une manière plus ou moins brusque, et qui peut être suivie d’une paralysie générale, suivant qu’un seul faisceau ou les deux faisceaux antérieurs de la moelle sont affectés ; et dans ce cas, les quatre membres peuvent être atteints à la fois de la paralysie du mouvement et de la sensibilité ; c’est alors surtout que se présente la difficulté de diagnostic que nous avons signalée en commençant, car ces symptômes sont communs à l’encéphalite et à la méningo-myélite crânienne ; mais s’il est difficile et souvent même impossible de distinguer ces deux maladies, le traitement étant le même, l’erreur ne peut avoir d’inconvénients pour le sujet de cette affection.


Inflammation de la portion cervicale. — Quelques-uns des symptômes que nous avons décrits dans le paragraphe précédent, à propos de la méningo-myélite crânienne, peuvent aussi se montrer lorsque l’inflammation à son siège dans la région cervicale. Voici les symptômes que l’on remarque communément dans ce cas : une douleur vive existe dans la région qui nous occupe, ainsi qu’une rigidité prononcée dans les muscles de cette partie, et dans ceux des membres antérieurs ; la respiration ne s’effectue que par le diaphragme, la déglutition est souvent difficile. L’animal éprouve une sensation dans le pharynx, analogue à celle d’un corps qui l’étouffe ; outre l’existence de dyspnée, on remarque du trismus, des grincements des dents, une hémiplégie ou une paralysie générale ; M. Lafosse dit même qu’il ne serait pas impossible que les membres antérieurs seuls fussent frappés de paralysie. Maintenant, si la paralysie existe sur un seul côté, la tête s’incline dans ce cas du côté paralysé. Ces phénomènes sympathiques, qui se remarquent souvent, trouvent leur explication dans le fait même de l’altération de la moelle qui doit nécessairement apporter des troubles dans les fonctions d’organes en partie sous la dépendance des nerfs rachidiens.

Parfois, par suite de la paralysie du train postérieur, la queue devient flasque et oscille comme un corps inerte ; l’anus est plus ou moins relâché, de telle sorte que n’ayant plus la force de contraction, les excréments, en s’accumulant dans cet organe, ne sortent que par le trop plein ; l’incontinence ou la rétention d’urine vient également se montrer dans les cas de paralysie de l’arrière-train. Enfin, l’érection du pénis, dans quelques cas, même l’éjaculation du sperme, qui ont été observés chez l’homme dans les affections des diverses parties de la moelle, sont plus fréquentes lorsque l’inflammation à son siège dans la région cervicale.


Inflammation de la portion dorsale. — Dans ce cas on a observé une agitation générale, des mouvement convulsifs et continus du tronc, suivis de résolution plus ou moins complète.

La respiration, qui ne s’effectue alors que par l’action des muscles respirateurs externes, est courte, précipitée ; il y a des palpitations ; les battements de cœur sont irréguliers, quelquefois assez forts pour faire croire l’existence d’un anévrysme.


Inflammation de la portion lombaire. — Elle débute ordinairement par une douleur dans les lombes ; bientôt après surviennent la paralysie des membres postérieurs ; l’animal, quoique couché, peut se lever des membres antérieurs et se traîner ; l’écoulement involontaire ou la rétention des matières fécales et de l’urine se font également remarquer. Le malade ressent quelquefois de vives coliques, des contractions convulsives des parois abdominales ; la peau des membres postérieurs est souvent privée de sensibilité jusqu’à la hauteur du bassin.

L’inflammation peut alors se propager en avant, au-delà du siège de l’altération, et dans ce cas les secousses convulsives qui apparaissent dans le tronc et dans les membres antérieurs, le trouble de la circulation et l’asphyxie qui devient de plus en plus imminente, sont bientôt suivis de la mort du malade. Les troubles des fonctions de la vessie et de l’intestin que l’on remarque principalement dans ce cas résistent beaucoup moins que les désordres de l’appareil locomoteur. Malgré l’influence manifeste que la portion lombaire de la moelle exerce sur l’utérus, il paraîtrait, d’après les observations de certains médecins, que chez l’homme, l’inflammation de cette partie n’a jamais donné lieu à quelques désordres fonctionnels de cet organe et de ses annexes. En est-il de même chez nos animaux domestiques ? l’expérience l’apprendra tôt ou tard.


Méningo-Myélite chronique.


Causes de la Maladie. — Les animaux lymphatiques, âgés, usés par le travail, sont ceux qui sont le plus souvent affectés de méningo-myélite chronique. Au point de vue des espèces, M. Lafosse cite le bœuf et le chien, comme étant ceux que la maladie attaque avec le plus de fréquence. On a remarqué également qu’elle succède à la maladie du coït.


Symptômes. Les symptômes de la maladie qui nous occupe sous le type chronique, sont à peu près les mêmes que ceux que l’on observe dans la méningo-myélite aiguë ; cependant, ils en diffèrent par la lenteur qu’ils mettent dans leur développement. Les prodromes sont ordinairement de longue durée. Aussi, chez beaucoup d’individus, l’on rencontre un état douloureux des membres qui augmente par la pression, et s’accompagne d’une douleur plus ou moins circonscrite dans la longueur du rachis. Ces phénomènes, qui apparaissent longtemps avant qu’aucun symptôme de paralysie se manifeste, peuvent faire confondre la méningo-myélite avec une affection rhumatismale, avec un lumbago ; mais l’erreur ne peut pas être longue ; car les symptômes qui arrivent un peu plus tard, viennent éclairer le diagnostic. Au début de la maladie, M. Lafosse a observé de la difficulté dans les mouvements ; il y a une espèce de torpeur qui diminue notablement par l’exercice. Ce qui frappe pendant la marche, c’est son altération : « Pendant qu’elle s’effectue, rapporte notre excellent professeur, les membres s’entrecroisent à tel point que souvent la piste de ceux de droite se trace à gauche, et réciproquement ; au lieu de recouvrir, la foulée des pieds postérieurs reste en arrière de celle des pieds de devant. Les membres, en mouvement, semblent raides, parce qu’ils ne se fléchissent qu’incomplètement. Parfois pourtant ils éprouvent des flexions involontaires » (p. 31, 1re partie du t. III). La station, d’après le même auteur, est tout-à-fait défectueuse ; les membres se croisent en X, ou bien les antérieurs ou les postérieurs sont écartés l’un de l’autre ; d’autres fois ils s’engagent sous le centre de gravité ou bien s’en éloignent. On a remarqué également que c’était le matin en sortant de l’écurie que les animaux présentent ces altérations dans leur marche au plus haut degré. Pourquoi le matin, plutôt que le soir ? C’est que probablement l’intensité de la paralysie est relatif à l’état de congestion du système vasculaire de la moelle et de ses enveloppes, congestion qui croît alors plus considérablement que dans l’état normal ; car la station et le décubitus la favorisent, et elle se dissipe au contraire peu à peu par l’action musculaire qui active la circulation veineuse rachidienne. Ces accidents ne sont pas permanents ; ils peuvent se dissiper pour reparaître ensuite. Enfin, au bout d’un certain temps, les membres deviennent raides, se rétractent, sont dans un état de contracture difficile à surmonter.

En passant les mains sur le trajet des nerfs principaux des membres, on produit dans ces derniers des secousses convulsives, rapides, analogues à celles produites par le galvanisme. Enfin, à la longue les membres paralysés prennent des positions bizarres, qui sont dues à leur rétraction, et dont il est impossible de les retirer.

Outre ces phénomènes, on remarque que la température des parties paralysées a notablement diminué ; la transpiration cutanée ne se faisant plus, la peau est sèche et furfuracée. Cette diminution de la température est due à l’affaiblissement de la circulation, qui détermine aussi parfois de l’œdème dans les extrémités inférieures et surtout aux parties déclives du corps ou aux membres.

Du reste, pas de mouvement fébriles ; les battements du cœur semblent être au contraire lents, faibles ; la respiration reste normale ; souvent il se forme des eschares gangréneuses au sacrum, et le malade succombe dans le marasme le plus complet.

Brodie a dit, il y a quelque temps, que, chez l’homme, dans les affections de la moelle épinière en général, les urines étaient rendues alcalines, et l’on s’est évertué à chercher l’explication de ce phénomène. Les avis sont encore partagés sur ce point. Les uns ont attribué cette alcalinité de l’urine à une sécrétion morbide de la vessie ; d’autres à sa décomposition, qui aurait lieu par son séjour trop prolongé dans ce réservoir ; d’autres, enfin, et M. Rayer est du nombre de ces derniers, l’attribuent à un vice de sécrétion des reins, qui, dans la plupart des cas, seraient enflammés.

Avant ces observateurs, Dupuytren avait remarqué que les sondes que l’on place chez les paraplégiques, se recouvrent bien plus promptement d’incrustations salines que dans les autres maladies.


Marche. Durée. Terminaisons. — La méningo-myélite aiguë peut avoir deux marches différentes ou bien elle se termine en une ou plusieurs semaines, ou bien elle se prolonge pendant longtemps et passe alors à l’état chronique. Dans le premier cas, la mort peut survenir avec une promptitude effrayante.

M. Bouley dit avoir vu périr du ramollissement de la moelle des chevaux qui travaillaient encore quarante, trente, et même quatorze heures avant la terminaison fatale de cette maladie, qui se manifestait par une paraplégie subite ; cependant la mort ne survient que du troisième au quatrième jour. D’ailleurs, la gravité de la maladie est proportionnée au temps et au degré de sa marche. Quand il n’y a eu que congestion, par exemple, la délitescence ou l’hémorrhagie sont les seules terminaisons qui peuvent survenir. La première amène la disparition de la maladie en quelques heures, tandis que la deuxième terminaison est toujours funeste ; elle foudroie en quelque sorte l’individu instantanément ou bien le paralyse pour toujours, surtout lorsqu’elle survient dans la région lombaire. L’inflammation peut se terminer, dans des cas rares, par la résolution qui fait disparaître bien vite les symptômes de la maladie ; mais malheureusement l’inflammation se termine le plus ordinairement par des altérations de la moelle qui sont toujours funestes : ainsi, l’épanchement, l’exsudation, le ramollissement, la suppuration de la moelle ; telles sont les terminaisons de la méningo-myélite. On ne peut en faire le diagnostic différentiel, mais elles se montrent toutes avec le même degré de gravité ; toutes les quatre elles sont en général incurables. — La méningo-myélite chronique est toujours à marche lente ou intermittente. La paralysie résultant d’un ramollissement ou d’un épanchement est ordinairement mortelle. Quand elle se trouve bornée au train postérieur, les animaux peuvent vivre pendant longtemps ; seulement l’atrophie des muscles se fait toujours remarquer dans cette région.

Il n’est pas rare de remarquer, chez les grands animaux, des fractures du fémur et du bassin, des luxations dans les articulations des rayons supérieurs du train postérieur ; ces accidents surviennent à cause des poses vicieuses que prennent les animaux,

La méningo-myélite chronique est-elle susceptible de guérison ? Olivier répond par l’affirmative, et il cite à l’appui une observation qui est rangée par lui dans les cas de méningite rachidienne. Quant à nous, sans nier la possibilité de cette terminaison heureuse, nous pensons qu’elle est excessivement rare, et qu’il est surtout indispensable, pour qu’elle ait lieu, que l’inflammation n’ait pas déterminé le ramollissement de la substance nerveuse. Quoiqu’il en soit, je conseillerai toujours au propriétaire le parti d’abandonner l’animal, car le traitement est toujours coûteux et rarement efficace.


Diagnostic. — La méningo-myélite peut être confondue avec la paralysie des membres postérieurs, appelée communément paraplégie. Les mouvements, dans cette dernière maladie, sont complètement supprimés, comme dans le cas d’inflammation de la moelle, à la région lombaire ; les troubles qui surviennent dans les fonctions de la vessie et du rectum sont également identiques. Jusqu’ici, comme on s’en aperçoit, les deux maladies peuvent être confondues. Mais ce qui distingue surtout la méningo-myélite de la paraplégie, c’est la fièvre qui existe toujours dans la première, surtout à l’état aigu ; de plus, la marche est beaucoup plus rapide dans cette même affection qu’elle ne l’est dans la paraplégie. Dans la méningo-myélite, on observe toujours des mouvements convulsifs des membres, chose qui n’existe pas dans la paralysie essentielle des membres postérieurs. Enfin, la méningo-myélite lombaire peut s’étendre et offrir d’autres symptômes qui mettent le praticien dans la voie. Si l’on se rappelle, la lenteur avec laquelle débutent les symptômes dans certains cas de méningo-myélite, on concevra facilement que, dans le principe, on peut conserver quelques doutes sur la nature de l’affection que l’on a sous les yeux, et qu’il est même quelquefois possible, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire, que la méningo-myélite commençante soit prise pour un lumbago ou un rhumatisme de la région dorsale.

Le lumbago ou psoïte n’est autre chose que l’inflammation des muscles de la région lombaire. Cette maladie force l’animal à se coucher et à rester parfois dans une immobilité complète. C’est donc dans ce dernier cas qu’il est bon de faire un diagnostic minutieux pour ne pas la confondre avec la maladie que nous décrivons.

L’inflammation des muscles de la région lombaire, ceux qui se trouvent logés, par conséquent, entre les apophyses épineuses et transverses, l’inflammation, dis-je, de ces muscles, entraînera toujours deux symptômes bien caractérisques, je veux parler de la tuméfaction et de la douleur qu’ils manifestent dans cette occasion ; mais le siège de l’inflammation a lieu dans les muscles sous-lombaires et de la fosse iliaque, comme cela se montre le plus ordinairement ; alors c’est en eux que réside la douleur et la tuméfaction qui ne peuvent être constatées que par le toucher et la pression exercés dans la partie supérieure du flanc, chez les petits animaux, et à la faveur de l’exploration rectale, chez les grands animaux. Enfin, outre les symptômes spéciaux du lumbago, on ne peut le distinguer de la méningo-myélite, non-seulement en comparant leur marche, qui diffère beaucoup, mais encore par la pression.

Ainsi, nous avons déjà fait observer, dans les symptômes généraux de la méningo-myélite, qu’une douleur était localisée dans une des régions de la colonne vertébrale, tandis que dans le lumbago nous avons vu que la douleur n’existait pas seulement sur un point déterminé, mais dans toute l’étendue des muscles enflammés ; la douleur sera par conséquent plus générale dans la région lombaire que dans le méningo-myélite. D’ailleurs, le lumbago est à marche lente et sans gravité, ce qui est le contraire pour la maladie qui nous occupe.

L’oblitération de l’aorte postérieure présente des symptômes qui pourraient également donner quelques embarras au vétérinaire, à cause de leur analogie avec ceux de la méningo-myélite ; mais l’exploration rectale met dans ce cas immédiatement sur la voie, parce qu’on reconnaît par ce moyen le manque de pulsations de l’aorte. L’exercice, d’ailleurs, aggrave les symptômes qui caractérisent cette maladie.


PRONOSTIC.


Le pronostic sera très variable dans les divers cas, selon la place que l’inflammation affecte, selon le degré ou la durée du mal, ainsi que la nature des causes. Mais en général la méningo-myélite appartient à la catégorie des maladies les plus difficilement curables ; quelquefois, comme dans le type chronique, elle traîne en longueur, est tout-à-fait incurable et souvent elle offre danger de mort. La raison de ce pronostic généralement défavorable de la méningo-myélite, repose dans la nature tendre et facilement altérable des parties essentiellement affectées de la moelle allongée et de la moelle épinière, ainsi que dans la difficulté, l’impossibilité même de porter remède aux altérations de ces parties.

Dans les cas où il existe d’autres maladies, le pronostic dépend en partie de l’importance de ces maladies. En général, on peut admettre que la méningo-myélite, complètement développée chez de très jeunes sujets, ou à l’opposé, chez de très vieux individus, est beaucoup plus difficilement curable que si la maladie était incomplète et sur des sujets d’un âge moyen. Lorsqu’il y a complication de paralysie de tout un côté du corps ou de tout l’arrière-train, le mal est dans ce cas dangereux. Lorsque la maladie s’est développée lentement et qu’elle s’accompagne d’émaciation des parties qui se trouvent sous son influence, elle n’est pas généralement dangereuse, mais difficile à guérir, parce que, dans ces cas, il y a ordinairement des altérations organiques dans la moelle.

Le pronostic proportionnellement le plus favorable peut être porté dans la méningo-myélite qui a pour cause des refroidissements, des lésions mécaniques, des constipations, et qui n’existe qu’à un degré modéré.


ANATOMIE PATHOLOGIQUE.


Disons, avant d’aborder cette question, que l’inflammation de la moelle offre des caractères anatomiques qui ne diffèrent pas sensiblement de ceux de l’encéphalite ; seulement, les altérations suivent une marche beaucoup plus rapide.

On a observé également que l’on trouve rarement sur le cadavre l’injection, la rougeur, l’induration ; mais que le mode de terminaison le plus constant, c’était le ramollissement.

La moelle, à l’exemple de tous les organes intérieurs, et malgré l’enveloppe solide qui la protège, peut être le siège de lésions physiques, telles que celles qui sont produites par des commotions, des contusions, des compressions ; ou bien encore de lésions qui sont le résultat d’instruments tranchants ou contondants, véritables plaies qui peuvent contenir des corps étrangers ou en être privées. La gravité de ces lésions est en rapport avec les fonctions importantes remplies par cet organe. Les maladies proprement dites de la moelle peuvent avoir leur siège dans les enveloppes ou méninges, ou dans la substance propre de cet organe.

Les maladies de la moelle consistent la plupart dans la congestion, l’inflammation, etc. Nous examinerons successivement les altérations des deux dernières sans empiéter sur d’autres maladies qui lui sont spéciales.

L’expérience n’a pas encore bien démontré l’existence de la congestion de la moelle, et aujourd’hui on se borne simplement à y rapporter par analogie un certain nombre d’accidents, dans lesquels sont compris divers tremblements et mouvements convulsifs, certaines névralgies sciatiques, la stupeur, et la paralysie des membres, ainsi que plusieurs phénomènes épileptiformes et tétaniques, surtout lorsque ces accidents disparaissent après une durée assez courte. On a remarqué l’hémorrhagie interstitielle : « apoplexie de la moelle, hématomyélie. »

Dans ces différents cas, la substance de la moelle recèle du sang en nature, liquide ou sous forme de caillots ; on le trouve plus souvent dans la grise que dans la blanche. Les caillots et les cavités qui les contiennent sont désignés sous le nom de foyers apoplectiques de la moelle. Il parait que l’absorption de ces caillots ainsi que la cicatrisation des foyers apoplectiques n’est pas impossible, le tissu qui les remplace dans leur disparition heureuse est moins alimenté de vaisseaux que celui qui l’avoisine, lequel offre un aspect particulier qui le distingue parfaitement, car il à une apparence froncée. Lorsqu’il y a épanchement de sang dans le bulbe rachidien, la mort ne se fait pas attendre.

Lorsqu’il y a simplement congestion de la moelle, alors on ne trouve sur le cadavre qu’une coloration rosée, qu’une injection plus ou moins intense de la moelle. La densité de celle-ci se trouve augmentée légèrement ; son volume acquiert aussi des dimensions un peu plus grandes.


ALTÉRATIONS DÉTERMINÉES PAR L’INFLAMMATION DE LA MOELLE.


Ramollissements de la moelle. — Cette altération, la plus commune qui existe dans le cas d’inflammation, est distinguée en ramollissement aigu et ramollissement chronique. Examinons immédiatement le premier de ces deux types. La texture délicate et friable de la moelle explique suffisamment la rapidité avec laquelle l’inflammation entraine le ramollissement et la désorganisation de la moelle. Lorsque la maladie est arrivée à ce degré, le ramollissement rachidien peut affecter toutes les variétés de consistance et de coloration de celui du cerveau. Ainsi la moelle peut être ramollie, désorganisée, réduite en une bouillie inodore, blanche, sans changement de sa couleur normale, ou avec des colorations rouges, jaunes ou verdâtres.

Le ramollissement blanc, sans trace aucune de rougeur ou de coloration jaune, est celui que l’on rencontre le plus ordinairement.

Le ramollissement peut comprendre toute l’épaisseur de la moelle ; même envahir sa presque totalité ; mais ces cas sont rares et le plus souvent il n’occupe qu’une moitié latérale. Il y a quelques années on disait le contraire, car on pensait qu’en raison de son peu d’épaisseur, le cordon spinal ne pouvait être atteint partiellement ; mais des faits nombreux démentent aujourd’hui cette assertion.

Tantôt c’est la partie inférieure qui est ramollie, tantôt la partie supérieure ; le plus souvent le centre est atteint plutôt que la circonférence ; ce qui tient, d’après Ollivier, à ce que l’inflammation débute par la substance grise ; cette explication ne peut pas être acceptée, car il n’est pas rare de trouver la substance blanche seule ramollie, sans qu’il soit besoin que la myélite soit consécutive à l’inflammation des méninges. Quelquefois le volume de la moelle est augmenté dans le point ramolli.

Ce phénomène trouve son explication dans l’ampleur du canal osseux qui renferme cet organe, ampleur qui permet l’extension de la moelle. Le ramollissement, dans sa forme la plus aiguë, peut déterminer instantanément la paraplégie ou même la paralysie des quatre membres, du rectum et de la vessie. La paralysie avance rapidement et envahit les muscles respirateurs.


Remarque. — La fréquence du ramollissement est-elle la même dans toutes les portions de la moelle ?

Suivant qu’on examine cette question chez l’homme ou chez nos animaux domestiques, l’expérience donne des résultats différents. Chez l’homme, sur vingt-cinq cas observés par M. Calmeil, ce médecin est arrivé aux résultats suivants : « Six ramollissements appartiennent à la moelle cervicale, onze à la moelle dorsale, cinq à la portion dorso-lombaire. Dans un seul cas, l’organe est ramolli dans toute sa longueur ; une fois, la moitié gauche de l’organe est seule affectée ; deux fois les faisceaux antérieurs sont seuls intéressés. Le tissu nerveux ramolli conserve sa coloration naturelle dix fois ; il offre une teinte jaune ou jaunâtre, six ; une teinte rosée, quatre fois ; rouge, trois fois ; brune, une fois ; il est mêlé à du sang qui est fondu avec ses molécules, une fois. La pie-mère est brune une fois, rouge, injectée, sept fois ; dans un cas, couverte de fausses membranes (Calmeil, Dictionnaire en 25 volumes). » Voilà le relevé des observations intéressantes de ce médecin sur les cas de ramollissement de la moelle. Les vétérinaires disent avoir observé plus de cas de ramollissement à la région lombaire qu’à toute autre partie de la moelle.

Par conséquent, il résulte de ces observations que nos animaux sont plus prédisposés que l’homme aux ramollissement de la moelle à la région lombaire qu’à la région du dos.


Induration de la moelle. — La méningo-myélite peut aussi occasionner, dans des cas fort rares, l’endurcissement de la moelle. Cet état pathologique de la moelle qui appartient principalement à l’inflammation chronique de cet organe, se rencontre avec une augmentation dans sa consistance normale. Elle offre les mêmes symptômes que le ramollissement ; elle peut être générale ou partielle ; quelquefois son tissu est d’une dureté extraordinaire, qui peut aller même jusqu’à la consistance cartilagineuse.

L’induration de la moelle a été comparée pour sa consistance, sa densité et son aspect, au blanc d’œuf durci par l’ébullition.


Suppuration de la moelle. — La suppuration à la suite de la méningo-myélite est aussi rare que l’endurcissement, et c’est à peine si l’on en trouve quelques exemples dans les auteurs qui s’en sont occupés.

Le pus peut être disséminé, répandu dans les diverses parties de l’organe. Abercrombie, d’après Bréra, en cite trois cas qui manquent de détails anatomiques convenables, et cet auteur lui-même se demande si, dans ces cas, on n’a pas pris de simples ramollissements pour de la suppuration. Le pus peut être réuni en foyer. M. Collini a rapporté un fait qui parait bien caractérisé. En effet, cet observateur dit avoir trouvé vis-à-vis la septième vertèbre cervicale, une cavité remplie par une matière purulente d’un gris brun verdâtre, qui remontait, en formant une traînée légère dans l’épaisseur de la moelle, jusqu’au niveau de la quatrième vertèbre cervicale environ. (Ollivier, t. 1, p. 293.)

Mais l’observation la plus concluante est celle qui a été recueillie dans le service de M. Velpeau, et qui se trouve consignée dans la thèse de M. Émile Constantin. En effet, à l’autopsie, on trouva un abcès du volume d’une noisette, rempli d’un pus blanc, homogène, bien lié, dans l’épaisseur des cordons antérieurs de la moelle, sans trace aucune d’inflammation dans les cordons postérieurs ; du reste, le petit nombre d’observations que l’on trouve à ce sujet doit faire considérer ces cas comme exceptionnels. D’ailleurs, la structure délicate du réseau vasculaire, la petite quantité du tissu cellulaire continu dans la substance de la moelle, ainsi que son peu de consistance, suffisent pour expliquer la rareté des abcès de cet organe.


État de la moelle dans la méningo-myélite chronique. — L’induration étant la lésion caractéristique de cette forme de la méningo-myélite, nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit un peu plus haut au sujet de cette altération ; nous ferons remarquer seulement qu’il n’est pas rare de trouver un ramollissement strié, soit en avant, soit en arrière de l’induration.

D’après les observations de M. Lafosse, le ramollissement de la moelle sous le type chronique existe assez souvent au renflement lombaire chez les bêtes bovines. Le même auteur dit avoir constaté cette altération à la région sus-indiquée chez les bêtes bovines, qui ne présentaient encore aucun symptôme douze heures avant l’autopsie provoquée par l’invasion de la paralysie.

Voici de la manière dont il explique et réfute la promptitude du ramollissement :

« Si les animaux, dit-il, ne présentaient aucun symptôme douze heures avant l’autopsie, comme l’affirmaient leurs propriétaires, on serait presque contraint d’admettre que les portions de moelle restées saines en arrière du ramollissement, que les nerfs correspondant à cette altération, étaient des centres de production d’influx nerveux suffisante pour la conservation de la sensibilité et de l’excitabilité dans les parties placées sous leur dépendance. » (Lafosse, Ire partie du t. III, p, 32.)

Cette heureuse idée de notre professeur est on ne peut plus vraisemblable, si toutefois elle n’est pas juste.

En dehors du ramollissement, M. Lafosse rapporte avoir constaté un épanchement considérable du liquide séreux dans l’arachnoïde ou entre cette membrane et la pie-mère ; de plus, il a remarqué une décoloration de la substance grise, une diminution de sa consistance ; enfin, il ajoute qu’il n’est pas rare de trouver une matière gélatineuse jaune, pâle ou rosée, remplaçant la graisse dans le canal rachidien et la prolongation plus ou moins grande de cette matière sur le trajet des nerfs.


TRAITEMENT


Tout le monde est d’accord sur l’utilité des émissions sanguines au début de la méningo-myélite. Aussi doit-on pratiquer une ou plusieurs saignées suivant la force de l’animal et dans le cas où l’inflammation est très étendue. Elles doivent être répétées plusieurs fois lorsque la douleur est très vive, lorsque le sujet est pléthorique et lorsqu’il existe de la contracture et de la douleur dans les membres. On a recours également aux saignées locales, l’application des sangsues ou des ventouses dans la région voisine du mal. Les fomentations froides, l’application de la glace sur le rachis sont bien indiquées au début. Les révulsifs succèdent aux réfrigérants, et parmi les révulsifs les plus recommandés et les plus efficaces, on peut nommer les frictions sinapisées, les applications d’eau sinapisée, de moutarde sur les membres paralysés. Ces diverses opérations, pour qu’elles fassent de l’effet, doivent être répétées plusieurs fois. Il y a quelque temps que MM. Oger et Prévost ont conseillé la cautérisation incendiaire au moyen de fortes frictions d’essence de térébenthine sur les parties malades et l’inflammation de ce liquide très combustible. On laisse ainsi brûler l’essence quelques minutes, puis on l’éteint avec de l’eau ; mais c’est un mauvais procédé d’extinction ; mieux vaut avoir recours dans cette occasion aux couvertures de laine ; on n’expose pas, comme dans le premier procédé, en agissant avec les couvertures, à provoquer des refroidissements toujours funestes dans cette maladie.

Quand la maladie se prolonge et que l’inflammation soit déjà commençante, on s’est bien trouvé de la combattre avec les ammoniacaux ; ainsi les frictions d’ammoniaque mélangée avec des quantités plus ou moins grandes aux huiles de pétrole, de laurier, aux essences de lavande, de térébenthine. Les frictions d’eau-de-vie cantharidée, les applications vésicantes, les sétons aux membres paralysés, produisent des effets avantageux.

S’il y a lieu de supposer que la maladie provienne d’un arrêt de transpiration, on a recours dans ce cas aux frictions de vinaigre chaud sur toute l’étendue du rachis, à partir du point où commence la paralysie, ou bien on couvre les animaux, on les soumet à une basse température au moyen de fumigations générales que l’on continue deux ou trois jours avec des plantes aromatiques ; Gellé, Jannet appliquaient une peau d’agneau encore fumante. Ces moyens ne sont pas à dédaigner, dit M. Lafosse, non plus que les charges de son et de vin chaud. En pareil cas, l’administration des infusions de camomille, de fleur de sureau, de bourrache en breuvages ou en lavements, produisent de bons effets ; enfin, les bains de fumier en fermentation ne seraient pas non plus à dédaigner.

Une condition importante, dit M. Lafosse, consiste à rappeler les œdèmes, la suppuration dans leur siège primitif, par l’application des sinapismes ou des vésicatoires.

Quand les animaux sont constipés ou bien que les fonctions du rectum sont annulées par suite d’une paralysie du train postérieur, on a le soin d’administrer des purgatifs, des lavements ; même pour aider la défécation, on est obligé d’extraire les matières stercorales et de faciliter la miction par des compressions de la vessie, ou en faisant parvenir une sonde munie d’un canal dans la vessie.

Lorsque, malgré l’emploi sagement combiné de ces moyens, la méningo-myélite passe à l’état chronique, il faut alors avoir recours à une autre médication.


TRAITEMENT DE LA MÉNINGO-MYÉLITE CHRONIQUE.


À cette période de la maladie, on ne peut plus songer aux émissions sanguines. Les purgatifs drastiques, recommandés par M. Lafosse, peuvent alors rendre quelques services en accélérant les matières excrémentitielles, mais c’est principalement sur l’action de révulsifs énergiques que l’on doit compter.

Ceux qui sont employés de préférence dans ces circonstances sont les trochisques, les cautères et les moxas. On les applique ordinairement de chaque côté des apophyses épineuses, au niveau de l’endroit où l’animal souffre.

Le nombre des cautères et des moxas varie : on peut d’abord en appliquer deux, un de chaque côté ; puis en appliquer deux autres, en avant ou en arrière des deux premiers, s’ils n’ont pas produit l’effet que l’on recherche.

Avant de recourir à ces derniers moyens, on peut essayer les vésicatoires volants promenés sur le rachis ; ceux-ci sont surtout utiles lorsque l’affection paraît être de nature rhumatismale.

Les douches d’eau chaude et fortement salées à 33° ou 34°, conseillées par les vétérinaires, peuvent aussi être employées avec avantage.

Ces douches se donnent au moyen d’un seul jet plus ou moins fort, soit en pluie, au moyen d’un arrosoir muni ou dépourvu de son ajutage. On peut remplacer l’arrosoir par un vase quelconque muni d’un tuyau et placé plus ou moins haut, suivant la force que l’on veut donner au liquide. Ce moyen, décrit par M. Lafosse dans son ouvrage, est très commode dans la pratique de la vétérinaire.

Lorsque les cautères seront établis, il faudra avoir soin d’en activer la suppuration lorsqu’elle se ralentit, et ne pas négliger d’en ouvrir de nouveaux si les anciens viennent à se tarir. On remédie à la constipation par les purgatifs ; s’il y a rétention des urines, on sonde les malades.

On a encore à combattre une complication qui dépend surtout d’un affaiblissement de la nutrition, et des progrès croissants de la paralysie ; les toniques, une alimentation substantielle deviennent alors indispensables. Quant à la paralysie, qui est ordinairement la suite de la méningo-myélite, on a conseillé plusieurs moyens que nous devons signaler : les frictions alcooliques et aromatiques sur les membres paralysés sont quelquefois employées ; la noix vomique et son principe actif, la strychnine employés par la méthode endermique, sont aussi des moyens mis en usage. Mais comme, on le conçoit, cette médication demande beaucoup de prudence et de discernement de la part du praticien, il faut avoir soin surtout de ne l’employer que lorsque l’on est sûr qu’il n’existe plus d’inflammation dans le tissu de la moelle. Enfin, on a encore recommandé l’électricité, l’acupuncture, la galvano-puncture ; mais ces moyens énergiques, comme le fait observer M. Lafosse, ne conviennent que dans les paralysies essentielles.

D’un autre côté, tout ce que l’on peut espérer dans les cas les plus heureux, c’est de remédier passagèrement à la vitalité des téguments, y faire reparaître un peu de chaleur ; car pourquoi se bercer du vain espoir de rendre les mouvements et la sensibilité à des parties qui reçoivent leurs nerfs d’un organe complètement altéré, et devenu par là même incapable de remplir ses fonctions.

Nous venons d’énumérer les principaux moyens employés contre la méningo-myélite ; mais nous devons ajouter que le plus souvent ces moyens sont insuffisants contre cette cruelle maladie qui semble se jouer des efforts du praticien le plus habile, n’en parcourt par moins ses périodes, et laisse au malade, lorsqu’elle ne l’emporte pas en peu de temps, une vie inutile pour le propriétaire et un sujet de dépense dont il ne tarde pas à se débarrasser en sacrifiant l’animal.