Derniers essais de littérature et d’esthétique/La Sculpture aux Arts et Métiers

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La Sculpture aux Arts et Métiers[1].

Ce qu’il y eut de plus satisfaisant dans la Conférence faite hier soir par M. Simonds, ce fut sa péroraison, où il apprit à l’auditoire qu’« on ne saurait faire un artiste ».

Sans cet avertissement opportun, certaines gens abusés auraient pu s’en aller avec l’impression que la sculpture était une sorte de procédé mécanique à la portée des intelligences les plus rudimentaires.

Car, il faut en convenir, la conférence de M. Simonds fut à la fois trop élémentaire et trop chargée de choses techniques.

L’étudiant ordinaire de l’art, même le flâneur d’atelier, n’eussent pu y apprendre quoi que ce soit, en même temps que la « personne cultivée » dont un grand nombre de spécimens étaient présents, n’auraient pas échappé à l’effet quelque peu assommant des descriptions compliquées et péniblement expliquées, que le conférencier a données de méthodes de travail très connues et dépourvues d’intérêt.

Toutefois M. Simonds a fait de son mieux.

Il a décrit le modelage en terre et en cire, le moulage en plâtre et en métal, la façon d’agrandir et de diminuer les proportions, les bas-reliefs et le travail en ronde-bosse, les diverses sortes de marbre, leurs qualités et leurs caractères, la manière de reproduire en marbre le buste en plâtre ou en terre cuite, d’employer la pointe, le foret, le fil de fer, le ciseau, et les difficultés variées que comporte chaque procédé.

Il a montré un buste de M. Walter Crane sur lequel il a fait quelques expériences élémentaires, un buste de M. Parsons, une petite statuette, plusieurs moules, et une coupe intéressante de fourneau employé par Balthazar Keller pour fondre une grande statue équestre de Louis XIV, en 1697-8.

Ce qui fit défaut dans sa Conférence, ce furent les idées.

Sur la valeur artistique de chaque matière, sur la correspondance entre la matière ou le procédé, et la faculté imaginative s’efforçant de trouver une expression, sur l’aptitude au réalisme et à l’idéalisme qui réside dans chaque matière, sur le côté historique et humain de l’art, il n’a rien dit.

Il a montré les divers outils et la manière de s’en servir, mais il les a traités uniquement comme des instruments manuels.

Il n’a pas une seule fois mis son sujet en relation soit avec l’art, soit avec la vie.

Il a expliqué les formes du travail et les façons d’économiser le travail.

Il a montré les différentes méthodes, telles qu’elles pourraient être pratiquées par un artisan.

La semaine dernière, M. Morris, tout en expliquant le procédé technique du tissage, n’a jamais perdu de vue qu’il faisait une leçon de l’art.

Il a non seulement instruit, mais encore charmé son auditoire.

Néanmoins le public, réuni hier soir à l’Exposition des Arts et Métiers, parut fort intéressé ; du moins il fut très attentif, et M. Walter Crane fit, après la conclusion, un court speech, dans lequel il se déclara satisfait en constatant que, malgré le machinisme moderne, la sculpture eût à peine modifié un seul de ses outils.

Pour notre part, nous ne pouvons nous empêcher de regretter le caractère de banalité extrême de cette conférence.

Si l’on faisait des leçons sur les poètes, on ne devrait pas borner ses remarques uniquement à la grammaire.

La semaine prochaine, conférences de M. Emery Walker sur l’Imprimerie.

Nous espérons, — à vrai dire nous sommes certains, — qu’il n’oubliera pas que c’est un art, ou plutôt que jadis c’était un art, et qu’on peut en faire, de nouveau, un art.


  1. Pall Mall Gazette, 9 novembre 1888.