Description de la Forêt noire/9

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Traduction par Anonyme.
chez les veuves sulamites, aux petits appartements de Salomon (A. Boutentativos). (p. 67-69).

CHAPITRE IX.
De la religion du Merryland.

Ce n’est pas sans apparence que l’on présume que le christianisme fut connu au Merryland, dès l’âge le plus reculé de l’église ; mais à présent on y souffre toutes sortes de religions et de sectes. L’on peut cependant dire qu’il n’y a pas de pays au monde aussi peu religieux que celui-là.

Le culte des images, l’avouerai-je à la honte du pays dont je parle, est un crime dont les reines du Merryland ne sont quelquefois pas exemptes ; ces Iconoclastes zélées ont une vénération particulière pour celle qui ressemble au corail-plante, dont nous avons parlé au septième chapitre. C’est avec un plaisir qui tient de la fureur, qu’elles rendent leurs hommages à ces simulacres grossiers ; elles veulent toujours être seules, pour satisfaire leurs dévotion. Elles en saisissent un avec vivacité, et le mettant dans une petite niche, elles commencent leurs cérémonies qui consistent en plusieurs émotions, élans, soupirs, pratiques manuelles, libations, etc. Mais mon aversion pour ce culte idolâtre, m’empêche de le décrire plus particulièremenent. Il vaut mieux laisser à cet égard le lecteur dans l’ignorance.

On rencontre dans les provinces du Merryland beaucoup de missionnaires qui travaillent infatigablement à la propagation de la foi. Leurs soins sont couronnés de succès, parce qu’ils savent allier des paroles suaves à l’inflexibilité de leur caractère. Quakers, Anabatistes, Hussites, travaillent tous avec zèle, quoique plus sourdement les uns que les autres.

C’est en vérité quelque chose de déplorable de voir tant de diverses sectes au Merryland. Ce concours désordonné cause quelquefois aux princesses qui les souffrent dans le sein de leurs états, des chagrins bien cuisans et des maux sans remèdes. Elles ont cependant toutes en commun ce verset des prières de l’église, et se réunissent pour dire « fortifiez-nous, aidez notre foiblesse, et soutenez élevé ce qui voudroit tomber ».