Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Charonne (rue de)

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Charonne (rue de).

Commence à la rue du Faubourg-Saint-Antoine, nos 65 et 67 ; finit aux chemins de ronde des barrières de Fontarabie et de Montreuil. Le dernier impair est 203 ; le dernier pair, 184. Sa longueur est de 1607 m. — 8e arrondissement. Les nos 1 à 15 et tous les pairs sont du quartier du Faubourg-Saint-Antoine ; les nos 17 jusqu’à 203 font partie du quartier Popincourt.

Ce n’était qu’un chemin sous le règne de Louis XIII. Cette voie publique doit son nom au village de Charonne auquel elle conduit. — Une décision ministérielle du 18 messidor an IX, signée Chaptal, fixa la moindre largeur de cette voie publique à 12 m. Cette moindre largeur est portée à 14 m., en vertu d’une ordonnance royale du 6 mai 1827. Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : 11, 19, 21, 23 ; les deux encoignures de la rue Neuve-Lappe, 39, 73, 75, 95, 97, 99, 135, 145, 149, 163, 165, de 2 à 18 inclusivement, 40, 58, 92, de 138 à 146, 168, 170, 172 et 174. — Égout depuis la rue du Faubourg-Saint-Antoine jusqu’à la rue Basfroi. — Conduite d’eau dans presque toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compo de Belleville).

Au no 86 est située l’entrée de la communauté des Filles de la Croix. Ces religieuses de l’ordre de Saint-Dominique habitèrent d’abord une maison dans le faubourg Saint-Marcel. En 1636 elles s’établirent dans la rue Plâtrière (aujourd’hui Jean-Jacques Rousseau), puis dans la rue Matignon du Louvre ; Le 21 juin 1639, ces religieuses achetèrent une maison située rue de Charonne, où elles firent construire un monastère qu’elles vinrent occuper au mois d’août 1641. Mademoiselle Ruzé d’Effiat fournit aux frais de ce dernier établissement, dont elle est considérée à juste titre comme fondatrice. Son cœur a été déposé dans le sanctuaire de l’église. Ce couvent, supprimé en 1790, devint propriété nationale, mais ne fut point aliéné.

Le 17 mars 1817, les religieuses de la Croix rentrèrent en possession de leur couvent.

Au no 88, on voyait l’entrée de la communauté des religieuses de la Madeleine de Trainel. Elle fut fondée en Champagne au lieu dit de Trainel, vers le milieu du XIIe siècle. En 1654, elle achetèrent une grande propriété située dans la rue de Charonne et y firent bâtir une chapelle dont la reine Anne d’Autriche posa la première pierre. Ces religieuses étaient soumises à la juridiction de l’archevêque ; le garde-des-sceaux d’Argenson fut un de leurs bienfaiteurs. Ce magistrat augmenta les bâtiments et les revenus de ce couvent, fit décorer l’église, et suivant ses dernières volontés son cœur fut déposé dans la chapelle de Saint-Réné. Dans la suite la duchesse d’Orléans, qui avait fixé son séjour dans cette maison, y fit construire plusieurs vastes bâtiments. Cette communauté, qui contenait en superficie 16 153 m., fut supprimée en 1790, devint propriété nationale, et fut vendue le 5 brumaire an X.

Au no 95 était situé le prieuré de Notre-Dame de Bon-Secours. Il fut fondé en 1648 par la dame Claude de Bouchavanne, veuve du sieur Vignez, conseiller du roi. Ayant obtenu l’autorisation nécessaire, elle acheta une maison située dans la rue de Charonne et y plaça en qualité de prieure Madeleine-Emmanuelle de Bouchavanne, sa sœur, qui avait été religieuse au monastère de Notre-Dame de Soissons. Cet établissement fut approuvé en juillet 1667, par lettres-patentes enregistrées le 16 mai 1670. L’église et le couvent réparés, agrandis en 1770 et 1780 par l’architecte Louis, furent supprimés en 1790. Devenue propriété nationale cette maison religieuse qui contenait en superficie 13 502 m., fut vendue en deux lots les 21 floréal an VIII et 5 brumaire an X. Dans les bâtiments de ce monastère, un des hommes dont l’industrie française doit le plus s’honorer, Richard-Lenoir créa un magnifique établissement destiné à la filature du coton, et concourut noblement à affranchir son pays du tribut qu’il payait à la fabrication étrangère. Aussi l’empereur dans les courts instants qu’il dérobait à sa gloire militaire, voulut-il récompenser dignement l’habile filateur.

Un jour il se rendit, accompagné de sa famille, à une fête magnifique préparée par Richard-Lenoir. Là, l’empereur, après avoir complimenté l’honorable fabricant, lui remit lui-même la décoration de la Légion d’Honneur, en ajoutant ces paroles flatteuses « Nous avons fait l’un et l’autre une rude guerre à l’industrie anglaise, mais jusqu’à présent le fabricant a été plus heureux que l’empereur. » — Les événements politiques ont entraîné la ruine de l’établissement de Richard-Lenoir et tranché trop tôt cette honorable existence.

Dans les bâtiments jadis occupés par la belle filature dont nous venons de parler, existe depuis quelques années une institution dont la nature et l’importance ne sont pas sans quelque analogie avec ce qui précédait : nous voulons parler de l’École des arts industriels et du commerce, fondée en 1832 par M. Pinel-Grandchamp et dirigée par lui avec un zèle et une habileté qui ont imprimé à cette création un caractère remarquable d’utilité publique. Grâce à l’enseignement de toutes les sciences qui se rattachent à la haute industrie, comme aussi par la force des études, par la distinction des professeurs et la composition du conseil de perfectionnement où figurent les sommités de la science, cette institution a pris rang parmi les établissements qui répondent le mieux aux besoins de l’époque actuelle. — La galerie magnifique où fut donnée la fête impériale a été conservée presque dans son état primitif ; elle forme aujourd’hui une espèce d’académie de dessin. Ce respect, cette religion des souvenirs, honorent le fondateur de cet établissement. Il a senti qu’il existait entre la pratique des arts industriels et leur enseignement des rapports si intimes que la gloire de la première se reflète sur l’autre ; et puis c’est une heureuse manière de stimuler le zèle des élèves que d’honorer la mémoire des hommes qui ont, comme Richard-Lenoir, si noblement concouru aux progrès de notre industrie nationale.