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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Chaume (rue du)

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Chaume (rue du).

Commence à la rue des Blancs-Manteaux, nos 28 et 30 ; finit aux rues des Vieilles-Haudriettes, no 1, et des Quatre-Fils, no 23. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 251 m. — 7e arrondissement, quartier du Mont-de-Piété.

Des actes de 1290 font déjà mention de cette rue. Le mur de l’enceinte de Philippe-Auguste aboutissait dans la rue du Chaume, à l’angle qu’elle forme avec la rue de Paradis. Sous le règne de Philippe-le-Bel, une porte fut pratiquée à peu près en cet endroit. Elle fut appelée indifféremment Porte de Braque ou du Chaume ; et la rue dans laquelle on la voyait, porta successivement les noms de rue de la Porte-du-Chaume, de la Porte-Neuve et Neuve-Poterne. Sur le plan de Saint-Victor, elle est nommée Grande rue de Braque, et dans Corrozet, rue de la Chapelle-de-Braque. Lorsqu’elle fut prolongée jusqu’aux murs du Temple, elle prit dans toute son étendue, la dénomination de rue du Grand-Chantier-du-Temple, en raison d’un ancien bâtiment que les Templiers avaient fait construire, et dont l’emplacement est aujourd’hui compris dans l’hôtel des Archives du Royaume. Les actes du XVIe siècle donnent ordinairement à cette voie publique le nom de rue du Chaume. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an VIII, signée Laplace, avait fixé la moindre largeur de cette voie publique à 8 m. En vertu d’une ordonnance royale du 12 juillet 1837, sa largeur a été portée à 11 m. Les maisons nos 1, 3, 9, 11, 13, 15, et la maison à l’encoignure droite de la rue de Rambuteau, sont alignées ; celles nos 2, 4 et 6 devront reculer de 4 m. 50 c. à 5 m. — Égout entre la rue des Blancs-Manteaux et celle de Rambuteau. — Conduite d’eau entre les rues de Paradis et des Vieilles-Haudriettes. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière)

Le couvent des religieux de la Merci, ou de Notre-Dame de la Rédemption-des-Captifs, était situé dans cette rue, au coin de celle de Braque. À l’article de cette dernière voie publique, nous avons dit qu’Arnould de Braque y avait fondé une chapelle et un hôpital. On lit dans les registres de la chambre des comptes, que le 7 juillet 1384, Charles VI donna à Nicolas de Braque, fils du précédent, moyennant 12 deniers de cens annuel, les anciens murs avec les tours ou tourelles et les places vagues entre la porte du Chaume et celle du Temple. Nicolas de Braque y fit bâtir un hôtel, et augmenta la chapelle et l’hôpital. Ce dernier établissement était déjà détruit au commencement du XVIIe siècle, mais la chapelle, suffisamment dotée par cette famille, était encore à cette époque desservie par quatre chapelains.

Les historiens ne nous font pas connaître l’époque précise de l’introduction des religieux de la Merci en France, mais on sait d’une manière positive, que dès l’année 1515, ils avaient à Paris une maison et un collége situés dans la rue des Sept-Voies. Ils durent leur second établissement dans la rue du Chaume, à Marie de Médicis, qui leur fit donner les anciens bâtiments possédés par la famille de Braque. Le 4 novembre 1613, l’évêque de Paris approuva ce changement, qui fut autorisé par lettres-patentes du 1er août 1618. À la place des anciennes constructions, on bâtit une église et un monastère. L’ordre de la Merci, qui prit naissance à Barcelone en 1218, n’était dans son origine, qu’une congrégation de gentilshommes qui, pour imiter la charité de saint Pierre Nolasque, leur fondateur, consacrèrent leurs personnes et leurs biens à la délivrance des captifs chrétiens. Cet ordre fut approuvé par Grégoire IX, qui leur fit suivre la règle de saint Augustin.

Dans une pièce de poésie ayant pour titre : Influence de la civilisation chrétienne en Orient, M. Alfred des Essarts a consacré quelques beaux vers à la louange des frères de la Merci. Nous les transcrivons ici :

« Mais si le roi Louis, quittant son héritage,
» Alla chercher la mort aux lieux où fut Carthage ;
» Si dans Byzance en feu, le Turc à sa fureur
» Immola sans pitié le dernier empereur ;
» Si Rhodes, à son tour, cette île-forteresse,
» D’où sortit tant de fois la foudre vengeresse,
» Perdit ses chevaliers, Spartiates chrétiens ;
» La charité du moins put rompre des liens ;
» Elle dompta la force et fit tomber les armes
» Devant la croix du prêtre et son tribut de larmes.
» Frères de la Merci ! Jamais nom respecté
» Ne s’inscrira plus près de la Divinité…
» Relevant par un mot le courage qui ploie,
» Des ongles du lion ils arrachaient la proie,
» Et ramenaient ensuite, heureux et triomphants,
» Aux femmes leurs époux, aux mères leurs enfants.
» Jamais la charité n’eut un plus beau symbole :
» Car ils touchaient les rois par des récits plaintifs,
» Et du pauvre lui-même acceptant une obole,
» Quêtaient par l’univers la rançon des captifs !…
» Leur immense tendresse étonnait l’infidèle ;
» Ni les lointaines mers, ni la dure saison
» Ne suspendaient leurs pas ou n’émoussaient leur zèle ;
» Et souvent on les vit réclamer la prison
» D’un esclave ignoré que sa longue souffrance
» Avait dépossédé des biens de l’espérance,
» Et qui se demandait en entendant leur voix
» Si Dieu s’était fait homme une seconde fois !… »

Le couvent de la Merci fut supprimé en 1790 et devint propriété nationale. Les bâtiments de cette communauté furent aliénés le 15 brumaire an VI. L’église et ses dépendances furent vendues le 9 ventôse de la même année. La longueur de la façade de cette maison religieuse était de 52 m. 10 c. sur la rue du Chaume, et de 24 m. sur la rue de Braque. Les bâtiments de ce couvent, ainsi que son église, ont été démolis quelques années après leur vente. Un marchand de charbons occupe aujourd’hui une partie de l’emplacement de l’ancienne communauté des religieux de la Merci.