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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Institut de France

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Institut de France.

Situé sur le quai de Conti. — 10e arrondissement, quartier de la Monnaie.
1re partie. — Collége Mazarin.

Le 6 mars 1661, dans une des salles de l’antique forteresse de Vincennes, le cardinal Mazarin s’apprêtait à mourir. Le ministre fit venir maîtres Nicolas le Vasseur et François le Fouin, notaires, garde notes du Chastelet de Paris. Il déclara qu’il avait depuis longtemps formé le dessein d’employer en œuvres de piété et de charité une somme considérable, des grands biens qu’il tenait de la divine providence et de la bonté du roi. Il ajouta qu’il n’avait trouvé rien de plus utile que la fondation d’un collége et d’une académie pour l’instruction des enfants des gentilshommes ou des principaux bourgeois de Pignerol et de son territoire, d’Alsace et pays d’Allemagne, de l’état ecclésiastique, de Flandre et de Roussillon. Dans l’acte de fondation que le cardinal fit dresser, il est dit : « Que des soixante écoliers qui doivent être entretenus et instruits dans le dit collége, il y en ait quinze de Pignerol ; territoire et vallées y jointes, et de l’état ecclésiastique en Italie préférant ceux de Pignerol à tous les autres, les Romains ensuite, et au défaut d’eux, ceux des autres provinces de l’état ecclésiastique en Italie ; quinze du pays d’Alsace et autres pays d’Allemagne contigus, vingt du pays de Flandres, Artois, Hainaut et Luxembourg, et dix du pays de Roussillon, Conflans et Sardaigne. Les quinze personnes pour l’académie seront tirées du collége sans aucune distinction des dites nations, et si le collége n’en peut fournir un si grand nombre, le surplus jusqu’au dit nombre de quinze sera pris des personnes d’ocelles nations, quoiqu’elles n’aient pas étudié au dit collége. Les soixante écoliers du collége et les quinze personnes de l’académie seront logés, nourris et instruits gratuitement, au moyen de la présente fondation. Les gentilshommes seront toujours préférés aux bourgeois, tant pour le collége que pour l’académie, et ceux qui auront le plus longtemps étudié au dit collége, préférés à ceux qui auront le moins étudié pour être admis à l’académie, pourvu que ceux qui auront le plus étudié soient également propres pour l’académie. Son éminence se réserve le nom et le titre de fondateur du dit collége de l’académie, et à son défaut l’aîné de ceux qui porteront son nom et ses armes, aura les mêmes droits avec toutes les prérogatives des fondateurs. » — Pour consolider à jamais cette fondation, le cardinal légua deux millions en argent, plus 45 000 livres de rente sur l’Hôtel-de-Ville de Paris. Ce contrat de fondation fut confirmé, loué et approuvé par lettres-patentes du roi, datées de Saint-Germain-en-Laye, au mois de juin 1665. De nouvelles lettres-patentes interprétant les premières furent données en juin 1669. Nous en rapportons un extrait : « Louis, par la grâce de Dieu, etc., à tous présents et avenir, salut. Nous avons par nos lettres-patentes du mois de juin 1665, registrées en notre cour de parlement, le 14 août de la même année, confirmé la fondation faite par feu notre très cher et très amé cousin le cardinal Mazarini, duc de Nivernois, etc. d’un collége et académie dans notre bonne ville de Paris pour y instruire et élever gratuitement aux exercices de corps et d’esprit convenables à la noblesse, les jeunes gentilshommes qui auraient pris naissance ès villes et pays cédés à la couronne par les traités de Munster et des Pyrénées savoir, en la ville de Pignerolles, son territoire et vallées y jointes, avec l’état ecclésiastique en Italie, et provinces d’Alsace et pays d’Allemagne qui y sont contigus, et à partie des provinces de Flandre, Artois, Hainaut, Luxembourg, Roussillon, Conflans et Sardaigne cédés par le dit traité le tout aux clauses du contrat passé par devant le Vasseur et le Fouin, notaires au Chastelet, le 6 mars 1661, par lequel don est fait au dit collége d’une bibliothèque et académie nommées Mazarini, et la fondation censée et réputée royale et jouir des mêmes avantages, privilèges et prérogatives dont jouissent celles qui ont été fondées par les rois nos prédécesseurs ou par nous, et d’autant plus que depuis les dites lettres, les bâtiments de l’église, du collége et de la bibliothèque sont tellement avancés qu’il y a lieu d’espérer que dans peu l’on pourra célébrer la sainte messe dans l’église commencée, les exercices dans le collége et que tous les livres légués et donnés seront placés et rangés dans la nouvelle bibliothèque qui doit être publique deux jours de chacune semaine, que ces lieux étant situés vis-à-vis notre château du Louvre, y apportent un fort bel ornement ; que le dit établissement sera d’une très grande utilité au public, et que nous désirons d’ailleurs donner en toutes choses les marques de l’estime que nous conservons pour la mémoire de notre dit cousin le cardinal Mazarini, et pour l’affection qu’il a témoignée au public par une fondation si illustre et si peu commune et vu le contrat de fondation, lettres-patentes et autres pièces ci-attachés sous le contre-scel de notre chancellerie ; à ces causes et mettant en considération les services notables que nous a rendus notre dit cousin le cardinal Mazarini, et de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, en interprétant et amplifiant nos lettres du mois de juin 1665, nous avons ordonné et par ces présentes signées de notre main, ordonnons, voulons et nous plaît que le dit collége, bibliothèque et académie, ensemble les places et maisons y appartenant, soient sous notre protection, justice, voirie et censive, comme faisant partie de l’ancien hôtel de Nesle, nonobstant tous actes, contrats, transactions, arrêts, jugements, sentences et possessions contraires que nous ne voulons nuire, ni préjudicier à la dite fondation ; ce faisant avons amorti, amortissons à perpétuité tous les dits lieux, sans qu’à présent ni à l’avenir il puisse être prétendu aucun droit pour le dit amortissement, etc… Sera loisible aux libraires et imprimeurs d’habiter et s’établir aux maisons et boutiques qui sont aux deux pavillons et en la grande place du dit collége, pour y vendre et débiter des livres ainsi qu’ils pourraient faire dans l’étendue de l’Université, etc… Accordons au dit collége les droits et privilèges dont jouissent les colléges les plus célèbres ; ce faisant, le déclarons être du corps de l’Université, avec pouvoir d’y admettre toutes sortes de pensionnaires et écoliers, et d’y faire tous les actes et exercices qui se font aux colléges les plus fameux. Accordons pareillement à la dite académie tous les droits et privilèges dont jouissent les autres académies de notre royaume ; et sera la dite bibliothèque publiquement ouverte aux jours et heures qui seront marqués en chacune semaine par les exécuteurs de la fondation, etc… Donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois de juin 1669, et de notre règne le 27e, signé Louis… Par le roi, signé Colbert, et scellé du grand sceau de cire verte. »

Un plan avait été dressé le 23 juin 1665, par Louis Levau, architecte du roi. Il fut exécuté par Lambert et d’Orbay. La façade principale placée sur le quai est de forme demi-circulaire ; elle est composée d’un avant corps d’ordonnance corinthienne qui en occupe le centre et de deux ailes dont la courbe se termine en avant sur le quai, et ne laisse en cet endroit qu’une route trop étroite. L’avant-corps qui formait le portail de l’église fut couronné d’un fronton et surmonté d’un dôme circulaire qui est terminé par une lanterne. Ce dôme, qui présente à l’extérieur une forme circulaire, a dans l’intérieur une forme elliptique. À droite du sanctuaire on voyait le tombeau du cardinal Mazarin ; ce tombeau, un des beaux ouvrages de Coysevox, avait été transféré au musée des monuments français. Ce mausolée fait actuellement partie du musée de Versailles. Le collége Mazarin, auquel on avait aussi donné le nom de Collége des quatre Nations, pour indiquer les pays auxquels appartenait le bénéfice de cette fondation, ne subit aucun changement jusqu’à l’époque de la révolution.

Bibliothèque Mazarine. — Le cardinal Mazarin posséda successivement deux bibliothèques ; l’une et l’autre furent formées par Gabriel Naudé, l’homme de son temps qui se connaissait le mieux en livres. Ce savant parlait de la première collection comme étant la plus curieuse des bibliothèques de l’Europe. Elle était, disait-il, composée de plus de 40 000 volumes. Un arrêt du parlement de Paris, lors des troubles de la Fronde, en ordonna, en 1652 la confiscation et la vente. Le cardinal Mazarin étant rentré dans Paris, plus fort et plus puissant qu’il n’avait jamais été, chargea encore Naudé de rassembler les livres qu’il pourrait retrouver de l’ancienne collection ; cet infatigable bibliographe, aidé de Lapoterie, réunit un grand nombre de précieux ouvrages. Ce savant étant mort le 30 juillet 1633, Lapoterie continua son œuvre. « Le syndic de la librairie (dit Guy Patin) s’y employa tout de bon. On acheta pour augmenter cette collection la bibliothèque de Descordes, chanoine de Limoges, moyennant la somme de 19 000 livres. Déjà le cardinal, par les conseils de Lapoterie, avait fait l’acquisition de la bibliothèque de Naudé pour la somme de 20 000 livres. Le même Guy Patin dit « qu’elle était très pleine de petits livres bons, rares, curieux qui ne se pourraient qu’avec grande peine retrouver ni rencontrer ailleurs. » Cette bibliothèque fut confiée à l’administration et à la direction de la société de Sorbonne, le 14 avril 1688, jusqu’au 7 mai 1791. À cette époque Luce-Joseph Hooke en fit la remise à l’occasion de son refus de prêter serment à la constitution civile du clergé.

La bibliothèque Mazarine a reçu depuis la révolution des accroissements considérables. Elle possède aujourd’hui près de cent mille volumes imprimés et quatre mille cinq cents manuscrits. Outre cette bibliothèque, le même édifice en renferme une seconde, c’est celle de l’Institut. Quoique moins nombreuse, elle est précieuse par le nombre des ouvrages modernes qui y sont déposés. Ces deux bibliothèques avaient été réunies par ordonnance du 16 décembre 1819. Elles ont été séparées par une autre ordonnance du 26 décembre 1821, et chacune d’elles est placée sous un régime administratif particulier. Le personnel de la bibliothèque Mazarine se compose d’un bibliothécaire administrateur, de cinq conservateurs et de deux sous-bibliothécaires. Elle est ouverte au public tous les jours, excepté les dimanches et fêtes. Les vacances commencent le 15 août et finissent le 1er octobre.

2e Partie. — Académie Française. — Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. — Académie des Sciences. — Académie royale de Peinture et Sculpture. — Académie royale d’Architecture. — Institut de France.

Nous allons parler des différentes académies qui, supprimées au commencement de la révolution, ont été depuis organisées sous la dénomination d’Institut de France. Nous nous occuperons d’abord de l’Académie Française. — Un littérateur parisien, Valentin Conrart, conseiller et secrétaire du roi, avait réuni, dès 1632, dans une petite maison de la rue Saint-Denis, une société de gens de lettres. Ces conférences n’avaient pour objet que le mérite des compositions, les délicatesses fleuries du style et les intérêts de la grammaire. Dans cette agréable réunion, on distinguait Godeau, Gombault, Chapelain, Giry, Habert, l’abbé de Cérisy, tous gens instruits et spirituels. Lorsqu’un membre de cette société avait composé un ouvrage, il le communiquait à ses collègues qui lui donnaient librement leurs avis. Les conférences étaient suivies tantôt d’une promenade, tantôt d’une collation. « Ils s’assemblèrent ainsi durant trois ou quatre ans (dit Pellisson, le premier historien de l’Académie Française) et comme j’ai ouï dire à plusieurs d’entr’eux, avec un profit et un plaisir incroyable, de sorte que quand ils parlent aujourd’hui de ce temps-là, ils en parlent comme d’un âge d’or, durant lequel avec toute l’innocence et la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autres lois que celles de l’amitié, ils goûtaient ensemble tout ce que la société des esprits et la vie raisonnable ont de plus doux et de plus charmant. » Cette agréable réunion devait être bientôt troublée. Un nommé Faret introduisit dans la société Bois-Robert, l’un des poètes aux gages du cardinal de Richelieu. Ce nouveau membre parla bientôt de cette compagnie au ministre. Richelieu engagea Bois-Robert à demander à ces hommes de lettres s’ils voulaient former un corps et s’assembler régulièrement sous la protection de l’autorité. « M. de Bois-Robert, ajoute Pellisson, ayant répondu qu’à son avis cette proposition serait reçue avec joie, il lui demanda de la faire et d’offrir à ces Messieurs sa protection pour leur compagnie qu’il ferait établir par lettres-patentes, et à chacun d’eux en particulier son affection qu’il leur témoignerait en toute rencontre. » On devine tout l’intérêt que le cardinal-ministre attachait au succès de sa proposition. Résister à l’affection calculée de Richelieu, c’était engager la lutte et se perdre. « Cependant, continue Pélisson, à peine y eut-il aucun de ces messieurs qui n’en témoignât du déplaisir et ne regrettât que l’honneur qu’on leur faisait vînt troubler la douceur et la familiarité de leurs conférences. » La proposition du ministre fut discutée dans une réunion solennelle. Plusieurs membres voulaient qu’on refusât l’offre du cardinal. Chapelain prit la parole : « À la vérité, Messieurs, dit-il, nous nous serions bien passés de l’éclat qu’on veut donner à nos conférences, mais dans l’état actuel des choses, voyons si nous sommes libres de suivre le parti qui nous parait le plus agréable. Nous avons affaire à un homme qui ne veut pas médiocrement ce qu’il a arrêté ; il n’est pas, vous le savez, habitué à la résistance, et ne la souffre pas impunément. Il regardera comme une injure le mépris que vous feriez de sa protection, et chacun de nous pourrait en ressentir les terribles effets. D’après les lois du royaume, toutes les assemblées qui s’organisent en dehors de l’autorité du souverain peuvent être défendues. Il sera fort aisé à monseigneur le cardinal, si l’envie lui en prend, de rompre notre société que chacun de nous en particulier désire être éternelle. » Ces raisons déterminèrent l’assemblée ; M. de Bois-Robert fut prié de remercier très humblement M. le cardinal de l’honneur qu’il leur faisait, et de l’assurer qu’encore ils n’eussent jamais eu une si haute pensée, et qu’ils fussent fort surpris du dessein de son éminence, ils étaient très résolus de suivre ses volontés.

Sur le rapport de son premier ministre, Louis XIII donna, au mois de janvier 1635, des lettres-patentes, portant qu’il serait formé une société de gens de lettres au nombre de quarante, sous le nom d’Académie française. Ces lettres ne furent enregistrées que le 10 juillet 1637, après une longue résistance du parlement, qui voulut qu’on insérât cette clause : Que l’Académie ne pourrait connaître que de la langue française et des livres qu’elle aurait faits ou qu’on exposerait à son jugement. L’opinion publique ne fut pas entièrement favorable à la nouvelle institution. Les partisans de Richelieu en parlaient avec admiration c’était une pensée sublime, une émanation du génie. Ses adversaires n’y voyaient qu’un appui redoutable prêté à la dévorante ambition du cardinal. D’autres s’en moquaient comme d’une chose sans portée. Jean Scarron, conseiller de la grand’chambre du parlement, père du poète burlesque, ayant été appelé pour donner son avis sur la vérification des lettres-patentes portant établissement de l’Académie, s’exprima en ces termes : « Cette rencontre me remet en mémoire ce qu’avait fait autrefois un empereur romain qui, après avoir ôté au sénat la connaissance des affaires publiques, l’avait consulté sur la sauce qu’il devait faire à un grand turbot qu’on lui avait apporté de bien loin. » Ce rapprochement exprimé avec tant de hardiesse excita la haine du ministre, qui priva le conseiller de sa charge et l’envoya en exil. La faveur publique dédommagea plus tard Jean Scarron, qui fut élevé en 1644 à la haute fonction de prévôt des marchands. L’Académie tint encore ses séances chez un de ses membres, ou chez Richelieu lui-même. Après la mort du cardinal, le chancelier Séguier, qui avait brigué l’honneur d’entrer à l’Académie, leur prêta une salle de son vaste hôtel. Le roi Louis XIV s’étant déclaré protecteur de cette compagnie, le titre d’académicien devint un objet d’envie. Des ministres, des grands seigneurs, des prélats voulurent se mettre sur les rangs. Cette condescendance flatta la vanité des académiciens roturiers, qui ne s’aperçurent pas que l’admission de ces hommes puissants les mettrait sous la dépendance du gouvernement. Patru, l’ami de Racine et de Boileau, leur fit sentir ce danger par un apologue. Il était question de recevoir un gentilhomme dont l’esprit n’était pas très cultivé. « Messieurs, dit Patru, un ancien Grec avait une lyre admirable, une corde se rompit ; au lieu d’en remettre une de boyau, il en prit une d’argent, et la lyre perdit son harmonie. » L’apologue de Patru fit sensation ; cependant la corde d’argent eut la préférence. — En 1673, l’Académie française vint occuper une des salles du Louvre. Cette salle fut ornée des portraits des académiciens, de ceux de Richelieu, de Pierre Séguier, de Christine de Suède, etc. L’Académie française, après avoir jeté un vif éclat durant le règne de Louis XIV, tomba bientôt dans une obscurité qui dura près d’un demi-siècle. Sa régénération commença lorsqu’elle proposa à l’éloquence des éloges tels que ceux de Descartes, de Fénelon, de Catinat et de l’abbé Suger.

Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. — Louis XIV ayant désiré qu’une société de gens de lettres s’occupât du soin de recueillir des médailles et d’inscrire sur les monuments, sur les tapisseries de ses palais, tout ce qui pouvait immortaliser son règne et la gloire de la nation, Colbert choisit parmi les membres de l’Académie française ceux qu’il crut les plus habiles à ce genre de travail. Chapelain, Charles Perrault, l’abbé Cassagne et l’abbé Bourleix, formèrent une réunion à laquelle on donna le nom de Petite Académie. Établie en 1663, elle tint ses séances dans la bibliothèque de Colbert, rue Vivienne. Le nombre des académiciens, d’abord fixé à quatre, fut porté à huit. Un nouveau règlement du 16 mai 1701 fixa le nombre des membres à quarante ; savoir dix honoraires, dix pensionnaires, dix associés et dix élèves. Des lettres-patentes confirmèrent leur organisation. Le nom de Petite Académie, ne pouvant plus convenir, fut changé en celui d’Académie des Sciences et des Médailles, puis en celui d’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Le premier ouvrage publié par cette académie est l’Histoire de la numismatique sous le règne de Louis XIV. La première édition, qui parut en 1703, comprend 286 médailles. La seconde, imprimée vers 1723, renferme la collection entière des médailles qui ont été frappées pour retracer les événements du règne de ce prince ; elle se compose de 318 médailles. Ces travaux importants ne mirent pas néanmoins les académiciens à l’abri des railleries des écrivains. Piron avait commencé l’attaque, en composant cette épitaphe :

Ci-git un antiquaire opiniâtre et brusque,
Il est esprit et corps dans une cruche étrusque.

Cependant l’on ne saurait oublier les services rendus aux sciences historiques par l’ancienne Académie des Inscriptions, où siégeaient encore au moment où elle fut supprimée, l’abbé Barthélemy, Bréquigny, la Porte-Dutheil, Choiseul-Gouffier, de Laverdy, de Paulmy, Bailly, D. Poirier, D. Clément, Dacier, Sylvestre de Sacy.

Académie des Sciences. — Après avoir établi l’Académie des Inscriptions, Colbert, qui savait deviner les grandes idées de Louis XIV, chercha les moyens de donner de nouveaux développements aux sciences. Pour atteindre son but, ce grand ministre se fit faire un rapport sur tous les savants qui s’assemblaient chez M. de Montmort, conseiller d’État, puis demanda Huyghens, Duclos, Bourdelin, Delachambre, Auzout et plusieurs autres, et leur proposa de les réunir en un corps sous la dénomination d’Académie des Sciences, en leur disant qu’ils féconderaient par l’association des travaux que l’isolement devait toujours paralyser. Cette Académie devait s’occuper de cinq sciences principales : des mathématiques, de l’astronomie, de la botanique, de la chimie et de l’anatomie. On proposa de joindre à ces sciences celle de la théologie ; les observations de la Sorbonne firent repousser cette proposition. L’Académie des Sciences occupa d’abord une des salles basses de la bibliothèque du roi. Jusqu’en 1699, cette société ne subsista qu’en vertu d’une simple autorisation du roi. À cette époque, elle reçut une existence légale, et on lui donna un appartement au Louvre. Ces avantages furent confirmés par lettres-patentes de février 1713. L’Académie des Sciences comptait à cette époque parmi ses membres, Fontenelle, Tournefort, Mallebranche, Ozanam, Réaumur et plusieurs autres savants distingués. Elle s’était associé Boërhaave, Leibnitz, Maupertuis et les hommes les plus illustres de l’Europe. Dans les dernières années de son existence, son illustration ne s’était point affaiblie ; on citait parmi ses membres, Lalande, Daubenton, Portal, de Jussieu, Darcet, Buffon, Cassini, Monge, Berthollet, Fourcroy, Haüy, etc.

Académie royale de Peinture et de Sculpture. — Il fallait un complément aux corps savants et littéraires. Colbert voulut élever les arts au même rang. Une querelle survenue entre les peintres de cette époque fournit au ministre l’occasion de féconder sa pensée. Ces artistes étaient alors divisés en deux classes. On désignait ceux qui faisaient partie de la première par le nom de maîtres. Ceux de la seconde étaient appelés peintres sans maîtrise ou privilégiés. Lebrun, à la tête des peintres privilégiés, était parvenu, par la protection du chancelier Séguier, à former une société qu’il fit autoriser par un arrêt du conseil privé et confirmer par lettres-patentes. On avait accordé à ces artistes la galerie du collége de France. Colbert, qui venait de créer une école de peinture et de sculpture à Rome pour former des élèves entretenus par le roi, réunit bientôt cette dernière à la compagnie de Lebrun et fonda ainsi l’Académie royale de Peinture et de Sculpture qui occupa six grandes pièces du Louvre. Il lui adjoignit l’ancienne académie de Saint-Luc, et cette réunion éteignit l’ancienne querelle. L’Académie royale de Peinture et de Sculpture se maintint sans éprouver de changement jusqu’à l’époque de la révolution.

Académie royale d’Architecture. — Projetée en 1671 par Colbert, cette Académie se forma avec une simple autorisation jusqu’au mois de février 1717, époque où elle reçut une existence légale. L’Académie royale d’Architecture eut alors, comme l’Académie de Peinture et de Sculpture, ses écoles, ses prix et ses pensionnaires à Rome. Elle tenait aussi ses séances au Louvre et continua de former un corps séparé jusqu’à sa suppression.

Institut de France. — Au commencement de la révolution, les académies délaissées poursuivaient néanmoins leurs travaux. Dès 1791, leurs dépenses furent fixées provisoirement. Grégoire, en 1793, fit prononcer leur suppression et apposer les scellés sur le lieu de leurs séances. Une députation de l’Académie des Sciences, admise à la barre de la Convention, obtint pour elle et pour les autres Académies la faculté de continuer leurs travaux avec des règlements provisoires. La promulgation de la Constitution de l’an III porte, au titre 10 : « il y aura pour toute la République un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. » Un nouvel ordre de choses commandait la réorganisation des anciennes académies. C’est alors que fut arrêté le projet de l’Institut national, admirable conception qui, en réunissant par un lien commun les diverses parties des connaissances humaines, depuis l’observation matérielle jusqu’aux sublimes émanations du génie, les fortifiait, les attachait l’une à l’autre pour les porter au plus haut point de développement. La loi du 3 brumaire suivant, promulguée le 1er vendémiaire an IV (23 octobre 1795), sur l’instruction publique, donna, dans son titre 4, l’organisation de l’Institut. Il fut divisé en trois classes : la première, sciences physiques et mathématiques ; la seconde, sciences morales et politiques ; la troisième, littérature et beaux-arts. La première classe, qui comprenait l’ancienne Académie des Sciences, était composée de 60 membres et de 60 associés. La seconde, qui correspondait à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, comptait 36 membres et 36 associés. La troisième, qui réunissait l’Académie française et celles de Peinture, de Sculpture et d’Architecture, avait 48 membres et 48 associés. Les voyages à faire pour les progrès des sciences, les encouragements et les concours furent aussi soumis à des règles par cette loi. L’Institut tint ses premières séances au Louvre. En 1803, Bonaparte introduisit quelques changements dans cette organisation. Il divisa l’Institut en quatre classes, en séparant les beaux-arts, la littérature et l’histoire. Par décret impérial du 1er mai 1806, l’Institut fut transféré au collége Mazarin ; tous les gouvernements introduisirent ensuite leurs innovations dans cette société de savants et de littérateurs. En 1815, on lui conserva le nom d’Institut, mais on rendit aux quatre classes qui le composaient leurs anciennes dénominations. La première classe fut nommée Académie des Sciences ; la deuxième, Académie française ; la troisième, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et la quatrième, Académie de Peinture et Sculpture ; enfin, une ordonnance royale du 27 octobre 1833 rétablit l’ancienne Académie des Sciences morales et politiques, et l’Institut se trouva composé de cinq classes. Cet état de choses subsiste encore aujourd’hui.