Dictionnaire analytique d’économie politique/M

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche



◄  L N  ►


MACHINES. — On entend par ce mot, tous les instrumens qui facilitent le travail, qui l’abrègent, le perfectionnent et le rendent moins dispendieux.

Un exemple va rendre sensibles les avantages du travail des machines, et sa supériorité absolue sur le travail de l’homme.

Un propriétaire de terres qui a 75 hectares ou 150 arpens de terre à faire cultiver, peut employer à leur culture, trois sortes de machines, la bêche, la charrue à bœufs, et la charrue à chevaux ; et l’emploi de l’une ou de l’autre de ces machines, lui donnera des profits inégaux.

À la bêche, un ouvrier ne cultivera que deux hectares ou quatre arpens ; et par conséquent il faudra pour la culture des 150 arpens, environ trente-sept cultivateurs.

Chaque ouvrier et sa famille forment un ménage de cinq individus, et les trente-sept cultivateurs avec leur famille, composeront une population de cent quatre-vingt-cinq individus qui vivront des produits de cette culture.

La consommation de chacun de ces individus, ne peut pas être évaluée à moins de trois se tiers de grains, ce qui porte la consommation totale à 515 setiers.

Les produits de 150 arpens cultivés à la bêche, doivent s’élever à 6 setiers par arpens, et pour 150 arpens à 900 setiers.

En déduisant de ce produit, les frais 515 id.

Il restera pour les profits du capital et pour la rente de la terre 385 setiers.

La même culture avec la charrue à bœufs, emploiera trois cultivateurs, trois charrues et six bœufs.

Les trois ouvriers avec leurs familles de cinq individus chacune formeront quinze individus.

Leur dépense à raison dé trois setiers par individu sera de 45 setiers.

Et celles des trois chevaux et des six bœufs, absorbera à peu près la même quantité de grains 45 id.

Total 90 setiers.

Les produits de cette culture seront moins abondans que ceux de la culture à la bêche. Je ne les évaluerai qu’à 5 setiers par arpens, ce qui donné pour cent cinquante arpens, ci 750 setiers.

En déduisant les frais 90 id.

Il restera pour les profits du capital, et pour la rente de la terre 660 setiers.

Enfin la culture avec la charrue à chevaux emploiera un cultivateur, une charrue et trois chevaux.

L’ouvrier et sa famille, composeront un ménage de cinq individus.

Leur dépensé, à raison de trois setiers par individu, sera de 15 setiers. et la dépense de la charrue et de trois chevaux, sera d’environ 50 id.

Total 65

Les produits dé cette culture, seront à peu près les mêmes que ceux, de la charrue à bœuf, et par conséquent de 750 setiers.

En déduisant les frais 65 id..

Les bénéfices seront de 685

Ainsi, sur les trois machinés à cultiver la terre, celles qui remplacent le travail de l’homme, par le travail des animaux, sont les plus productives pour le capitaliste et pour le propriétaire, et celles qui substituent l’activité du cheval, à la lenteur du bœuf, offrent encore de plus grands bénéfices ; là, s’est arrêtée l’invention des machines en agriculture.

Mais dans les autres travaux, dans ceux qui sont nécessaires pour approprier les produits bruts à la consommation, et pour les faire arriver au consommateur, l’art des machines a été porté beaucoup plus loin, et l’on est parvenu à remplacer le travail de l’homme et celui des animaux, par des agens infiniment supérieurs en force, et qui ne coûtent que les frais de leur construction et de leur entretien. Certaines de ces machines, dans certains genres de travaux, décuplent la force du cheval et multiplient celle de l’homme, d’où il résulte que les produits du travail des machines sont plus abondans, et à meilleur marché que ceux-du travail de l’homme, isolé ou secondé par les animaux.

Cet aperçu de la puissance des machines, suffit pour donner une idée de leurs services et de sa part qu’elles ont, et doivent avoir à la prospérité publique et aux progrès de la richesse particulière et générale.

On a cependant mis en question leur utilité absolue, et on ne leur accorde qu’une utilité relative et subordonnée au seul cas où le travail de l’homme ne suffit pas aux besoins de la consommation. On croit que le travail des machines, qui rend inutile le travail des ouvriers, est inutile et plus nuisible que profitable.

Cette objection est très-spécieuse, et a fait illusion à des écrivains célèbres en économie politique, elle ne peut cependant résister aux plus simples réflexions.

Quoique le travail des machines rende inutile le travail de l’homme, il ne diminue pas les produits de ce travail ; il les augmente au contraire, et par conséquent, on a, après l’établissement des machines, les mêmes, et de plus grands moyens de travail qu’auparavant. La population laborieuse ne peut donc pas souffrir du travail des machines ; elle doit au contraire y trouver un grand avantage, puisqu’on a un plus grand besoin de son travail et de plus grands moyens de le payer, et l’on peut d’autant moins se passer de son travail, qu’il est le seul et l’unique moyen de tirer parti des produits du travail des machines.

Supposera-t-on qu’on ne pourra pas en faire un emploi actuel, et qu’un intervalle plus ou rupins long s’écoulera avant qu’on puisse ouvrir de nouveaux ateliers aux ouvriers sans travail ?

Eh bien, dans cette hypothèse même, il faudrait distribuer gratuitement aux ouvriers sans travail, les produits du travail des machines, car c’est le seul emploi qu’on en pourrait faire, et dans ce cas tout ce qui en résulterait, c’est que les ouvriers sans travail reflueraient dans les autres branches du travail, que les classes laborieuses travailleraient moins et auraient plus de temps pour s’instruire et se rendre capables de participer aux bienfaits de l’existence sociale.

Je dois cependant convenir que si on ne trouvait pas à employer les ouvriers laissés sans travail par les machines, on ne leur accorderait que le salaire le plus faible que l’humanité puisse offrir à la sympathie de la souffrance et du besoin. Cette classe vivrait ; mais ne se reproduirait pas, et, dans un temps donné, elle cesserait d’exister ; qu’arriverait-il alors ?

L’état s’affaiblirait-il en se dépeuplant ? rien de semblable n’aurait lieu, puisque le pays conserverait les mêmes produits. Comme l’a fort bien observé M. Malthus, la propagation de l’espèce humaine ne finit, ne s’arrête qu’avec la production qui doit la faire subsister ; et tant qu’il y a des moyens de subsistance, il naît des hommes pour les consommer. Tout ce qui résulterait de la disparition des classes qui vivaient des salaires de leur travail, c’est que les produits qu’elles consommaient le seraient par les classes qui vivent des profits du capital et de la rente de la terre ; il n’y aurait donc de changé, en remplacent le travail de l’homme par celui des machines, que l’espèce des consommateurs, et j’ose dire que ce changement serait avantageux sous tous les rapports au pays et à l’état.

La classe qui vit des profits du capital, et de la rente de la terre, n’a pas besoin de se livrer à un travail qui absorbe toutes ses facultés, elle cultive les sciences et les arts, fait faire des pror grès rapides à la civilisation, honore et illustre la société civile, est à la fois la force^ la gloire et l’ornement de son pays. Ce n’est que par la réduction des classes qui vivent de salaires, et par l’extension de celles qui vivent des profits du capital et de la rente de la terre, que les peuples modernes prospèrent, améliorent leur condition sociale, et accomplissent les nobles destinées de l’espèce humaine. On juge de cette progression par la proportion de la population des villes avec celle des campagnes. Plus l’une l’emporte sur l’autre, plus un pays est aisé, riche et puissant. Qu’est-ce donc qui donne aux villes la supériorité sur les campagnes, si ce n’est la multitude et la perfection de leurs machines que ne peuvent obtenir les campagnes.

Toute la question de l’utilité absolue ou relative des machines, se réduit donc à savoir s’il vaut mieux pour un pays conserver les classes qui vivent de salaires que de les réduire pour accroître celles qui vivent des profits du capital et de la rente de la terre : j’ose dire que la question réduite à ces termes n’est pas même susceptible d’un doute raisonnable, et que le travail des machines serait encore sous ce rapport le plus grand bienfait qu’un pays puisse ambitionner.

Mais cette hypothèse même est tout-à-fait imaginaire, et ne se réalise jamais. Il est moralement impossible que, dans un pays qui a des moyens de faire travailler, les ouvriers restent sans travail. Toute l’économie politique repose sur la base de l’accroissement du travail par l’accroissement du capital, et si cette base s’écroulait, toute la science s’écroulerait avec elle, il n’y apurait plus rien de certain en économie politique.

L’expérience est ici parfaitement d’accord avec la théorie.

À mesure que le travail des machines remplace le travail de l’homme et celui des animaux, que les produits sont plus abondans et à meilleur marché, ces produits, pour ainsi dire gratuits, alimentent d’autres travaux, font surgir de nouvelles sources de richesses, multiplient la population et développent une prospérité auparavant inconnue. L’Angleterre, qu’il faudra désormais citer en matière d’industrie, de commerce et de richesses, comme on citait autrefois les Romains dans la conduite de la guerre et de la politique, a vu doubler sa population dans l’espace de cinquante ans, phénomène qui exigeait autrefois la révolution de cinq siècles, et cependant il n’y a point de pays où les machines se soient plus multipliées qu’en Angleterre.

Sans doute on peut dire que si les machines ont servi si utilement la prospérité de l’Angleterre, c’est parce que son commerce extérieur a ouvert d’inépuisables débouchés à la consommation de ses produits ; et que, par conséquent, le travail exécuté par les machines, n’a fait que suppléer à l’insuffisance du travail de l’homme, seul cas où l’utilité des machines est universellement reconnue.

Je conviens qu’il en a été ainsi ; mais on ne peut méconnaître non plus que si le commerce a réussi à assurer des débouchés aux produits de l’Angleterre, c’est que le travail des machines en a tellement baissé le prix et a permis de le donner à si bon marché, qu’on peut dire que les machines se sont créé les consommateurs de leurs produits, ce que n’aurait jamais fait le travail de l’homme ; de sorte que l’honneur de la prospérité commerciale de l’Angleterre appartient au travail des machines, et tel sera son effet partout où l’on parviendra à l’introduire : c’est le plus puissant mobile de la richesse et de la civilisation des peuples modernes.

MAITRISES. (Voyez Corporations.)

MANUFACTURES. — On entend par ce mot le travail qui approprie les produits bruts à la consommation ; travail immense qui embrasse tout ce qui est nécessaire, utile et agréable à une nombreuse population nationale, et aux populations étrangères encore plus nombreuses.

Les économistes prétendent cependant que ce travail est stérile pour la richesse, parce qu’il n’ajoute rien à la masse du produit brut, dans lequel ils font consister toute la richesse ; parce qu’il se borne à lui donner la forme nécessaire à leur consommation, parce que la valeur, ajoutée aux produits par l’ouvrier, ne fait que compenser sa dépense pendant la confection de l’ouvrage ; mais ce système n’a plus de partisans depuis qu’on sait que la richesse se compose de valeurs ; que le travail le plus productif pour la richesse est celui qui a le plus de valeur ; que les produits et les services de tous les travaux ne se mesurent dans leur échange que par leur valeur réciproque, et que ceux qui n’ont aucune valeur, quoique de la nature de ceux qui sont les plus désirables, de ceux qui servent à la subsistance, ne contribuent en aucune manière à la composition de la richesse.

Ce qui rend surtout les manufactures productives de la richesse d’un pays, c’est qu’elles sont susceptibles d’une amélioration indéfinie, soit par l’accroissement des capitaux, soit par la division du travail, soit par l’établissement des machines ; c’est que la baisse des prix favorise la consommation, améliore la condition du consommateur, augmente l’aisance et le bien-être d’un pays. Sous ce seul rapport, les manufactures, sont une des sources les plus fécondes de la richesse des peuples et méritent toute leur, attention ; elles ont même des droits à leur sollicitude, quand elles approvisionnent les marchés de l’étranger et lui rapportent, en échange les trésors du monde entier. Plus les manufactures accumulent dans un pays les richesses : individuelles et sociales, plus ses produits m sont demandés et recherchés, plus elles prospèrent ; de sorte que si elles produisent la richesse, à son tour la richesse leur assure une prospérité indéfinie. Ce qu’il y a de certain, et ce qu’on a déjà fait remarquer, c’est que, dans le système économique des peuples modernes, il ne peut point y avoir de peuple riche et puissant, s’il ne possède de nombreuses manufactures pour son usage et pour, l’approvisionnement de l’étranger.

On ne peut donner une idée plus exacte de la puissance des manufactures qu’en reportant sa pensée sur la révolution qu’elles ont opérée dans les mœurs générales de l’Europe, dans son état social et dans son état politique.

Avant l’établissement des manufactures, les grands propriétaires n’avaient d’autres moyens de jouir de leur immense revenu, qu’ils percevaient en nature, que par une hospitalité sans bornes et par l’entretien d’une suite nombreuse de personnes dévouées à leur volonté, à leurs plaisirs et à leur service. Ces grands propriétaires, disséminés sur la surface d’un pays, toujours coalisés contre le pouvoir, le tenaient dans de continuelles alarmes, ou plutôt ils se le partageaient et l’exerçaient dans toute sa plénitude sur leurs tenans, leurs dépendans et leurs serviteurs. Sur cette base reposait le pouvoir des barons, dont on a fait si mal à propos une des ramifications du pouvoir féodal.

Ce pouvoir s’affaiblit graduellement et s’anéantit tout-à-fait à mesure que les manufactures étrangères et nationales offrirent aux barons des produits qui multiplièrent leurs jouissances, sans partage avec qui que ce soit, et pour leur satisfaction personnelle et celle de leur famille : tant il est vrai, dit Adam Smith, que tout pour soi et rien pour les autres semble avoir été dans tous les siècles la maxime des maîtres du genre humain.

La même passion pour les produits des manufactures, qui dépouilla les barons de leur pouvoir, les porta à l’aliénation de leurs propriétés, jusqu’alors bannies du commerce par les lois de primogéniture et de substitution perpétuelle.

D’un autre côté les produits du sol, échangés contre ceux des manufactures, créèrent une population laborieuse et industrieuse tout-à-fait indépendante des consommateurs de leurs produits.

Cette population nouvelle, en contact avec l’ancienne population par des rapports d’intérêts, exerça sûr elle toute l’influence du savoir, de l’industrie, de l’activité, des richesses et des lumières ; balança leur autorité, et concourut à les soumettre aux lois et à l’obéissance d’un pouvoir commun.

Ces résultats sont évidens, et l’on ne peut mesurer par la pensée l’intervalle immense qui sépare lé point de départ des manufactures du point où elles sont arrivées, sans être frappé d’étonnement et d’admiration à la vue de ce prodigieux phénomène. Ce qui ne doit pas paraitre moins étrange c’est que, malgré la métamorphose totale que les manufactures ont opérée dans l’état social et dans l’état politique de l’Europe, on se flatte d’empêcher sa consommation par de vaines terreurs, d’impuissantes combinaisons et d’inutiles regrets. Il n’y a d’autres moyens de se soustraire à leur empire qu’en renonçant à leurs jouissances : on n’oserait pas même envisager cette alternative.

MAXIMUM. — Ce mot ne doit trouver place ici que comme un monument de la sottise et de l’abus du pouvoir. Il exprime la fixation du prix des denrées de première nécessité à un taux qu’il n’est pas permis de dépasser, et que par cette raison, on appelle le maximum. Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur l’absurdité de cette fixation arbitraire du prix des denrées ; il suffit de faire remarquer qu’elle va directement contre son but.

Que se propose-t-on par l’établissement du maximum ? c’est d’assurer la subsistance du grand corps du peuple à un prix auquel il puisse atteindre on veut donc que le peuple puisse, dans des temps de disette, faire la même consommation des denrées de première nécessité, que dans les temps d’abondance ; mais si la même quantité de denrées n’existe pas dans un temps comme dans l’autre, il est physiquement impossible que la consommation soit la même.

Or, il est certain que la quantité des denrées n’est pas la même dans les temps de disette que dans les temps d’abondance. Si la différence est d’un tiers, de la moitié, des deux tiers, vouloir qu’on consomme comme si la quantité de denrées était la même, c’est vouloir l’absurde, c’est précipiter la famine sur toute la population, c’est la condamner toute entière à une mort certaine : tel serait en effet le résultat de tout maximum, si la nature des choses n’opposait au pouvoir une résistance insurmontable ; si l’art d’éluder les mauvaises lois ne faisait échouer les mesures prises pour leur exécution ; et malgré cet heureux désordre que de calamités ne produit pas la seule existence du maximum.

C’est, dit M. Malthus, une maxime de la police turque, qui a son fondement dans la faiblesse du gouvernement et la crainte des mouvemens populaires, de tenir le blé à bas prix dans toutes les villes considérables ; aussi, dans les mauvaises récoltes, tous ceux qui ont dû blé en leur possession, sont obligés de le vendre au prix fixé, et s’il n’y en a point dans le voisinage de ces villes, on met à contribution d’autres districts. Quand le blé manque à Constantinople, dix provinces sont affamés pour les approvisionner. À Damas, pendant la rareté de 1784, le peuple payait le pain un sou la livre, tandis que les paysans dans les villages mouraient de faim[1].

Ce n’est pas seulement à Constantinople, qu’on trouve de pareils exemples, il n’y a point à cet égard de différence entre Constantinople et les gouvernemens absolus. En France même, sous les prétendus gouvernemens constitutionnels, il est arrivé plus d’une fois de ne faire payer à Paris le prix du pain que trois ou quatre sous la livre, tandis que dans les provinces on le payait de six à dix et même douze sous.

Comment a-t-on été si long-temps à s’apercevoir que le moyen de se préserver de la famine, même dans les plus mauvaises récoltes, c’est de réduire la consommation dans des proportions relatives à l’approvisionnement. Or, c’est là ce qu’opère éminemment le prix des grains ; il s’élève à mesure que l’approvisionnement diminue, et force chaque consommateur à réduire sa ration proportionnellement à la masse des denrées. Par cette réduction volontaire, quoique nécessaire, les privations et les souffrances sont supportées par toute la population, et alors elles sont non-seulement tolérables, mais les moins dommageables pour un pays.

À ce moyen pris dans la nature des choses on doit ajouter rétablissement des entrepôts prés des grandes villes. Ils forment des greniers de réserve, qui ne coûtent rien à l’état, qui empêchent l’exagération des prix, qui rassurent contré d’inévitables accidens, et offrent aux peuples de salutaires ressources contre le plus terrible des événemens de la vie sociale.

Puissent ces démonstrations de la science économique, sur le point le plus délicat de l’ordre public et de l’humanité, prévenir le retour de ces époques déplorables rendues encore plus funestes et plus désastreuses par la barbarie et l’ignorance des gouvernemens.

MONNAIE. — C’est l’instrument des échanges. Sans la monnaie, tout échange serait sinon impossible, dû moins tellement difficile, qu’il ne pourrait avoir lieu que dans quelques cas particuliers et spéciaux, jamais il ne fut devenu d’un usage habituel.

Comment en effet celui qui veut faire l’échangé d’un bœuf contre du blé, du vin, du drap, des cuirs, etc, pourrait-il y parvenir s’il n’avait le pouvoir d’échanger son bœuf contre une valeur composée de parties qu’il peut ensuite donner en paiement des choses dont il a besoin, ou dont il désire la possession ?

Aussi trouve-t-on u*e valeur de cette nature employée dans les échanges de tous les peuples, même de ceux qui ont eu à peine quelques notions de la civilisation.

Dans les temps les plus reculés de l’antiquité le bétail servait de valeur d’échange ou de monnaie ; plus tard, on employa les métaux : le fer à Sparte, le cuivre à Rome, l’or et l’argent chez tous les peuples riches et commerçans.

Dans des temps plus rapprochés de nous, on trouve comme valeur, monétaire, le sel en Abyssinie ; une espèce d’écaillé, dans quelques parties des côtes de l’Inde ; la morue sèche à Terre-Neuve ; le tabac en Virginie ; le sucre dans quelques colonies occidentales, dans d’autres pays, les peaux et les cuirs préparés ; enfin, le cuivre, l’argent et l’or, partout où le commerce a porté son empire et ses lois.

D’abord on donnait une portion de cette monnaie matérielle en échange des autres produits matériels, et, par conséquent, l’échange était matériel et indépendant de toute fiction et de toute abstraction ; il n’est pas même impossible que dans cet échange on n’eût aucune idée de la monnaie ; mais deux inconvéniens graves entravaient l’emploi des métaux précieux dans les échanges.

Le premier résultait de la nécessité de les peser, ce qui n’était ni toujours facile, ni toujours sûr, et ce qui d’ailleurs devait entraîner une perte de temps considérable.

Le second inconvénient était dans la difficulté de connaître le degré de finesse de l’or et de l’argent, ce qu’on ne pouvait savoir que par l’essai, que peu de personnes étaient en état de faire.

On remédia à ces deux inconvéniens par la division du cuivre, de l’argent et de l’or en petite portions, dont le pouvoir social de chaque pays détermina le poids et la finesse par un terme spécial, et dés ce moment la monnaie, de privée qu’elle avait été jusqu’alors, devint publique ; mais, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’elle continua d’être un composé du métal et du timbre, deux objets distincts, mais nécessaires et indispensables à sa constitution.

De ce que cette distinction du timbre et du métal se perdit dans la dénomination commune de monnaie, des gouvernemens se persuadèrent qu’ils pouvaient, parleur timbre, donner au métal monétaire une valeur arbitraire. Si cette persuasion était sincère, il faut convenir qu’elle était bien aveugle. Si, ce qui est plus vraisemblable, c’était une déception, c’était la plus odieuse ; car elle portait atteinte à la foi publique, atteinte qu’on ne justifiait même pas en la faisant considérer comme un impôt. Cette ressource n’était pas d’ailleurs bien étendue, et ne pouvait être que momentanée, puisque le gouvernement était forcé de recevoir en paiement de ce qui lui était dû par ses sujets la monnaie altérée qu’il leur avait donnée en paiement de ce qu’il leur devait. De sorte que la fraude monétaire au lieu d’être un pur gain pour le gouvernement, n’était qu’un emprunt forcé dont le sujet se remboursait par ses mains, soit en donnant la monnaie pour sa valeur nominale, soit en élevant les produits de son travail dans la proportion de la valeur nominale de la monnaie à sa valeur métallique ; mais cette lutte du gouvernement contre le sujet, et du sujet contre le gouvernement, n’en était pas moins désastreuse pour les transactions sociales. L’altération des monnaies y portait le trouble et le désordre, et les transformait en des chances contraires à leur nature. Aussi excita-telle de continuelles clameurs, et souvent des résistances dangereuses.

À présent de pareils désordres ne sont pas à craindre ; le gouvernement et les peuples sont trop éclairés pour s’exposer à leurs funestes résultats, et l’on peut se féliciter de ce que les transactions sociales jouissent à cet égard de toutes les garanties désirables.

Mais d’autres erreurs compliquent le système monétaire.

On prétend, et cette opinion n’est pas encore abandonnée, que la monnaie est la mesure des valeurs, c’est-à-dire qu’elle détermine la valeur vénale de tout objet mis en vente. Mais comment cela pourrait-il être ?

Pour qu’une chose soit la mesure d’une autre, il faut qu’elle en ait les qualités, et que leurs qualités puissent se rapprocher et se combiner entre elles. Ce qui mesure le poids doit peser, ce qui mesure l’étendue doit être étendue, sans cela toute mesure du poids et de l’étendu est illusoire et idéale. Par la même raison, la monnaie ne peut mesurer la valeur des choses que par sa propre valeur ; et comme l’échange détermine sa valeur, la monnaie n’est pas plus la mesure de la valeur des choses, que cette valeur n’est sa mesure. Toutes les valeurs vénales n’ont d’autre mesure ni d’autre régulateur que le marché, et les lois invariables de l’offre et de la demande.

Si la monnaie n’est pas la mesure de la valeur vénale des produits du travail, elle en est encore moins le signe et la représentation, comme on l’a avancé dans tant de livres d’économie politique, qui ne sont pas d’ailleurs sans mérite.

Qu’est-ce donc que la monnaie ? C’est un produit du travail préférera tout autre, que tout le monde reçoit en échange de ce qu’il ne peut ou ne veut pas consommer, et dont on ne se défait que quand on ne peut plus le garder. Cela est si vrai, qu’avec de la monnaie on est assuré de se procurer tout ce dont on a besoin, tandis qu’avec tout autre produit, quelque précieux qu’il soit, on n’est pas certain d’en obtenir l’échange contre la monnaie. Cette différence de la monnaie et des autres produits est si grande, que, dans tous les pays soumis au régime arbitraire, elle a sur le travail une influence que n’ont pas les autres produits. On travaille pour de l’or et de l’argent, et l’on ne travaillerait pas pour d’autres produits dont on n’a pas un besoin actuel ou prochain.

Quelle est donc la cause de la préférence qu’obtient partout la monnaie d’or et d’argent sur tout autre produit, sans aucune exception ?

Ce n’est pas seulement, comme on le dit généralement, parce qu’elle réunit l’assentiment du monde commerçant, c’est encore, et surtout parce qu’elle a des qualités que les autres n’ont pas, et que les qualités qui lui sont particulières sont d’un prix infini.

L’or et l’argent sont moins périssables que les autres produits du travail, et plus facilement divisés et réunis ; leur garde est moins dispendieuse. On peut les soustraire plus facilement aux déprédations du pouvoir. Enfin, leur valeur est moins variable.

Toutes ces qualités inhérentes à l’or et à l’argent sont plus que suffisantes pour expliquer et motiver la préférence que le monde commerçant leur accorde sur les autres produits du travail, qui sont dans le commerce ; mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est que ces causés de prédilection sont sans effet sur le rang qu’ils occupent dans l’opinion du commerce. Il reste donc à savoir pourquoi le cuivré ne vaut pas l’argent, et l’argent l’or. Ce n’est pas parce que la quantité qu’on en extrait dés mines est différente ; mais parce que la quantité qu’on en porte au marché diffère. De sorte que la loi du marché, l’offre et la demande sont encore la mesure de la valeur respective de ces divers métaux.

La monnaie qui exprime cette différence doit être d’une exactitude rigoureuse, autrement il en résulterait des pertes considérables pour le pays. On serait exactement dans la même position où l’on est dans celui qui a une monnaie forte et une monnaie faible. Comme la monnaie forte est fondue, et que la monnaie faible reste seule dans la circulation, de même, si la proportion de l’or et de l’argent n’était pas bien fixée, si l’argent était évalué trop haut et l’or trop bas, l’or sortirait de la circulation, et l’argent seul ferait les fonctions de monnaie, ce qui jetterait le désordre dans les échanges et dans toutes les transactions sociales.

La même rectitude n’est pas nécessaire pour la monnaie de cuivre, parce qu’elle ne sert qu’aux appoints et à quelques opérations du commerce en détail, parce que son usage est très-borné, et ses résultats de peu d’importance.

La difficulté de fixer les rapports de l’or et de l’argent, de les préserver de la variation de leur prix vénal, et, par conséquent, de soustraire à la fonte celui dont la valeur monétaire est inférieure à sa valeur vénale, a fait naître l’opinion qu’un droit de monnayage préviendrait ce grave inconvénient. Cette opinion est fondée ; mais n’est-elle pas balancée et même réfutée par dès considérations d’un ordre plus élevé, et sans contredit, plus décisif ?

Il est certain que lorsque les monnaies d’an pays sont surchargées d’un droit de monnayage, elles ne peuvent plus circuler à l’étranger, ou elles n’y circulent que pour leur valeur métallique, et, par conséquent, le pays perd une valeur monétaire, perte dont l’étranger profite en renvoyant la monnaie dans le pays qui l’a mise en circulation. Cette considération me parait devoir l’emporter sur celle du danger de la fonte des monnaies, dans le cas où elle peut se faire avec profit. Aussi les peuples les plus versés dans la science du commerce, se sont-ils bien donnés de garde de grever leurs monnaies d’un droit dé monnayage, cet exemple me parait décisif et concluant contre la théorie.

Un autre inconvénient de la monnaie est que, malgré son altération par l’usure et par la rognure du métal, elle circule pour toute sa valeur monétaire, ce, qui, égale la mauvaise à la bonne, et autorise à croire que sa valeur métallique n’est pas essentielle à sa constitution, cette opinion me paraît dénuée de fondement.

Il est bien vrai que lorsque l’altération ne s’étend que sur une petite partie de la monnaie d’un pays, on ne distingue pas la mauvaise de la bonne ; l’une et l’autre ont le même cours. Mais cette assimilation n’est point l’effet du consentement des parties intéressées ; elle ne résulte que de leur ignorance. Si l’on savait discerner la mauvaise monnaie de la bonne t et s’il était permis de la refuser, il n’y a point de doute qu’elle serait exclue de la circulation ; l’on en a une preuve irrécusable lorsque l’altération de la monnaie est assez générale pour décréditer la monnaie : alors le prix des objets d’échange baisse non-seulement dans la proportion de la détérioration de la monnaie ; preuve certaine qu’on n’est pas indifférent sur l’altération de la monnaie, et que si elle n’influe pas d’abord sur la circulation, ce n’est que par l’effet de l’ignorance ou de l’impuissance des échangistes. Le principe de l’égalité de la valeur métallique et de la valeur monétaire dans la monnaie, ne reçoit donc aucune atteinte de son altération.

On a cependant hasardé récemment la doctrine que ce n’est pas de sa valeur métallique, mais de sa valeur monétaire que la monnaie tire son pouvoir d’échange, d’où l’on a conclu que la valeur métallique est tout-à-fait inutile à la monnaie, et que le besoin qu’on en a pour les échanges suffit pour assurer sa circulation.

Cette doctrine est évidemment subversive du système monétaire ; mais sur quoi repose-t-elle ? sur ce que l’altération de la monnaie n’empêche pas sa circulation ; on sait maintenant à quoi s’en tenir sur ce point ; j’ajouterai que cet argument est entièrement vicieux, et suppose que, parce qu’on échange des produits du travail contre une monnaie qui perd un tiers ou un quart de sa valeur, l’échange aurait toujours lieu quand la monnaie n’aurait aucune valeur ; mais c’est là ce qu’en bonne logique on appelle conclure du moins au plus, ce qui est absurde.

Ce n’est pas là le seul vice de cette argumentation, il en est un plus grand et d’une plus haute importance, c’est que dans le cas où la monnaie n’a point de valeur métallique, il n’y a pas d’échange libre et volontaire. Jamais on ne détermine un être raisonnable à donner quelque chose pour rien ; quand cela arrive, l’échange est forcé, et alors il est aussi nuisible qu’il est profitable, quand il est volontaire. Autant l’un encourage la production, l’industrie et le commerce, autant l’autre les décourage, les entrave et les paralyse ; autant l’un favorise les progrès de la richesse particulière et générale, autant l’autre la compromet et l’expose à, un péril imminent. Tel est l’effet nécessaire et invariable de toute monnaie qui n’est pas métallique, et qui, comme le papier-monnaie, n’a en elle-même aucune valeur. (Voyez Papier-monnaie.)

MONOPOLE. — On entend par ce mot le privilège exclusif d’exploiter quelques branches du travail, de l’industrie et du commerce intérieur et extérieur.

Dans les temps d’ignorance, ces sortes de privilèges étaient regardés comme l’apanage du pouvoir, et une des sources fécondes de son trésor. Ainsi, on abandonnait, moyennant une rétribution aux maîtrises et corporations, le privilège exclusif du travail, le premier devoir comme la première ressource de l’homme, et il n’était permis de travailler qu’en payant un tribut au pouvoir et à ^association à laquelle on l’obligeait de s’aggréger.

Ainsi, plusieurs industries, désignées sous la dénomination dé professions civiles, étaient assujetties à la condition d’un brevet du pouvoir, et l’on rangeait dans cette catégorie le privilège de l’enseignement ; ce qu’on faisait à cet égard dans les temps d’ignorance, on le lit encore dans les siècles de lumières.

Ainsi, le privilège exclusif d’acheter et de vendre quelques espèces de produits du travail dans le marché intérieur était concédé soit à des individus, soit à des compagnies, moyennant des rétributions plus ou moins considérables.

Ainsi, le privilège exclusif des importations et des exportations était le partage de plusieurs compagnies spéciales. On avait une compagnie pour le commerce du Nord, une pour le commerce d’Afrique, une pour le commerce des Indes, une pour le commerce des Indes-Occidentales.

On étendit la méthode du privilège exclusif jusqu’au commerce de la métropole avec ses colonies, et à celui de peuple à peuple.

De sorte que, sans exagération, on peut dire que le privilège du travail, de l’industrie et du commerce, était la loi générale de l’administration publique, et la concurrence une simple exception.

Quels étaient donc les effets de ce système sur la prospérité publique et particulière ? On ne le savait pas alors ; mais, depuis que l’économie politique a fait quelques progrès, on a été forcé de reconnaître que le monopole entrave l’industrie d’un pays et lui oppose des obstacles insurmontables.

L’effet naturel et nécessaire de tout monopole est sans contredit d’élever le prix des produits et du travail au taux que le consommateur peut le payer, but toujours désiré et toujours atteint, puisque le monopole peut tenir l’approvisionnement au-dessous des besoins de la consommation.

Non-seulement le monopole met à contribution le consommateur en élevant le prix des consommations au-delà de leur valeur vénale, mais il exerce le même abus sur le salaire du travail et sur la rente de la terre. Comme il fait seul travailler et seul approvisionne l’ouvrier de matières premières, il est le maître de régler le salaire et la rente de la terre au taux qui lui convient, et pat conséquent au taux le plus bas auquel on peut les payer.

Par cette oppression du consommateur, de l’ouvrier et du propriétaire du sol, le monopole éteint toute activité, toute industrie, toute prospérité, toute richesse.

D’un autre côté la grandeur des profits du capital, dans les emplois du monopole, attire dans ces emplois une plus grande masse de capitaux que ceux qui leur auraient été nécessaires s’ils avaient été abandonnés à une libre concurrence. Le monopole dérange donc la distribution naturelle des capitaux ; et il en emploie davantage où ils sont le moins profitables au pays, et moins où ils lui seraient le plus utiles.

Le monopole arrête donc la production par l’élévation du prix des produits, par le mauvais emploi du capital, par le découragement de l’ouvrier et la spoliation du propriétaire du sol.

Tels sont sans contredit les résultats du monopole en théorie ; mais, comme il arrive souvent, les calamités qu’elle signale pour les détourner ne se réalisent pas toujours dans la pratique.

Il est certain que le monopole dés maîtrises et corporations ne livre pas à leur merci le consommateur, l’ouvrier et le propriétaire du sol. Chaque maître fait concurrence à l’autre, chacun cherche son intérêt particulier sans égard à celui de l’autre, et, si la concurrence, entre des intéressés à ne pas se nuire, n’est pas aussi efficace que celle qui résulte de la liberté des concurrens, au moins est-il certain que ce monopole est moins malfaisant que ne le comporte sa nature.

Il en est à peu près de même du monopole des métropoles sur leurs colonies. Ce monopole est tellement dénaturé quand il est exercé par toutes les villes d’un pays et par tous les commerçans de ces villes, qu’il semble qu’on peut le regarder comme à peu près nominal. Ou ne peut pas méconnaître cependant que la métropole vend plus cher à ses colonies, et achète d’elles à meilleur marché qu’elle ne le ferait si elle avait des concurrens dans la vente de ses produits et dans l’achat de ceux des colons ; cet avantage de la métropole tourne donc au détriment des colonies ; mais les pertes des colonies peuvent-elles être jamais un profit pour les métropoles ?

Le monopole de l’industrie qu’exercent les professions civiles est d’une nature différente de celui de tous les autres monopoles. La plupart de ces professions veillent à la sûreté, au repos, à la sécurité et à l’industrie du peuple, et il ne serait pas sans danger de les abandonner à une concurrence illimitée et sans aucune garantie de la moralité et de la capacité de ceux qui les exercent.

Quant au monopole des compagnies de commerce, il faut distinguer celles dont le privilège est limité à un pays peu connu, exposé à des chances dangereuses, que de simples particuliers ne voudraient pas courir, ou contre lesquelles ils ne pourraient pas lutter sans une ruine certaine. Ces sortes de privilèges sont de la même nature que ceux qu’on accorde à ceux qui font des découvertes utiles, qui inventent des machines ou publient des ouvrages d’art, de science et de littérature. De tels privilèges sont toujours utiles à un pays et ne peuvent jamais lui être nuisibles : on ne peut donc pas les confondre avec le monopole ordinaire.

Il n’y a de monopole tout-à-fait désastreux et inexcusable que celui dont jouissent des compagnies et des particuliers, dont l’objet est dé leur assurer, aux dépens du producteur et du consommateur, des bénéfices qui sont de véritables impôts, et qu’on ne peut justifier que par l’abus du pouvoir.

Ces sortes de monopoles font à un pays tout le mal que nous avons déjà signalé ; mais il devient chaque jour moins redoutable. Les gouvernemens sont maintenant trop instruits pour se permettre de semblables abus ; ils savent qu’il est de leur intérêt particulier, non-seulement de ne pas mettre des entraves à l’industrie générale du pays, mais qu’il leur convient spécialement de l’environner de toute la protection dont elle a besoin, parce que de l’industrie découlent les richesses particulières et générales, et des richesses le moyen de subvenir aux besoins de l’état. On peut donc s’en rapporter aveuglément à l’intérêt des gouvernemens pour préserver les peuples des calamités du monopole ; j’ai la conviction qu’on peut ne l’envisager désormais que comme un vain épouvantail de la théorie, mais qu’il faut le tenir toujours en évidence, sinon comme un préservatif, du moins comme un monument des dangers de l’ignorance et des abus du pouvoir.


  1. Essai sur le principe de pop., liv. 1, ch. x.
◄  L N  ►