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Dictionnaire classique de l’antiquité sacrée et profane

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Dictionnaire classique de l’antiquité sacrée et profane
1841



Editions et sources[modifier]

Dictionnaire classique de l'antiquité sacrée et profane[modifier]

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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

DE L’ANTIQUITÉ

SACRÉE ET PROFANE,

L’EXPLICATION DE TOUS LES NOMS MYTHOLOGIQUES, HISTORIQUES, GÉOGRAPHIQUES,

AINSI QUE DES NOMS D’USAGES, DIGNITÉS, ETC.,

QUE L’ON RENCONTRE DANS LA LECTURE DES ÉCRIVAINS GRECS, ROMAINS ET HÉBREUX ;

De Tables Chronologiques, des Fastes consulaires de la série des Archontes et des Empereurs ;

ET SUIVI

DE TABLEAUX SYNOPTIQUES DES POIDS, MONNAIES ET MESURES DE TOUTE ESPÈCE,

DE LA SÉRIE DES CHIFFRES ET DES CALENDRIERS DES ANCIENS ;

PAR M. N. BOUILLET,

Ex-professeur de philosophie au collège de Sainte-Barbe, proviseur du collège Bourbon.

TOME PREMIER.

A— L.

QUATRIÈME ÉDITION

Ouvrage adopté par le Conseil royal de l’Instruction publique.

PARIS,

A LA LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE

DE BELIN-MANDAR,

RUE CHRISTINE, 5

1841

Cet ouvrage étant ma propriété, tout exemplaire non revêtu de ma griffe sera réputé contrefait.

SAINT-CLOUD. – IMPRIMERIE DE BELIN-MANDAR.

PRÉFACE de 1825[modifier]

Depuis longtemps les professeurs et les élèves des collèges avaient senti le besoin d’un ouvrage qui contînt des notions abrégées sur la Mythologie, l’Histoire, la Géographie et les usages de l’Antiquité, Le grand Dictionnaire de Sabbathier de Châlons (Dictionnaire pour l’intelligence des auteurs classiques grecs et latins, tant sacrés que profanes, contenant la Géographie, l’Histoire, la Fable et les Antiquités, en 3 vol., Paris, 1766 — 1790) ne remplit qu’imparfaitement cet objet. Outre que son laborieux auteur n’a pas eu le temps de l’achever, on y trouve à la fois des articles qui n’appartiennent nullement à un travail de ce genre, et des lacunes considérables, surtout dans l’histoire des temps postérieurs à Constantin et dans l’exposition des systèmes philosophiques. De plus, l’excessive étendue des articles et le grand nombre de volumes dont cet ouvrage se compose empêchent qu’on puisse le mettre entre les mains des jeunes gens.

Dès le temps même où ce Dictionnaire parût, un autre Sabatier, de Castres, sentit et releva tous les défauts de cette volumineuse compilation, rectifia d’importantes erreurs, et publia (Paris, 1784 et suiv., 8 vol.), en concurrence arec Sabbathier de Châlons, un ouvrage du même genre, qu’il intitula les Siècles payens. Mais ce Dictionnaire est encore trop volumineux pour être d’un usage commode, et d’ailleurs l’auteur, s’étant proposé pour but principal, comme l’indique le titre même qu’il a choisi, d’opposer les erreurs du paganisme à la religion chrétienne, traite presque exclusivement de la Mythologie, et de ce qui s’y rattache ; il nomme à peine les personnages historiques ; encore ne les mentionne-t-il que jusqu’au siècle d’Auguste.

Quelques années auparavant (1776), M. Furgault avait publié un petit Dictionnaire Géographique, Historique et Mythologique, qui aurait suffi pour les classes et aurait rendu toute autre publication du même genre inutile, si l’auteur avait réuni à ce travail les usages, dont il fit un Dictionnaire à part ; les poids, monnaies, mesures, etc., qu’il ne mentionne nulle part, et s’il eût joint à l’Histoire et à la Géographie des Grecs et des Romains celle des Hébreux, qui, même à ne les considérer que sous le rapport historique, jouent un rôle assez important pour que l’on ait souvent besoin de chercher sur eux des éclaircissemens.

Dict. de l’Ant. I.

VI PRÉFACE

Enfin Lemprière, en Angleterre, entreprit d’abréger et de fondre ces ouvrages en un Dictionnaire portatif, sous le titre de Dictionnaire classique, contenant l’explication de tous les noms propres que l’on trouve dans les auteurs anciens, etc. ; et cet ouvrage a été traduit en français par M. Christophe. Mais on peut encore reprocher à l’ouvrage de Lemprière des lacunes nombreuses, surtout pour toute la partie archéologique, l’absence presque perpétuelle de dates précises, l’insuffisance des indications géographiques, la légèreté avec laquelle sont exposées les théories philosophiques qu’ont enseignées les écoles les plus importantes. L’on y cherche vainement, comme dans Furgault et dans Sabatier de Castres, l’Histoire et la Géographie sacrée ; tout ce qui, dans le grand Dictionnaire de Sabbathier de Châlons, avait rapport aux Hébreux a été supprimé. On est surtout choqué partout d’un désordre tel que, dans les articles où un même nom a désigné un grand nombre de lieux ou de personnages, les recherches deviennent très-difficiles. Tel qu’il est cependant, ce dictionnaire a obtenu un très-grand succès en Angleterre ; il en a été fait en peu d’années plusieurs éditions ; celle que nous avons eue sous les yeux est la 11e (1820).

Les ouvrages que nous venons de nommer n’étant point entièrement propres à satisfaire les besoins de ceux qui étudient l’Antiquité, il était nécessaire de refaire un Dictionnaire classique propre à atteindre ce but. Nous avons entrepris ce travail, consultant moins en cela nos forces que le désir de faire quelque chose d’utile. Le Dictionnaire que nous offrons n’est point une réimpression d’un des ouvrages publiés précédemment ; ce n’est point non plus une nouvelle édition augmentée et corrigée ; c’est un ouvrage presque entièrement neuf, fait sur un plan analogue à celui de Lemprière, mais cependant plus vaste, plus complet, distribué dans un ordre plus lumineux, et dans lequel nous nous sommes attachés à remédier à tous les défauts qui nous avaient choqués dans l’ouvrage anglais.

Nous ne nous arrêterons pas à démontrer l’utilité des dictionnaires soit historiques, soit géographiques, etc., dont la nécessité n’est nullement contestée ; nous ne ferons pas sentir combien il est avantageux de trouver dans un seul ouvrage la solution des difficultés qui se trouvent sans cesse réunies dans les livres qu’on lit le plus ordinairement, et combien les articles mythologiques, historiques et géographiques, ainsi placés à côté l’un de l’antre, s’éclairent mutuellement.

Nous nous bornerons à rendre un compte rapide du but que nous nous sommes proposé, des sources où nous avons puisé, de l’ordre que nous avons établi entre les différentes parties qui entraient dans l’ouvrage, enfin de la manière dont nous avons exécuté ce travail. Ces explications rendront l’usage de notre Dictionnaire plus facile, et justifieront en même temps quelques innovations.

I. Notre premier soin devait être de bien déterminer notre but, de

PRÉFACE. VII

bien fixer les limites dans lesquelles nous devions nous renfermer, afin d’éviter l’arbitraire qui a présidé au choix des articles dans plusieurs des ouvrages de ce genre.

Nous avons eu pour but de lever toutes les difficultés que l’on peut rencontrer dans la lecture des auteurs anciens et des ouvrages sur l’antiquité, en expliquant tout ce qui est relatif à la Mythologie, à l’Histoire, tant littéraire que politique, à la Géographie, à l’Archéologie, dans les livres des Juifs, des Grecs et des Romains. Sous le nom d’Archéologie, nous réunissons tout ce qui appartient aux usages, aux institutions, aux dignités et fonctions ; aux poids, mesures, monnaies ; à la manière de compter les annéess, les mois, les jours, etc.

Nous ne nous sommes pas bornés à expliquer les noms qui se trouvent dans les ouvrages rigoureusement classiques, c’est-à-dire qui précèdent le siècle d’Auguste ; nous avons voulu que ce Dictionnaire pût réellement servir pour l’étude de l’Antiquité entière, pour la connaissance complète des Juifs, des Grecs et des Romains, et nous avons prolongé l’ouvrage, pour ce qui concerne les Juifs, jusqu’à leur dispersion définitive sous Adrien (136 de J. C.) ; pour les Grecs, jusqu’à la chute de l’empire romain dont ils suivirent les destinées ; pour l’empire romain lui-même, en Occident, jusqu’à la prise de Rome sous Angustule (476), et en Orient, jusqu’au règne d’Héraclius et à l’apparition de Mahomet (622), époque après laquelle le monde change entièrement de face, et où rien ne nous rappelle plus les souvenirs de la Grèce ni de Rome. Nous n’avons fait d’exception à cette règle que pour quelques écrvains grecs dont les noms sont cités quelquefois à côté des noms classiques, et qu’il était impossible d’en séparer ; tels sont Eustathe, le commentateur d’Homère, Planude, l’historien d’Esope et le traducteur des Métamorphoses d’Ovide, Zonaras, auteur d’Annales souvent citées, Photius, qui rédigea une Bibliothèque choisie, ou recueil d’extraits d’écrivains anciens, et auquel nous devons la conservation d’une infinité de passages précieux, Suidas, auteur d’un Lexique cité souvent, les auteurs de l’Histoire Bizantine, etc.

Ce n’est point seulement l’histoire que nous avons conduite jusqu’aux époques que nous venons de préciser ; nous avons également suivi pendant tout ce temps les révolutions de la géographie et des usages ; nous avons fait connaître les divisions que subit chaque pays aux diverses époques ; nous avons, par exemple, nommé et décrit les villes fondées par Constantin, Julien, Justinien, etc. Nans avons aussi fait connaître les nouvelles charges instituées sous l’empire, les titres honorifiques créés par les empereurs, etc.

Dans chacune des quatre branches qu’embrasse notre travail, nous nous sommes proposé simplement de donner les notions suffisantes pour l’explication de la difficulté du moment, renvoyant pour de plus amples explications aux différens articles qui se rattachent à l’article principal que l’on

VIII PRÉFACE.

consulte actuellement. Nous avons voulu être aussi élémentaire et aussi précis que possible ; nous n’avons présenté que ce qui était incontestable, évitant des discussions qui auraient été peu à la portée des élèves, et laissant à des études ultérieures la connaissance des hypothèses plus on moins probables des savans.

II. Pour exécuter le plan que nous nous étions tracé, beaucoup de secours s’offraient à nous : nous n’en avons dédaigné aucun. Les trois Dictionnaires ci-dessus mentionnés ont été la base de notre travail ; de sorte qu’on peut le considérer à la fois comme un abrégé des deux Sabatier, une nouvelle traduction et un développement de Lemprière. Outre ces trois ouvrages, nous avons eu constamment sous les yeux un grand nombre d’écrits spéciaux sur chacune des branches de notre travail. Nous nommerons les principaux, autant pour les faire connaître aux personnes qui désirent approfondir l’étude de l’Antiquité, que pour justifier les opinions que nous avons adoptées sur certains points, et pour permettre au lecteur de juger du degré de confiance que l’on peut accorder aux notions que nous avons réunies. Ces ouvrages sont, pour la Fable, le Dictionnaire de toutes les Mythologies, par M. Noël ; le Dictionnaire Mythologique de Millin ; l’Histoire de la Grèce dans les temps héroïques, par M. Clavier ; — pour l’Archéologie, les Dictionnaires d’Antiquités de Montchablon et de Furganlt ; les Antiquités romaines d’Adam ; les Antiquités grecques de Robinson ; le Voyage du jeune Anacharsis ; le Voyage de Polyclète, par H. de Théis ; — pour l’Histoire, le grand Dictionnaire Historique de Chaudon et Delandine, en 20 volumes ; le Dictionnaire de Ladvocat, en 5 volumes (édit. 1821) ; les Tables chronologiques de J. Blair, et celles de Lenglet Dufrénoy ; le Manuel d’Histoire ancienne de Heeren (F. Didot, 1823) ; la Biographie classique d’Adam (en anglais), petit dictionnaire historique précieux par l’abondance et l’exactitude des citation) ; — pour l’Histoire littéraire, l’Histoire de la littérature grecque et celle de la Littérature romaine par Schœll ; pour les Philosophes, l’Histoire de la philosophie de Brucker, celle de M. Degérando, et le 1er vol. de celle de Buhle ; — pour la Géographie historique, la Géographie de Danville, la Géographie ancienne et historique, composée d’après les cartes de Danville, par L. B. D. M. ; l’Abrégé de Géographie ancienne, donné par M. Barbié du Bocage dans son édition de Pinkerton ; la Géographie de Gibrat (4 vol. in-12) ; le Dictionnaire géographique de MM. Dufau et Guadet ; l’Atlas du Voyage d’Anacharsis, et la belle Carte de la Grèce, publiée par M. Barbié du Bocage (1811) ; l’Atlas de M. Brué. Enfin le grand Dictionnaire de la Bible de Calmet, les Abrégés qu’en ont faits MM. Chompré et Petitot, nous ont guidés dans la partie qui concerne les Hébreux, et nous avons revu la géographie de la Palestine avec le secours d’une carte particulière que M. Brué a bien voulu nous communiquer, quoiqu’elle ne fît pas partie de son Atlas.

PRÉFACE. IX

De plus, nous avons fréquemment remonté aux sources mêmes; ainsi, par exemple, avons-nous presque perpétuellement consulté la Bible, Homère, Tite-Live, Cicéron, Virgile, Horace, Pausanias, etc. Les index de ces auteurs (principalement la Clef de Cicéron d’Ernesti) nous ont été d’un grand secours : il ne s’agissait plus que d’en reproduire la plus grande partie pour avoir un ouvrage complet sur les hommes et les choses dont les auteurs mêmes font mention, et c’est ce que nous avons fait avec soin ; enfin il n’est presque aucun article important qui ne soit l’extrait de quelques mémoires particuliers ou même de quelque grand ouvrage sur la matière en question ; ainsi la première partie de l’article Colonie est l’abrégé du Mémoire de M. Raoul Rochette sur les Colonies grecques. Ainsi l’article des Ptolémées contient la substance de l’ouvrage de M. Champollion-Figeac sur la Chronologie des rois Lagides ; les tables des poids, monnaies, etc., sont le résultat des recherches de M. Letronne, publiées dans son Mémoire sur l’évaluation des monnaies anciennes, et dans ses Eclaircissemens sur l’histoire de Rollin (1825), et de celles de Wurm, dans l’excellent ouvrage intitulé : de Mensuris, ponderibus, nummis, etc., Grœcorum et Romanorum (Stuttgard, 1820) ; l’article Rome est un extrait de l’ouvrage de M. Schoell, intitulé : Description de Rome.

III. Il était à craindre qu’une si grande abondance de matériaux n’engendrât la confusion et que leur accumulation dans un seul ouvrage ne s’opposât aux recherches au lieu de les faciliter. Nous avons mis tous nos soins à les disposer dans un ordre simple, clair et facile à saisir.

1°. Les quatre parties distinctes qui sont rassemblées dans l’ouvrage : la Mythologie, l’Histoire, la Géographie et les Antiquités on l’Archéologie, ont été partout séparées l’une de l’autre. Quand un même nom désigne à la fois des personnages mythologiques, historiques, des lieux et des usages, on trouve ensemble tout ce qui a rapport à la Mythologie ou à l’Histoire, etc. Le nom de l’article est répété autant de fois qu’il y a de séries nouvelles, mais en plus petits caractères, et il est suivi chaque fois de ces abréviations : myth., hist., géog., archéol., qui indiquent à quel sujet appartient l’article et qui permettent de s’adresser sur-le-champ à la série dont on a besoin.

2°. Quand le même nom désigne plusieurs personnes on plusieurs lieux, chaque article commence à la ligne et est marqué d’un chiffre ; par là l’article cherché se présente plus facilement à l’œil, et d’ailleurs nous pouvons plus aisément y renvoyer dans le courant du Dictionnaire. Cette méthode de numérotation, recommandée et suivie par M. Letronne dans son petit Traité de Géographie, a été adoptée avec succès par plusieurs professeurs dans leurs livres élémentaires. —Si, après avoir figuré dans la série mythologique, le

X PRÉFACE.

nom passe dans la série historique, de celle-ci dans la Géographie, etc., la numérotation recommence dans chaque section.

3°. Si les individus homonymes forment une série trop nombreuse, on la subdivise en plusieurs sections secondaires ; ainsi à l’article historique Antiochus, nous avons formé des divers personnages de ce nom quatre groupes, savoir : 1° les rois de Syrie ; 2° les rois de Comagène ; 3° les capitaines, magistrats, etc. ; 4° les hommes de lettres, artistes, etc. De même à l’article géographique Héraclès, la foule des villes qui portaient ce nom nous a obligés d’établir la subdivision suivante : 1° villes de Grèce ; 2° villes d’Asie et de Scythie ; 3° villes d’Afrique ; 4° villes d’Italie. Une subdivision analogue a eu lieu dans le courant des articles qui nécessitent beaucoup de détails. Ainsi l’article Sénat se compose de trois paragraphes : 1° institution, composition, élection, fonctions et insignes des sénateurs ; 2° forme des délibérations et des décisions ; 3° pouvoir du sénat à diverses époques. Dans les articles des philosophes importans, d’Aristote, de Platon, etc., nous avons donné d’abord leur biographie, puis séparément l’exposé succint de leur système, ce qui permet à chacun de n’étudier que la partie qui est à sa convenance.

Enfin nous avons suivi un ordre invariable pour la disposition des nombreux articles désignés par un même nom. Dans un dictionnaire, la marche la plus naturelle eût été peut-être de suivre l’ordre alphabétique que pouvaient offrir les surnoms ou les prénoms, et ainsi, par exemple, de placer les Ptolémées dans l’ordre suivant : Ptolémée Alexandre, Aulète, Évergète, Philadelphe, Philométor, Philopator, Soter, etc. ; mais il est rare que l’on connaisse ainsi une série de surnoms ou de prénoms ; et alors, quand cette ressource viendrait à manquer, on se verrait forcé de placer les noms pêle-mêle et indistinctement. Nous avons préféré suivre l’ordre chronologique. Cette méthode peut s’appliquer partout, et a l’avantage de présenter, dans les cas où plusieurs rois du même nom ont occupé successivement le trône, où plusieurs personnages d’une même famille ont joué un grand rôle (tels sont les Scipions), l’histoire complète et méthodique d’une dynastie on d’une famille entière ; elle jette, même dans les autres cas, plus de jour sur la place qu’occupent dans le temps les personnages historiques de même nom, en montrant à l’œil même avant et après qui ils ont vécu, et en apprenant à les bien distinguer les uns des autres. Ainsi Archias, archonte éponyme d’Athènes (419 av. J. C.), se trouve avant Archias, polémarque de Thèbes, en 378, etc.

Cette règle, aisée à appliquer dans une même série historique, à été appliquée autant que possible dans la disposition des diverses séries elles-mêmes. Ainsi, dans notre Dictionnaire, les articles mythologiques se présentent avant ceux d’Histoire, parce que la Mythologie, surtout celle des

PRÉFACE . XI

divinités secondaires et de l’époque héroïque, n’est pour ainsi dire qu’une histoire plus ancienne et défigurée par des fables. Après l’Histoire vient la Géographie ; en effet les noms des villes et des contrées ont presque tous été tirés du nom des princes qui les ont gouvernées ou des hommes qui en ont jeté les fondemens. Enfin l’Archéologie occupe la quatrième place, parce que les lois, les usages, etc., ayant été créés par les hommes, ne doivent naturellement paraître qu’après eux.

IV. Ayant ainsi à l’avance déterminé notre but, rassemblé les matériaux. et tracé le plan dans lequel ils devaient entrer, il ne fallait pour l’exécuter que du temps, du discernement, et un travail opiniâtre.

Comme il est très-difficile dans l’élude de l’Antiquité, où les noms des moindres lieux, des moindres personnages, ont été illustrés et consacrés par de grands écrivains, de prononcer que tel ou tel nom est inutile, nous avons été extrêmement avares d’exclusions ; souvent nous avons été dans chaque partie plus complets que les dictionnaires spéciaux qui nous servaient de base. Peut-être même blâmera-t-on le soin scrupuleux avec lequel nous nous sommes attachés à faire figurer dans l’ouvrage tous les hommes, tous les lieux, toutes les institutions sur lesquelles les auteurs anciens nous ont transmis quelques détails. Mais, en insérant des noms de personnages ou de lieux très-peu importans par eux-mêmes, nous avons eu l’intention de donner les moyens de retrouver les passages des écrivains qui les mentionnent, et nous avons eu soin de les accompagner de citations. Aussi peut-on regarder ce Dictionnaire comme un répertoire complet de l’Antiquité, comme une collection de tous les Index.

Dans la rédaction, nous avons eu pour but principal de faire disparaître le vague qui trop souvent règne dans les articles du Dictionnaire de Lemprière. Pour l’Histoire, nous avons, à chaque fait important, donné la date entre parenthèses ; nous avons soigneusement rapporté ou du moins rappelé tous les traits historiques dont le souvenir se rattache aux noms des personnages ; nous n’avons jamais laissé subsister ces désignations vagues ; général, écrivain, archonte, etc. ; mais nous avons fait de nombreuses recherches pour préciser les explications des noms de ces personnages et découvrir leur pays, leur époque, leurs actions ou leurs ouvrages ; nous nous sommes appliqués à faire saisir, quoique par une analyse succincte, le fond des systèmes philosophiques qui ont divisé les grandes écoles de l’Antiquité. On sent que jamais nous ne nous sommes arrêtés à approfondir les détails de ces théories, et encore moins à les discuter. Un simple exposé des faits et des opinions, telle était la seule méthode convenable à un dictionnaire spécialement destiné à la jeunesse des collèges. Pour l’Histoire littéraire, nous avons cité les traductions et les éditions les plus récentes et les plus estimées, de manière que notre Dictionnaire peut dis-

XII PRÉFACE.

penser même d’un dictionnaire bibliographique, du moins pour les écrivains anciens.

Pour la Géographie, nous avons précisé les positions en disant à quel empire, quelle province, quelle subdivision de la province, appartiennent les villes, les montagnes, les fleuves, etc. Au lieu de déterminer les positions par les degrés de longitude et de latitude, ce qui est difficilement compris des jeunes gens, et ce qui d’ailleurs n’était pas la méthode des anciens, nous avons indiqué les distances par rapport aux villes, fleuves, montagnes voisines. Nous avons mis en italique à côté de chaque nom géographique ancien le nom moderne correspondant, autant du moins que le permet l’état des connaissances sur la géographie comparée. Mais nous n’avons pris cette précaution que pour les noms qui étaient l’objet de l’article, et nous n’avons pas inséré le nom moderne de tontes les villes que nous avions occasion de nommer dans le courant de l’article géographique, ce qui aurait entraîné des répétitions innombrables.

Dans les divers articles d’Histoire, de Mythologie, de Géographie et d’Archéologie, on a donné l’étymologie des noms toutes les fois qu’elle pouvait servir à les expliquer ; mais il eût été ridicule de s’attacher à donner l’étymologie des noms qui n’ont rien de commun avec le caractère des personnes qui les portaient, de dire par exemple que Philippe veut dire qui aime les chevaux, Philotaüs, qui aime le peuple, etc.

Enfin nous avons vérifié et rectifié les citations, autant du moins que le temps nous l’a permis et quand nous avons eu les livres à notre disposition. Nous n’osons cependant nous flatter que notre Dictionnaire ne laisse rien à désirer sous ce rapport ; nous avons souvent été obligés d’adopter de confiance des citations que nous ne pouvions vérifier ; ce n’est qu’avec le temps et par des corrections successives que nous atteindrons sur ce point la perfection à laquelle nous aspirons. Il ne faudrait pas cependant condamner trop légèrement certaines citations qui ne se rapporteraient pas exactement aux livres que l’on consulterait. La diversité des éditions que l’on a publiées des auteurs les plus célèbres, la différence des divisions établies par chaque éditeur dans les livres et les chapitres d’un traité, ou dans les chants d’un poème, dans la disposition des poésies, le nombre des vers, ou même leur coupe et leur mesure, les retranchemens opérés par les uns, les additions conservées par les autres, sont autant de causes qui empêchent que les citations puissent s’accorder avec tous les livres et diriger également tout le monde.

Pour rendre ce Dictionnaire aussi utile que possible, il ne restait qu’à y joindre des tableaux synoptiques qui rassemblassent sous un seul coup d’œil les notions éparses dans le Dictionnaire, et qui n’y sont distribuée que dans l’ordre fortuit des lettres de l’alphabet. C’est ce que nous avons fait

PRÉFACE. XIII

pour l’Histoire, au moyen des Tables Chronologiques, des Listes d’Archontes, de Consuls, d’Empereurs, que nous avons placés en tête du premier volume ; pour l’Archéologie, au moyen des tableaux des mesures poids, monnaies, chiffres et des calendriers que nous avons mis à la fin du second. Les tables Chronologiques ont été divisées par siècles, et chaque siècle a été désigné par un nom tiré des principaux événemens qui l’ont signalé. Les évaluations des poids, etc., ont été calculées avec le plus grand soin sur les bases fournies par les ouvrages de MM. Letronne et Wurm, pour les Grecs et les Romains ; par Paucton pour les Juifs, les Egyptiens et les Asiatiques, et ces bases ont été indiquées en tête de chaque Table. Ceux des articles géographiques où nous traitons des principales parties du monde connu des anciens peuvent servir comme de tableaux synoptiques pour la Géographie, par le soin avec lequel nous avons rapporté toutes les divisions et subdivisions.

En nous efforçant de réunir dans un seul ouvrage tant de notions, nous espérons avoir comblé une grande lacune dans l’enseignement et nous croyons avoir fait une chose utile à la fois pour les élèves des collèges et des institutions, pour les professeurs mêmes, ainsi que pour les gens du monde qui ne veulent point perdre le fruit de leurs études ou qui veulent les pousser plus avant. Pour l’élève, c’est un livre qui suffit aux besoins actuels de la mémoire et de son intelligence ; pour l’homme instruit, c’est une table de matières qui le dirige dans ses recherches. Aussi aurions-nous pu adopter l’épigraphe que Laharpe a mise en tête de son Cours de Littérature : Indocti discant et ament meminisse periti.

Une entreprise aussi considérable et aussi pénible n’aurait pu être exécutée que très-lentement par les efforts d’un seul auteur. Aussi, quoiqu’il y ait plus de trois ans que ce travail est entrepris et que j’y aie consacré tous les loisirs que me laissent les fonctions de l’enseignement, je n’ai pas tardé à sentir le besoin de m’entourer de collaborateurs. Plusieurs de mes collègues m’ont été du plus grand secours en m’indiquant des sources où j’ai abondamment puisé, ou en me donnant des éclaircissemens sur quelques faits obscurs. Quelques-uns de mes amis ont bien voulu se charger d’une partie du travail. C’est surtout à M. Parisot, ancien élève de l’École Normale, répétiteur près le Collège Henri IV, que j’ai eu les plus grandes obligations ; son érudition vaste et sûre, son assiduité infatigable m’ont été du plus grand secours. M. Defrenne, ancien professeur au collège de Moulins, nous a aussi aidés de son travail dans plusieurs parties ; nous regrettons vivement que sa santé ne lui ait point permis de nous prêter plus souvent et plus long-temps son utile coopération.

En faisant un travail du genre de celui-ci, qui n’exige que du temps et de la patience, et qui ne peut avoir de mérite que celui de l’ordre et

XIV PRÉFACE.

de l’exactitude, je n’ai d’autre désir que celui de faciliter les progrès des études, et je me trouverai amplement récompensé si MM. Les professeurs attachent assez d’importance à cet ouvrage pour vouloir bien s’y associer en quelque sorte en m’adressant leurs observations sur les articles qui pourraient encore y manquer, ainsi que sur les faits ou citations à rectifier. Je m’empresserai de profiter de leurs conseils et de leurs lumières.

Paris, le 1er septembre 1825.