Dictionnaire de Trévoux, 1771/Épiphanie

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Épiphanie
1771



ÉPIPHANIE. Épiphania. Ville ancienne de Syrie sur l’Oronte. Épiphanie étoit entre Antioche, qu’elle avoit au nord, & Damas au midi, à 80 milles de l’une & de l’autre, à 18 de Larisse, & à 70 de Séleucie. Il y avoir encore une autre Éphiphanie en Cilicie, une troisième en Bithynie, & une quatrième proche du Tigre.

Épiphanie, s. f. Ou Fête des Rois. Épiphania. Fête double de la première classe, & qu’on célèbre avec Octave le 6e de Janvier, en l’honneur de l’apparition de Jesus-Christ aux trois Rois qui le vinrent adorer, & qui lui apportèrent des présens. La Fête que l’Eglise célèbre aujourd’hui en l’honneur de l’Adoration des Mages, en sa première institution parmi les Grecs, avoit pour objet la naissance de Jesus-Christ, qu’ils nommoient Théophanie, & Épiphanie, c’est-à-dire, Apparition & manifestation de Dieu ; & ils la solennisoient le 6e jour de Janvier, auquel ils croyoient que le fils de Dieu étoit né. God. Le Pape Jule, qui fut sur le trône de S. Pierre depuis 337. jusqu’en 352. est le premier qui ait appris à distinguer les Fêtes de la Nativité & de l’Épiphanie, & qui en ait réglé le jour. Papebroch, Paral. ad Conat. p. 23. Act. SS. Maii, T. VII.

Cette Fête s’appelle aussi chez les Grecs Théophanie, & la Fête des lumières, soit à cause du baptême qu’on nommoit illumination, soit parce que les Chrétiens portoient ce jour-là des cierges allumés, comme nous faisons aujourd’hui le jour de la Chandeleur. Voyez Gretferus dans ses Notes sur Cedrenus, C. 3. & Baronius à l’année 31e de J. C.

Les Ethiopiens & les Copres célébrent aussi l’Épiphanie avec beaucoup de solennité l’onzième de Janvier, qui est le 6e chez nous, auquel ils croient par une ancienne Tradition, que J. C. fut baptisé. Consultez Ludolf dans son Histoire d’Ethiopie, L. III. C. 6. n. 54. & dans son Commentaire sur cet endroit. Ammien Marcellin parle de cette Fête dans son XXXIe Liv. C. 2. & marque qu’elle se célébroit au mois de Janvier. Henri Valois, dans ses Notes sur cet endroit d’Ammien, prétend que ce que cet Historien appelle Épiphanie, est la Fête de la Nativité. Voy. sur le mot Épiphanie, Casaubon, Exercit. II. in Baron. Sect. XI. & le Thesaurus Ecclesiastic. de Suicerus au mot Ἐπιφάνεια.

Ce mot signifie en Grec apparition ; & à cause de l’étoile qui apparut aux Mages, ce nom a été donné à cette Fête. S. Jérôme & S. Chrysostôme disent que ce fut le jour du baptême de Jesus-Christ, auquel temps il a été connu des hommes par cette voix céleste, Hic est filius meus dilectus in quo mihi complacui. C’est aussi le jour que Jesus-Christ fit son premier miracle. Plusieurs Auteurs disent qu’il y a eu diverses Eglises qui célébroient ce jour-là la Fête de Noël, qui étoit nommée Épiphanie, ou apparition du Seigneur, parce que c’est le jour auquel Notre Seigneur a commencé à paroître lue la terre. En effet, le mot Grec Épiphanie ne signifie pas dans les anciens Pères Grecs l’apparition de l’étoile aux Mages, mais l’apparition de Notre Seigneur dans le monde. C’est en ce sens-là que S. Paul s’est servi de ce mot Épiphania dans sa II. Epître à Thimothée, chap. i. v. 10. Les Arméniens célèbrent encore aujourd’hui en un même jour la Fête de la Naissance de Notre Seigneur, & celle de l’Épiphanie, selon l’ancien usage de l’Eglise. Quelques Missionnaires Latins, qui n’ont considéré que les coutumes reçues dans leurs Eglises, ont fait là-dessus un procès mal-fondé aux Arméniens, parce qu’ils n’ont pas su que l'Épiphanie dans sa première origine, est proprement la naissance de Notre Seigneur. Les Ecrivains Payens se sont servis de ce même mot Épiphania, pour exprimer l’apparition de leurs Dieux en terre & les Chrétiens ont aussi employé cette expression pour marquer en général l’apparition de Dieu.