Dictionnaire de Trévoux/1re édition, 1704/Tome 1/011-020

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Fascicules du tome 1

Dictionnaire de Trévoux, 1704
Tome 1, pages 011 à 020

pages 021 à 030


Wetstein, Professeur à Bâle, en Langue Grecque, a opposé aux paradoxes de Hennin une sçavante Dissertation, où il fait voir que les accens qui sont dans les Livres Grecs, soit imprimés, soit manuscrits, ont une bien plus grande antiquité. Il avoue que ces accens n’ont pas toujours été marqués de la même manière que les Anciens, & il en apporte en même temps la raison. Comme la prononciation de la Langue Grecque n’a pas été la même chez tous les peuples, il n’est pas étonnant que les Doriens les aient marqués d’une manière, & les Æoliens d’une autre. De même, ajoûte-t-il, un même peuple a prononcé différemment sa Langue en différens temps. Cette Dissertation, qui est pleine d’érudition, a été imprimée à Bâle en 1686, sous le titre de Dissertatio epistolica de accentuum Græcorum antiquitate & usu, à la fin de ses Discours apologétiques pour la véritable prononciation de la Langue Grecque.

Il n’est pas possible de fixer exactement le temps auquel les Grecs ont marqué les accens dans leurs Livres. Mais on peut assurer que Hennin & Isaac Vossius ont un peu outré cette matière. Wetstein a aussi trop étendu quelques-unes de ses preuves. De plus, on doit demeurer d’accord que les accens ne sont point marqués dans les Livres Grecs qui ont mille ans d’antiquité. Mais il ne s’ensuit pas de là que ces accens ne fussent point encore dans ce temps-là en usage chez les Grecs. Cela prouve seulement, que la plûpart des Copistes les ont négligés ; & c’est ce qui fait qu’il est très-rare de trouver d’anciens Manuscrits où ils soient marqués. C’est la remarque que M. Simon, qui a lu un grand nombre de Manuscrits Grecs, a faite dans son Histoire critique du Nouveau Testament, où il dit : l’Exemplaire Grec & Latin de Cambridge, qui contient les quatre Evangélistes & les Actes des Apôtres, & qui est au moins ancien de mille ans, n’a aucuns accens. L’Exemplaire Grec & Latin des Epîtres de S. Paul qui est dans la Bibliothèque du Roi, & qui n’est pas moins ancien que celui de Cambridge, a à la vérité des accens ; mais il paroît qu’ils y ont été ajoutés après coup, parce qu’ils ne sont point de la même main que l’écriture de tout le Livre. Georges Syncelle, ajoute M. Simon, fait mention d’un Exemplaire Grec de la Bible, qui étoit écrit avec une grande exactitude, où l’on avoit mis les points & les accens. Syncelle dit que cet Exemplaire lui étoit venu de la Bibliothèque de Césarée en Cappadoce, & qu’on voyoit par l’inscription qui étoit au-devant du Livre, qu’il avoit été copié sur un Exemplaire qui avoit été corrigé par le grand S. Basile.

Hennin ne paroit pas exact, quand il assûre que les accens sont une invention des Arabes, qui fut perfectionnée par Alchalil vers le temps de la mort de Mahomet ; que les Massorettes de Tibériade, au milieu du sixième siècle adopterent cette invention, & que celui qui perfectionna les accens, fut le Rabbin Juda ben David Chiug, natif de Fez, dans l’onzième siècle. Il se peut faire à la vérité, que les Juifs aient emprunté leurs points voyelles des Arabes ; mais comment auroient-ils pris de ces mêmes Arabes leurs accens, puisque la Langue arabe n’a aucuns accens, ni dans la prose, ni dans les vers ? La poësie est très-ancienne chez les Arabes, & long-temps avant Alchalil Eben Ahmed, qui l’a seulement réduite en art, marquant les mesures des vers que nous appelons en Latin pedes, les pieds. C’est— ce que Samuël Clarck a fort bien expliqué dans son Livre intitulé, De Prosodiâ arabicâ.

A l’égard des Juifs, on peut croire que les Massorettes de Tibériade ont ajouté les accens au texte Hébreu de toute la Bible. Ceux qui disent que le Rabb. Juda de Fez perfectionna les accens, n’ont avancé cela que parce qu’ils ont crû que ce Rabbin a été le premier Grammairien des Juifs. Mais ils se trompent ; car Rabb. Saadias Gaon, qui vivoit long-temps avant Juda Chiug, a composé une Grammaire hébraïque. On trouve dans l’Histoire Critique de l’Ancien Testament, Chap. 30, un Catalogue des Grammairiens Juifs, à la tête desquels est ce Rabb. Saadias. M. mon dit en ce lieu-là : Après que les Juifs de Tibériade eurent ajouté les points voyelles & les accens au texte de la Bible, les Docteurs des autres Ecoles commencerent à les imiter. Ils mirent ces points & ces accens dans leurs exemplaires, que les particuliers décrivirent ensuite.


Les accens des Hébreux ont quelque chose de commun avec les accens des Grecs & des Latins, & ils ont en même temps quelque chose de particulier, & qui ne se trouve que dans la Langue hébraïque. Ce qu’ils ont de commun, c’est qu’ils marquent les tons, quand il faut élever, ou abaisser la voix sur certaines syllabes. Quand un Juif habile lit le texte Hébreu de la Bible, il chante plutôt qu’il ne lit, parce qu’il le prononce selon les tons qui sont marqués par les accens. Pour ce qui est particulier à cette langue à l’égard des accens, c’est qu’ils y font la même chose que les points & les virgules dans le Latin, dans le Grec, & dans le François, ils distinguent les sections, les périodes, & les membres des périodes.

Les Poëtes & les amoureux se servent quelquefois du mot d’accens au plurier, pour signifier la voix, ou les cris. Les accens plaintifs. Les derniers accens. Il expliqua sa passion par ces tristes accens. Pousser des accents funèbres.

ACCENTUER. v. a. Marquer les syllabes avec des accens, pour avertir comment il les faut prononcer. Syllabæ accentum apponere. Cet é est accentué, il le faut prononcer plus fortement.

ACCEZPTABLE. adj. masc. & fem. Ce qu’on ne peut raisonnablement refuser. Accipiendus, quod potest accipi. Ces offres, ces propositions sont accèptables, & ne doivent point être rejettées. Cela est du style simple.

ACCEPTANT, ante. adj. Terme de Pratique. Celui qui accèpte, qui agrée ce qu’on fait en sa faveur. Dans tous les Contrats on dit, qu’un acquéreur, ou donataire, est présent & accèptant. Dans les cessions à un absent, le Notaire prend qualité d’accèptant pour le cessionnaire.

ACCEPTATION. s. f. Consentement de celui qui accèpte, action par laquelle on reçoit volontairement, on agrée ce qui est proposé, offert. Acceptio. L’accèptation d’une donnation est nécessaire pour sa validité : c’est une formalité essentielle. L’accèptation est le concours de la volonté du donataire, qui donne la perfection à l’acte ; sans quoi le donateur peut révoquer son don. Si le porteur d’une lettre de change n’en fait point faire l’accèptation dans un certain temps, il n’a plus de garantie sur le tireur. Savary.

En matière bénéficiale, l’accèptation doit être faite au temps même de la résignation, & non ex intervallo. L’accèptation est réputée faite par un Gradué, nommé, quand il a demandé à l’ordinaire qu’il lui confère le Bénéfice. Bouchel.

ACCEPTER. v. act. Recevoir, agréer le don qu’on nous a fait, ou la charge qu’on nous impose. Accipere. Il a accèpté une charge difficile à remplir. La loi est censée accepter pour les mineurs, & elle supplée à leur intention dans les choses favorables. Courtin. Accepter un leg, une donation, une cession. Accepter un combat sur un deffi. Accèpter la paix, les conditions d’un traitté. Il faut remarquer que ce mot est moins étendu que recevoir ou agréer, & qu’il suppose quelque traitté ou négociation. On le dit pourtant quelquefois lorsqu’il ne s’agit point d’affaires : Les Juges ne doivent accepter aucuns présens des Parties ; pour dire simplement, Recevoir.

Elle venoit, Seigneur, fuyant votre courroux,
A la face des Dieux l’accèpter pour époux.

Racin.

On dit aussi, Accepter une lettre de change, pour en empêcher le protest, lorsqu’on la souscrit, & qu’on promet de la payer.

On dit aussi au Palais, Accepter les offres de sa partie. Les offres qui ne sont point acceptées sont sujettes à révocation.

ACCEPTILATION. s. f. Terme de Jurisprudence Romaine. Quittance qu’on donne sans recevoir de l’argent ; déclaration qu’on fait en faveur de son débiteur, qu’on ne lui veut plus rien demander, qu’on a été satisfait d’une dette, ou qu’on la lui quitte ; qu’on la lui remet. On trouve dans le droit une certaine forme prescrite pour l’acceptilation. Ulpien a cependant décidé que l’acceptilation n’est point aux paroles ; & qu’étant de droit naturel que chacun remette ce qui lui est dû, en la manière qu’il lui plaît, elle ne dépend point des formalitez.

ACCEPTION. s. f. Considération qu’on a pour quelqu’un plutôt que pour un autre.


Respectus, discrimen, delectus. Les bons Juges ne font aucune acception des personnes. On s’est servi autrefois aussi en ce sens du mot d’acceptation ; mais acceptation est plus propre pour les affaires, & acception pour les personnes.

Acception. Terme de Grammaire. Sens dans lequel on prend un mot. Significatio, notio, intellectus. Ce mot a plusieurs acceptions. Dans sa première & plus naturelle acception, il signifie, &c.

ACCE’S, s. m. Abord, entrée ; facilité d’approcher de quelque personne, ou de quelque chose. Aditus. Heureux celui qui a accès auprès du Roi. Cèt homme cherche quelque accès dans cette maison, quelque connoissance qui lui en facilite l’entrée. C’est un homme dans l’esprit duquel il est impossible de trouver aucun accès. S. Evr. L’accès de cette côte est difficile à cause des rochers.

Accès, se dit aussi en Médecine des retours périodiques de certaines maladies, qui laissent quelques bons intervalles. Accèssio, accèssus. Il a eu un accès de fièvre, de goutte. Il lui prend quelquefois un accès de folie.

ACCESSIBLE. adj. m. & f. Ce qui peut être approché. Ad quem facilis est aditus. On le dit des lieux & des personnes. L’humeur farouche de ce Juge fait qu’il n’est accessible qu’à peu de gens. Il étoit accèssible à toute heure & à tout le monde. Le Gend. Cette place n’est accessible que par un seul endroit.

ACCESSION. s. f. Terme de pratique. L’action d’aller dans un lieu. Accessio. Le Juge a ordonné une accession de lieu, pour dresser procès verbal de l’état des choses. Il signifie aussi l’union d’une chose à une autre que l’on possédoit déjà ; en ce cas c’est la même chose qu’accroissement:s’approprier un fonds par droit d’accession. Le droit explique diverses sortes d’accessions, en vertu desquelles une chose jointe à une autre accroît au profit du propriétaire de la chose à laquelle l’autre a été unie. La pourpre par voie d’accession appartient au maître du drap avec lequel elle a été confondue par la teinture. Inst. P. 2, T. i.

ACCESSIT, Terme de College. Récompense qu’on donne aux écoliers qui ont composé presqu’aussi-bien que celui qui a emporté le prix. Un tel a eu le premier prix des vers, & un tel le premier accessit ; c’est-à-dire, qu’il est celui qui a approché le plus près.

ACCESSOIRE, s. m. Dépendance du principal, suite de quelque chose qui est plus considérable. Accessio. Les depens, qui ne sont qu’un accessoire, montent souvent plus haut que le principal. L’accèssoire doit céder au principal. Persée fut le principal acteur de la guerre, & Gentius n’en étoit que comme l’accèssoire. Ablanc. La caution dans le contract est un accessoire qui fortifie le contract.

ACCESSOIRE, se prend figurément pour un état fâcheux. Status acerbus. Il étoit dans un étrange accessoire. Acad. Fr. On ne s’en sert plus en ce sens.

Accessoire, pris comme adjectif, se dit de ce qui n’est point de l’essence d’une chose, mais que l’on y joint comme un accompagnement. Adscitus, adventitius.

Accessoire, en matière de Pharmacie, veut dire un changement qui arrive au médicament par des causes extérieures, & qui augmente, ou qui diminue sa vertu.

ACCIDENT, s. m. Terme de Philosophie, propriété accidentelle, ce qui survient à la substance, & qui ne lui est pas essentiel; qui peut y être, ou n’y être pas, sans qu’elle périsse. Accidens. Un accident, ou un mode, c’est ce que nous concevons nécessairement dépendant de quelque substance. Roh. La blancheur est un accident dans une muraille, parce que cette muraille peut subsister sans la blancheur : au lieu que la blancheur ne peut subsister sans qu’elle soit soutenüe par quelque substance. Les Cartésiens disent que l’extension constitue l’essence de la matière, & que les accidens ne sont que des modifications, qui n’en sont point distinctes réellement. Ces sentimens sont rejettés par les Théologiens, comme contraires à ce que la Foi nous enseigne touchant l’Eucharistie.

Accident, Evènement fortuit, hasard, coup de fortune. Casus. Malheur imprévu. Casus adversus. Il y a des gens à qui la faveur arrive comme un accident, ils en sont surpris les premiers. La Bruy.

Accident, signifie aussi les circonstances, & les incidens d’une action : Quand Sapho veut exprimer les fureurs de l’Amour, elle ramasse de tous côtez les accidens qui suivent, & qui accompagnent cette passion : & remarquez que de tous ces accidens, elle choisit ceux qui marquent davantage l’excès & la violence de l’amour. Boil. C’est par un heureux accident que cet homme a été garanti du naufrage. Quand il est mis seul, & sans adjectif qui en détermine le sens, il se prend presque toujours en mauvaise part. Il arrive quelquefois des accidens d’où il faut être un peu fou pour se bien tirer. Rochef. C’est dans les hôpitaux que se rassemblent toutes les infirmités, & tous les accidens de la vie humaine. Flech. Je suis fâché de l’accident qui vous est arrivé : cela s’entend de quelque avanture désagréable.

Quand on se brûle au feu que soi-même on attise,
Ce n’est point accident, mais c’est une sottise. Regnier.

Accident, en termes de Médecine, est la même chose que symptome, & se dit de tout ce qui arrive de nouveau à un malade, soit en bien, ou en mal. Symptoma. Le remède travailla de telle sorte, que les accidens qui s’ensuivirent fortifierent l’accusation. Vaug. Cette plaie se pourra guérir, s’il ne lui arrive point d’accident ; c’est-à-dire, de fièvre, d’inflammation, ou d’autres symptômes.

Par Accident, manière de parler adverbiale. Fortuitò. Elle marque une chose arrivée par malheur, ou un évènement qu’on ne devoit pas naturellement attendre. Le Prince a l’humeur bienfaisante, & s’il fait du mal, ce n’est que par accident.

Accidentel, elle. adj. Qui n’est pas de l’essence d’une chose, ce qui est indifférent à un sujet. Adventitius. La blancheur est accidentelle au marbre, la chaleur au fer.

Accidentellement. adv. Par accident. Ce n’est qu’accidentellement qu’un homme est blanc ou noir, grand ou petit. On ne s’en sert guère qu’en termes de Philosophie.

ACCISE. s. f. Terme de Relation. C’est une certaine taxe, ou impôt qu’on leve dans les Provinces-Unies sur le vin, la bière, & sur la plûpart des choses qui se consument. On condamne à de grosses amendes ceux qui fraudent les accises.

AcCLAMATION, s. f. Clameur, bruit confus, cri de joie, par lequel le public témoigne de l’applaudissement, de l’estime, ou son approbation par quelque chose. Acclamatio. Le Roi entra dans la ville parmi les applaudissemens & les acclamations du peuple. Ablanc. Les soldats ne purent retenir les pleurs, ni les acclamations par lesquelles une multitude exprime ses mouvemens. Vaug. Anciennement on se servoit d’acclamation & d’applaudissement dans les églises, comme dans les théâtres : les Magistrats, les Evêques, étoient élus autrefois par les suffrages, & les acclamations publiques. Ce répondant soutint ses Theses avec de grandes aclamations.

AcCLAMPER. v. act. Terme de Marine. C’est fortifier un mât par des clamps, qui sont des pièces de bois qu’on y lie, qu’on y attache pour opposer plus de résistance au vent.

AcCOINTANCE. s. f. Vieux mot. Habitude, commerce, ou familiarité qu’on a avec une personne. Commercium, consuetudo. Il ne faut avoir aucune accointance avec des gens de mauvaise vie.

Le bel esprit au siècle de Marot,
Des grands Seigneurs vous donnoit l’accointance.

Des Houl.

AcCOINTER. v. act. Vieux mot, & hors d’usage qui signifioit, Hanter quelqu’un, faire société avec lui. Habere commercium, inire consuetudinem. Il s’est accointé de cette fille, pour dire, il la voit un peu trop familièrement.

AcCOISER, v. act. Vieux mot, qui signifioit, Adoucir, appaiser. Placare, mulcere. La tempête après avoir duré six heures, s’accoisa un peu. La sédition fut accoisée par l’adresse d’un tel Magistrat.

AcCOLLADE, ou Accolade. s. f. Embrassement, caresse qu’on fait en sautant au cou de quelqu’un en l’embrassant. Amplexus, complexus.


Les amis qui ont été long-temps sans se voir, se font mille embrassades & accollades.

Accolade, se dit aussi de l’embrassade, & d’une cérémonie dont on use quand on fait un Chevalier, lequel on embrasse en signe d’amitié ; & en ce cas on dit, donner l’accolade aux Chevaliers. Grégoire de Tours rapporte que les Rois de la première race donnoient le baudrier & la ceinture dorée aux Chevaliers, & les baisoient à la joue gauche. Après l’accolade le Prince donnoit un petit coup du plat d’une épée sur l’épaule du Chevalier, qui entroit par là dans la profession de la guerre.

Accolade, se dit aussi de deux lapereaux qu’on sert, qu’on présente joints ensemble.

Accolade, Ordre Militaire, ou de Chevalerie, en Angleterre. Autrefois il n’appartenoit qu’aux Chevaliers de l’Accolade de porter l’épée & les éperons dorez. Justiniani ne dit rien de cet Ordre dans ses deux volumes des Ordres de Chevalerie.

AcCOLER ; v. act. Embrasser quelqu’un en lui mettant les bras sur le cou pour le baiser, le caresser. Amplecti, complecti. Ce mot est composé de col, & vient de ad, & de collum. Il se dit le plus souvent en riant.

Accoler, Embrasser le cou.

Psycharpax sur son dos légérement s’élance,
l’accole, & de ses bras le serre étroitement.

Accoler la cuisse, accoler la botte, signifie, Saluer quelqu’un avec grande soumission, avec respect, comme quand on va au devant d’un homme qui arrive, jusqu’à l’endroit où il descend de cheval, & qu’on s’y trouve pour l’y saluer:ce qui est une marque d’infériorité. Ad genua advolvi.

Accoler, en termes de Pratique, signifie, Faire un trait de plume en marge d’un compte, d’un mémoire, d’une déclaration de dépens, qui marque qu’il faut comprendre plusieurs articles sous un même jugement, & les comprendre dans une même supputation pour n’en faire qu’un seul. Multa in unum redigere.

Accoler, en termes de Jardinage, se dit des branches d’arbres, des séps de vigne qu’on attache à des espaliers, à des échalas. Alligare. Il est temps d’accoler la vigne. Les vignes ont besoin d’être accolées, afin que par ce travail donnant plus d’air aux raisins, & empêchant qu’ils ne penchent trop à terre, ils puissent parvenir à une maturité parfaite. Accoler la vigne, est un terme fort bien inventé, car en la liant, il semble qu’on l’arrête par le cou. Liger. Cet Auteur fait entendre que ce mot ne se dit que de la vigne ; & en effet je ne l’ai jamais oui dire d’autre chose.

Accoler, signifie aussi, Joindre deux lapereaux ensemble pour en servir une accolade. Componere.

ACCOLLÉ, ée. part & adj. En tèrmes de Blason, se prend en quatre sens différens. On le dit des animaux qui ont des colliers ou des couronnes passées au cou. Torquatus. Ainsi on dit, un lion de sable armé, lampassé, & accolé d’or. On s’en sert aussi en blasonnant les armes de Navarre, qui sont de gueules aux rais d’escarboucle accolés & pommetez d’or.

Accolé, se dit aussi des choses entortillées à d’autres, comme d’un serpent à un arbre, ou à une colonne, ou de toute autre chose qui est entourée de lièrre ; d’un sep de vigne à un échalas; d’une givre, Alligatus.

Accolé, se dit encore de deux Écus qui sont joints ensemble, & attachez par les côtez. Scutum scuto annexum, adjunctum. Ainsi les écus de France & de Pologne étoient accolés sous une même Couronne du temps de Henri III, ceux de France & de Navarre depuis Henri IV. Les écus de Léon X & de François I. sont en tête du Concordat en deux Ecussons accolés:ils le sont pareillement dans le sceau dont il est scellé. Les femmes accolent aussi leurs écus à ceux de leurs maris.

On dit aussi que des fusées, des losanges & des macles sont accolées, quand elles se touchent de leurs flancs, ou de leurs pointes sans remplir tout l’écu. On se sert aussi de ces termes pour les clefs, bâtons, masses, épées, bannières, & autres choses semblables qu’on passe en sautoir derrière l’Écu.

AcCOMMODABLE. adj. m. & f. se dit en matière de différent ; qui se peut terminer, ajuster, pacifier. Quod componi, conciliari facilè potest. Cette querelle est venuë de rien, elle est accommodable. Les différens en matière de Religion ne sont guère accommodables.

AcCOMMODAGE. s. m. Travail ou salaire de ceux qui apprêtent, qui accommodent les viandes. Operæ, laboris merces. Quand on porte des viandes au cabaret, il en faut payer l’accommodage, les sauces, l’apprêt. On a tant payé au Tapissier pour l’accommodage des chambres, quand on a déménagé.

AcCOMMODANT, ante. adj. Qui est facile, ; qui veut bien ce que les autres veulent, qui se conforme à leur humeur. Commodus. Vous aurez bien-tôt conclu vôtre marché avec cet homme-là, il est fort accommodant. Vôtre humeur si égale, sociable, & si accommodante me charme. Cost.

Accommodant, signifie aussi, Ce qui nous fait grand bien, qui établit nos affaires. Un gros billet de lotterie, une succession inesperée, sont des choses fort accommodantes.

AcCOMMODATION. s. f. Terme de Palais. Accord qui se fait à l’amiable. Compositio.


Ce procès est si embrouillé, qu’il n’y a pas moyen d’en sortir que par voie d’accommodation. On ne s’en sert plus.

On le dit aussi figurément de la conciliation des Loix, des passages des Auteurs qui semblent être contraires. Conciliatio. Le plus grand soin des Commentateurs est de trouver l’accommodation des textes de leurs Auteurs qui se contrarient. Conciliation est meilleur.

Accommodation. Terme de Philosophie. Accommodatio. Connoître par accommodation, c’est connoître une chose par l’idée d’une autre.

AcCOMMODEMENT. s. m. Ajustement, ce qui rend une chose plus commode, ou qui la met en meilleur ordre. Conveniens rerum dispositio, collocatio. Je ne louerai point votre maison, que vous n’y ayiez fait tels & tels accommodemens.

Accommodement, signifie aussi, Réconciliation, accord, traité pour finir un procès, ou un différend à l’amiable. Compositio, reconciliatio. Ces parties sont en voie, en termes d’accommodement. Cet homme n’est point chicaneur, il est homme d’accommodement ; il est porté naturellement à l’accommodement ; il entre volontiers en accommodement ; il écoute tous les moyens d’accommodement. Dans les accommodemens l’on cherche d’ordinaire des termes foibles, pour l’honneur de celui qui fait satisfaction. Bouh. Cet acte d’hostilité a rompu l’accommodement qu’on avoit ménagé. Ils ont fait un accommodement plâtré. [Acad. Fr. Il se prend encore pour un tempérament, & pour un biais de parvenir à un accommodement. Il y auroit un accommodement à proposer, si les intéressés y vouloient consentir; c’est-à-dire, un moyen, & un adoucissement pour les concilier.

Le ciel défend de vrai cèrtains contentemens.
Mais on trouve avec lui des accommodemens. Malh.

Un négociateur qui a ses ordres de la Cour, feint cependant quelquefois de se relâcher de lui-même, & comme par un esprit d’accommodement. La Bruy.

On dit proverbialement, que le meilleur procès ne vaut pas le plus mauvais accommodement.

AcCOMMODER. v. a. Rendre une chose facile, commode, la réparer. Aptare, reparare, reficere. On a donné ordre pour accommoder les chemins. Il faut accommoder cette selle, la rembourer, la rendre moins dure, & plus commode.

Accommoder, signifie aussi, Arranger, mettre en ordre, en bon état. Componere, concinnare. Il a pris grand soin d’accommoder sa chambre, son cabinet ; d’orner, d’accommoder son jardin, sa maison.

On le dit aussi des choses qui regardent l’ornement de la personne. Comere. Cette femme est toujours deux heures à s’accommoder ; c’est-à-dire, à s’ajuster & à se parer. Ce Barbier accommode bien la barbe, la perruque.

Accommoder, signifie aussi, Préparer, apprêter, assaisonner. Parare, apparare, instruere, condire. Ce Cuisinier accommode fort bien à manger. On est fort bien accommodé dans cette hôtellerie ; c’est-à-dire, on y est bien traité, & bien servi. A quelle sauce voulez-vous qu’on accommode ce poisson.

Accommoder, se dit aussi en parlant de ce qui est à la bienséance, au voisinage de quelqu’un. Convenire. Cette terre accommoderoit bien cette Seigneurie, parce que l’une relève de l’autre. Ce Prince est mauvais voisin, il s’accommode de tout ce qui est à sa bienséance ; il l’usurpe.

Accommoder, signifie, presqu’en même sens, traiter, acheter, prêter, permuter. Si vous voulez m’accommoder de cette terre, je l’acheterai. Si vous voulez m’accommoder de quelque argent, vous me ferez plaisir. Votre Benefice m’accomoderoit fort, si vous vouliez le permuter contre un autre qui vous accomodat aussi.

Accommoder, signifie aussi, Débrouiller ses affaires, les rétablir, faire fortune, gagner du bien, reparare, restituere, rem facere. Cet homme s’est bien accommodé dans cette charge : il étoit gueux, il a bien accommodé ses affaires.

Accommoder, signifie aussi terminer un procès, une querelle. Componere, controversiam dirimere. Quand les gens sont las de plaider, c’est alors qu’ils sont disposés à s’accommoder. Ces jeunes gens étoient prêts à se battre ; mais on les a accommodes. Acad. Fr.

On le dit aussi des Loix, des passages des Auteurs & autres choses qui semblent se contrarier, & que l’on cherche à concilier. Conciliare. Comment accommodez-vous cette Loi du Digeste avec cet autre du Code ? Comment accommodez-vous la dévotion avec la coquetterie ? Il y a des dévots qui accommodent la Religion à leur intérêt.

Accommoder, se dit aussi avec le pronom personnel, & signifie être facile, commode dans la négociation, dans la manière de vivre. Fingere, accommodare ad voluntatem, &c. Il y a plaisir de traiter avec cet homme-là ; c’est un homme d’un esprit aisé, & d’une humeur agréable, qui s’accommode à tout. Vous ferez aisément marché avec ce curieux ; tout l’acommode. En ce sens on dit aussi, qu’un homme sage doit s’accommoder au temps. Servire tempori, &c, c’est-à-dire, se conformer à l’usage, aux lieux, aux humeurs, à la volonté, à la capacité des personnes à qui il a affaire, pour vivre en repos, & dans l’estime publique. La Science d’un homme sage est de s’accommoder au temps Le Gend. Montagne pensoit trop subtilement, pour s’acommoder de pensées qui sont naturelles. La Bruy. Socrate dont la vertu n’étoit point farouche, s’acommodoit de l’innocente joye des festins. M. Scud. Il faut que la raison s’accommode à la sensibilité de la nature, & que dans les extrêmes déplaisirs elle lui laisse verser des pleurs. Cail. Pour être heureux par les passions, il faut que toutes celles que l’on a s’accommodent les unes avec les autres. Fonten. Les soupirs & les langueurs ne s’accommodent point à la fierté d’un Héros. Cail. c’est-à-dire, qu’ils ne compatissent point ensemble. Il faut s’accommoder aux choses, quand les choses ne s’accommodent pas à nous. Un sage s’accommode aux vices de son siècle. Mol.

On dit aussi, Je ne sçaurois m’accommoder de ce valet, pour signifier, je ne puis m’en servir. Convenire. Qu’un homme ne s’accommode pas de toutes sortes de personnes, pour dire, que toutes personnes ne lui plaisent pas. Qu’il s’accommode dans un lieu, pour exprimer qu’il s’y trouve bien. Je ne m’accommode point de la solitude, ce genre de vie est trop ennuyeux.

Accommoder, avec le nom personnel, signifie encore, Prendre sans façon, s’approprier les choses un peu hardiment. Usurpare, vindicare. Cet homme s’accommode de tout ce qu’il trouve ; c’est-à-dire, il s’en saisit, il s’en empare. On dit aussi, voyez comme il s’accommode ; pour exprimer, qu’il prend ses commodités avec beaucoup de liberté.

Accommoder, se prend quelquefois à contresens, & en mauvaise part, & signifie maltraiter, ou de paroles, ou de coups ; gâter, mettre en désordre & en mauvais état. Malè habere. Il est tombé entre les mains de voleurs, d’assassins, qui l’ont accommodé d’une étrange manière. Il est tout couvert de boüe, le voilà mal accommodé. On dit populairement, je vais l’accommoder de toutes pièces. Ablanc. Dans le jugement de ce procès il a été mal accommodé ; il y a eu de sévères condamnations contre lui.

On dit aussi par raillerie, d’un homme qui s’est enivré, qu’il s’en est donné, qu’il s’est accommodé de la belle manière ; pour dire, qu’il en a pris avec excès.

Accommoder, se dit proverbialement dans ces phrases. On l’a accommodé tout de rôti, pour dire, on l’a fort maltraité. On dit aussi, Acommodez-vous, le païs est large ; pour se moquer d’un homme qui se met à son aise, qui prend ses commodités sans beaucoup de cérémonie.

{{scAccommodé, ée}}. part. Compositus. Un procès accommodé. Un homme riche & accommodé. Dives.

ACCOMPAGNEMENT. s. m. Action par laquelle on accompagne. Comitatus. L’accompagnement du Saint Sacrement, quand on le porte aux malades, est une action pieuse, & qui édifie. Dans ce sens l’on ne s’en sert guère que pour des cérémonies. Le Prince de C. fut chargé de l’accompagnement de la Princesse. Ac.

Accompagnement, se dit aussi des choses qui accompagnent ou pour l’ornement ; ou pour l’agrément, ou pour la symétrie. Adjuncta. Il ne manque à cette maison qu’un bois de haute futaye pour son accompagnement. L’acompagne-


ment d’un thuorbe avec la voix est fort agreable. Cette chambre est belle, mais elle n’a pas ses accompagnemens. S. Evr.

Accompagnement, en termes d’Organiste, se dit de divers jeux qu’on touche pour accompagner le dessus, comme le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c Concentus.

Accompagnement, est aussi un terme de Blason, & se dit de tout ce qui est autour de l’Ecu pour lui servir d’ornement, le pavillon, le cimier, les supports, &c. Stipatio.

AcCOMPAGNER. v. a. Marcher de compagnie avec un autre. Comitari. Un Religieux doit être toujours accompagné d’un Frère. Cette femme jalouse accompagne par-tout son mari.

Accompagner signifie aussi, Conduire quelqu’un par civilité, & pour lui faire honneur. Delucere. Le Président a accompagné cette Dame jusqu’à son carrosse. On envoie des gens de qualité aux Ambassadeurs pour les accompagner à l’audience du Roi, pour les y conduire.

Accompagner, se dit aussi de la suite, du cortége, de l’escorte qu’on donne à quelqu’un, ou pour l’observer, ou pour lui faire honneur, ou pour l’assurer en sa marche. Ce Seigneur marche toujours accompagné de six Gentils-hommes, &c. Les Maréchaux de France envoient un Garde à ceux qui ont querelle, pour les accompagner par-tout. Quand le Roi alla à la conquête de Flandre, il étoit bien accompagné, il avoit une nombreuse armée. On envoya un corps de cavalerie pour accompagner ce convoi, c’est-à-dire, pour l’escorter.

Accompagner, se dit aussi de ce qui orne ou décore quelque chose, & qui lui sied bien. Condecorare. Ces deux pavillons accompagnent bien ce bâtiment, ils font une belle symmétrie. Cette garniture accompagne bien son habit, cela est bien assorti. Lorsqu’elle joue, le thuorbe accompagne parfaitement son chant ; mais sa personne accompagne encore mieux le thuorbe. Le Ch. d’H.

Accompagner, se dit figurément en choses morales, de ce qui est joint ensemble. Consociare, Conjungere. Il accompagne tout ce qu’il dit de tant de graces, & de tant d’honnêtetés, que cela gagne les cœurs. La colère & l’emportement accompagnent d’ordinaire le jeu. St Evr. L’admiration qu’on a pour les actions glorieuses, est souvent accompagnée d’un secret dépit de n’en pouvoir faire autant. Cost. Il a accompagné le compliment qu’il lui a fait faire, d’un present considérable. La fortune a accompagné Alexandre en toutes ses entreprises ; elle l’a suivi par-tout. La vieillesse, par les infirmités qui l’accompagnent, ressemble plus à la mort qu’à la vie. Ablanc.

Accompagné, ée. part. pass. & adj. Comitatus.

Accompagné, en termes de Blason, se dit lors qu’autour d’une pièce principale, comme le sautoir, la bande, la fasce, le chevron, le croissant, le lion, l’aigle, &c. il y a plusieurs autres pièces qui sont auprès en séantes partitions. De Neufville Villeroi porte d’azur au chevron d’or, accompagné de trois croix ancrées de même. On le dit particulièrement des croix, sautoirs, chevrons, pairles, &c. quand ces choses sont également disposées dans les quatre cantons de l’Écu qu’elles laissent vuide.

AcCOMPLIR, v. act. Faire entièrement, mettre une chose en un état où il n’y ait plus rien à desirer ; lui donner sa perfection. Perficere. Notre Seigneur a accompli toutes les prophéties ; il a fait tout ce qu’elles avoient prédit. Cet Officier a bien accompli son devoir. Dieu lui donna des enfans pour accomplir ses desirs, & les lui ôta pour éprouver sa résignation. Felib. Il a accompli sa promesse, ou son vœu ; c’est-à-dire, qu’il a exécuté tout ce qu’il avoit promis. Promissa exsolvere.

Accomplir, se dit aussi de ce qui est fini & achevé. Absolvere. Ce garçon a accompli le temps de son apprentissage. Cet exilé a accompli le temps de son bannissement.

Accompli, ie. part. & adj. Achevé, parfait. Perfectus, absolutus. Le temps est accompli. Il a fait un ouvrage accompli. Ce Seigneur est accompli, pour dire, il a toutes sortes de perfections & de bonnes qualités. Il faut avoir 25 ans accomplis pour être en majorité.


AcCOMPLISSEMENT, s. m. Exécution, succès, ce qui rend la chose accomplie. Perfectio, absolutio. Nous avons l’accomplissement de nos vœux ; c’est-à-dire, tout ce que nous avons souhaité. Les instructions de l’Eglise tendent à porter les fidèles à l’accomplissement de la Loi de Dieu. Port-R. Lycurgue ordonna que les nouveaux mariés ne se vissent qu’à la dérobée, afin d’empêcher le dégoût qui suit l’entier accomplissement de nos desirs. Ablanc. Voyez un heureux, & quelle sérénité l’accomplissement de ses desseins répand sur son visage. La Bruy.

AcCON. Terme de Marine. Petit bateau à fond plat, dont on se sert pour aller sur les vases, lorsque la mer est retirée.

AcCONDUIRE. verbe act. Amener. Adducere. Il ne se dit plus.

ACCOQUINER, v. n. p. Se plaire, s’attacher à une vie coquine, fainéante, & libertine ; s’amuser, s’accoutumer à quelque chose d’indigne. Tradere se inertiæ, ludo, voluptati, &c. Il ne se dit que dans le style bas & satyrique. Il s’emploie plus souvent avec le pronom personnel. Cet homme s’est accoquiné au jeu, s’est accoquiné avec cette femme débauchée. Un artisan qui s’accoquine au cabaret est toujours gueux. Depuis qu’on s’est accoquiné à gueuser, on est fainéant toute sa vie. La lecture des Romans accoquine l’esprit ; pour dire, elle l’amuse, elle l’attache. Nous verrions les femmes courir après nous, sans tous les respects où nous les accoquinons. Mol. Le feu accoquine, il rend les gens paresseux & fainéans. On le dit aussi de quelques animaux domestiques. Il ne faut pas qu’un chien de chasse s’accoquine à la cuisine. Ce mot, quand il est joint avec le pronom personnel, régit le verbe à l’infinitif avec la particule à : Quand on s’est une fois accoquiné à faire des vers, l’on ne peut plus s’appliquer à autre chose. St. Evr. Ce mot vient de coquus, parce que les fainéans se plaisent fort à la cuisine.

Accoquiné, ée. part. & adj.

ACCORD, s. m. Consonnance ou union de deux sons agréables à l’oreille. Consentus, consonantia. L’octave, la quinte, sont de bons accords. Ce Musicien ne joue pas une pièce, il fait seulement des accords. L’Organiste joue le plein chant du petit doigt, & des autres il fait des accords. On dit aussi, qu’un luth ou un autre instrument n’est pas d’accord, quand il ne fait pas les consonnances justes qu’on desire, & que les cordes ne sont pas montées justes au ton qu’elles doivent être.

Accord, signifie aussi cette union & cette proportion qui est entre toutes les parties de l’Univers, qu’on appelle l’Harmonie du monde, qui en établit le repos & la stabilité. Consensus & convenientia.

Accord, signifie encore, Paction, convention entre les personnes qui traitent, qui conviennent de quelque chose. Conventum, pactio. Ces parties ont fait, ont passé, ont signé un bon accord. Ce changement s’est fait d’accord de parties, de concert. Un bon accord vaut mieux qu’un méchant procès. Il faut remarquer qu’on ne dit un accord, que des affaires légères & particulières ; & que dans les grandes on se sert du mot de transaction ou de traitté.

Accord, se dit aussi de l’union & de la bonne intelligence qui se trouve entre ceux qui vivent ensemble : en ce cas, il signifie une conformité d’esprits & de volontés. Concordia. Ce mari & cette femme sont bien d’accord.

Accord, se dit aussi de l’accommodement qui se fait entre des personnes qui étoient mal ensemble. Reconciliatio.

Accord, signifie aussi, Consentement. Consensio. J’en suis d’accord. Tout le monde demeure d’accord, tombe d’accord, est d’accord de cette vérité. On dit absolument, d’accord ; pour dire, J’y consens.

Accord, signifie encore, Conformité de sentimens, Consensus. Tous les Philosophes ne sont pas d’accord sur cette matière ; c’est-à-dire, qu’ils ne sont pas du même avis, ni dans le même sentiment là-dessus.

Iris, dans notre querelle
Je n’examine pas qui de nous deux a tort :
De tout ce qu’il vous plait je demeure d’accord ;
Et vous avez raison puisque vous êtes belle. La Sabl.

Tout d’un accord, adv. Tout d’un consentement, d’un même avis.

On dit proverbialement d’un homme facile & de bonne humeur, qui consent à tout ce qu’on veut, qu’il est de tous bons accords. On dit proverbialement d’un homme facile & de bonne humeur, qui consent à tout ce qu’on veut, qu’il est de tous bons accords.

Accords, ou étais, en termes de Marine, sont de grandes pièces de bois dont on se sert pour soutenir le Navire que l’on construit tant qu’il est sur le chantier. Tigna.

AcCORDABLE. adj. Qui se doit ou peut s’accorder. Dignus venia. Cette grâce n’est pas accordable, le crime est trop énorme. Il est peu en usage.

AcCORDAILLES. s. f. Il n’a point de singulier. Cérémonie qui se fait pour la lècture des qualités, ou pour la signature d’un contrat de mariage en présence des Parens, quand les parties sont d’accord. Sponsalia.

AcCORDANT, ante, adj. Qui se peut accorder. Ad concentum aptus. La Musique consiste à bien choisir les tons accordans, & à les distinguer des discordans. Il y a des voix accordantes & discordantes.

AcCORDE, s. f. Tèrme de Marine. C'est le commandement que l'on fait à l'équipage de la chaloupe, & aux Rameurs, pour les faire nager ensemble.

AcCORDER, v. act. Mettre des voix ou des instrumens de Musique en état de faire des consonnances, ou des accords dans la plus grande justesse ; les mettre sur un même ton, pour en former un concert agréable. Concentum inter instrumenta musica efficere. Accorder un instrument, c’est monter les cordes au ton où elles doivent être, pour faire l’harmonie. On est plus long-temps à accorder son Luth, qu’à en jouer. Accorder sa voix avec un Thuorbe. Cantare ad cordarum sonum.

Accorder, se dit en Grammaire en parlant du régime & de l’accord que les parties d’oraison doivent avoir ensemble. Concordare. Le substantif & l’adjectif se doivent accorder en genre, en cas & en nombre.

Accorder, signifie aussi, Accommoder, mettre d’accord, établir la paix & l’union entre des personnes. Controversias dirimere, componere. Il a accordé son procès. Accorder les cœurs, & les esprits. Ces deux frères étoient en querelle, on les a accordez.

Accorder, se dit en matière de Doctrine, & d’opinions : alors il signifie les concilier, & en lever les contradictions apparentes. Conciliare. Les Théologiens font tous leurs efforts pour accorder S. Matthieu & S. Luc sur la généalogie de Jesus-Christ. Cl.

On le dit aussi des choses, Consentire, convenire. Les qualités contraires ne s’accordent pas ensemble, elles sont incompatibles. Le chaud & le froid ne s’accordent pas. Ce que vous dites ne s’accorde pas avec ce que vous m’avez dit autrefois. Accordez-vous avec vous-même. Accorder la liberté de l’homme avec les decrets de Dieu. Port-R.

Accorder, se met aussi avec le pronom personnel ; & alors il signifie, Convenir, être d’intelligence & de complot. Ce Juge & ce Greffier s’accordent à tromper les Parties. Il marque encore la conformité des esprits & des humeurs : Les jeunes gens n’ont pas de peine à s’accorder ; leurs plaisirs communs les unissent. St Evr.

Accorder, se dit aussi de ce qui peut subsister agréablement ensemble, & généralement de toutes les choses qui ont de la convenance, & du rapport. Concinere. Cette garniture s’accorde bien avec cet habit. Le plomb s’accorde bien avec l’étain. Le vinaigre ne s’accorde pas avec le lait.

Accorder, signifie aussi, Donner, faire une grace, octroyer une demande. Concedere. Le Cardinal Ximénès n’accordoit jamais ce qu’on lui demandoit, pour n’être pas troublé dans l’ordre du bien qu’il vouloit faire. Flech. Ce Prince lui a enfin accordé l’Emploi qu’il sollicitoit. Le Pape a accordé cent ans d’indulgence.

Accorder, Consentir, Concedere. Je vous accorde cette proposition.

On dit aussi, Accorder une fille en mariage, quand les Parens donnent une fille à celui qui la leur demande ; ou quand les parties en signent le contrat. Despondere.

On dit proverbialement, que des gens s’accordent comme chiens & chats ; pour dire, qu’ils ne peuvent compatir ensemble. Dissentire. Accordez vos flûtes ; pour dire, convenez de vos faits.


Accordé, ée, part. pass. & adj. Il a les significations de son verbe. Un luth accordé ; une proposition accordée ; un procès accordé.

Accordé, ée, s. m. & f. Qui s’est engagé par un traité pour mariage. Desponsus, desponsatus. C’est un accordé ; c’est son accordée. L’accordé qui refuse d’accomplir le mariage, est toujours condamné aux dommages & intérêts, proportionnez à la qualité de l’accordée ; parce qu’elle est offensée, & méprisée par le changement.

ACCORDOIR. s. m. Petit instrument qui sert à accorder les instrumens de musique. L’accordoir d’une orgue est fait en forme d’un petit cône, dont on affuble les tuyaux en les pressant, jusqu’à ce qu’ils soient assez étroits pour les faire descendre aux tons qu’on désire ; ou en poussant la pointe du cône dans le tuyau lorsqu’on le veut élargir & le faire monter. L’accordoir d’un clavecin est fait comme un petit marteau.

Ces mots d’accord & d’accorder, selon quelques-uns, & entr’autres Nicod, viennent du Latin ad cor, comme si on disoit, que deux personnes sont amenées à un même cœur ou à une même volonté. Mais il y a plus d’apparence qu’ils viennent de corde, & que le premier sens d’accorder vient de ce que deux cordes qui se touchent en même-temps, forment des tons qui s’unissent agréablement : d’où vient qu’il y a des consonnances en Musique qui s’appellent tétracorde & hexacorde, qui sont la quarte & la sixte ; ce qui a été étendu aux conventions, qui font agir les parties de concert.

AcCORER. Terme de Marine, qui signifie appuyer ou soutenir quelque chose. Sustentare, fulcire.

ACCORT, orte. adj. Civil, complaisant, qui se sçait accommoder à l’humeur des personnes avec qui il a affaire, pour réussir dans ses desseins. Comis, obsequens, commodus. Les Grecs l’appellent πολύτροπος. Ce mot vient de l’Italien accorto, qui signifie la même chose. On a dit autrefois accortise & accortement : mais ces mots ont vieilli, quoique Pasquier témoigne qu’ils étoient nouveaux de son tems.

Accort, signifie encore adroit, habile à trouver promptement divers expédiens. Versutus, callidus.

AcCORNÉ, ée. adj. Terme de Blason, qui se dit d’un animal qui est marqué dans un écu avec ses cornes. Cornutus. On le dit seulement quand elles sont d’une autre couleur ou métal que le reste du corps de l’animal. Têtes de vaches de sable, accornées d’argent.

AcCOSTABLE. adj. m. & f. Civil, qui se laisse aborder facilement. Facilis, comis. Ce sont des personnes peu accostables. Voit. Ce Conseiller est fort accostable, il écoute paisiblement les parties. Ce mot est hors d’usage.

AcCOSTER. v. act. Approcher de quelqu’un pour lui parler, pour lui apprendre, ou savoir de lui quelque chose, ou pour nouer amitié avec lui. Accedere. On conjugue, je m’accoste ; je m’accostai ; je me suis accosté. Ces mots viennent de ad & de costa, côté ; comme si l’on vouloit dire, se mettre à côté, ou aux côtés de quelqu’un ; c’est-à-dire, se joindre à lui. Il est allé hardiment accoster cette femme. Ce mot n’entre que dans le discours familier.

Accoster signifie aussi, hanter, avoir familiarité avec quelqu’un. Frequentare. Il ne faut accoster que d’honnêtes gens. Ils se défioient tellement les uns des autres, qu’on n’eût osé s'accoster de personne. Vaug.

Accosté, ée. part. pass. & adj. En ces mots l’S se prononce.

AcCOTER. Tèrme de Marine ; c’est approcher une chose d’une autre. Admovere. On le dit des huniers & des perroquets, quand on fait toucher les coins ou pointes des uns ou des autres aux poulies destinées à cet usage, & qui sont mises exprès au bout des vergues. Accotte, ou accoste, est le commandement pour faire approcher une chose de l’autre. Ainsi on dit à un petit vaisseau pour le faire approcher d’un plus grand, Accôte à bord.

Ces mots viennent aussi du Latin costa, Côte.

AcCOTÉ. Tèrme de Blason, se dit des pièces qui sont posées à côté d’une autre pièce de l’écu. Adpictus, appositus. Le Prêtre-Jean d’Ethiopie porte d’argent, à une croix haussée de gueules, chargée d’un Crucifix, accotée de deux fouets de cordes emmanchés d’azur. Il se dit particulièrement de toutes les pièces de longueur mises en pal, ou en bande, quand elles en ont d’autres à leurs côtés. Ainsi le pal peut être accoté de


quatre ou de six annelets, quand il y en a deux ou trois de chaque côté. On dit la même chose de la bande, quand les pièces qui sont à ses côtés, sont couchées dans le même sens, & qu’il y en a le même nombre de part & d’autre. Quand elles sont droites, on nomme alors la bande accompagnée de deux ou de quatre fleurs de lys, ou autres choses dont il faut énoncer la situation. Quand ce sont des pièces rondes, comme des tourteaux, des besans, on peut dire indifféremment accoté, ou accompagné. Le P. Menestrier.

AcCOTAR. subst. masc. Terme de Marine, est une pièce de bordage que l’on endente entre les membres du vaisseau, pour empêcher l’eau de tomber entre les membres, ou entre les pièces qui le composent.

ACCOUCHEMENT. s. f. Enfantement, délivrance d’une femme grosse. Partus, puerperium, partio. Les travaux de l’accouchement sont une des peines du péché originel. Voyez Mauriceau sur cette matière.

On le dit quelquefois figurément des productions de l’esprit. Partus, fœtus ingenii. Socrate disoit, qu’il faisoit l’office de Sage-femme, & qu’il aidoit à l’accouchement des esprits. On dit proverbialement ; Après avoir long-temps attendu l’accouchement des montagnes, il n’en est sorti qu’une souris.

AcCOUCHER. v. n. Enfanter, mettre un enfant au monde. Parere, eniti. Il régit l’ablatif. Cette femme est accouchée d’un beau garçon. Elle est accouchée d’un faux germe, ou avant terme. Cette femme étoit accouchée quand la sage-femme arriva. On ne dit point elle a, elle avoit accouché. La Fable raconte que Jupiter accoucha de Minerve. La même nuit qu’Olympias accoucha d’Alexandre, le Temple d’Ephèse fut réduit en cendres. Cet homme, à cela près qu’il n’accouche pas, est la femme, & elle le mari. La Bruy. Il est quelquefois actif, & signifie, Aider à une femme à se délivrer de son enfant. Adesse parturienti. Les Chirurgiens savent mieux accoucher les femmes que les Matrônes. Cette femme s’accoucha elle-même.

Accoucher, se dit figurément des productions de l’esprit. Edere. C’est un bel esprit, qui conçoit, qui invente facilement ; mais qui accouche, ou enfante avec peine, c’est-à-dire, qu’il s’explique avec difficulté.

Le sort de ce sonnet a droit de vous toucher,
Car c’est dans votre cour que j’en viens d’accoucher.

Mol.

Accouchée. s. f. Femme qui se tient quelque temps au lit, pour se remettre des douleurs de l’enfantement. Puerpera. On fait des visites en cérémonie aux femmes accouchées. Vous êtes parée comme une accouchée. En l’Amérique il y a des Peuples où les maris font les accouchés à la place de leurs femmes. Herrera.

Il y en a aussi dans les Antilles, & même dans les Indes orientales, & à la Chine vers l’île de Formosa, qui font la même chose, comme on le voit dans le Recueil de Thévenot.

Au Pérou les femmes accouchées ne gardent point le lit ; mais après s’être lavées, elles se remettent à faire leur ménage ; & si quelque femme les assistoit en leur accouchement, elle passeroit plutôt pour sorcière que pour Sage-femme. Voyez l’Histoire des Incas.

On appelle proverbialement, les caquèts de l’accouchée, les discours frivoles & de peu d’importance des femmes qui visitent celles qui sont en couche. On dit aussi, tant d’un homme que d’une femme, qu’ils font l’accouchée, quand ils se tiennent au lit par molesse, & sans nécessité.

AcCOUCHEUR. s. m. Qui aide aux femmes à se délivrer. Adjutor partûs. Maintenant les Chirurgiens accoucheurs sont fort en vogue. Autrefois on ne se servoit que de Sage-femmes ou de Matrones pour accoucheuses.

ACCOUCHEUSE. s. f. Femme qui aide à accoucher. Obstetrix. Habile accoucheuse. On dit plutôt Sage-femme. Acad. Fr.

Ces mots viennent du Latin accubare.

AcCOUDER. v. n. S’appuyer sur le coude, Inniti cubito. Tristement accoudé contre une cheminée. S. Am. Il se dit plus souvent avec le pronom personnel. On met au rang des incivilités de s’accouder sur la table ; de s’accouder devant ses supérieurs. On ne s’en sert guère que dans le discours familier. On conj. je m’accoude ; je m’accoudai ; je m’accouderai.

AcCOUDOIR. s. m. Chose destinée pour s’accouder ; ce que l’on met sous les coudes pour s’appuyer en avant. Cubiti fulmensum. En termes d’Architecture, c’est la même chose qu’appui. C’est le petit mur qui est élevé entre les deux pieds-droits d’une croisée. On appelle accoudoir, l’endroit inférieur de l’ouverture d’une fenêtre, sur lequel on s’appuie, on s’accoude. L’accoudoir d’une fenêtre doit aller seulement à la hauteur de la ceinture. Vitruve appelle un accoudoir, Pluteus, qui signifie un appui ou parapet. Il se sert aussi du mot Podium, qui est un balcon, ou saillie. On dit populairement & ironiquement à une personne qui en incommode une autre en s’appuyant sur elle, allez chercher plus loin des accoudoirs.

Ces mots viennent du François coude, qui s’est formé du Latin cubitus.

AcCOUPLE. s. f. Liens dont on attache les chiens ensemble. Copula.

AcCOUPLEMENT, s. m. Assemblage, jonction du mâle & de la femelle pour la génération. Copulatio. Le Peuple croit que l’antechrist naîtra d’un accouplement sacrilége & incestueux. On croit que la cause des monstres d’Afrique vient de l’accouplement qui s’y fait des animaux de différentes espèces. On ne le dit en parlant des hommes, qu’en l’adoucissant par une épithète qui sert de correctif : c’est un heureux accouplement. Il est plus propre en poësie.

Tu menois le blond Hymenée,
Qui devoit solennellement,
De ce fatal accouplement
Célébrer l’heureuse journée. Malh.

Accouplement, se dit aussi des bœufs qu’on attache ensemble sous le même joug. Jugum.

AcCOUPLER. v. act. Associer, attacher, joindre ensemble deux choses de pareille nature. Copulare. On conj. Je m’accouplai, je me suis accouplé. Ces personnes sont mal accouplées ; leurs humeurs ne compatissent point. Il étoit défendu par la Loi de Moyse d’accoupler un bœuf & un âne pour labourer. On s’en sert dans un mauvais sens, & d’un ton railleur. C’est un Mercure de profession, qui sçait accoupler les amans avec leurs belles qui ne sont pas inhumaines. Comb.

On le dit aussi du menu linge qu’on attache ensemble avec du fil pour en faire des paquets, de peur qu’il ne s’égare, quand on le donne à blanchir.

Accoupler, se dit encore des oiseaux, des animaux qui se joignent, qui s’apparient pour perpétuer l’espèce. Les pigeons s’accouplent au mois de Mars & de Septembre. Ce pigeon cherche avec qui s’accoupler.

AcCOUPLÉ, ée, part. pass. & adj. Copulatus. On appelle, en tèrmes d’Architecture, colonnes accouplées, les colonnes qui sont deux à deux, & qui se touchent presque par leurs chapitaux, & par leurs bases. Il y a aussi des pilastres accouplés.

AcCOURCIR, v. act. Rogner, retrancher, rendre plus court. Curtare, resecare.. On conj. J’accourcis. Il faut accourcir ce manteau, en rogner un doigt. Il faut accourcir ce livre, en retrancher la moitié. Il faut accourcir les étriers d’un point, resserrer l’estrivière. On dit aussi accourcir, en parlant d’un discours ; c’est-à-dire, l’abréger. Contrahere, coarctare.

On dit aussi, Accourcir le chemin, quand on prend quelque faux-fuyant qui abrége le chemin, qui le rend plus court. Uti vià compendiariâ. On dit aussi, que les jours accourcissent, quand le soleil a passé le solstice d’été, quand les jours deviennent plus courts. Decrescunt dies.

Accourci, ie. part. & adj. Contractus, decurtatus.

ACCOURCISSEMENT. s. m. Ce qui accourcit, ce qui abrége. Contractio. Le passage qu’on a ouvert par ce parc, sert beaucoup à l’accourcissement du chemin. Viæ compendium.

ACCOURIR, verb. neut. Venir promptement, & en hâte en quelque lieu ; soit qu’on nous y appelle ; soit que notre passion nous y porte. Accurrere, advolare. On conj. J’accours, j’accourois, j’accourus. Je suis accouru, j’accourrai, &c. L’armée est accouruë en diligence au secours de cette Place. Toute la Noblesse accourut au bruit du canon, pour se trouver à la Bataille. Ses amis sont accourus en foule, pour le féliciter de sa nouvelle dignité ; pour honorer son entrée. Il se dit figurément des personnes qui se portent à quelque action avec beaucoup d’ardeur. Accourir à la vengeance. Ablanc.


Accourir, v. act. Terme de chasse. Resserrer, ou plier le trait pour tenir le limier. Saln.

Accouru, ue, part. & adj.

AcCOURSIE. s. f. Terme de Marine. Passage que l’on ménage dans le fond de cale & des deux côtés, pour aller de la poupe à la proue le long du vaisseau. Fori.

AcCOUsTREMENT. s. m. Habillement, parure. Ornatus. Il ne se dit que parmi le peuple, ou dans le burlesque. Quand cet artisan a marié sa fille, elle lui a coûté cent écus pour tous ses accoûtremens.

AcCOUsTRER. v. act. Vieux mot, qui signifioit autrefois, Habiller, orner, parer. Ornare. Il y avoit des singes qu’on avoit accoutrés en charlatans. Ablanc. Il n’est plus en usage qu’en cette phrase figurée. Cet homme en une telle occasion, a été mal accoutré ; pour dire en raillant, qu’il a été maltraité, ou bien blessé. On diroit plus proprement, Accoûtrer, & préparer des peaux. Ces mots viennent du Latin. On appelle en quelques Cathédrales, comme à Bayeux, Coutre, le Sacristain ou Officier qui a soin de parer l’Eglise ou l’Autel.

AcCOUsTUMANCE. s. f. Habitude que l’on contracte en réitérant plusieurs fois la même action, en la faisant tourner en coutume. Consuetudo, assuetudo. On est souvent emporté par la force des mauvaises accoutumances qu’on a contractées dans la jeunesse. L’accoutumance de prendre du tabac est difficile à surmonter. Ce mot qui commençoit à vieillir du temps de Vaugelas, s’est rétabli peu à peu, & plusieurs bons Ecrivains s’en servent. Bouh. Habitude est plus doux, & je dirois plutôt, il a fait cela par une mauvaise habitude, que par une mauvaise accoutumance. Corn. Je ferois difficulté de me servir de ce mot, accoûtumance, en parlant, & encore plus en écrivant:mais à cause des exemples qui se trouvent dans les meilleurs auteurs, il ne faut point absolument le condamner. Un esprit abattu & comme dompté par l’accoutumance au joug, n’oseroit plus s’enhardir à rien. Boil. La jeunesse change ses goûts par l’ardeur du sang, & la vieillesse conserve les siens par l’accoutumance. La Rochef.

AcCOUsTUMER. verb. act. & neut. Pratiquer souvent une même chose; contracter une habitude par la fréquente réitération du même acte. Assuefacere. On s’accoûtume à tout, au travail, à la peine, aux douleurs. Il ne faut pas accoûtumer les Peuples à prendre les armes, & à murmurer. On accoûtume les bœufs au joug. Les enfans qu’on accoûtume à être applaudis, conservent l’habitude de juger avec précipitation. Fenel.

Le Peuple est accoûtumé à la servitude. C’étoit la coûtume des Sénateurs de mener leurs enfans au Sénat, pour les former de bonne heure aux affaires, & les accoûtumer au secret. Bouh. Il faut accoûtumer les enfans à faire le bien, plutôt par leur propre inclination, que par la crainte. Port-R. Nous sommes si accoûtumés à nous déguiser aux autres, qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. La Rochef. L’étude de la critique accoûtume l’esprit à chicaner. St. Evr. Il ne faut pas s’accoûtumer à la fainéantise. Il ne faut pas accoûtumer son ventre aux purgations, de peur que la nature ne se rende paresseuse.

Au plaisir de vous voir mon ame accoûtumée
Ne vit plus que pour vous. Rag

Quand le verbe accoûtumer est joint au verbe auxiliaire avoir, il demande que la particule de précède l’infinitif qui le suit : J’ai accoûtumé de faire, &c. Quand il est avec être il demande la particule à : Je suis accoûtumé à souffrir. Mais accoûtumer seul gouverne toujours à : Je m’accoûtume à prendre les choses sans m’affliger : Accoûtumez-vous à hair le vice. Corn. Il faut modérer la légèreté de sa langue, pour l’accoûtumer à ne se point précipiter dans les choses obscures & douteuses. Port-R. On dit que Démosthène déclamoit au bord de la mer pour s’accoûtumer au bruit du Peuple. Mes malheurs m’ont accoûtumé à envisager la mort sans crainte. P. de Ce. Il faut s’accoûtumer aux outrages de la fortune. Coet.

Accoustumé, se dit aussi des choses inanimées. Solere. Il n’a pas accoûtumé de faire si chaud en ce mois-ci. Il y a des terres qui ont accoûtumé de rapporter deux fois l’an.


Accoustumer, se dit aussi des choses qui sont tellement tournées en nature, qu’encore qu’elles soient incommodes aux autres, elles nous deviennent en quelque façon nécessaires. Les Lapons sont tellement accoûtumés au froid, que quand ils sont arrivés à Hambourg, ils s’en retournent, à cause qu’ils trouvent qu’il y fait trop chaud. Les Indiens s’en retournent quand ils sont arrivés au 30. degré, parce qu’ils y ont trop froid. Relations des Lapons & des Indes.

On dit provèrbialement, qu’un homme est accoustumé à une certaine chose, comme un chien d’aller nud tête ; comme un chien d’aller à pié.

Accoustumé, ée, part. & adj. Assuefactus, Assuetus.

Accoustumée, signifie quelquefois, Ordinaire, ce qu’on a coûtume de faire. Solitus. On a tenu l’audience aux jours & aux heures accoûtumées. On lui a fait son procès en la forme & manière accoûtumées.

A l’accoustumée, adv. De la manière qu’on avoit accoustumé. Ut solet, de more. On a raccommodé ensemble ces amis qui étoient brouillés : ils vivent maintenant à l’accoustumée. Ce mot n’est en usage que dans la conversation commune.

AcCOUVÉ, ÉE, adj. Qui se tient au coin de son feu en fainéant, en paresseux, sans vouloir en sortir pour travailler. Alsiosus, iners. Cet artisan passe tout l’hyver accouvé au coin de son feu. Il est bas & vieux. Ce mot vient de incubitare. Nicod.

AcCRAVANTER. v. act. Ecraser, accabler sous un poids excessif. Onere obruere, mole opprimere. Si vous lui faites porter ce fardeau, c’est le moyen de l’accravanter. Cet homme a été accravanté sous les ruines de sa maison. Ce mot est composé, & dérivé de crever. Il est vieux.

AcCRÉDITER. v. act. Donner du crédit & de l’autorité ; mettre en réputation & en estime dans le public. Commendare, auctoritatem dare. Il n’y a rien qui accrédite davantage une personne que la bonne foi. Un chef de parti est obligé à caresser un scélérat, qui s’est accrédité parmi le Peuple. M. Esp. Est-ce un prodige qu’un sot riche & accrédité ? La Bruy. Il se joint souvent avec le pronom relatif. Ce Président s’est accrédité dans sa Compagnie par sa capacité & par son intégrité. Ce ministre s’est fort accrédité à la Cour par son zèle & par sa prudence. Les marchands s’accréditent en vendant fidellement.

Ce mot vient d’accreditus, qui a été fait d’accredere, dont on s’est servi dans la basse Latinité, pour signifier, Prêter. Du Cange.

Accrédité, ée. part. pass. & adj. Auctoricate pollens.

AcCROC. s. m. Déchirure d’un habit, rupture qui se fait quand on est arrêté par quelque chose de crochu, & de pointu. Scissura. Il est difficile de passer à travers des ronces & des haies, sans qu’on se fasse quelqu’accroc.

Accroc, se dit figurément en choses morales de ce qui arrête, de ce qui retarde une affaire. Mora, impedimentum. La mort d’une des parties est un accroc qui empêche l’instruction de ce procès. L’accusation qu’on a faite contre cet homme, est un fâcheux accroc qui peut ruiner sa fortune. Il est bas dans ce sens.

AcCROCHE. s. f. Embarras, retardement qui arrive en quelque affaire, à cause de quelque difficulté qui survient. Impedimentum, mora. Les oppositions à ce décret sont des accroches qui retarderont long-temps notre payement.

AcCROCHEMENT. s. m. Action d’accrocher. Unci immissio. Il n’est guère en usage au propre. Quelques-uns s’en servent au figuré. Il y a des gens qui se font descendre des plus nobles familles sur des ressemblances de noms, ou par d’autres accrochemens visionnaires. Cail.

AcCROCHER. v. act. Attacher quelque chose à un crochet, à une cheville, à un clou, à une agraffe. Unco suspendere. Il faut accrocher ce sac à sa cheville. Accrocher sa montre à sa ceinture. Accrocher un tableau. Ce mot vient du Grec ἀκροχεῖρ qui signifie le bout de la main, parce qu’il sert à accrocher.

Accrocher, signifie aussi attacher à quelque chose de fèrme. Unco astringere. Accrochez ce bateau avec sa chaîne à l’anneau de ce pont. Avec le pronom personnel il signifie se prendre à quelque chose. Nos braves s’accrochant se prennent aux cheveux. Boil. On dit qu’un homme qui se noie, s’accroche à tout.

Accrocher, en tèrmes de Marine, signifie, arrêter un navire, le joindre, ou s’y attacher en jetant le grapin pour venir à l’abordage. Harpagonem in navim injicere, harpagare. Ces deux navires étoient accrochés, il y eut entr’eux un rude combat.

Accrocher, se dit figurément en choses morales, & dans le style commun. Il a trouvé moyen d’accrocher son affaire au Conseil, en l’y faisant retenir pour la juger. Ce procès étoit prêt à juger ; la partie l’a accroché par une chicane ; c’est-à-dire, qu’elle y a apporté du retardement par quelque incident. Liti moram injicere. Ce prisonnier alloit sortir, mais il a été accroché par une nouvelle recommandation. Il signifie encore attraper, emporter par finesse.

Dans l’ame elle est du monde, & ses soins tentent tout,
Pour accrocher quelqu’un, sans en venir à bout.

Mol
.

Accrocher, se dit provèrbialement en cette phrase:Belle fille & méchante robe, trouve toujours qui l’accroche.

Accroché, ée. part. & adj. Inuncatus.

AcCROIRE. v. n. Il n’est en usage qu’à l’infinitif, & se met toujours avec le verbe faire. Faire croire à quelqu’un, ce qui n’est pas. Imponere, verba dare, ludificari. Le peuple est si sot, qu’on lui fait accroire tout ce qu’on veut. Vous faites accroire à une infinité de gens que ces points ne sont pas essentiels à la foi. Pasc. D’autres prétendent que faire accroire n’emporte pas que la chose qu’on veut persuader soit fausse ; mais seulement que celui qui l’a dit, a dessein de tromper. Vaug. Ce mot vient de Accredere, qui a été dit en basse Latinité, pour signifier prêter.

Accroire, signifie aussi, Tromper. La plupart des valets en font bien accroire aux maîtres qui se confient en eux.

Il signifie encore, Concevoir de la vanité, s’enorgueillir ; prendre de la fierté d’un mérite qu’on n’a pas, présumer trop de soi-même. Multum sibi arrogare. Les favoris des Princes sont sujets à s’en faire accroire. Cette femme est belle, mais elle s’en fait trop accroire ; elle est trop vaine de sa beauté. Je ne hais rien tant que certains esprits qui s’en font extrêmement accroire.

AcCROISSEMENT, s. m. Augmentation d’un corps. Incrementum, accretio L’Accroissement se fait par l’addition de quelques parties qui sont propres à la nature de ce corps ; & c’est en cela que l’accroissement diffère de la raréfaction, dans laquelle les parties qui augmentent le corps, ne sont pas de la nature du corps qui se raréfie. On juge de la fertilité de l’Égypte par l’accroissement du Nil, selon les degrés de hauteur qu’il marque dans la colonne qui est élevée pour cela dans le Calis. Les chênes reçoivent de l’accroissement jusqu’à 100. ans.

Accroissement, signifie aussi, Agrandissement. L’accroissement de son parc, de sa maison, lui a beaucoup coûté. L’accroissement de sa famille lui sera une occasion de nouvelle dépense.

Accroissement, se dit aussi figurément en choses morales, & signifie l’augmentation, la prospérité. Les passions ont leurs accroissemens, & leurs relâchemens. Sa fortune fait tous les jours de nouveaux accroissemens. Accroissement d’honneurs & de dignités. Honoris amplificatio. Les envieux s’affligent de l’accroissement des richesses, ou de la gloire d’autrui. M. Esp.

Accroissement, terme de Droit; c’est la portion vacante, laquelle est jointe & réünie à la portion qui est occupée & possédée par un autre. Cela arrive entre collègues, ou entre membres d’une Compagnie, entre légataires, ou par la mort ou l’absence d’un associé, ou d’un confrère. Une chose léguée conjointement, tam re, quàm verbis, à deux légataires, appartient pour le total à celui qui survit le testateur, par droit d’accroissement. L’alluvion est


une autre espèce d’accroissement. Il y a des titres exprès dans le digeste qui traitent du droit d’accroissement.

AcCROISTRE, v. act. & n. avec le pronom pèrs. Augmenter la grandeur de quelque chose, la rendre plus étendue. Augere, amplificare. Il a acheté deux maisons voisines pour accroître la sienne. Il est borné de chemins de tous côtés, il ne peut s’accroître. Cette Ville s’est fort accrue par son commerce. Ce Prince a acru son Royaume, il a reculé les bornes de son Etat. Il est aussi neutre, & signifie, devenir plus grand. Crescere, augescere. Son revenu accroît tous les jours.

Accroistre, se dit figurément en choses morales. Son amour, sa colere, s’accroissent au lieu de diminuer. Sa fortune s’accroît. Sa gloire, son crédit, son pouvoir s’accroissent tous les jours. Dans le monde les vertus sont affoiblies par les mauvais exemples, & les vices accrus par le libertinage, & l’impénitence. Flech. Les richesses ne font qu’en accroître la soif. Vaug. La Paix accroît le pouvoir de la Justice. Malh. Tes Discours superflus accroissent mes ennuis. Mol.

Accroistre, en tèrmes de Droit, se dit de ce qui tourne au profit de quelque associé, ou confrère, par la mort ou par l’absence d’un autre. La part de celui qui renonce à une succession accroit à ses cohéritiers. En toutes les Compagnies où il y a bourse commune d’épices, de droits, &c. la part des absens accroit aux présens.

Accru, ue, part. & adj. Auctus.

AcCROUPIR, v. act. qui ne se se dit qu’avec le pronom personnel, pour exprimer la Posture de celui qui abaisse son corps presque contre terre en pliant les genoux, en sorte que le derrière touche presque les talons. Sidere, in clunes residere. La plupart des Orientaux s’accroupissent au lieu de s’asseoir. Il y avoit une vieille qui étoit cachée & accroupie derrière un buisson, qui entendit tout leur entretien.

Accroupi, ie. Terme de Blason, qui se dit d’un lion quand il est assis & de même d’autres animaux sauvages, quand ils sont assis. In clunes residens. On le dit des lièvres, & des lapins qui sont ramassés : ce qui est leur posture ordinaire quand ils ne courent pas. D’azur au lion accroupi d’argent, &c.

AcCROUPISSEMENT, s. m. Etat de ce qui est accroupi. accroupi. Incubitus. L’accroupissement d’un lièvre en forme. Ce mot est peu en usage, & est composé de croupe.

AcCUEIL. s. m. Traitement, réception qu’on fait à une pèrsonne qui arrive, ou qui nous aborde. Acceptio, exceptio. Il se prend en bonne, ou en mauvaise part : l’épithète qu’on y joint la détermine. Je me suis laissé tromper par l’accueil hypocrite que m’a fait ce rusé Courtisan. M. Scud. Les grands gagnent l’amitié des Peuples en faisant un bon accueil aux personnes qui les approchent. Il m’a fait un accueil froid, & désobligeant : j’en attendois un accueil plus favorable.

Accueil, seul & sans épithète, se prend d’ordinaire en bonne part. Il signifie la manière civile & honnête dont on reçoit une personne, & le secours qu’on lui donne. Faire accueil à tout le monde. L’accueil qu’a fait ce Seigneur à cet infortuné Gentilhomme en le retirant dans sa maison, lui a sauvé la vie & l’honneur. Son accueil charme tous ceux qui l’abordent.

AcCUEILLIR, v. act. Recevoir ceux qui ont à faire à nous, ou qui nous rendent quelque visite. Accipere, excipere leniter, amicè. Il l’accueillit avec des témoignages d’une grande tendresse. La première pratique de la civilité est de bien accueillir toutes sortes de personnes. On conj. J’accueille, tu accueilles, il accueille : j’accueillis ; j’ai accueilli ; j’accueillerai ; j’accueillerois, &c.

Sa maudite grimace est par-tout bien venue ;
On l’accueille, on lui rit ; par-tout il s’insinue. Mol.

Ce mot vient du Latin adcolligere. Ménag. J’aimerois mieux l’éviter en disant, Il m’a fait un bon accueil, ou si vous voulez, il m’a reçu très-favorablement. Accueillir est douteux.

Accueillir, signifie aussi, Donner secours, protection, retraite. Praesidium ferre. C’est une grande ingratitude de méconnoître dans la prospérité ceux qui nous ont accueillis, & qui


nous ont secourus dans notre misère.

Accueillir, signifie encore plus particuliérement, Recevoir dans un Bateau, dans un Navire. Ce batelier n’est pas loin du port, il faut lui crier qu’il vous vienne accueillir. On envoya une barque pour accueillir ceux qui se noyoient après le débris de ce vaisseau.

Accueillir, se dit figurément en choses morales. Occupare, adoriri. Il ne faut pas se laisser accueillir par la nécessité ; c’est-à-dire se laisser presser, & accabler par la misère. Nous n’étions pas loin du port, lorsque nous fûmes accueillis par la tempête ; c’est-à-dire, battus & surpris par l’orage. Le P. Bouhours blâme accueillir dans cette signification, d’autres soutiennent qu’il est bon. Il vaut mieux chercher un autre tour.

Accueilli, ie, part. & adj. Acceptus, exceptus.

AcCUL, s. m. Lieu étroit & bouché d’où on ne peut sortir quand on est poursuivi par les ennemis. Angustiæ. On le dit particulièrement à la chasse des lieux où on réduit le gibiér.

Acculs, sont aussi les lieux les plus enfoncés des terriers, où les renards ou bléreaux ont toute leur famille. Fundula. On appelle Carrefours, les principaux conduits ou creux qui mènent à leurs acculs. On appelle encore Acculs, en termes de chasse, les bouts des forêts & des grands bois.

AcCULEMENT. s. m. Tèrme de Marine, qui se dit de la concavité & rondeur de quelques membres qui se placent à l’avant, & à l’arrière sur la quille du vaisseau. Varangues acculées, sont celles qui sont rondes en dedans. Ozanan dit qu’on appelle acculement, la proportion avec laquelle chaque gabary s’élève sur la quille plus que le premier gabary.

AcCULER, v. act. Pousser des ennemis dans un lieu étroit & fermé, d’où ils ne puissent échapper ; les réduire à ne pouvoir reculer, en sorte qu’ils soient obligés de combattre, ou de périr. In angustias redigere, complere. On a acculé les ennemis dans ce détroit de Montagnes, où on les fera périr de faim. On le dit aussi des sangliers, des renards, &c. Les chiens ont acculé le loup.

s’Acculer, signifie au contraire, se placer dans un coin, se retirer dans un lieu étroit où on ne puisse être attaqué par derrière, pour se mieux défendre contre plusieurs ennemis de front. Locis postico imperviis uti ad defensionem. Ce brave s’est acculé contre une muraille, pour n’être point enveloppé par les ennemis. Le taureau s’accule, quand il est pressé avec trop de vigueur par des dogues.

Acculer, en tèrmes de manège, se dit lorsque le cheval qui manie sur les voltes, ne va pas assez en avant à chacun de ses mouvemens ; ce qui fait que les épaules n’embrassent pas assez de terrein, & que sa croupe s’approche trop près du centre de la volte.

Acculé, ée, part. & adj. In angustias redactus.

En termes de Blason, on appelle un cheval acculé, quand il est cabré en arrière & sur le cul. In clunes residens. On le dit aussi de deux canons sur leurs affûts, dont les culasses sont opposées l’une à l’autre ; comme ceux que le Grand Maître de l’Artillerie met au bas de ses armoiries, pour marques de sa dignité. Ce mot se tire du Latin culum. On dit un cul-de-sac.

AcCUMULATION. s. f. Entassèment ; amas de plusieurs choses les unes sur les autres. Accumulatio, coacervatio. Accumulation de richesses. Il n’y a rien de plus ruineux que de laisser faire une accumulation d’arrérages.

On dit au Palais, une accumulation de droits, ou cumulation, quand quelqu’un prétend un héritage, un bénéfice, en vertu de plusieurs droits de différente nature, comme par mort, par résignation, &c.

AcCUMULER, v. act. Entasser, assembler, amasser plusieurs choses ensemble. Accumulare, coacervare, congerere. Les avares ne songent qu’à accumuler trésors sur trésors. On a puni ce scélérat, qui avoit accumulé crimes sur crimes. On dit aussi en Jurisprudence Canonique, accumulant droit sur droit, quand on obtient cession du droit d’une autre partie pourvue du même Bénéfice.

Accumulé, ée. part. Accumulatus, Congestus. Ce mot vient d’accumulatio, accumulare.

AcCUSATEUR, Accusatrice, subst. masc. & fém. Celui ou celle qui accuse, ou qui poursuit quelqu’un en justice criminellement. Accusator, accusatrix. Par le Droit civil il n’y avoit point d’accusateur public. Chaque particulier, soit qu’il eût interêt au crime public, ou non, pouvoit accuser, & conclure au châtiment de l’accusé. En France il n’y a que le Procureur Général, ou ses Substituts préposés dans chaque Siége, qui se puissent constituer accusateurs ; c’est à eux seuls à qui appartient la vengeance publique. La partie civile ne peut conclure qu’à la réparation, & aux intérêts, & non pas à la punition du criminel. En quelque lieu que se trouve un Parricide, il rencontre un Accusateur, un Juge, & un Bourreau. Le Mait. Cette femme est une dangereuse accusatrice. Son accusatrice parut fort animée contre lui. Au dernier jour nos péchés se présenteront comme autant de cruels accusateurs. Nicol.

AcCUSATIF. s. m. Terme de Grammaire. C’est le quatrième cas des noms qui se déclinent. Accusandi casus, accusativus. Il marque & désigne le terme d’une action, ou d’un rapport, le sujet où passe l’action du verbe, ou de la préposition. Un verbe actif régit l’accusatif. Il y a des prépositions qui demandent après elles un accusatif. En François l’accusatif est semblable au nominatif.

AcCUSATION, s. f. Délation en Justice pour quelque crime. Accusatio. Intenter une accusation injuste, calomnieuse. Vous ferez bien de prévenir une accusation si redoutable ; ou de la repousser vigoureusement, si elle est déja formée. Ablanc. Susciter une accusation capitale. Il y a vingt chefs d’accusation contre ce criminel. L’accusation des crimes privés n’étoit recevable par le Droit Romain qu’en la bouche de ceux qui y avoient intérêt : pour les crimes publics l’accusation pouvoit être intentée par quiconque la vouloit entreprendre.

Il signifie aussi, Confession. Confessio. Il faut faire une sincère accusation de nos péchés au Prétre.

Accusation, se dit aussi des légères fautes dans les complimens ordinaires. L’accusation que vous me faites de n’avoir point songé à vous en votre absence, est mal fondée.

AcCUSER. v. act. Intenter une action criminelle contre quelqu’un, soit en son nom, soit sous le nom de la partie publique, qui est toujours le Procureur-Général, ou son Substitut. Accusare. Il n’appartient qu’au mari d’accuser sa femme d’adultère. On a accusé de concussion un tel Officier. Caton, l’homme le plus


Ainnocent de son siècle, avoit été accusé 42. fois, & absous 42. fois. Dans l’esprit de la plûpart des gens, c’est assez d’être accusé pour être coupable. Voit. Un homme de bien accusé injustement, ôte à la prison même ce qu’elle a d’ignominieux. Bouh.

Accuser, signifie quelquefois simplement, Reprocher. Tous ses amis l’accusent de paresse à faire réponse aux lettres. On accuse les François de légèreté & d’imprudence. Ceux qui accusent la Providence, pour ce qu’elle rend l’adultère aussi fécond qu’un mariage légitime, se scandalisent mal à propos. La Pl. Malherbe, parlant d’un Scélérat heureux, ajoûte :

Mais le Ciel accusé de supporter ces crimes,
Se veut justifier.

On accuse souvent de beaux yeux, dont toute la force est dans la foiblesse du cœur qu’ils ont blessé. S. Evr. Je ne m’accuse que de trop de délicatesse pour mes amis, bien loin de les négliger. Id.

Ma juste impatience
Vous accusoit déjà de quelque négligence. Rac.

Accuser, signifie aussi, Impugner un acte, contester sa validité à cause de quelque défaut essentiel. Impugnare. Accuser un acte de faux. Accuser un testament de suggestion.

Accuser, signifie aussi, confesser sa faute, ou nommer ses complices. Confiteri. Le remords a quelquefois obligé les criminels à s’accuser eux-mêmes. Ce Criminel a tout confessé, & a accusé ses complices. Il a accusé bien des gens dans son testament de mort.


Accuser, signifie aussi simplement, déclarer. Enunciare, exponere. Il a accusé 50. de point au piquet ; il a accusé la réception de ma lettre ; pour dire, Il a dit qu’il avoit 50. de point; qu’il avoit reçu ma lettre.

Accuser, avec le pronom pèrsonnel, se déclarer coupable. Insimulare se. Ce Criminel s’est accusé lui-même. Il faut qu’un Pénitent s’accuse franchement de ses péchés à la Confession. Les Persécuteurs semblent s’accuser de n’être pas bien convaincus eux-mêmes de la force & de l’évidence de leurs raisons, puisqu’ils emploient la violence. Cl.

Accusé, ée, part. pass. Accusatus.

Accusé, se prend quelquefois substantivement. L’accusé a donné de bons reproches contre les témoins. On doit entendre l’accusé à peine de nullité du jugement. L’accusé ne peut point résigner quand le crime emporte la privation de son Bénéfice. Bouch. Par les dures Loix de l’Inquisition l’on contraint l’accusé à s’accuser lui-même du crime qu’on lui suppose. Inq. de Goa. L’accusé n’est point reçu à accuser son accusateur, ni à user de récrimination, avant qu’il se soit purgé. De Laun.

ACE.

ACENSE. Cf. Héritage, ou ferme qu’on tient à perpetuité, ou à longues années, d’un Seigneur à certain cens & rente, ou à prix d’argent. Fun dus pretio conductus. Cette métairie est une acense d’une telle Abbaye. Il n’est pas proprietaire de cet héritage, il le tient en acense d’un tel Seigneur. Ce mot est un compose dc census, signifiant rente annuelle, ou cens.

ACENSEMENT. s. m. L’action d’acenser. Conductio, locatio fundi. L’acensement d’un heritage.

ACENSER. v. act. Donner à cens, ou à rente. Fundum locare. Un Seigneur feodal acense une terre à une telle quantité de cens, ou de redevance seigneuriale.

Acenser, signifie aussi en plusieurs Provinces, Donner à ferme moyennant un certain prix & redevance annuelle pour un certain temps. Il n’a pù acenser cette metairie, elle lui est demeurée sur les bras faute de fermier. Ce mot vient du Latin census, revenu.

ACÉRER. v. act. Tèrme de Taillandier. Garnir d’acier un outil de fer ; y joindre ou appliquer de l’acier, soit à la pointe, comme aux burins ; soit au tranchant, comme aux couteaux & cimeterres ; soit sur la face entière des outils, comme aux enclûmes, &c. Durare ferri aciem chalybe. On a dit acérer pour aciérer.

Acéré, ée. adj. qui est d’aciér, ou ce à quoi on a joint & appliqué de l’acier. Ferrum chalybe duratum. On le dit des instrumens de fer destinés à couper, à limer, à trancher, à forger. Un cimeterre acéré & bien tranchant. Les enclumes, les bigornes, & autres outils semblables sont aussi acérés, parce qu’on les couvre d’aciér.

Acéré, s’employe par quelques-uns au figuré, pour signifier, mordant, perçant, tranchant. C’est une plume bien acérée. La pauvreté est un glaive bien acéré. Mau. Il faut pourtant s’en servir avec discrétion.

ACÈRTENER. v. act. Vieux mot. Assurer, affirmer. Affirmare.

ACÉTABULE. s. m. Tèrme d’Anatomie. Acetabulum. Il a différentes significations. Il se dit des cavités profondes de quelques os, dans lesquels sont reçues de grosses têtes d’autres os, pour faire les mouvemens. La cavité de l’os ischium, qui reçoit la tête de l’os de la cuisse, est appelée Acétabule, Cotyle ou Cotyloïde.

Il se dit d’une autre chose dont les Anatomistes ne conviennent point ; les uns appellent Acétabules les orifices des vaisseaux répandus dans la surface interne de la matrice ; Harvée croit que ce sont de petites cellules du placenta, ou de ce qui tient lieu de placenta dans les femelles de plu-


sieurs animaux. Le sentiment le plus probable est celui dans lequel on dit que les acetabules sont ces glandes qui s’élèvent dans la matrice des brebis & des chèvres, lorsqu’elles sont pleines, & qui sont ainsi appelées, parce qu’elles sont faites en forme de coupe ou de godet : ce qu’on ne remarque pas dans les femelles des autres animaux, non plus que dans la femme.

Acétabule, signifie encore une certaine mesure dont les Apoticaires se servent pour les choses liquides. Voyez Cotyle, Cotylédon.

ACETABULUM. s. m. Sorte de Plante, appelée autrement Umbilicus veneris. Il y en a de deux sortes : l’un dont les feuilles sont creuses, & tournées comme un acétabule, ou une coupe. L’autre jette une tige menue, & produit des fleurs semblables à celles de millepertuis. Cette plante a les feuilles larges & fort épaisses. Sa graine, qui est un peu grosse, a les mêmes propriétés que la joubarbe.

ACH.

ACHALANDER. vèrbe actif. Attirer les chalands, accréditer, mettre une boutique, ou une maison, en réputation d’avoir de bonne marchandise, & à bon prix. Emptores allicere. Toute la fortune d’un marchand consiste à bien achalander sa boutique. C’est un terme du peuple, ou tout au plus de la convèrsation.

Achalander, est quelquefois neutre pass. & se met avec le pronom personnel. Cet homme commence à s’achalander. On le dit aussi en badinant, d’une personne qui a beaucoup d’intrigues : cette fille est fort achalandée.

Achalandé, ée. part. pass. & adj.

ACHARNEMENT. s. m. Forte passion, emportement, attachement opiniâtre à quelque chose. Libido, propensio. Il se dit plus ordinairement en mauvaise part. Il a un furieux acharnement pour la débauche.

Acharnement, se dit encore de la fureur & de l’animosité avec laquelle on persécute quelqu’un. Insectatio vehemens, acerba. Ces deux Auteurs ont un furieux acharnement à se perdre mutuellement ; ils se déchirent par-tout.

<poem class="verse" > Tous les dévots de cœur font aisés à connoître. Jamais contre un pécheur ils n’ont d’acharnement ; Ils attachent leur haine au péché seulement. Mol.

ACHARNER, v. act. Donner aux bêtes le goût, l’appétit de la chair. Carnis famem, ou appetitum, excitare, irritare, ciere. On acharne les chiens, les oiseaux de proie à la curée. On dit aussi en Fauconnerie, acharner l’oiseau sur le tiroir, soit au poing avec le tiroir, qui est une aile de chapon ou de cocp-d’Inde ; ou en attachant le tiroir au leurre. Accipitres oblatâ escâ pascere. Il y a des oiseaux farouches qui ne s’acharnent jamais, & qui se laissent plutôt mourir de faim.

Acharner, animer. Irritare. On les a acharnés les uns contre les autres.

Acharner, se dit figurément en Morale avec le pronom personnel, pour dire, s’attacher avec fureur, avec opiniâtreté, à persécuter quelqu’un, à le blâmer. Acriter infectari. Ces deux plaideurs sont furieusement acharnés. Il signifie quelquefois s’adonner avec excès. Ferri immoderatiùs. Il est dangereux de s’acharner au jeu. Ce Docteur est si fort acharné à l’étude, qu’il se dessèche sur ses Livres. S. Evr. Ce mot est un composé, & dérive de chair.

Acharné, ée, part. & adj.

ACHAT. s. m. Acquisition ; traité par lequel on achète. Emptio. Il a fait aujourd’huy l’achat d’une terre à sa bienséance. Il a fait un mauvais achat. Il se prend aussi pour la chose achetée. Je veux vous montrer mon achat. Achat passe louage, est un proverbe tiré des Coutumes de Namur ; c’est-à-dire, que l’acheteur d’un héritage peut déposséder le locataire. Ce mot vient du Latin adcaptare, ou adceptare.

ACHE. s. m. Espece de persi1 qui croit dans les marais, & qui a des fleurs blanches. Apium palustre. Cette plante est medecinale:on se sert de la racine. Elle est apéritive.

Ache Royale. Plante qui fleurit tous les ans, & qui pousse une fleur blanche, ou jaune au bout de la tige. Apium. Les Grecs en certains jeux donnoient une couronne d'ache au vainqueur.

ACHEMENT. s. m. Terme de Blason, se dit des lambrequins découpés ou chaperons, qui enveloppent le casque & l’écu. Fluentes circa scutum & galeam laciniæ. Ils font découpés d’étoffe & ornés de perles, & de broderie ; parce qu’en vieux François on appeloit achêmes toutes sortes d’ornemens, & particulièrement ceux des femmes ; comme coiffes, guimpes, atours, chaînes, anneaux, &c.

ACHEMINEMENT. s. m. Il ne se dit point dans le propre. Disposition à une chose, préparation qui en fait espérer le succès. Gradus, via. Le mépris des grandeurs de ce monde est un acheminement à la perfection. Le gain de la bataille fait un acheminement à la paix. Sar. Un premier pas si heureux fut un acheminement à une plus grande fortune. M. Scud.

ACHEMINER, v. act. Qui ne se dit au propre qu’avec le pronom personnel, Se mettre en chemin. In viam se dare, contendere, tendere, pergere. Iter instituere, intendere. Ces Voyageurs se sont enfin acheminés. Il s’achemina vers la Cappadoce. Vaug. Il s’achemina par les déserts, pour surprendre l’ennemi à l’improviste. Ablanc. Les Croisés s’acheminoient gais & gaillards à l’entreprise de la guerre sainte, comme assurés d’acquerir le Paradis. Pasq.

Acheminer, se dit figurément en Morale, des desseins, des affaires, des entreprises, pour dire, les avancer, les mettre en bon train pour l’exécution. Perducere, administrare, gerere, procurare. Une vive foi achemine les Chrétiens à la gloire éternelle. Cet Avocat a fort bien acheminé cet affaire, il l’a mise en train de réussir. Le Roi n’a point fait de conquête qu’il n’ait méditée auparavant, & où il ne se soit acheminé comme par degrés.

Acheminé, ée. part. pass. & adj. Viam, ingressusus.

On appelle en termes de Manège, un cheval acheminé, celui qui est accoutumé à aller droit devant lui, qui connoit la bride, & répond aux éperons ; qui est dégourdi, & rompu. Aptus, idoneus.

Ces mots se tirent du primitif chemin.

ACHETER. v. act. Acquérir quelque chose à prix d’argent dont on convient. Emere. Il a acheté une terre, & l’a bien payée : il l’a achetée à beaux deniers comptans. Il a acheté les droits de cette succession. Il a acheté beaucoup d’étoffes à crédit. J’achèterois cela au poids de l’or, pour dire, chèrement.

Dès que l’impression fait éclore un Poëte,
Il est esclave-né de quiconque l’achete. Boil.

On dit aussi, acheter des bans ; pour dire, obtenir la dispense de les publier. Quelques-uns dérivent ce mot de acceptare, parce que le consentement de l’acheteur est ce qui rend parfait le contrat de vente. Ménage & du Cange veulent qu’il vienne de accaptare, qui se trouve dans les Capitulaires, & signifie petere & acquirere. D’autres le dérivent de l’Italien cattare & accattare. Les Picards disent encore acater.

Acheter, se dit figurément en Morale, pour marquer les difficultés qu’il a fallu lever, les obstacles qu’il a fallu surmonter, les peines qu’il a fallu essuyer pour obtenir une chose. Redimere carè. Il m’a fait acheter bien cher la grâce que je demandois. Carè vendidit. Prenez garde d’acheter un bien imaginaire, aux dépens d’un vrai bien. Je n’achete point si cher des espérances. Dac. Les hommes sont tellement amoureux de la liberté, qu’ils l’achètent au prix de la vie. Dur. Ce partisan enrichi par les concussions, a acheté de la naissance, & un nom. La Bruy.

On le dit proverbialement en parlant du vin. Qui bon l’achète, bon le boit.

Acheté, ée. part. Emptus, a.

ACHETEUR. s. m. Celui qui acheté. Emptor. C’est l’acheteur d’une maison qui paye les droits seigneuriaux dans la Coutume de Paris. C’est une espèce de revenu, que de n’être pas grand acheteur. Dur. Cette femme est une grande acheteuse ; c’est-à-dire, qu’elle a la passion d’acheter tout ce qu’elle voit. On appelle aussi un acheteur de droits litigieux, celui qui achète des procès, des prétentions. On dit en proverbe, qu’il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs.

ACHÉVEMENT. s. m. Fin d’un ouvrage ; la perfection qu’on donne à une chose. Perfectio, consummatio. Nous ne verrons


pas l’achévement du Louvre. On ne peut contraindre à, payer avant l’achévement du terme, avant qu’il soit échu. Dans les ouvrages de l’Art, c’est le travail, & l’achévement que l’on considère. Boil.

Achévement. Terme de Poëtique. C’est dans le poëme épique le dernier passage de l’agitation & du trouble, au repos & à la tranquillité ; le point qui termine le dénouement. Il y a de la différence entre le dénouement & l’achévement. L’achévement est un point & un instant sans étendue & sans durée, au lieu que le dénouement n’est pas sans longueur. L’achévement est donc la fin du dernier dénouement. Dans l’Eneïde, la mort de Turnus fait l’achévement, parce qu’elle fait cesser l’action d’Enée. Le Bossu. On dispute si l’achévement doit laisser le héros dans une tranquillité heureuse, ou s’il est libre de le laisser Malheureux. A peine voit-on de poësie qui finisse par le malheur de son héros. Id.

ACHEVER, v. act. Finir, terminer, perfectionner quelques ouvrages. {lang|la|Perficere, absolvere, consummare}}. Dieu acheva l’ouvrage de la création en six jours, & consacra le septième au repos. Achever comme on a commencé. Rarement on achève bien ce que l’on a mal commencé. C’est la Loi Universis Cod. Qui dare Tut. vel Cur. Principio quae sunt inchoata malo, vix bono peraguntur exitu. Permettez que j’achève mon discours. Achevez vîte, finissez. Attalus, chez Martial ; le Thrason, chez Térence ; le Suffenus, chez Catulle, étoient des hommes à tout entreprendre, & à ne jamais rien achever. De Roch. Il se met aussi avec le pronom possessif. Il s’est achevé de perdre par son imprudence.

On le dit aussi avec le pronom personnel. Ce livre s’acheve ; il est tantôt fait.

Achever se dit aussi en Morale, pour dire, Mettre une chose à sa derniére perfection. L’étude commence un honnête homme, & le commerce du monde l’achéve. S. Evr. Voilà un ouvrage acheve, on n’y peut rien ajouter. C’est un homme achevé, qui a toutes sortes de vertus & de perfections. Il jouit d’un bonheur, d’une fortune achevée, à qui il ne manque rien. Souvent les Auteurs ne se donnent pas la peine d’achever leurs ouvrages ; c’est-à-dire, de les polir, & de les revoir.

On dit aussi, Achever ses jours, achever de vivre, achever sa carrière ; pour dire, Mourir. Vitam finire, supremum diem obire. Les mourans laissés sur le Champ de bataille prient qu’on les achève par pitié.

On dit proverbialement, Voilà pour l’achever de peindre ; pour dire, Achever de le ruiner, quand il vient un nouveau malheur à quelqu’un qui l’accable. On l’employe aussi, pour dire, Enyvrer entierement. Il ne falloit plus, dit-on, que cette santé pour l’achever.

Achevé, ée, part. pass. & adj. Fini, terminé. Finitus.

Achevé, Parfait, accompli. Perfectus, Absolutus. Quand il se dit des choses, il se prend plus ordinairement en bonne part:C’est une piéce achevée. Il arrive souvent que les choses se présentent plus achevées à notre esprit, qu’il ne les pourroit faire avec beaucoup d’art. La Rochef. L’on ne pouvoit rien voir de plus achevé que sa taille. Quand il se dit des personnes, il se prend en bonne & en mauvaise part. C’est un Prince achevé. C’est un fou achevé ; pour dire, Entiéremenc fou.

En termes de Manège, on appelle un cheval achevé, celui qui est bien dressé, & qui ne manque point à faire un certain manège. On dit, un cheval commencé, acheminé, & achevé; pour exprimer les diverses dispositions & états d’un cheval qui a de l’école.

Ces mots viennent de chef, comme qui diroit, mettre à chef, mettre à perfection.


ACHIER. s. m. Vieux mot. C’étoit le lieu où l’on mettoit les ruches des abeilles. Alvearium On trouve dans une ancienne Coutume : l’essain d’Aviettes est mien, & le vy partir de mon achier.

ACHILLE. s. m. Terme d’Anatomie. C'eszt le nom qu'on donne à un grozs tendon qui se rend à la plante du pié ; parce que selon la Fable, Achille mourut du coup dont il fut frappé en cet endroit.

Achille. Nom qu’on donnoit dans les écoles à l’argument principal de chaque Secte. Achilles. Voila son Achille ; c’est-à-dire, une raison invincible, un argument auquel on ne peut rien opposer. En particulier on appelait Achille, le fameux argument de Zenon d’Élée contre le mouvement. Ce Philosophe mettoit en comparaison la lenteur d’une tortue avec la vitesse d’Achille, pour montrer qu’un mobile lent, qui précède tant soit peu un mobile vite, n’en peut jamais être devancé.

ACHILLÆA. s. f. Plante ainsi appelée, à ce


que dit Pline, d'Achille disciple du Centaure Chiroçn, qui le premier s'en servit à guérir les ploayes. C'est une espèce de mille-feuille, qui pousse des verges canelées, de la hauteur d'une palme, & quelquefois de trois coudées. Ces feuilles sont semblables à celles de la mille-feuille terrestre ; mais plus larges & plus courtes, fort découpées, d'un goût amer, & d'une odeur forte & aromatique. Ses fleurs sont des bouquets composez de plusieurs feuilles ; celles qui occupent le centre sont jaunes, & celles de la circonference, blanches. En Latin, millefolium nobile ou Achillea Dioscoridis. Cette plante est très-bonne contre les pertes de sang, & pour prévenir les avortemens.

ACHIOTTE. s. f. Fruit fort estimé par les Indiens, qui vient de la nouvelle Espagne, qui croît à un arbre nommé Achiote, ou Pamaqua, qui est assez semblable à l’oranger. Le tronc est roux & les branches aussi. Ses feuilles sont comme celles de l’orme pour la couleur & l’âpreté, ses fleurs blanches & purpurines distinguées en cinq feuilles, taillées en étoile. Son fruit est gros comme une petite amande verte, quadrangulaire, avec une écorce semblable à la première écorce de la châtaigne, contenant plusieurs grains rouges, comme des raisins, mais plus ronds. Il est vert toute l’année, & porte son fruit au printemps, & alors on le taille. On tire du feu de son bois comme d’un caillou. De son écorce on fait des cordes plus fortes que celles de chanvre. De sa semence on fait de la teinture pour colorer en rouge cramoisi, & on la mêle avec succès dans toutes les potions réfrigérantes. On en fait une pâte à mesure qu’elle sèche. On en fait des boules, des tourteaux, & on les vend en forme de brique. Ceci est tiré de François de Ximénez, de Laed, & d’Eusébe de Nuremberg, qui en ont fait la description.

ACHIT. s. m. Espèce de vigne qui croît à Madagascar, & dont le raisin est de la grosseur de notre verjus. Cette vigne donne beaucoup de grappes vers les mois de Décembre, Janvier & Février. Ses sarmens sont toujours verts ; ses feuilles sont arrondies, entières & semblables à celles du lierre. Les Sauvages appellent son fruit Voachis. Flacourt, Hist. Madag. 138.

ACHOISON. s. f. Vieux mot François, qui veut dire occasion : il vient d’Occasio. Huet. On disoit aussi, achaison, acoison, aquoison.

ACHOPPEMENT. Occasion de faute ; sujet de scandale. Offensa, offendiculum. Il ne se dit qu’au figuré, & presque toujours dans cette phrase : Pierre d’achoppement. Cet Auteur raisonne sur un faux principe ; c’est une pierre d’achoppement qui le fait broncher par-tout. Quelques-uns emploient ce mot seul. C’est l’achoppement de l’antiquité ; pour dire, l’écueil. On dit encore, être en achoppement à quelqu’un ; pour dire, le traverser dans ses entreprises, & chercher à le chagriner par-tout.

ACHRONIQUE. adj. Terme d’Astronomie, qui se dit d’un astre ou d’un point du ciel qui est opposé au soleil dans son lever, ou dans son coucher ; c’est-à-dire, que l’un se leve, quand l’autre se couche, & que l’étoile étant en opposition au soleil, se fait voir toute la nuit. Achronicus. Le lever achronique de Mars, lequel se trouve alors plus près de la terre que le soleil, a fait abandonner l’ancien système de Ptolomée, qui place la terre dans le centre du monde, & Mars au-delà du soleil. Ce mot vient de l’α privatif & de ϰρόνος, tempus, temps.

ACI.

ACIDE. adj. m. & f. Aigre, piquant ; tels que sont les citrons, les grenades, & les fruits qui ne sont pas mûrs. Acidus. Les liqueurs acides sont rafraîchissantes. Toutes les choses aigres font maigrir, parce que leurs parties acides sont comme autant de petits couteaux tranchans, qui brisent subtilement les parties du chyle propres à la nourriture, & les entraînent dehors avec elles. Par la même raison les liqueurs mêlées d'esprits acides tempèrent l'ardeur de la fièvre, parce que ces particules acides rompent & atténuent les parties du sang qui fermentent avec trop de violence.

Acide, s. m. Terme de Chymie. Acidum. Sel piquant, & dissolvant. Il est en ce sens opposé à l'alkali : & sur ces deux principes quelques Chymistes, & quelques Médecins modernes ont fondé une nouvelle explication de toutes les causes physiques. L'eau prise immodérément émousse les acides de l'estomac, & lui ôte la force de cuire les alimens. On le fait venir du Grec ἀϰίς, pointe, parce que les acides piquent la langue.

 Le vitriol est le plus grand des acides, ensuite le sel marin, & puis le salpêtre, le soufre, le vinaigre, & enfin l’alun. Tous les acides ont pour source les rayons du soleil incorporez avec l’alcali. Cet acide diffère de ce qu’on appelle au propre aigre ; parce que l’aigre ne se dit proprement que de la saveur ; au lieu que l’acide des Philosophes se dit de tout ce qui est corrosif, & qui pénètre, dissout, ou corrompt la substance des choses. Il est composé de petites parties aiguës qui s’insinuent dans les pores des corps qu’elles rencontrent, & en font la désunion, & la séparation. Les liqueurs acides rougissent la teinture du tournesol. Voyez l’effet des acides, pour le changement des couleurs & des saveurs, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, écrits par Mr Dodard ; ou dans le Traité de Mr Boyle, de la nature des couleurs. Voyez cy-après Alkali.

ACIDITÉ. s. f. Qualité aigre & piquante qu’on trouve dans tous les acides. Un peu de vitriol laisse dans l’eau une acidité agréable. Le vinaigre & le verjus ont des acidités différentes. L’acidité des câpres réveille l’appétit. On corrige l’acidité des limons par le sucre. Les alimens, qui par leur acidité, produisent une fermentation, causent la fièvre.

ACIER, s. m. Fer rafiné, purifié par l’art, & conduit à une plus parfaite mixtion, par la coction du feu, & par l’attraction d’une humidité convenable qui engraisse sa sécheresse naturelle, & le rend plus blanc & plus solide, avec un grain plus petit & plus fin. Acies, Chalybs. C’est celui de tous les métaux qui est susceptible d’une plus grande dureté, quand il est bien préparé. On le fait en le tenant dans un grand feu parmi des cornes de bœuf, & des charbons de saule, ou de hêtre, & en le plongeant dans des eaux ou décoctions astringentes & fort froides, après l’avoir coupé en plusieurs parties, & fait fondre plusieurs fois. Mr Felibien en compte de cinq sortes.

Le petit Acier commun, qu’on appelle Soret, Clamesy, ou Limosin, est le moindre en prix. On le vend par carreaux, ou billes. Le meilleur est celui qui est sans pailles, ni surchauffures, & qui paroît net, & d’un grain blanc & délié, quand on le casse. Mais s’il est plein de veines noires, ou de pailles, que l’on apperçoit aisément en le rompant ; ou s’il est surchauffé, c’est-à-dire, s’il a eu trop chaud, en sorte qu’il paroisse comme grillé & en petits grumeaux, il ne vaut rien.

L’Acier de Piémont est aussi en carreaux, plus gros que le clamesy. Pour le bien choisir, il faut prendre garde si les carreaux sont nets, sans pailles & sans surchauffures. S’il a des taches jaunâtres, c’est une marque qu’il est difficile à souder & à allier avec le fer. Il vient de Piémont deux sortes d'acier. L’un artificiel, & l’autre naturel. L’artificiel est le moins bon. Pourvu cependant qu’il soit bien trempé & affiné deux fois, il sert à acérer des marteaux, & autres outils propres à un travail de force & de violence.

L’acier qui vient d’Allemagne, est en petites bandes. On l’emploie à faire des épées, des ressorts, &c.

L’Acier de Carme, ou à la Rose, vient aussi d’Allemagne & de Hongrie. Il est bon à faire des ciseaux, des rasoirs, des instrumens de Chirurgie, &c. Ces deux sortes d’Acier d’Allemagne sont les meilleures dont on se serve en France.

L’Acier de grain, ou l’Acier de Motte, ou de Mondragon, est apporté d’Espagne par grosses masses. Quand il est bien choisi & bien affiné, il est propre à acérer des outils qui doivent être durs, & avec lesquels on travaille à des ouvrages pénibles, comme à couper le marbre.

L’acier de Damas, est celui qui vient de Damas en Syrie, qui a un grain si fin, qu’il coupe le fer sans être trempé. On dit que sa trempe se fait des impressions de l’air, lors qu’un cavalier courant à toute bride le tient à sa main, & en fait la roue dans l’air. On le trempe aussi sur un chamois mouillé, en passant le tranchant dessus, comme si on vouloit couper le chamois.

Une bille d’acier est une pièce d’acier qui a quatre ou cinq pouces de long, & deux ou trois lignes d’épaisseur. On envoie aussi de l’acier en barre, & d’autre en pains larges & plats, de différentes grandeurs & épaisseurs.

Acier, se dit poétiquement d’une épée. Un fin


acier lui fit voler la tête de dessus les épaules. En ce sens il ne s’employe qu’en poésie.

Ce mot, selon Ménage, vient de aciarium, dont les Italiens ont fait acciaro, & les Espagnols azcro, qui viennent tous du Latin acies, dont Pline s’est servi pour le mot de chalybs. D’autres disent qu’il a été aussi nommé ex iterata ustulatione, tanquam Assarium, ou Assatum. Papias dit que le mot aciare a signifié acier dans la basse Latinité. Les Latins l’appeloient chalybs, à cause de la trempe qu’ils lui donnoient dans un fleuve d’Espagne, appelé Chalybs ; ou à cause des Chalybes, peuples de Cappadoce, dont Virgile a dit : At Chalybes nudi ferrum, &c.

ACO.

ACOLALAN. s. m. Insecte de l’île de Madagascar. Il ressemble à une punaise. Il est plus gros.

ACOLYTHE. s. m. Terme Ecclésiastique. Acolytus. Les Grecs donnoient ce nom à ceux qui étoient inébranlables dans leurs résolutions. C’est par cette raison que les Stoïciens furent appelés Acoly bos ; parce que rien ne pouvoit leur arracher leurs sentimens. Ils trouvoient même qu’il y avoit de la lâcheté à en changer. Depuis, l’Eglise chrétienne a consacré ce nom, en l’appliquant à ceux qui se dévouent au service de Dieu. Anciennement les jeunes gens qui aspiroient au ministère ecclésiastique, accompagnoient & suivoient les Evêques par-tout, soit pour les servir, soit pour être les témoins de leur conduite. Cette assiduité à suivre les Evêques les fit appeler Acolytes. S. Cyprien dit lui-même, qu’il avoit des Acolytes. Aujourd’hui les fonctions des Acolytes sont bien différentes de la première institution. Un Acolyte est celui qui a seulement reçu le premier & le plus considérable des quatre Ordres Mineurs dans l’église ; dont l’emploi est d’allumer les cierges, de porter les chandeliers, la navette où est l’encens, de préparer le vin & l’eau pour le sacrifice, & de rendre d’autres services à l’autel. Le devoir des Acolytes est d’accompagner l’Evêque, ou le Prêtre, & de leur rendre service dans les fonctions ecclésiastiques. C’est l’ordre que les jeunes clercs exercent encore le plus.

Ce mot vient du Grec ἀϰολυθεῖν qui signifie, Suivre.

ACOMAS. s. m. Arbre qui croît dans les Antilles. Comme il devient fort gros & fort haut, il est très-propre à bâtir. Il porte un fruit extrèmement jaune, de la grosseur d’une olive, & d’une amertume très-désagréable.

ACONIT. s. m. Plante dont il y a plusieurs sortes, qui sont presque toutes venimeuses & mortelles. Aconitum. L’acomut à fleur bleue, qu’on appelle aussi Napellus, jette de sa racine, qui est noire, fibreuse, & de la grandeur d’un petit navet, beaucoup de tiges qüi sont de la hauteur de deux coudées, & même davantage, rondes, moëlleuses, & roides. Elles sont aussi environnées de quantité de feüilles disposées sans ordre & attachées à de longues queiies canelées fur le dos. Ces feüilles font â’un verd obfcur, nerveufes, & divifces en cinq grandes decoupeures, qui font elles-mêmes encore divifces en d’autres dccoupeures petites, étroites & profondes. Les fleurs font auihaut de la tige, femblables à un heaume, & attachées à de$ queuês longues d’unpouce. Elles font compofées de cinq fcüilles, dont la fuperieure ressemble à un cafque, les feüilles du milieu representent les oreillettes, & les infericures tiennent 1a place dela mentoniere : ces feurs font dc couleiir bleuê. Sa fèmence eft noire & ridce. C’eft un des plus violens & des plus prompts poifons qu’il y ait ; iltué les hommes, & les autres animatix en fort pcu de temps, & icur caufedcs accidens très-cruels.

Outre cet aconit, il y en a un qu’on appelle, λυκοκτόνον, ou Κυοκτόνον, en français tue-loup, étrangle-loup, pattelouvine, & tuë-chien. Il y en a un autre qu’on appelle παρδαλιασχίζ, parce qu’il étrangle les Panthères, & les Léopards. Celui-ci est d’un autre genre. Il y en a encore d’autres, parmi lesquels il s’en trouve un qu’on appelle aconit salutaire, ou Anthora, parce qu’on le croit bon contre la racine de Thora qui est un poison mortel ; on le croit bon aussi contre les autres poisons, & con-


tre la peste. Plusieurs cependant le tiennent suspect, & ne conseillent pas de s’en servir, sur-tout puis qu’il y a tant d’autres remedes asseurez, & celui-ci étant d’ailleurs un purgatif assez fort. Le poison de l’aconit est principalement dans sa racine.

On dit que son nom vient d’acone, ville de Bithynie, aux environs de laquelle il croît en abondance, quoique pourtant il croisse par-tout ailleurs, & surtout dans les montagnes de Trente. D’autres disent que ce nom vient d’ἀκόνη qui signifie chez les Grecs un rocher dénué de terre où l’aconit croît volontiers. Ou l’appelle aussi μυοκτονος, parce qu’il tue les rats par sa seule odeur, comme dit Pline. Les Poëtes feignent que cette herbe a été engendrée de l’écume que le chien Cerbère jeta, lorsque Hercule le tira des enfers par force : ce qui fait qu’on en trouve quantité auprès d’Héraclée de Pont, où est la caverne par où Hercule descendit. Les Anciens n’ont pas laissé de le faire servir de médecine contre la piqûre du scorpion, lequel s’amortit dès-lors qu’il touche l’aconit ; & qui au contraire en touchant l’ellébore reprend sa première vigueur, L’Aconit ne fait pas mourir, quand il trouve quelque autre poison dans le corps, parce qu’alors il le combat. La marque de ce poison est de faire venir les larmes aux yeux, de causer une grande pesanteur d’estomac, & de faire enfler le corps. Théophraste dit qu’on le prépare, ensorte qu’il fait mourir seulement au bout d’un an ou de deux. Les flèches trempées dans son jus font des plaies mortelles.

ACONTIAS. s. masc. Espèce de serpent, qui a un peu plus d’un pouce de grosseur. Il est long de trois pieds. Sa tête est fort grosse & cendrée. Le reste du corps est d’une couleur fort obscure, excepté le ventre qui ne l’est pas tout-à-fait tant. Quelques-uns l’appellent Cenchrias, à cause qu’il tire sur la couleur du millet. Il y en a beaucoup en Calabre & en Sicile, où on l’appelle Saettone, parce qu’il s’élance sur un homme comme un trait. C’est pourquoi on l’appelle aussi Javelot : & c’est la même raison qui l’a fait nommer par les Grecs Acontias, du mot ἀκόντιον, qui signifie flèche, trait, javelot. Lucain, en parlant de cette sorte de serpens, les appelle volucres jaculos.

ACORUS. s. m. Terme de botanique. C’est une plante que les Apothicaires appellent Calamus odoratus ; parce qu’ils 1’employent à la place du calamus, qui est fare. Cet acorus est appellé le vrai acorus, pour le distinguer d’une autre plante, qu’on appelle le faux acorus, qui est une espèce d’Iris que les Botanistes appellént Iris Palustris lutea, parce que ses fleurs sont jaunes. L’acorus a ses feüilles & ses racines semblables à la flambe ; mais plus étroites & plus longues : elles font odorantes, & picquantes au goüt. Fuchsius & Brassavolus le confondent avec la galenga ; mais Matthiole combat leur opinion.

ACOTER. v. act. Appuyer en mettant quelque chose à côté d’une autre qui la soutienne. Fulcire, Sufsinere, Il faut acoter ce coquemart, de peur qu’il ne tombe. Il faut s’acoter contre la muraille, quand on n’a point de sieges.

Acoté, ée. part. pass. & adj. Fultus, nixus.

ACOTOIR. s. m. Ce qui sert d’appuy, de soutien à quelque chose. Fultura, fulmentum. Je suis si las, que je cherche un accotoir. Il est bas, hors de la conversation. En particulier, c’est un morceau de bois plat, attaché dans les confessionnaux, ou dans les chaises à porteurs, pour servir d’appui.

ACOTEPOT. s. m. Petite pièce de fer, courbée en demi-cercle, qu’on met au pied d’un pot, ou d’un coquemar, pour empêcher qu’il ne tombe. Fulcrum. D’autres disent Appuiepot.

ACOUSTIQUE. adj. Terme de Médecine qui se dit des médicamens propres pour remédier aux incommodités de l’ouie. Ἀκοὴ, est un mot Grec, qui signifie, ouie.

Acoustique, se dit aussi du nerf qui va s’insérer dans l’oreille, qu’on appelle nerf Acoustique & du conduit externe de l’oreille, qui se nomme, le conduit acoustique.

ACOUTI. s. m. Petit animal des îles de l’ Amerique. Son poil est roux, & assez rude. son corps ressemble à celui d’un lievre, & il en a l’agilité. Il se retire dans des arbres creux. Les habitans dressent des chiens pour chasser ces animaux, qui se retirent dans lc creux des arbres. On les apprivoise, & on les accoutume à marcher sur les pates de derriere, & à manger avec celles de devant à la maniere des singes.


AcQUERAUX. s. m. pl. Instrumens dont on se servoit autrefois pour jeter des pierres.

AcQUÉREUR. s. m. Emptor, partor. Il ne se dit que de celui qui acquiert des biens immobiles. Un acquéreur de bonne foi prescrit par la possession de 10 ans entre présens, & de 20 ans entre absens. On dit au Palais, un tiers acquéreur, en parlant de celui qui a acquis un héritage hypothéqué à des créanciers privilégiez, ou qui prétendent avoir droit de le déposséder, quoy qu’il ne soit pas leur débiteur personnel.

ACQUÉRIR, v. act. Se procurer un titre qui donne droit de jouir d’une chose, ou en propriété, ou en usufruit. Acquirere, consequi, comparare. On conjugue, j’acquiers, tu acquiers, il acquiert, nous acquérons, vous acquérez, ils acquièrent ; j’acquérois ; j’acquis, j’ai acquis ; au futur, j’acquerrai, tu acquerras, il acquerra : au subjonctif, qu’il acquière, j’acquerrois, que j’acquisse. Corn. Le moyen d’acquérir le plus commun, & le plus naturel, c’est la cession, & le transport de la chose, par la personne à qui elle appartient. Il y a dans le Droit plusieurs titres qui expliquent les divers moyens légitimes d’acquérir. On compte la guerre au nombre des moyens légitimes d’acquérir selon le Droit des Gens. On acquiert aussi par la prescription ; c’est-à-dire, par la possession juste, & continuée pendant un certain temps défini par la Loi. Les avares ne sont jamais las d’acquérir pour ceux qui souhaitent leur mort. Gomber. Quelquefois une pieuse avarice se fait des prétextes d’acquérir, pour être plus en état de faire de saintes largesses. P. Gail.

Dès lors à la richesse il fallut renoncer.
Ne pouvant l’acquérir, j’appris à m’en passer. Boil.

La première partie de la Pratique de Rebuffe traite des moyens d’acquérir les Bénéfices.

Il se met quelquefois absolument. Cet homme amasse de grands biens ; il acquiert tous les jours.

Acquerir, se dit aussi en choses morales, & de tout ce qui se peut mettre au nombre des biens, des avantages. Il vaut mieux acquérir le ciel que des richesses. La gloire ou la science ne s’acquiert qu’avec bien des peines. On s’acquiert difficilement des amis, & on les perd facilement. Une habitude ne s’acquiert que par une longue expérience. Nous n’acquérons jamais la sagesse ; nous n’acquérons que l’art de la feindre. Vill. La vertu qui n’est point soutenue par la gravité, n’acquiert point d’autorité parmi les hommes. S. Evr. L’amour propre s’applaudit, de se soumettre les autres par des graces, & d’acquérir par-là quelque droit sur leur zèle, & sur leur amitié. Ablanc. La gloire des grands hommes se doit mesurer aux moyens dont ils se sont servis pour l’acquérir. Rochef. Acquérir la réputation d’être équitable. César s’étoit acquis tout le Peuple Romain par ses libéralités. On dit aussi acquérir une fluxion. Le P. Bouh, soutient pourtant que ce terme ne doit point être employé dans un sens désavantageux.

On dit proverbialement : qui bien acquiert, longuement possede ; pour dire qu’il faut acquérir légitimement. On dit proverbialement, tout chemin d’acquérir se ferme à la vieillesse. Regn. Un troisième héritier ne jouït point des biens mal acquis. On dit aussi par compliment, Je vous suis tout acquis ; c’est-à-dire, je vous rendrai service en toutes occasions.

Acquis, ise, part. & adj. Partus, comparatus. Ce sage Ministre avoit une prudence acquise par l’expérience, & par la méditation. Balz.

AcQUEsT. s. m. Bien immeuble qu’on ne tient point par succession, qu’on a acquis, ou par achat ou par donation. Res parta, acquisita. Le Droit Civil ne fait point de distinction entre les propres & les acquêts. Il appelle à succéder le plus proche héritier indistinctement à tous les biens ; mais les Coutumes distin-


guent les biens en propres, & en acquêts. Dans la C. de Paris tout homme peut disposer de tous ses acquêts ; mais il ne peut disposer par testament que du quint de ses propres.

Acquet, signifie aussi, Avantage, profit, ménage qu’on trouve à faire quelque chose. Commodum, fructus. Il n’y a point d’acquêt à acheter de mauvaises marchandises. Il n’y a point d’acquêt à plaider ; on se ruine de part & d’autre. On ne s’en sert que dans le langage commun.

Acquet, signifie aussi quelquefois, Achat. Emptio. C’est un bon acquêt que vous avez fait. L’acquêt de cette maison n’est pas sûr, si on ne le fait passer par decret.

Nouveaux acquêts. Terme de Finances, qui se joint d’ordinaire avec Francs-fiefs. C’est un droit dû au Roi, & au Seigneur par les Roturiers qui ont acquis nouvellement des Fiefs ; en payant ce droit ils se rachètent de l’obligation qu’ils auroient d’en vuider leurs mlains, comme étant incapables de les posséder. On en fait la recherche tous les 20 ans. Il est dû de trois années l’une ; mais il ne se paye qu’une fois par la même personne, pour le même fief.

On dit proverbialement, il n’y a point de plus bel acquêt que de don ; pour signifier qu’il n’y a point de bien si agréablement acquis, que celui qui est donné.

AcQUEsTER. Vieux mot, qui se dit encore au Palais ; pour dire, acquérir. Acquirere, comparare.

AcQUIEsCEMENT. s. m. Terme de Jurisprudence. Consentement que l’on donne à un acte, ou à une chose jugée. Assensus, assensio. On ne peut revenir contre une sentence après un acquiescement fait en cause d’appel. Une désertion d’appel est un tacite acquiescement. L’exécution d’un jugement, d’un contrat, est un vrai acquiescement.

Acquiescement, se dit aussi du consentement à une opinion ; de la déférence, & de la complaisance qu’on a pour quelqu’un ; de l’acte par lequel on se soumet à une personne, ou à sa volonté. Cette femme a regagné l’esprit de son mari, par un acquièscement absolu à ses volontés. S. Evr. Les démonstrations mathématiques sont si évidentes, que les plus opiniâtres ne peuvent refuser leur acquièscement. Malb. La béatitude de l’homme consiste dans un acquiescement doux & paisible à la condition où l’on se trouve. S. Evr.

AcQUIEsCER. v. n. Demeurer d’accord d’une chose, l’approuver ; céder, & se rendre. Assentire, assentiri, acquiescere. C’est un homme facile & accommodant, qui acquièsce à tout ce qu’on lui dit, qui fait tout ce qu’on lui propose.

On dit aussi au Palais, qu’un homme acquiesce à un jugement, ou à une sentence, lorsqu’il l’exécute, ou qu’il renonce à l’appel qu’il en avoit interjeté.

ACQUIS. s. m. Connoissance, habileté, qui est le fruit de l’application, de l’industrie, & du travail. Doctrina, solertia, experientia parta, comparata. Cet homme a bien de l’acquis ; cela s’entend de la science, de la capacité, de l’expérience. Il n’a pas moins d’acquis que de naturel & d’agrément. S. Evr.

ACQUISITION. s. f. Achat, action par laquelle on acquiert la propriété d’une chose. Emptio, adoptio, comparatio. J’ai fait aujourd’hui une bonne acquisition. Les Financiers font tous les jours de grandes acquisitions.

Acquisition, se dit aussi de la chose acquise. Res comparata. Voilà mon acquisition d’aujourd’hui. Une acquisition de hasard. Je vais payer les lods & ventes de mon acquisition.

Acquisition, se dit aussi figurément. Je me tins hier au serein, j’ai fait acquisition d’un grand rhume.

ACQUIT. s. m. Billet de décharge, quittance, acte par lequel il paroit qu’on a payé. Solutio consignata scripto. On doit attacher la liasse des acquits au compte qu’on veut rendre. Quand on ne rapporte pas un acquit, il faut laisser la partie en souffrance, ou la rayer. Il faut se faire délivrer & expédier des acquits aux portes, aux Douanes, pour montrer qu’on a payé les droits & les impôts.

On dit aussi, qu’on fait une restitution, une dé-


claration pour l’acquit de sa conscience ; qu’un Juge fait une telle visite, un tel règlement, pour l’acquit de son devoir, de sa Charge. On dit aussi, qu’une caution paye à l’acquit d’un débiteur, qu’un payement va à son acquit ; pour dire qu’On paye pour lui, & à sa décharge.

On dit proverbialement, Faire les choses par manière d’acquit ; c’est-à-dire, négligemment, & seulement parce qu’on ne peut pas s’en dispenser. Oscitanter, negligenter. Au jeu l’on dit, jouer à l’acquit ; c’est-à-dire, lorsque plusieurs personnes ont joué, les perdants jouent entr’eux à qui payera le tout.

Acquit-A-Caution. C’est un billet que les Commis aux Bureaux des entrées dans le royaume délivrent à un particulier qui se rend caution qu’une balle de marchandise sera vue & visitée au bureau de la Douanne du lieu pour lequel elle est destinée ; & pour cet effet ils plombent la balle, afin qu’elle ne puisse être ouverte ni changée en chemin. Et lorsqu’elle est arrivée, vue & visitée, les Commis de la Douanne en donnent leur certificat au dos de l’acquit (ce qui s’appelle décharger l’acquit-à-caution) qui ensuite est renvoyé au particulier qui s’est porté caution, & qui en se représentant se fait décharger de son cautionnement.

Acquit-patent, est un ordre ou mandement du Roi pour faire payer comptant par ses Trésoriers une certaine somme. L’Ordonnance de 1557 défend aux Trésoriers & Receveurs de payer aucunes sommes en vertu d’acquits-patens : toutefois ils ont encore lieu, quand ils sont en bonne forme, comme quand ils sont signés & contre-signés, vérifiés à la Chambre, contrôlés, &c. Les payemens doivent être endossez au dos des Lettres de l’acquit-patent.

AcQUITER. v. act. Payer une dette. Solvere. J’ai acquitté cette promesse, cette obligation.

Acquitter, signifie aussi, libérer, décharger d’une hypothèque. Liberare ære alieno. J’ai acquitté ce fonds, je l’ai déchargé de toutes les dettes auxquelles il étoit hypothéqué. J’ai acquitté toute la succession de mon pere, elle est franche & quitte ; je me suis acquitté envers tous les créanciers.

On dit aussi, s’Acquitter envers quelqu’un ; pour dire, reconnoître par ses services les obligations qu’on lui a. Referre gratiam. Le trop grand empressement qu’on a de s’acquitter d’une obligation, est une espece d’ingratitude. Rochef. Rarement aime-t-on les gens à qui l’on est trop obligé ; & l’impatience de s’acquitter, si louable en apparence, n’est souvent qu’un dépit secret d’être trop longtemps redevable. Le Gend.

Acquiter, se dit aussi en choses morales, en parlant des devoirs & des obligations de la vie ; c’est-à dire, y satisfaire, & les bien remplir. Officio, munere fungi. C’est un homme qui s’acquitte bien de tous les devoirs d’un chrétien, d’un ami. Il s’acquitte bien de son emploi, de sa charge. Donnez-lui à faire cette négociation, chargez-le de cette harangue, il s’en acquittera fort bien.

On dit encore, s’acquitter de sa promesse, s’acquitter d’un vœu ; pour dire, accomplir sa promesse, accomplir un vœu. Il faut être régulier à s’acquitter de sa promesse. Il vaut mieux ne point faire de vœu, que de s’en acquitter mal.

Acquiter se dit proverbialement en ces phrases. Qui s’acquite s’enrichit. On dit par raillerie d’un homme qui a acheté une charge à crédit, qu’il s’acquite bien de sa charge, quand il prend de l’argent pour rendre la justice. On dit encore, il se ruine à promettre, mais il s’acquitte à ne rien tenir. Ces façons de parler sont extrêmement populaires.

ACR.

ÂCRE. adj. m. & f. Piquant, mordicant, qui fait une impression désagréable, comme les pommes, les poires, & les fruits sauvages, sur-tout quand ils ne sont pas mûrs. Acer. Les Médecins appellent âcre, tout ce qui brûle, ou écorche la langue. Cela arrive parce que les corps âcres sont composés de parties qui ont une surface âpre & raboteuse, ou qui ont des angles & des inégalités qui blessent, & qui écorchent les corps auxquels elles s’appliquent. Les Médecins distinguent deux sortes de saveurs acres ; l’une qui procède du chaud &


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