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Dictionnaire de Trévoux/2e édition, 1721/Abatre

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ABATRE. v. act. Renverser, démolir, faire tomber, coucher par terre. Diruere, evertere. J'abats, tu abats, il abat, &c. Abatre une maison pour la rebâtir. Ce Lutteur a abatu son homme sous lui. Ce Chasseur abat bien du gibier. On abat les noix avec la gaule. On dit qu'il abattit avec sa baguette la tête des pavots. Ablan. Les Moissonneurs ont abatu trois arpens de blé aujourd'hui. Les Bouchers disent abatre le cuir d'un bœuf, pour l'écorcher. Les ennemis en se retirant ont abatu le Château & les fortifications de la Place. Il lui abatit l'épaule d'un coup de hache. Ablanc. Saint Pierre abatit l’oreille de Malchus. Un habile Oculiste a abatu la cataracte qui me couvroit l'œil. Il signifie quelquefois, affoiblir, débiliter. Son corps est atténué & abatu par la vieillesse. S. Evrem. On dit aussi que le café abat les fumées du vin, les vapeurs, pour dire, les rabaisse, les dissipe. On dit aussi que la chaleur, le vent, la poussière s' abatent, pour dire, cessent, tombent, diminuent. On dit qu'un cheval est sujet à s’abatre, pour dire à broncher, à tomber. On dit au jeu du Trictrac, abatre du bois, pour dire, abatre des Dames, afin de caser. Nicod dérive ce mot de à bas, adverbe local, composé de à & de bas. Il pourroit paroître plus ancien. On lit dans la Loi Salique, tit. 45. Si quis hominem de barco abattiderit ; c'est-à-dire, Si quelqu'un abat ou fait tomber un homme de dessus un arbre. On lit aussi dans les mêmes Loix, tit. 38. Battiderit. Ainsi les François avoient déja fait battere, ou battidere, & abbatere, du Latin batuere, dans le même sens que nous disons, battre, & abattre ; & c'est de là que ces deux noms nous sont venus, selon Chifflet, dans son Glossarium Salicum, p. 125. & 135.

Abatre, en termes de Marine, signifie Dériver, s’écarter de la vraie route. Declinare, deerrare. Ce qui se fait par la force des courans ou des marées, ou par les erreurs du pointage, ou par le mauvais gouvernement du timonier. On dit aussi qu’un Pilote abat son vaisseau d’un quart de rumb, & d’une autre aire de vent, quand il vire ou change sa course, & gouverne sur un autre rumb que celui de sa route. On dit, abattre un navire ; pour dire, le faire obéir au vent, lorsqu’il est sur les voiles, ou qu’il présente trop l’avant au lieu d’où vient le vent. On dit, le navire abat, lorsque l’ancre a quitté le fond, & que le vaisseau obéit au vent pour arriver. Aller à la dérive, s’appelle aussi abattre : c’est quand on va de côté au gré du vent & de la marée, au lieu d’aller en droiture. On dit aussi, Abattre un vaisseau sur le côté, lorsqu’on veut travailler à la carène, ou en quelqu’endroit des œuvres vives.

En termes de Fauconnerie on dit, Abattre l’oiseau ; pour dire, le tenir serré entre les mains, s’en rendre le maître pour le poivrer, ou lui donner quelque médicament. On dit encore, que l’oiseau de proie s’abat, lorsqu’il s’abaisse vers terre.

Abatre, se dit figurément en Morale, pour vaincre, dompter, renverser. Comprimere, reprimere, dejicere, sternere, prosternere. ; abattre l'orgueil de quelqu'un. Quand la mort abat la plus florissante jeunesse, alors on reconnoît la vanité des attraits du monde. Il signifie aussi accabler, & se dit des troubles & des afflictions de l'ame & du corps. Debilitare, frangere.. Ce changement de fortune lui a abattu l'esprit & le courage. Il s'est laissé vaincre & abattre à la douleur. Quand il se met avec le pronom personnel, il signifie perdre courage. Dimittere & contrahere animum. Contrahi ac dimitti animo. Il ne s’abat point dans l'adversité. Ablanc. Se laisser abattre dans la moindre affliction. Id.

On dit dans la conversation, Abatre le caquet, pour dire, réprimer la fierté & la présomption de quelqu’un, le faire taire, l’obliger à baisser le ton. Loquacitatem, linguam comprimere, coërcere.

On dit proverbialement que petite pluie abat grand vent, ce qui signifie au propre, qu’une petite pluie fait cesser un grand vent ; & au figuré, que peu de chose calme une grande colère, fait cesser un grand emportement. On dit aussi figurément & familièrement d’un homme qui expédie beaucoup d’affaires, qu’il abat bien du bois.

Abatu, ue. part. pass. & adj. Dirutus, eversus. Maison abatue. Bois abattus.

Abatu, dans les ouvrages des anciens Praticiens, veut dire, rabatu, déduit. Remissus, deductus, detractus. En toutes choses qui sont comptées pour héritages, li coûts devoient être abatus. Baumanoir.

Figurément il signifie, Accablé, vaincu, terrassé. Debilitatus, fractus, victus. Jupiter ne pouvoit rien voir de plus beau que Caton, se soutenant dans un parti abattu, & demeurant ferme parmi les ruines de la République. Bouh. L’esprit abattu par les soins rongeurs de la pauvreté, n’est guère capable de mouvemens nobles & élevés. S. Evr. On voit l’orgueil à ses pieds abattu. Gomb. Il signifie encore, Être languissant & sans courage. Je me sens tout abattu. Languidus, debilis. Quelques-uns ont écrit abbattre, & abbatu par deux bb. Une Religion qui sans autres forces que celles de la persuasion, de l'humilité de la charité, de la patience, & des souffrances, a vaincu le monde, subjugué la raison humaine, dompté l'orgueil des Philosophes, abbatu l'audace des Princes, foulé aux pieds la chair & le sang qui lui résistoient, ne peut s'être établie que par une suite de miracles de votre main. {{sc[Peliss.}} L'origine de ce mot montre qu'il ne faut qu'un b ; mais quoiqu'il en soit, de la manière dont on l'écrira, il ne faut prononcer qu'un b.