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Dictionnaire de Trévoux/3e édition, 1732/Abandon

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◄  Abana

ABANDON, s. m. Mépris, délaissement de quelque chose. Derelictio, destitutio. Neglectus rei alicujus. Il n'est point du bel usage. On ne le trouve guère que dans Moliere, lequel dit, en parlant des coquettes qui renoncent par nécessité au monde qui les quitte :

Dans un tel abandon leur sombre inquiétude.
Ne voit d'autre recours que le métier de Prude.

Il n'est supportable en ce sens qu'en termes de pratique. Le débiteur a fait l’abandon de tout son bien à ses créanciers. Abandonnement vaux mieux.

Les Mystiques ont nommé abandon, la sainte indifférence d'une ame désintéressée, qui s'abandonne totalement & sans réserve à Dieu. Cet abandon n'est que l'abnégation ou renoncement de soi-même Fenel. Les Quiétistes ont abusé de ce terme dans un sens impie & très justement condamné. Tout bon Mystique est toujours bon Chrétien, & par conséquent son abandon ne va jamais jusqu'à l'indifférence pour son salut, ni au mépris des bonnes œuvres, ni à la négligence dans le service de Dieu, &c. Les excès sont détestables, & bien éloignés du louable abandon que les saints Mystiques ont enseigné & pratiqué.

Abandon, se dit d'ordinaire adverbialement. Il a laissé sa maison à l’abandon, au pillage. Direptioni permittere, dare. On a dégarni la frontière, on l’a laissée à l’abandon. On s'en sert peu, excepté dans le discours familier : mais il n’est pas assez noble pour le style élevé. Du Cange dérive ce mot de abandum & abandonum, qui se trouvent en plusieurs endroits de la basse Latinité, disant que bandum se prenoit souvent pour arbitrium, pro re de relicta ad arbitrium primi occupantis. Pâquier le fait venir de ces trois mots à ban donner ; c'est-à-dire, exposer une chose à la discrétion du public, & la laisser à quiconque voudra s'en emparer.