Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/ACIDE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 87).
ACIDITÉ  ►

ACIDE. adj. m. & f. Epithète qui s’applique à ce qui pique la langue, & lui cause en même-temps un sentiment d’aigreur ; tels sont les citrons, les grenades, & les fruits qui ne sont pas mûrs. Acidus. Les liqueurs acides sont rafraîchissantes. Toutes les choses aigres font maigrir, parce que leurs parties acides sont comme autant de petits couteaux tranchans, qui brisent & subtilisent trop les parties du chyle propres à la nourriture, & les entraînent dehors avec elles. Par la même raison, les liqueurs mêlées d’esprits acides tempèrent l’ardeur de la fièvre, parce que ces particules acides rompent & atténuent les parties du sang qui fermentent avec trop de violence.

Suc Acide. Terme de Médecine, est un suc séparé par le pancréas. Succus acidus. L’usage du pancréas est de séparer & de filtrer, par le moyen des glandes dont il est composé, un suc acide, qui est porté ensuite par son canal dans le duodénum, où ce suc sert de dissolvant, conjointement avec la bile, pour y donner au chyle sa dernière perfection. On l’appelle aussi Suc pancréatique.

Acide. s. m. Terme de Chimie. Acidum. Sel piquant, & dissolvant. Il est en ce sens opposé à l’alkali : & sur ces deux principes, quelques Chimistes, & quelques Médecins modernes ont fondé une nouvelle explication de toutes les causes physiques. Ils définissent les acides, des corps roides, longs, pointus, tranchans, & tout-à-fait propres à s’insinuer dans des espèces de gaines ou de corps poreux & spongieux qu’ils nomment alkalis. Pour donner une idée sensible des uns & des autres, ils ont coutume de comparer un acide enfermé dans son alkali à une épée que l’on fait entrer dans son fourreau. A cette occasion ils remarquent que tels corps sont acides par rapport aux uns, & alkalis par rapport aux autres. Voyez au mot fermentation de quel secours sont dans la nature les acides & les alkalis, & quelle est la cause physique qui pousse les uns dans les autres. L’eau prise immodérément émousse les acides de l’estomac, & lui ôte la force de cuire les alimens. On le fait venir du Grec ἀϰίς, pointe, parce que les acides piquent la langue. Les acides ont les parties longues, flexibles, pénétrantes, & atténuantes qui ont des pointes aiguës & perçantes. Il y a des acides naturels, & des acides artificiels. Les acides naturels sont ceux qui ont l’acidité de leur propre nature, comme le jus de citron, &c. Les acides artificiels sont ceux qui le sont par le moyen du feu dans les opérations de Chimie. Ainsi les esprits acides, ou liqueurs infernales, comme les Chimistes les appellent, à cause de la force qu’elles ont de détruire ou de dissoudre les corps ; ces liqueurs, dis-je, ne sont autre chose qu’un sel acide dissous, & mis dans un violent mouvement par le moyen du feu. Harris.

Le vitriol est le plus grand des acides, ensuite le sel marin, & puis le salpêtre, le soufre, le vinaigre, & enfin l’alun. Cet acide diffère de ce qu’on appelle au propre aigre ; parce que l’aigre ne se dit proprement que de la saveur, au lieu que l’acide des Philosophes se dit de tout ce qui est corrosif, & qui pénètre, dissout, ou corrompt la substance des choses. Il est composé de petites parties aiguës qui s’insinuent dans les pores des corps qu’elles rencontrent, & en font la désunion, & la séparation Les liqueurs acides rougissent la teinture de tournesol. Pour connoitre si une liqueur contient quelque acide, il ne faut qu’en verser un peu sur du sirop de violettes étendu sur du papier, ou sur une dissolution de fleurs de bluet ; car alors le bleu se changera tout d’un coup en rouge, ou en couleur de pourpre ; & s’il se change en vert, c’est un signe que la liqueur abonde en sels urineux, ou lixiviels. Harris. Voyez l’effet des acides, pour le changement des couleurs & des saveurs, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, écrits par M. Dodart, ou dans le traité de M. Boyle, de la nature des couleurs.

Les acides tempèrent l’ardeur des fièvres ; à cause qu’en épaississant la masse du sang, ils en ralentissent les mouvemens impétueux. Les acides versés sur les matières huileuses y causent des changement qui varient, suivant la nature différente des acides & des matières grasses qu’on veut mêler. La plûpart des acides coagulent, & figent le lait. Le mélange d’esprit de nitre & d’esprit de vin, donne une effervescence considérable, accompagnée d’une grande chaleur & d’une raréfaction très-sensible. L’esprit de nitre bien deflegmé & versé sur l’huile de gayac, ou sur celles de girofle & d’ambre, enflamme tout aussitôt ces matières huileuses.

Ce mot est pris du Latin acidus, qui signifie la même chose que aigre ; quoiqu’il y ait cette différence, que aigre n’est que pour la saveur, au lieu qu’une chose est quelquefois appelée acide, quoiqu’elle n’ait aucune saveur manifeste, & seulement parce qu’elle fait les autres effets qui se rencontrent dans celles qui sont aigres au goût, comme de pénétrer, de dissoudre, de rougir le tournesol. On se sert du mot acide dans les sciences, plutôt que du mot aigre, peut-être parce qu’aigre a des significations figurées, qui le rendent équivoque : car on le prend quelquefois pour ce qu’il y a de piquant dans l’esprit, dans l’humeur, dans les paroles. Perrault.