Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/AIGLE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 176-179).
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AIGLE. s. m. Aquila. Quelques Auteurs le font féminin. Nous marquerons dans les articles qui suivent, les cas où il est susceptible de l’un ou l’autre genre. L’Aigle est le plus grand, le plus fort, & le plus vîte des oiseaux de proie. Il a un bec long & crochu, les jambes jaunes couvertes d’écailles, les ongles crochus & fort grands, la queue courte. Son plumage est châtain, brun, roux, & blanc. Son bec est noir par le bout, bleuâtre par le milieu, & jaune en quelques autres parties. Il y a un duvet sous les grandes plumes, dont le tuyau a d’ordinaire neuf lignes de tour. L’aigle fait son aire sur les plus hauts rochers des pays d’Occident. Il nourrit ses petits jusqu’à ce qu’ils sachent voler, & alors il les chasse de son aire. Il se nourrit de la chair des oiseaux ou des lièvres qu’il prend. Il vit fort long-temps, & ne meurt ordinairement que parce qu’il ne sauroit plus manger. Il a la vûe très-perçante, & de-là vient que pour dire qu’une personne a bonne vûe, on dit qu’il a des yeux d’aigle. Tardif. Fau. Le P. Ange Jésuite, dans son Optique, dit que la raison pour laquelle les aigles, qui n’ont pas les fibres des yeux plus fortes que les autres animaux, peuvent cependant regarder plus fixement le soleil, & en supporter plus facilement les rayons, est qu’ils ont deux paupières ; l’une dont ils se ferment entièrement les yeux, & sous celle-ci une autre qui est plus délicate, & dont ils se les couvrent lorsqu’ils regardent quelque corps lumineux, pour s’en rendre ainsi la lumière plus supportable.

L’aigle hait le roitelet, & en a peur.

On a dressé les aigles à la volière, mais ils ne réussissent qu’en pays de montagnes. L’aigle ne peut tenir long-temps sur aile dans les plaines. Il est foible quand il se rabat, & les sacres le battent & le tuent. Les Peintres représentent Jupiter monté sur un aigle. Un vol d’aigle, est celui qui s’élève au-dessus des autres oiseaux. Entre les aigles qu’on nourrissoit dans le palais de Montézume Roi de Méxique, il y en avoit un si grand, qu’il mangeoit un mouton à chaque repas. On dit que l’aigle meurt quelquefois de faim, parce que la partie supérieure de son bec étant recourbée par la pointe, & croissant avec l’âge, elle se courbe si fort en dessous, qu’elle ferme la partie inférieure, ensorte quelle ne peut plus s’ouvrir, ni prendre la nourriture.

On donnoit chez les Grecs le nom d’Aigle à de certains toits de maison qui étoient faits en forme d’aigle. Nous ouvrirons vos maisons en forme d’aigle, dit Aristophane dans sa Comédie intitulée, des Oiseaux. Voyez le Dictionnaire d’Harpocration, sur le mot ἀετός, qui signifie Aigle.

Aigle-Faucon, est un aigle qui prend les oiseaux de proie,

Aigle-d’Orinoque. Gros oiseau de proie qui passe souvent de la terre-ferme aux Antilles. Les premiers habitans de Tabago l’ont ainsi nommé, à cause qu’il a la grosseur & la figure d’un aigle, & qu’il se voit communément dans la partie méridionale de l’Amérique, qui est arrosée de la rivière d’Orinoque. Tout son plumage est d’un gris clair, marqueté de taches noires ; excepté les extrémités de ses ailes & de sa queue qui sont bordées de jaune. Il a les yeux vifs & perçans, les ailes fort longues, le vol roide. Il se repaît d’autres oiseaux. Il n’attaque jamais ceux qui sont plus foibles & sans défense. Il ne se rue point sur son gibier tandis qu’il est à terre, ou sur un arbre ; il attend qu’il ait pris l’essor, pour le combattre en l’air. Lonvillers.

Aristote & Pline distinguent six espèces d’aigles, auxquelles ils ont donné divers noms grecs selon la différence de leur plumage : comme l’aigle royal est appelé γνήσιος par Aristote, & ἀστηρίας à cause de la couleur rousse & comme dorée de ses plumes, dont les taches rousses représentent des étoiles. L’aigle noirâtre, qui est le plus petit de tous & le plus vigoureux. Valeria. L’aigle à la queue blanche. Pygargus. L’aigle de moyenne grandeur, qui a la queue grande & demeure auprès des étangs. Morphnus, L’aigle de mer, ou orfraie, qui éprouve ses aiglons aux rayons du soleil. Haliæetus. L’aigle barbu, qui est une espèce d’ossifrage. Ossifraga.

Aigle, en termes de Blason & de devise, est féminin. C’est le symbole de la royauté, selon Philostrate, parce que c’est le roi des oiseaux. L’Empereur la porte dans ses armes. On la représente quelquefois avec une tête, quelquefois avec deux, & en ce cas on l’appelle aigle éployée, quoiqu’elle n’ait jamais qu’un corps, deux jambes, & deux ailes ouvertes, & étendues, montrant entièrement l’estomac. Celle de l’Empire est de cette sorte. Il y en a de couronnées, d’autres membrées & becquées d’un émail différent de celui du corps ; & même il y en a de monstrueuses, qui ont des têtes humaines, & de loup. Les premiers qui se trouvent avoir porté l’aigle dans leurs enseignes, sont les Persans, selon le témoignage de Xénophon. Les Romains, après avoir porté diverses autres enseignes, s’arrêterent enfin à l’aigle, la seconde année du consulat de Marius. Avant lui ils portoient indifféremment des loups, des léopards & des aigles, selon qu’il plaisoit au Général. On dit que ce fut Constantin qui fut auteur de l’aigle à deux têtes, pour montrer que l’Empire, quoiqu’il semblât divisé, n’étoit néanmoins qu’un corps. D’autres disent que ce fut Charles-Martel qui remit les aigles Romaines dans les étendards de l’Empire, & qui y ajouta en même temps une seconde tête. Cependant cette opinion est détruite par une aigle à deux têtes, que Lipse a observée dans la colonne Antonine, & parce que postérieurement on ne voit qu’une seule tête dans le sceau de la bulle d’Or faite du temps de Charles IV, Empereur. De sorte qu’il y a plus d’apparence à la conjecture du Pere Menestrier, qui dit que de même que les Empereurs d’Orient, quand il y en avoit deux sur le trône, marquoient leurs monnoies d’une croix à double traverse, que chacun d’eux tenait d’une main, comme étant le sceptre des Chrétiens ; aussi firent-ils la même chose de l’aigle dans leurs armoiries ; & au lieu de doubler leurs écussons & leurs aigles, ils les joignirent, & y représenterent deux têtes. Ce que les Empereurs d’Occident ont suivi quelque temps après. Un Poëte Italien a dit à cette occasion, qu’on avoit fait de l’aigle de l’Empereur, un oiseau bien carnassier, en lui donnant deux têtes & deux becs, pour le rendre plus redoutable. Le P. Papebroch, dans le V Tome du mois de Mai, p. 218, dit qu’il voudroit voir la conjecture du P. Ménestrier prouvée par d’anciennes monnoies ; que sans cela il doutera si l’usage de l’aigle à deux têtes n’a point été purement arbitraire, comme celui de la croix à double traverse ; qu’au reste il penche beaucoup à croire que cet usage de l’aigle à deux têtes s’est introduit à l’occasion de deux Empereurs qui auront été en même temps sur le trône. Il ajoute, que depuis l’aigle à deux têtes de la colonne d’Antonin, on n’en trouve plus jusqu’au quatorzième siècle sous Jean Paléologue. Voyez-en la figure dans l’édition de Géorg. Codinus faite à Paris. Voyez aussi Lipse, Analecta ad utilit. Roman. L. III. Dial. 2.

Ce mot signifie donc quelquefois l’enseigne des légions des anciens Romains. Ils virent briller les aigles & les enseignes des légions. Ablanc. Quelquefois il signifie les armées Romaines. C’est votre sagesse seule qui a donné de la terreur à l’aigle Romaine. Patr. Et quelquefois même les enseignes de l’Empereur d’aujourd’hui, & les troupes de l’Empire. Au reste, bien d’autres nations que les Romains ont eu des aigles pour enseignes. Nous dirons tout-à-l’heure, que selon le sentiment de quelques Savans, les Romains ont pris cette coutume de Jupiter de Crete. D’autres disent que c’est des Toscans, ou des Epirotes. On conjecture aussi que Ganyméde fut enlevé par un navire nommé l’aigle, parce qu’il en portoit la figure, ou par des troupes Phrygiennes, dont les étendards étoient des aigles ; & que c’est-là ce qui a donné lieu à la fable du rapt de Ganymède par une aigle. Ces aigles Romaines n’étoient point des aigles peintes sur des drapeaux. C’étoient des aigles d’argent ou d’or, au haut d’une pique. Elles avoient les ailes étendues, & tenoient quelquefois un foudre dans leurs serres. Voyez l’histoire de Dion au L. IX. Au-dessous de l’aigle on attachoit à la pique des boucliers ; on y mettoit quelquefois des couronnes. Tout cela se voit encore très-distinctement sur plusieurs médailles. Feschius traite de tout cela dans sa Dissertation, de Insignibus, des Enseignes, & Juste-Lipse dans son Traité de la Milice Romaine. Liv. IV. Dial. 5.

En tous ces sens, le mot d’Aigle est toujours féminin.

Aigle, signifie aussi l’Empire d’Allemagne, & l’Allemagne même. L’aigle commence à triompher du croissant. En ce sens le mot d’aigle est masculin. Déjà prenoit l’essor pour se sauver dans les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avoit d’abord effrayé nos provinces. Flech. Rendre à l’aigle éperdu sa première vigueur. Boil.

Ce mot se prend aussi figurément pour un esprit grand, élevé, pénétrant. En ce sens il est masculin. C’est un aigle dont je ne puis suivre le vol. Peliss. On compare S. Jean l’Evangéliste à un aigle, à cause de la manière haute & sublime, dont il commence son Evangile.

☞ On s’en sert aussi dans un sens relatif, pour marquer la supériorité d’un homme sur un autre. Cet homme-là est un aigle en comparaison de celui dont vous parlez.

☞ On dit qu’un homme a des yeux d’aigle, pour signifier au propre qu’il a des yeux vifs & perçans : au figuré, qu’il a une grande pénétration d’esprit.

☞ On dit proverbialement crier comme un aigle, crier d’une voix aiguë & perçante.

Aigle, en Astronomie, est l’une des 21 constellations septentrionales. L’aile droite de l’aigle touche la ligne équinoxiale ; son aile gauche est voisine de la tête du serpent. Son bec est séparé du reste du corps par le cercle qui va du Cancer au Capricorne. Il se leve avec le Capricorne, & se couche lorsque le Lion se leve. La fable dit que l’aigle a été mis au nombre des astres, parce qu’il portoit à Jupiter le nectar, pendant qu’il étoit caché dans un antre de l’île de Crete, pour éviter d’être dévoré par Saturne. C’est le sentiment de Méro femme de Bysance, célébre par son génie pour la poësie. D’autres disent que c’est parce qu’au temps que le Jupiter de Crete se préparoit à faire la guerre aux Géans, qui avoient mis son pere aux fers, cet aigle lui apporta à Naxi un bon augure de la victoire ; que depuis ce temps-là il se servit pour enseignes de la figure d’un aigle ; & que c’est de lui que les Romains prirent cette coutume dans la suite. D’autres disent que ce fut en récompense de ce qu’il avoit enlevé Ganymède dans les cieux. Un Ancien même a feint que c’étoit l’ame de Platon. Ticho-Brahé donne à cette constellation dix-sept étoiles ; d’autres lui en donnent trente-deux.

Il y a trois étoiles auxquelles les Astronomes Arabes donnent le nom d’Aigle. Ils appellent l’une Nasr Sohail, l’Aigle de Canapus, ou autrement Sitarch Jemen, l’étoile de l’Arabie heureuse ; parce qu’ils prétendent que cet astre y domine. L’autre porte le nom de Nasr Althair, l’Aigle volante ; & la troisième Nasr Alvake, l’Aigle reposante. D’Herb.

Aigle blanche, ou Aigle-blanc. Ordre Militaire de Pologne. Menénius sur l’autorité de Jérôme Roman, Historien d’Espagne, dit que sous les Empereurs Sigismond & Albert II, il y a eu en Allemagne trois Ordres Militaires fort célébres, & qu’un certain Moyse Didace de Valéra, Espagnol, reçut de l’empereur Albert ces trois Ordres ; celui du Dragon que ce Prince lui donna comme Roi de Hongrie ; celui de Tusin comme Roi de Bohème ; & celui des Disciplines ou de l’Aigle-blanche, comme Archiduc d’Autriche. Mais comme l’Autriche n’a été érigée en Archiduché que par l’Empereur Maximilien I, l’an 1495, Albert qui mourut l’an 1440 n’auroit pû donner l’Ordre de l’Aigle-blanche à ce Valéra, en qualité d’Archiduc d’Autriche. Aussi les Historiens sont-ils partagés au sujet de l’institution de cet Ordre. Quelques-uns l’attribuent à Uladislas V, Roi de Pologne, qui, selon eux, l’institua au mariage de son fils Casimir le Grand, avec la fille du Grand-Duc de Lithuanie en 1325. Ils ajoutent qu’un nid d’aiglons, qui fut trouvé par Léchus, premier Prince de Pologne, lorsqu’il faisoit creuser les fondemens de la Ville de Gnesne, donna occasion à Uladislas de prendre pour marque de cet Ordre un Aigle-blanc couronné, pendant à un collier de chaînes d’or.

Il se peut faire qu’il y ait eu aussi en Autriche un Ordre sous ce nom & sous celui des Disciplines, dont le collier, selon quelques Ecrivains, étoit en forme de baudrier, où étoient attachés des Aigles-blancs.

Quoiqu’il en soit, en 1705, Frédéric Auguste, Roi de Pologne & Duc de Saxe, renouvela dans ce royaume l’Ordre de l’Aigle-blanc, & le conféra à plusieurs Seigneurs qui avoient suivi son parti, avec cette devise Pro Fide, Lege & Rege. P.Hélyot. T. VIII. C. 51.

Aigle-noire, ou Aigle-noir. Ordre de l’Aigle-noir, Chevalier de l’Aigle-noir. Nom d’un Ordre Militaire en Allemagne. Frédéric III, Marquis & Electeur de Brandebourg, ayant pris le titre de Roi de Prusse, institua le 4 Janvier 1701, un Ordre Militaire sous le titre de la Fidélité, & donna aux Chevaliers, pour marque de cet Ordre, une croix d’or émaillée de bleu, ayant au milieu les chifres de ce Prince, FR ; & aux angles l’Aigle de Prusse émaillée de noir. Cette croix est attachée à un ruban orangé, en mémoire de la Princesse d’Orange, mere du Prince. Ils portent ce ruban en forme d’écharpe, depuis l’épaule gauche jusqu’à la hanche droite, sur le juste-au-corps. Ils portent encore sur le côté gauche de leurs habits une croix bordée d’argent en forme d’étoile, au milieu de laquelle est un Aigle en broderie d’or sur un fond orange, l’Aigle tenant dans l’une de ses serres une couronne de laurier, & dans l’autre un foudre avec cette inscription au-dessus de sa tête : Suum cuique, en broderie d’argent, P. Hélyot, T. VIII. C. 51.

On appelle aussi dans les Eglises Aigle, le pupitre de cuivre qui est au milieu du chœur, à cause qu’il représente un aigle les ailes étendues, & on dit dans les Chapitres, qu’un Chanoine est à l’aigle, quand il est semainier, lorsqu’il fait l’Office. En ce sens Aigle est toujours masculin. Un aigle assorti de divers ornemens. Hist. de l’Eglise de Meaux, t. I. p. 295.

Aigle, en termes d’Architecture, est un oiseau qui servoit anciennement d’attribut aux chapiteaux des temples dédiés à Jupiter. Il sert encore d’ornement à quelques chapiteaux.

On appelle Pierre d’aigle, certaine pierre creuse & sonnante, à cause d’une petite pierre qui est renfermée dedans, nommée Callimus. On dit qu’elle sert aux femmes en couche, pour retenir, ou faire sortir l’enfant, suivant qu’elle est appliquée au-dessus ou au-dessous de la matrice. Aetites. On l’appelle du grec Ἀετός, aigle. Pietra d’aquila, en Italien, parce qu’on la trouve quelquefois dans des nids d’aigle. ☞ Dioscoride dit qu’elle sert à découvrir les voleurs, & que si on la mêle avec ce que mange un homme accusé de vol, il ne pourra jamais l’avaler, s’il est vraiment coupable. Mathiole ajoute que les aigles vont chercher cette pierre jusqu’aux Indes pour faire éclore plus facilement leurs petits. C’est sur cette fable sans doute qu’est fondée la prétendue propriété attribuée à cette pierre, d’accélérer les accouchemens.

☞ La pierre qu’on appelle Pierre d’aigle se trouve dans les Apennins, dans le Véronois & dans plusieurs fleuves. Elle est souvent nommée Lapis prægnans, & par, ferrante imperato, ventre crystallino. Pline en rapporte quatre espèces, Africanum, Arabicum, Cyprium & Tephiasium. Gesner en admet quinze espèces, qui varient peu entre elles. Bausch a fait un Traité latin sur la pierre d’aigle.

Il y a aussi, aux Indes un bois exquis qu’on appelle Palo d’aquila, ou bois d’aigle, qui croît au royaume de Siam, & dont on fait un grand trafic au Japon. Il en croît aussi à La Chine dans la province de Quantung.

L’aigle, sur les médailles, est la marque de la Divinité, & de la Providence, selon M. Sphanheim, & de l’Empire, selon tous les Antiquaires. Les Princes qui ont le plus ordinairement des aigles sur leurs médailles, sont les Ptolomées d’Egypte, souvent aussi les Séleucides Rois de Syrie. Une aigle avec ce mot, Consecratio, est la marque de l’Apothéose pour les Empereurs. On a fait entrer l’aigle dans plusieurs devises. Une aigle que les rayons du soleil n’éblouissent point, & qui n’en voit que mieux après les avoir regardés fixement, avec ce vers de Pétrarque.

 
E quanto il mira più, tanto più luce.

Plus elle le considere, plus elle est éclairée, marque, selon Picinelli, une ame que ses communications avec Dieu éclairent. Une aigle qui s’éleve au-dessus des nues, Sudum per nubila quærit, est la devise de ceux qui acquierent de la gloire dans une vie retirée & cachée. Celle d’un grand courage, est une aigle au milieu d’un ciel orageux avec ce mot, Nil fulmina terrent ; ou celui-ci en espagnol, Ni matar me, ni spentar me. Guillaume II, Roi d’Angleterre, avoit pris pour la sienne une aigle qui regarde fixement le soleil, avec ce mot, Profero.

Aigle, chez les Alchimistes, a plusieurs significations, sur lesquelles nous passerons légérement.

Aigle-blanc. Aquila alba. C’est la même chose que Mercurius dulcis, Mercure doux. Harr.

Aigle noir. Aquila nigra. C’est l’esprit de cette Cadmie vénéneuse, appelée Cobalt, que quelques personnes prétendent être la matière du Mercure philosophique.

Aigle céleste. Aquila cœlestis. C’est la Panacée ou remède pour toutes sortes de maladies, que l’on prépare avec le mercure réduit en essence.

Aigle de Venus. Aquila Veneris. C’est un safran composé de vert-de-gris au moyen d’un feu de réverbère, auquel on ajoute du sel ammoniac, qui est quelquefois sublimé.

☞ Ils appellent encore aigle volante, le mercure après sa sublimation, soit à cause de sa volatilité, soit parce qu’il dévore l’or & le réduit à sa première matière en le réincrudant, de même que l’aigle dévore les autres oiseaux.

Aigle étendue, c’est le sel ammoniac sublimé.

Aigle. Nom de lieu. Ad Aquilas, Aquila. Il y a plusieurs villes de ce nom, qui leur vient sans doute de ce qu’il y a eu en ces lieux quelque camp Romain, où les Aigles Romaines étoient arborées. De-là vient qu’on les nomme, Ad Aquilas.

L’aigle, en France, est une petite ville de Normandie, peu éloignée de la source de la Rille, entre Séez & Evreux. On fait à l’Aigle un gros commerce d’épingles.

L’aigle, en Allemagne, est un bourg du diocèse de Trèves, sur la Moselle, vis-à-vis de l’embouchure de la Sare, au-dessus de Trêves. On y voit un monument ancien, élevé de 70 pieds, en forme de pyramide sur un plan carré.

L’aigle, en Suisse, est un bourg du pays de Vaux, vers le Valais & le lac de Genève.

Aigle, est encore le nom d’un cap de Provence, entre Marseille & Toulon, près de la Ciotat. Catharistes.