Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/AIRAIN

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 197-198).
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AIRAIN. s. m. Cuivre, métal rouge, qu’on mêle quelquefois avec de la calamine pour le rendre jaune, & dont on fait du bronze, de la fonte, du laiton, &c. Il sert à faire des ustensiles de ménage, des cloches, des canons, &c. Æs. Le vitriol se trouve dans les mines d’airain.

Comme l’airain a été en usage avant le fer, les armes dans les premiers temps étoient d’airain, auquel, comme Tzetzès l’a remarqué, on donnoit une certaine trempe qui le rendoit fort tranchant. Hésiode, au Liv. I des Œuvres, dit clairement, que les armes & les outils étoient alors faits d’airain ; parce que le fer n’étoit point encore en usage.

On confond souvent le cuivre avec l’airain, il faut cependant les distinguer. En Poësie le mot d’airain est plus noble que celui de cuivre. Il y a beaucoup de mines de l’un & de l’autre métal en Suède. Elles appartiennent toutes de droit au Roi par un usage immémorial. Il est permis de les ouvrir par-tout où on les trouve. La noblesse a de grands priviléges par rapport au travail des mines. Ceux qui les cherchent & qui les trouvent, en ont de même, aussi-bien que les ouvriers qui n’ont d’autre métier que celui de travailler aux mines, & ceux qui travaillent aux instrumens & aux machines nécessaires à ces ouvriers. Les mines de Sahlberg, celle qu’on appelle de la montagne de Cuivre, Cuprimontima, & celle de Galpenberg, sont les plus fameuses de Suède, & celles qui ont le plus de priviléges. La dernière se trouve aujourd’hui beaucoup plus abondante qu’elle n’étoit autrefois. 

Airain de Corinthe. C’étoit un mélange de métaux fort estimé chez les Anciens, fait, selon quelques-uns, de quatre parties d’or, & d’argent. Æs Corinthium.

☞ En parlant des quatre âges du monde, dont la fable fait mention, on appelle siècle d’airain, ou âge d’airain, celui qu’on a placé entre le siècle d’argent & le siècle de fer. Sæculum æreum. Ætas ahenea.

☞ Au figuré, on dit un siècle d’airain, pour désigner des temps durs, malheureux.

☞ On dit aussi un ciel d’airain, pour désigner un temps aride, où il ne tombe ni pluie, ni rosée.

☞ On dit d’un homme, qu’il a un front d’airain, pour marquer une extrême impudence ; & qu’il a un cœur d’airain, des entrailles d’airain ; pour dire, qu’il est dur, insensible à la pitié.

☞ On dit figurément, que les injures s’écrivent sur l’airain, & les bienfaits sur le sable, pour faire entendre qu’on oublie aisément le bien, & qu’on se souvient long-temps du mal.