Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/AMBRETTE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 279-280).
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AMBRETTE. s. f. Cyanus odoratus, Turcicus, &c. Tourn. Inst R. Herb. Plante annuelle qui nous vient de Constantinople, & qu’on a rangée sous le genre de Bluet, ou Cyanus. Ses feuilles ressemblent assez aux premières feuilles du bluet des champs ou barbeau ; mais elles sont plus larges, plus déchiquetées & moins blanches. Ses tiges ne s’élevent guère que de deux à trois pieds ; elles sont branchues, garnies de feuilles, & terminées chacune par une tête écailleuse, qu’on appelle Fleur, plus grosse que celle du barbeau. Elle renferme une infinité de fleurons de différentes couleurs ; ceux de la circonférence sont plus grands, & d’une couleur différente de ceux du centre, qui sont plus petits. Ses semences sont oblongues, noirâtres, & chargées d’une aigrette ; l’odeur de ses fleurs est très-douce, & tient de l’ambre & de la civette ; c’est à cause de son odeur qu’elle a été appelée ambrette. Il y a plusieurs espèces d’ambrette qui ne different sur-tout que par la couleur de leurs fleurs, qui est le plus souvent purpurine, quelquefois blanche, & jaune dans certaines espèces. L’ambrette s’appelle aussi Fleur du Grand Seigneur.

M. Danty d’Isnard, de l’Académie des Sciences, dans les Mémoires de 1719. pag. 169. décrit une nouvelle espèce d’ambrette qu’il appelle Amberboi Erucæ folio, minus. La racine de cette espèce d’ambrette est simple, un peu tortue, longue de deux ou trois pouces, épaisse à son collet d’environ deux lignes ; de-là diminuant insensiblement, elle se termine en filet, & donne d’espace en espace quelques fibres capillaires. Son écorce est d’un blanc sale ; elle couvre un corps ligneux, qui est plus blanc.

De cette racine part une tige ailée par intervalles, branchue d’espace en espace, laquelle s’éleve de neuf à onze pouces, & qui de son origine où elle a environ deux lignes de grosseur, va insensiblement en diminuant jusqu’à l’extrémité de ses branches & de leurs rameaux ; desorte qu’ils n’ont en cet endroit qu’un tiers ou un quart de ligne d’épaisseur. Cette tige est solide ou pleine, vert pâle, légérement striée dans toute sa longueur, parsemée de poils blanc sale, dont les plus longs n’ont pas une ligne. Etant coupée, son intérieur paroît d’un vert plus clair & plus blanchâtre que son écorce. Les feuilles de cette plante sont d’un vert mat, assez foncé en-dessus, & plus pâle en-dessous. Elles sont presque plates, minces, sans queue, disposées alternativement, & parsemées de poils comme la tige. Les grandes accompagnent le bas, & la partie moyenne de la tige & des principales branches : les petites feuilles garnissent le reste. Les branches & rameaux partent chacun de l’aisselle d’une feuille. Entre ces grandes feuilles, qui ressemblent assez à celles de quelque espèce de Roquette, il s’en rencontre qui ont jusqu’à trois pouces & demi de longueur, sur un pouce ou quinze lignes de largeur, se découpant de chaque côté très-profondément, les unes en quatre & les autres en cinq lobes, qui ont six à sept lignes de longueur sur trois à quatre de largeur ; recoupés chacun en plusieurs parties un peu arrondies & terminées par une pointe d’un vert jaunâtre, & comme seche, très-courte, & qui ne pique pas. Les deux grands lobes qui conjointement terminent chaque feuille, sont aussi recoupés dans leur contour. Les ailes ondées & dentelées qui se remarquent dans quelques endroits de la tige & des branches, semblent appartenir à ces feuilles, n’étant que des appendices de leurs feuillets. Entre les feuilles qui garnissent le haut des branches & des rameaux, il s’en trouve qui ont depuis deux jusqu’à neuf lignes de longueur, sur une demie ligne jusqu’à une ligne & demie de largeur, dont quelques-unes se trouvent simplement dentelées, quelques autres sont entières ; ces dernières ressemblent à des feuilles de linaire. La côte ou la carêne de ces différentes sortes de feuilles & leurs nervures sont d’un vert blanchâtre : elles forment des sillons en-dessus, & des côtes arondies en-dessous.

Les fleurs de cette plante n’ont presque point d’odeur. Elles sont colorées de gris de lin, à couronne de fleurons neutres ; la tige, les branches & les rameaux, n’en donnent jamais à leur extrémité qu’une seule chacun, lesquelles sont distantes chacune de six lignes & tantôt d’un pouce & demi de la dernière feuille. Le diamètre de chaque fleur est d’environ neuf lignes, dont le disque en emporte ordinairement deux à trois. Ce disque est composé de quinze ou dix-huit fleurons réguliers & hermaphrodites, longs de trois lignes, saillans hors du calice de deux tiers de ligne, qui est à peu-près la longueur des découpures de leur pavillon, & la moitié de sa profondeur ; l’autre moitié qui est blanche, aussi bien que son tuyau cylindrique qui a environ une ligne & demie sur presque la cinquième partie d’une ligne de diamètre, sont plongés dans le calice. Ce pavillon est aussi cylindrique, découpé en cinq lanières égales, gris de lin ; il s’évase fort peu, & n’a qu’environ une demi-ligne de diamètre ; le bout de ses découpures ou de ses cinq lanières, se roule & se recoquille en-dedans. De la partie inférieure & interne de ce pavillon s’élevent cinq étamines, dont les sommets forment par leur union une gaine cylindrique, striée, longue d’une ligne & demie, épaisse d’un quart de ligne, enfoncée d’une demi-ligne dans la bouche du pavillon : cette partie enfoncée est blanche, & le reste qui déborde cette bouche, est couleur de pourpre.

Le bas de chaque fleuron porte sur un ovaire blanc, haut d’environ demi-ligne sur un tiers de ligne d’épaisseur, dont la tête est chargée d’une couronne antique qui n’a guère plus de hauteur. De la tête de l’ovaire part une trompe capillaire, laquelle après avoir enfilé le fleuron & la gaîne, déborde enfin celle-ci d’environ demi-ligne, y comprises ses deux cornes, qui sont teintes en gris de lin. Dix à douze fleurons neutres & irréguliers portant chacun sur un faux germe, forment ordinairement la couronne de cette fleur. Le tuyau de chaque fleuron est blanc, cylindrique, long de deux lignes, du diamètre de plus de la cinquième partie d’une ligne, totalement enfoncé dans le calice, terminé par un pavillon long de trois à quatre lignes, large de deux dans sa partie antérieure. Ce pavillon est une espèce de gueule presque close, dont la levre supérieure est fendue, à une ligne en deçà de l’origine du pavillon, en trois lanières à peu-près semblables, & quelquefois en deux. La levre inférieure est entière, tant soit peu plus courte que la supérieure, & un peu plus large que ne sont ses lanières. Le placenta est hérissé de poils blancs, longs de deux ou deux lignes & demie, entre lesquels les ovaires sont nichés.

Toutes ces parties sont contenues dans un calice écailleux, pyriforme, long d’environ quatre lignes sur deux & demie, ou trois environ de diamètre dans le fort de son épaisseur, qui est vers sa base. Ses écailles sont oblongues, entières, vertes sur le dos, blanchâtres sur les bords, chargées de poils, tirant sur le blanc, & terminées par un bequillon sec, long d’environ une ligne, couleur de bois, dont la base est brune. Ces écailles sont luisantes & comme argentées du côté qui regarde la cavité du calice. Les plus grandes n’ont qu’environ deux lignes & demie de longueur entre le bequillon & la racine de l’ongle, sur presqu’une ligne de largeur.

Les ovaires étant dans leur parfaite maturité sont de figure conique, couleur de bois, velus, cannelés selon leur longueur, qui n’est que d’une ligne sur moitié moins de largeur à leur base, sur laquelle porte la couronne antique. Cette couronne pour lors ouverte d’une ligne & demie ; ses rayons sont blancs, luisans, inégaux, les plus longs ayant deux tiers de ligne, & les plus courts un quart seulement. On remarque à la pointe de l’ovaire une petite cavité dans laquelle s’articuloit le mammelon fistuleux, d’où partoit le cordon ombilical, qui fournissoit la nourriture à la semence que cet ovaire contient.

Cette plante est annuelle : elle fleurit en Juin & Juillet, & donne des semences mûres dès le commencement de ce dernier mois. Augustin Lipi, Médecin de la Faculté de Paris, a découvert cette plante en Egypte, entre Alexandrie & Rosette. Amberboi est le nom que les Turcs ont donné à quelques espèces de ce genre.

Ambrette, ou Semence musquée, en latin Bamia moschata. C’est la semence d’une plante nommée par les Arabes Abel mosch, qui signifie en leur langue, graine de musc. Cette semence est petite, grisâtre, taillée en rein, & a une odeur d’ambre & de musc très-forte ; elle est ambrée & douceâtre au goût. La plante qui donne cette semence est appelée Ketmia Ægyptiaca, semine moschato. Inst. R. herb. Elle est commune en Egypte ; & Prosper Alpin rapporte, que dans son temps on en prenoit la poudre dans du caffé, pour fortifier le cerveau & réjouir le cœur : les Américains l’emploient au lieu de musc, & nos Parfumeurs la mêlent parmi leurs poudres & leurs compositions odoriférantes.

Ambrette, se dit aussi d’une sorte de petite poire qui a l’odeur d’ambre gris, & qu’on appelle à cause de cela, Poire d’ambrette. Ambretta. L’ambrette a la chair tendre & délicate avec une eau douce, sucrée & de bon goût, & un peu de parfum. La Quint. Elle porte en certains pays le nom de Trompe Valet. Id. L’ambrette est à-peu-près ronde, cependant un peu plus plate, & a l’œil plus enfoncé que la leschasserie ; sa grosseur est d’environ deux pouces en tout sens, son coloris verdâtre & tiqueté, d’ordinaire plus couvert & plus roussâtre que celui de la leschasserie ; sa queue est droite & assez longue. Elle mûrit en Novembre & Décembre, & quelquefois en Janvier. Son bois est épineux & piquant.