Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/AVIS

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 643-644).
◄  AVIRONNER
AVISEMENT  ►

☞ AVIS. s. m. La décision qui a suivi en nous un jugement de l’esprit. Sententia. Voilà mon avis ; ouvrir un avis ; autant de têtes, autant d’avis. Les avis sont partagés. Voyez Opinion, Sentiment.

☞ On appelle avis de parens, un acte judiciaire, par lequel le Magistrat ordonne ce qui doit être exécuté sur les affaires d’un mineur, suivant la délibération de ses parens. Il a été résolu par avis de parens. Ac. Fr. C’est dans ce sens que Boileau a dit en parlant d’Aléxandre.

Et qu’un sage Tuteur l’eût, dans cette demeure,
Par avis de parens, enfermé de bonne heure.

☞ On appelle avis doctrinal, le sentiment des Docteurs en Théologie consultés sur quelque point de doctrine.

☞ Les anciens Avocats, au bas des écritures qui contenoient leur avis, mettoient, si quid mihi est judicii. De Roch.

Avis, signifie aussi instruction qu’on donne à quelqu’un, & qui est plus relative aux mœurs & à la conduite qu’avertissement ; mais qui ne renferme pas une idée de supériorité, soit d’état, soit de génie, aussi distincte que le mot conseil ; quelquefois même cette idée de supériorité est tout-a-fait étrangère à avis.

☞ Les avis sont vrais ou faux. Admonido, monitum, cansilium. M. l’Abbé Girard. Syn. Un homme d’étude qui ne prend avis que de ses livres, en entrant dans le monde, fait bien des faux pas.S. Evr. Je vous remercie de tous vos bons avis.

Avis, en termes de commerce, de guerre & de marine, signifie avertissement, instruction qu’on donne à quelqu’un de quelque chose qu’il ignore, nouvelle. Nuntium. Donner avis d’un envoi de marchandise, d’une banqueroute, &c. Ce Gouverneur a reçu avis qu’on venoit assiéger sa place. Une barque d’avis, est une barque destinée pour porter les nouvelles & les ordres à une flotte.

☞ Une Lettre d’avis, est une lettre missive, par laquelle un Marchand ou un Banquier mande à son Correspondant qu’il a tiré sur lui une lettre de change, ou quelqu’autre affaire relative à leur commerce. Encycl.

Avis, sentiment, opinion, considérés dans une signification synonyme. Il y a un sens général, dit M. l’Abbé Girard, qui rend ces mots synonymes, lorsqu’il est question de conseiller ou de juger : mais le sentiment a plus de rapport à la délibération ; on dit son sentiment. L’avis en a davantage à la décision : on donne son avis ; & l’opinion en a un particulier à la formalité de judicature, on va aux opinions.

☞ Le sentiment emporte toujours dans son idée celle de sincérité, c’est— à-dire, une conformité avec ce qu’on croit intérieurement. L’avis ne suppose pas rigoureusement cette sincérité, il n’est précisément qu’un témoignage en faveur d’un parti. L’opinion renferme l’idée d’un suffrage donné en concours de pluralité de voix.

☞ Il peut y avoir des occasions où un Juge soit obligé de donner son avis contre son sentiment, & de se conformer aux opinions de sa compagnie.

Avis, avertissement, conseil, considérés dans une signification synonyme. Le but de l’avertissement est précisément d’instruire & de réveiller l’attention, Voyez ce mot. L’avis & le conseil ont aussi pour but l’instruction, mais avec un rapport plus marqué à une conséquence de conduite, se donnant dans la vue de faire agir ou parler, avec cette différence entr’eux que l’avis ne renferme dans sa signification aucune idée accessoire de supériorité, soit d’état, soit de génie ; au lieu que le conseil emporte une de ces idées de supériorité, & quelquefois toutes les deux ensemble. Les auteurs mettent des avertissemens à la tête de leurs livres. Les Espions donnent avis de ce qui se passe dans les lieux où ils sont. Les pères & mères ont soin de donner des conseils à leurs enfans, avant que de les produire dans le monde.

☞ Le Chanoine écoute l’avertissement de la cloche, pour savoir quand il doit se rendre au Chœur. Le Banquier attend l’avis de son Correspondant pour payer les lettres de change tirées sur lui. Le plaideur prend conseil d’un Avocat pour se défendre ou pour agir contre sa Partie.

☞ Le cours des fonctions de la nature est un avertissement de l’état de notre santé, plus sûr que le raisonnement des Médecins. Tel manque d’avis qui est en état d’en profiter, & tel en reçoit qui n’est pas en état de s’en prévaloir. Autant que la vieillesse aime à donner des conseils, autant la jeunesse a de l’aversion pour en prendre.

☞ II faut que l’avertissement soit donné avec attention, l’avis avec diligence, & le conseil avec art & modestie, sans air de supériorité. Car on ne fait point usage des avertissemens donnés mal-à-propos ; l’on ne tire aucun avantage des avis qui ne viennent pas à temps ; & la vanité toujours choquée du ton de maître, empêche de faire aucune distinction entre la sagesse du conseil, & l’impertinence de la manière dont il est donné ; en sorte que tout n’aboutit qu’à faire mépriser le conseil, & rendre le conseiller odieux.

Avis au Lecteur. C’est une espèce de petite Préface qu’on met à la tête d’un Livre, pour avertir le Lecteur de quelque chose. En ce sens, on dit proverbialement d’un accident qui peut servir d’instruction à quelqu’un : c’est un Avis au Lecteur.

Avis, en termes de Finances, signifie l’invention, & les moyens d’établir quelque imposition nouvelle, ou de faire la recherche des deniers divertis qui appartiennent au Roi. Les donneurs d’avis sont des gens fort odieux. Il a eu tant pour son droit d’avis. On le dit aussi de ces gens d’intrigue qui donnent avis des Offices ou Bénéfices vacans, qui négocient des affaires, ou des mariages.

☞ On dit proverbialement & figurément, il y a jour d’Avis ; pour dire, temps de délibérer : & prendre lettres d’Avis ; pour dire, prendre du temps pour faire ses réflexions.

Avis. Nom de ville & de rivière. La ville d’Avis, Avisium, est dans l’Alentéjo, province de Portugal, sur la rivière d’Avis. Avisius.

Avis (ordre d’). Ordre mihtaire de Portugal. Il fut institué par Alphonqe I Roi de Portugal, en mémoire de la prise d’Evora sur les Maures, en 1147. Il se peut faire que l’Ordre d’Avis ait commencé l’an 1147 ; mais il ne fut établi en forme de Religion militaire que l’an 1162, & le premier Grand-Maître n’a point été Ferdinand Rodrigue de Montorio, comme quelques-uns l’ont avancé ; ce fut un Prince François, parent du Roi, proles Regis, qui se nommoit Pierre, & qui prenoit la qualité de Pair de France, comme il paroit par l’Acte primordial de l’Institution de cet Ordre, dont l’original, au rapport de Bernard Britto dans ses Chroniques de l’Ordre de Cîteaux, est conservé dans les Archives du Couvent d’Alcobara du même Ordre, lequel acte est daté des Ides de l’ère 1200. P. Hélyot. T. VI, p. 66. Ces Chevaliers s’appeloient d’abord les Chevaliers de la nouvelle milice ; mais le Roi de Portugal leur ayant donné la ville d’Evora, ils quittèrent leur premier nom, pour prendre celui de Chevaliers de sainte Marie d’Evora, qu’ils quittèrent encore quelques années après, pour prendre celui d’Avis, après que le Roi leur eut donné l’an 1181 des terres sur les frontières du Royaume, à condition qu’ils y bâtiroient une forteresse pour résister aux courses des Maures. Quelques-uns prétendent qu’ils la bâtirent dans un lieu qui s’appeloit Avis, & d’autres disent que ce nom lui fut donné par les Chevaliers, parce que voulant tracer le plan de la forteresse, ils virent deux aigles qui s’éleverent en l’air au même endroit. Cette forteresse ayant été achevée en 1187, ils y établirent leur demeure, & en prirent le nom cette même année. Ils sont de l’Ordre de Cîteaux. Innocent III confirma leur Insttitut en 1204. Id.

Quelques-uns disent que cet Ordre militaire de Portugal porta d’abord le nom de saint Benoit, &c que celui d’Avis lui fut donné, à cause de certains oiseaux qui se trouvent dans une montagne voisine d’Evora, où cet Ordre fut quelque temps fixé. Ce qui favorise cette étymologie, c’est que cet Ordre porte d’or à la croix fleurdelisée de sinople, accompagnée en pointe de deux oiseaux affrontés de sable : à moins qu’on ne dise que le nom de cet Ordre lui vient de ces mêmes oiseaux qu’il prit pour armoiries.