Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/BISMUTH

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 912-913).
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BISMUTH. s. m. Corps minéral à demi métallique, composé de la première matière de l’étain, qui est encore imparfaite. C’est un excrément métallique, provenant d’une portion incapable de former un vrai métal, & changé en un corps minéral, blanc, poli, ressemblant à l’étain, mais plus rouge. Sa substance est fort dure, pesante, aigre & cassante, & d’un grain gros, poli, blanc & éclatant. On l’appelle autrement étain de glaces, parce qu’étant brisé, il fait voir plusieurs substances polies comme une glace, & qu’il tient beaucoup de l’étain. On l’appelle aussi marcossite par excellence, à cause qu’il surpasse les autres en blancheur & en beauté. ☞ Il entre aisément en fusion, perd son phlogistique, & répand beaucoup de fumée. Etant calciné, il se vitrifie, & se dissout dans l’eau-forte & l’eau régale. Lorsque le Bismuth est mêlé avec les métaux, il les pénètre, il les blanchit, il les rend plus coulans, & empêche que le mercure ne les diminue trop dans l’amalgame que l’on en fait. Il faut en excepter cependant le Cobalt & le Zinc. Il contient un sel arsénical dont l’usage intérieur est dangereux. Son précipité est un magistère fort blanc, qu’on mêle avec des eaux & des pommades, pour en faire un fard qui embellit le teint des Dames, & qui guérit les altérations de la peau. On en tire aussi des fleurs qui effacent les taches du visage ; ce qui fait qu’on l’appelle autrement blanc de perle. Voy. la façon de le faire dans Charras. Voyez encore la Métallographie de Webster.

Alonso Barba dit qu’on en a trouvé depuis peu une mine en Bohème, & il le met au rang des métaux. Mais le bismuth est proprement le régule de la pierre appelée Cobalt, Cobaltum ; pierre d’où l’on tire l’arsenic, l’azur, le caffre, & le bismuth. M. Stalh, Médecin Allemand, a donné la préparation : il faut le consulter pour être parfaitement instruit sur cette matière.

☞ Le Bismuth qu’on appelle vierge, est fort rare. On le trouve dans les mines d’argent, dont il annonce la richesse. Il vient en graine, en feuilles & en cubes, & assez pur. On prétend que la chaleur souterraine lui procure toute la cuisson nécessaire, & il se fond très-aisément à la flamme d’une lumière. Il y a un Bismuth d’un gris cendré qui contient du cobalt & de l’arsenic. Il est ou solide ou à grandes stries, donne peu d’étincelles, & ne tombe point en efflorescence, lorsqu’on y répend de l’eau forte. Oryct. Le Bismuth en fleur est d’un gris jaune, souvent rouge, vert ou bleu. Cette mine est pesante, de couleur noire, & contient beaucoup de soufre ; ce qui lui fait répandre une odeur désagréable. Celui qui est sablonneux, prend ce nom, parce qu’il s’est formé dans une pierre de grais, d’une couleur tirant sur le noir. Il est rempli de cobalt, indépendamment de la partie sulfureuse qu’il contient.

On fait du bismuth artificiel, en réduisant l’étain en petites lames & petits morceaux, & en le cimentant par une mixtion de tartre blanc, de salpêtre & d’arsenic stratifié dans un creuset à feu nu. On fait la même chose du zinch, ou zain, en mettant du plomb au lieu d’étain, & un peu de calamine.

☞ Quand le Bismuth sert à former les caractères d’imprimerie, on le mêle avec de l’étain, pour rendre ces caractères plus durables. Oryct.