Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/BOYAU

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 2p. 33).
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BOYAU. s. m. Les conduits ou tuyaux par où passe tout ce qui sort de l’estomac, auquel ils sont continus. Interaneum, Intestinum. Les boyaux ou intestins sont des corps longs, ronds, creux, & continus depuis le pilote jusqu’au fondement. Ils sont situés sous l’épliploon dans le ventre inférieur, dont ils remplissent presque toute la capacité, qui est depuis le ventricule jusqu’à l’os pubis. Ils sont attaché au dos par le moyen du mésentère qui les lie ensemble, de manière que les grêles sont au milieu du ventre à la région umbilicale, & les gros à la circonférence. Dionis. Quoique les boyaux ne fassent qu’un seul conduit qui va depuis l’estomac jusqu’au fondement, néanmoins on les divise en g^rles, ou menus, & en gros. Les grêles sont au nombre de trois ; le duodenum, le jejunum & l’iléon. ☞ Le duodenum, ainsi nommé parce qu’il a environ douze travers de doigt de longueur. Le jejunum, ainsi appelé, parce qu’on le trouve presque toujours vide ; & l’iléon qui tire son nom des tours & retours dont il s’entortille.

☞ Les intestins gros sont aussi au nombre de trois, le cœcum, le colon, & le rectum. Le premier n’a qu’une ouverture. Les douleurs que l’on sent dans le second, se nomment coliques. Enfin le troisième qui nous représente une ligne droite, a environ un pied de longueur & trois doigts de largeur.

Les Anatomistes disent qu’ils ont ordinairement sept fois la longueur du corps dont on les a tirés. Tauvri. Dionis. Cette étendue & les différentes circonvolutions étoient nécessaires tant pour y retenir, plus long-tems le chyle, & le faire fermenter par le mêlange de la bile & du suc pancréatique, que pour le séparer d’avec ses excrémens, & le rendre par le moyen de ces deux liqueurs, plus coulant & plus subtil. D’ailleurs si l’homme n’avoit qu’un boyau, il seroit obligé de manger sans cesse, comme font les loups cerviers & les cormorans, à cause qu’ils ont les boyaux fort courts ; & comme il arrivoit en effet à un homme dont parle M. Dionis, pag. 170. qui n’avoit qu’autant de boyaux, qu’il en falloit pour aller du ventricule à l’anus. Les Médecins les appellent intestins. Les Transactions Philos. n. 107 p. 146. ou Tom. II. p. 111. parlent d’un homme dont les boyaux étoient tout renversés. On dit qu’il y avoit dans la bibliothèque de Constantinople un Homère écrit sur un boyau de dragon, long de six vingt pieds.

Ménage dérive ce mot de botellum, diminutif de buoto, ou vuoto, qui signifie vide. Borel le dérive de voye, d’où est venu, dit-il, le nom de long boyau, qui est une voie longue & étroite. Il prétend qu’on disoit autrefois voyeau ; pour dire, les boyaux des animaux, à cause qu’ils servent de voye aux viandes & excrémens. Du Cange témoigne qu’on disoit autrefois boël & bouël, & croit qu’il vient de botulus, qui signifie aussi boudin.

Boyau-grac. C’est le troisième & le dernier des gros boyaux, qu’on appelle autrement le droit, ou le rectum. Omasum. Il est ainsi nommé, parce que sa partie extérieure est environnée de beaucoup de graisse.

En termes de Fauconnerie, on dit, appétit de boire & faire boyau. Elargir le boyau de l’oiseau. Pour élargir le boyau de l’oiseau, donnez-lui léger pât trempé une nuit en vinaïgre, & sur le pât mettez du sucre ou du miel écumé, ou lui donner de l’eau sucrée.

Franc-Boyau, en termes de Vénerie, c’est le gros boyau, où passent les viandes du cerf que l’on met avec les menus droits. Salnove.

Descente de boyau, est un boyau qui tombe dans les bourses, quand on a fait quelque effort, ou par quelqu’autre cause. Hernia, ramex.

Corde a boyau, se dit des cordes faites de boyaux d’animaux, coupés & tors, dont on fait les cordes de raquettes, & de plusieurs instrumens de Musique, comme violons, violes, luths, théorbes, guitarres. Nervus. Les Anciens se servoient de cordes de lin avant qu’on eût songé à mettre en usage les cordes à boyau.

On dit, en termes de manège, qu’un cheval a beaucoup de boyau, lorsqu’il a beaucoup de flanc, beaucoup de corps, qu’il a les côtes longues, & qu’elles ne sont ni plattes ni serrées. On dit aussi qu’un cheval est étroit de boyau, pour dire, qu’il n’a point de corps.

Boyau, en termes de Guerre, est un fossé couvert de son parapet qui sert de communication à deux tranchées, quand on fait deux attaques. Fossa.

☞ C’est aussi, en parlant d’une tranchée faite pour assiéger une place, chaque partie de la tranchée qui va en ligne droite. On fait un boyau de communication d’une tranchée à l’autre.

On dit proverbialement, je l’aime comme mes petits boyaux.

On dit d’une chose longue & étroite, c’est le chemin de Ville-Juif, long boyau : ou même absolument, c’est un boyau ; ce qui se dit ordinairement des appartemens trop étroits. On dit encore d’une chose dégoutante, qu’elle feroit vomir tripes & ’boyaux.

On dit, pour se moquer de ceux qui se plaignent de quelque petite plaie ou coupure, si tes boyaux sortent par-là, tu en mourras. On dit aussi d’un homme de bon appétit, qu’il a toujours dix aunes de boyaux vides pour festoyer ses bons amis. Toutes ces expressions sont basses.