Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/CANOPUS

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(2p. 222-223).

CANOPUS. s. m. Faux Dieu des Egyptiens. Canopus. Canopus étoit le pilote d’Osiris, si l’on en croit Plutarque : selon d’autres, le pilote de Ménélas, qui ayant fait naufrage sur la côte d’Egypte, y fut honoré comme Dieu. On lui bâtit un temple : il passa pour être un Dieu des eaux, & fut même appelé Neptune Canope. Aristide néanmoins dit avoir appris d’un Prêtre considérable de la ville de Canope, que long-tems avant Ménélas, ce lieu portoit ce nom, ou du moins un mot fort approchant en égyptien, & qui signifioit Terre d’or. Voyez sur ce Dieu Vossius De Idolol, L. I, cap. 31, & L. II, cap. 74. Cet auteur prétend qu’on n’entendoit par-là autre chose que l’eau. Ruffin rapporte, Hist. Eccl., liv. II, ch. 26, comment un Prêtre Egyptien lui fit remporter la victoire sur le Feu, qui étoit le Dieu des Chaldéens. Les Egyptiens le mirent au nombre des Dieux. Suidas rapporte la même chose. Les Chaldéens se vantoient que le Dieu qu’ils adoroient, c’est-à-dire, le Feu, étoit le plus puissant & le vainqueur de tous les Dieux. Un Prêtre de Canopus, pour leur montrer que son Dieu l’emportoit sur le Feu, prit une grosse cruche telle qu’on en faisoit en Egypte pour purifier l’eau, c’est-à-dire, toute percée de petits trous comme un crible ; il la peignit de différentes couleurs ; mit sur le cou la tête d’une statue qu’on disoit être de Ménélas, boucha tous les petits trous avec de la cire, & dit aux Chaldéens que c’étoient là le Dieu Canopus, & qu’il auroit la victoire sur le Feu. Ils acceptèrent le défi. Il mit ce prétendu Dieu sur le Feu, qui venant à fondre la cire qui bouchoit les trous, toute l’eau tomba & éteignit le feu. Ainsi Canopus remporta la victoire, & de-là vint la mode de le représenter avec de forts petits pieds, & le corps tout semblable au ventre d’une cruche avec une tête d’homme. Voilà ce que dit Suidas, & qui se confirme par les figures de Canopus, qui se voient dans les cabinets des curieux. Le P. Kirker en a fait graver une dans son Œdip. Ægypt., Tom. I, p. 209. Le même auteur remarque qu’on le représentoit aussi quelquefois sous la forme d’un enfant avec une robe de réseau, & quelquefois sous celle d’Hermès ou de Mercure ; mais toujours le corps arrondi comme le ventre d’une cruche. On le représentoit aussi quelquefois par un vase comme une urne, sur laquelle étoit empreinte sa figure. Voyez Kirker, cité p. 110 ; quelquefois avec plusieurs mammelles au-lieu de trous, comme une Isis. Id. p. 211. Canopus étoit chez les Egyptiens, ce qu’étoit Neptune chez les Grecs & les Romains, c’est-à-dire, qu’il présidoit aux fleuves & à tout l’élément humide. Voyez le même auteur, p. 211. On croit que la figure qui se voit au revers d’une médaille de Néron, & qui n’est autre chose qu’une bouteille qui à la place du cou à une tête humaine voilée, & sur cette tête une fleur de lotus ; on croit, dis-je, que c’est la figure de Canopus.

Canopus ou Canope. Ville d’Egypte à 120 stades d’Alexandrie. Canopus. Il y avoit dans Canope un fameux temple de Sérapis. Canope passoit dans l’antiquité pour une ville très-débauchée. C’est le sentiment qu’en avoient Strabon, livre dernier, Juvénal, Sat.vi, v. 82 & xv, v. 44. Stace, Lib.III, Sylv. 2, v. 111, &c. On dit que le Poëte Claudien étoit de Canope. On prétend que cette ville fut bâtie par les Lacédémoniens ou par Ménélas, qui revenant de Troye avec Hélène, fut accueilli d’une furieuse tempête, & jeté sur les côtes d’Egypte. Tacite, Annal. L.I, c. 60, dit que son pilote, nommé Canope y mourut. Il bâtit une ville en sa mémoire, & à laquelle il donna son nom, y laissant tout ce qu’il avoit de gens inutiles pour la navigation. Les Grecs l’appellent Κάνωβος, Canobus, Canobe. On peut voir ce qu’en disent Mêla, L. II, c. 7, Solin, c. 34. Ammien Marc. L. XXII, & Strabon, Liv. XVII. Théophile d’Alexandrie s’opposa fortement aux débordemens des habitans de cette ville, & détruisit les lieux qu’ils regardoient comme les plus sacrés. Zozime s’en plaint dans le Liv. III de son Hist. Il y avoit à Canopus une école célèbre, où étoit la source de toute la Théologie Egyptienne, & où l’on enseignoit les lettres sacrées, ou les hiéroglyphes. Voyez Kirker, Œd. Æg. tom. I, p. 208 & p. 16, où il dit, après Abulfeda, que Canopus est Rosette. Voyez aussi Strabon. Canope avoit donné son nom au bras du Nil le plus occidental. Souvent aussi Canope en Poësie signifie l’Egypte. On croit que Canope étoit la ville qui fut depuis appelée Bochir, Bouquir ou Bicchieri, entre Rosette & Alexandrie. M. Tillemont prétend, dans sa note 42e de son premier tome de l’Hist. des Empereurs, que Canope ou Canobe étoit sous l’Evêché de Squedie. Voyez Vigenere dans son César.

Canopus, est aussi le nom d’une étoile de l’hémisphère méridional. Canopus. Vitruve, Liv. IX, c. 7. dit que le Canopus est l’étoile qui est au bout du gouvernail dans la constellation du navire Argo. Le Canopus ne se voit ni en Grèce ni en Italie. Ceux qui de Grèce font route au sud, commencent à l’appercevoir à l’île de Rhodes, dit encore Vitruve au même endroit ; c’est-à-dire, qu’on ne le voit que vers le 36e degré de latitude nord. Pline, Liv. VI, ch. 22, l’appelle un astre grand & brillant. Sidus ingens & clarum ; & Proclus, λαμπpός άστήρ . C’est en effet une étoile de la première grandeur, qui dans les tables de Boyer, est à l’endroit où le gouvernail entre dans l’eau. Hygin l’appelle τήν ἔσχατην τοῦ ποταμοῦ, la dernière étoile du fleuve. On l’appelle aussi Ptolemæus, Ptolemæon, Terrestris, Ponderosa, Suhel & Sihel. Boyer. Uranomet. Tab..