Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/531-540

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Fascicules du tome 1
pages 521 à 530

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 531 à 540

pages 541 à 550



l’humidité, & qui y font quelques inondations, qui la rendent fertile, ou qui l’enrichissent par le commerce. Rigare, irrigare. Le Penée arrose les campagnes de la Thessalie. Le Gange arrose l’Inde, le Nil l’Egypte. Le Danube est le fleuve de toute l’Europe qui arrose le plus de pays.

Fuyez ces lieux charmans qu’arrose le Permesse :
Ce n’est point sur ses bords qu’habite la richesse.

Boil.

Arroser, c’est aussi détourner des rivières, faire des canaux & les conduire dans des terres. Les Chinois qui rendent leurs terres si fertiles à force de les arroser, n’ont point trouvé de meilleur moyen pour distribuer l’eau également, que de mettre toutes les terres de niveau, sans quoi les plus hautes demeureroient sèches, tandis que les fonds seroient noyés. P. Le Comte.

On dit que les Martyrs ont arrosé la terre de leur sang ; qu’un vrai pénitent doit arroser son sein de ses larmes. On dit aussi d’un homme qui a été bien mouillé, soit par la pluie, soit par quelque autre accident, qu’il a été bien arrosé.

Arroser, se dit aussi dans les matières de piété. Paul plante, Apollos arrose ; mais c’est Dieu qui donne l’accroissement.

Arroser de larmes, mouiller de larmes. La Magdelaine arrosa de ses larmes les pieds de Notre-Seigneur. Son visage étoit arrosé de larmes.

☞ S’Arroser l’intérieur de bon vin vieux. Plaute a dit, irrigare vetustate vino ædentulo ætatem.

ARROSÉ, ÉE. part. Aspersus, conspersus, rigatus, irrigatus.

ARROSOIR. s. m. Vaisseau dont se servent les Jardiniers pour arroser les arbres & les fleurs. Vas inspergendis aquis idoneum. Il est fait de cuivre, ou de fer blanc, ou de terre, & il a une branche qui se termine par une espèce de pompe percée de plusieurs petits trous, par où l’eau s’écoule, & se distribue en plusieurs menus filets, & en forme de pluie, afin d’humecter doucement la terre. Il y en a d’autres dont le fond est percée de plusieurs petits trous, & dont la partie supérieure est un cou un peu alongé, au haut duquel est un petit trou ; on les emplit d’eau, en les enfonçant dans l’eau sans boucher le trou d’en haut ; quand ils sont pleins, on les retire en mettant le pouce sur ce trou ; ce qui empêche l’air qui est au-dessus de faire couler l’eau en la pressant, tandis que l’air qui est au-dessous la retient dans le vase, par la résistance qu’il fait à tous les trous : quand on veut arroser, on lève le pouce, & l’eau pressée de l’air par en haut, coule par les trous d’en bas, jusqu’à ce que l’on referme le trou qui est en haut, en remettant le pouce dessus.

☞ Il y a une autre sorte d’arrosoir à goulot. Comme celui-ci ne forme qu’un seul jet, on s’en sert pour arroser les fleurs, parce qu’il ne mouille que le pied & épargne les feuilles qui se fanneroient dans les grandes chaleurs, si elles étoient mouillées.

Arrosoir. Terme de Conchyliologie. Nom d’une espèce de coquillage marin. Un arrosoir ou brandon d’amour. C’est un morceau des plus rares. Il est gravé dans le Supplément du Recreatio mentis & oculi, au numéro 45. Le P. Bonnani rapporte qu’il ne connoît aucun Auteur qui en ait parlé, & qu’il ne se trouve que dans le fameux cabinet du Grand Duc de Toscane. Il est de l’île d’Amboine. Il l’appelle Testaceum anonymum, & paroit pencher à le mettre dans la classe des Tubes. Gersaint. L’arrosoir ou le pinceau de mer, est l’espèce parmi les tuyaux la plus distinguée ; on ne peut cependant la regarder que comme ayant un caractère spécifique, soit par sa forme toute droite, soit par la singularité de sa tête percée en arrosoir. Des Auteurs l’appellent Phallus, c’est-à-dire, un Priape.

ARROUSEMENT. s. m. C’est la même chose qu’escouvillon ou griffon.

☞ ARROUTER. Vieux verbe qui signifioit se mettre en chemin.

ARROUX. Rivière de France. Arrosius, Arosius. Elle a sa source dans le duché de Bourgogne, près de la ville d’Arnay-le-Duc. Elle baigne Autun, & se décharge dans la Loire, conjointement avec la Brébice, au-dessus de Bourbon-Lancy.

ARROY. Voyez Arroi.

ARRUCIE. s. f. Canal ou conduit souterrain qu’on pratique dans les minières, pour l’écoulement des eaux. Arrigia. David Durand, Hist, nat. de l’or & de l’argent, &c.

ARRUMAGE. s. m. Voyez Arrimage.

ARRUMER, ou ARRIMER, ou ARRUNER. v. a. L’Académie dit ARRIMER. Terme de Marine, qui signifie, placer & arranger avec soin la cargaison d’un vaisseau. Componere, Describere. On dit qu’un vaisseau est mal arrumé, lorsqu’il n’est pas à son plomb, qui le fait tenir droit sur bout ; car alors les poinçons se déplacent, courent & roulent vers la pente, & du heurt s’enfoncent les uns les autres, ce qui cause de grands coulages. Sur la mer du Levant, on dit en ce cas, qu’un vaisseau est mal mis en estive.

Arrumer une carte marine, c’est y décrire les rumbs. Describere in carta octo principes ventos vicissim oppositos. Cette carte est parfaitement bien arrumée.

ARRUMEURS. s. m. L’Académie dit ARRIMEURS. Sont de petits officiers établis sur les ports, & sur-tout en Guienne, que le marchand chargeur doit fournir & payer, qui ont soin de placer, & de ranger les marchandises dans un vaisseau, & sur-tout celles qui sont en tonneaux, & qui sont en danger de coulage.

Ce mot est dérivé de rum, ou de ruma, qui en portugais signifie règle, ou ligne droite : ou de carta rumada, qui est du papier règlé.

ARRUNAGE. Voyez Arrimage.

ARRUNER. Voyez Arrumer.

ARRUNEUR. Voyez Arrumeur.

ARS.

ARS. adj. Vieux mot, qui signifioit brûlé. Ustus.

Quant à cet amas de sornettes,
Je ne sais ce qu’il deviendra ;
Je sais bien que si vous en faites
L’usage qu’il méritera,
Par votre main ars il fera. L’Ab. de Chaulieu.

En termes Hermétique, on dit arse avec un e, pour ars ; & il a le même sens & la même origine. Ils viennent tous deux d’ardere, ardeo, arsi, &c.

Ars, ou Arts. s. m. pl. Terme de Manège, synonyme de membre. On a saigné ce cheval des quatre ars ; pour dire, des quatre membres. ☞ Ce mot n’est usité que dans cette seule phrase.

Ce mot vient du latin artus.

Ars. Rivière d’Espagne. Ars, Florius, Vir. Elle est dans la Galice, & se décharge dans l’Océan, au bourg de Céa, vers le cap de Finisterre. On l’appelle aussi Lézaro.

ARSA. Bourg de la basse-Hongrie. Arsa. Il est sur la Drave, & l’on croit que c’est l’arsatianum, que les Anciens mettent dans la Pannonie.

Arsa, est aussi le nem d’une petite rivière de l’Etat de Venise, en Italie. Arsa. Elle sort du lac de Costiac, en Istrie, & se décharge dans le golfe de Carnero, à quelques lieues au midi d’Albona.

ARSACIDE. s. m. Arsacida, Arsacides. Les Arsacides sont les descendans d’Arsaces, Roi des Parthes. Cet Arsaces, si l’on en croit la chronique des Perses, étoit de la race de Cyrus. Mais dans le tarick, ou catalogue des Rois de Perse, Schikard nous assure que le manuscrit de Abardschir Babekand, d’où il tire tout ce qu’il dit, l’appelle Aschki, & le fait descendre du dernier Darius. Quoi qu’il en soit, cet Arsaces ayant affranchi les Parthes de la domination des Séleucides, ces peuples le regardèrent comme le fondateur de leur Monarchie, & voulurent que tous les Rois suivans portassent son nom, & s’appelassent Arsaces. C’est de-là que les Rois Parthes font appelés Arsacides. Les Poëtes ont étendu ce nom à toute la nation.

Arsacides cruels, vainqueurs trop inhumains !
Vous avez en Crassus dompté tous les Romains ;

Et donnant aux vaincus cette funeste guerre ;

Vous avez mis aux fers les maîtres de la terre.
Bréb.

Les Arsacides commencèrent à régner en Arsaces, sous Séleucus II, surnommé Callinicus, le troisième Roi Séleucide, environ 250 ans avant Jésus-Christ, jusque sous l’Empereur Aléxandre, qu’Artaxercès tua Artabanus, le dernier des Arsacides, l’an de Jésus-Christ 227. Ainsi les Arsacides régnèrent environ 470 ou 480 ans. On prétend que l’Empereur Basile de Macédoine, qui tenoit l’empire l’an de Jésus-Christ 866 étoit encore de la race des Arsacides.

Les Poëtes, comme nous l’avons dit, transportent quelquefois ce nom aux Parthes, qu’ils appellent aussi Arsacides ; parce qu’ils confondoient ces peuples, ou parce que les Perses ayant dominé avant les Grecs, ils ont regardé l’affranchissement des Parthes tirés de la domination des Grecs, comme une espèce de rétablissement de la monarchie des Perses, parce qu’ils ont cru, comme les Historiens des Perses dont nous avons parlé, qu’Arsaces, & par conséquent les Arsacides étoient véritablement Persans d’origine. Ce mot n’est guère d’usage en prose, on peut cependant le dire, pour signifier la famille des Rois Parthes, descendus d’Arsaces.

ARSAGO. Village du Milanez, en Italie. Ara Cæsaris. Il est environ à quatre lieues au nord de Milan, entre Saron & Albate.

☞ ARSAMAS. Ville de l’Empire Russien, au pays des Morduates sur la route de Moscow, à Astracan.

ARSASONTHAMAR. Ville de la Terre-Sainte, nommée autrement Engaddi. Voyez ce nom.

ARSAT. Le pays d’Arsat. Nom d’une contrée du Rouergue, en France. Arisitensis pagus. Elle tire son nom de l’ancien Arisitum, dont on y voit encore les masures, & qui étoit une ville épiscopale de l’Aquitaine.

ARSCHIN. s. m. Mesure étendue dont on se sert à la Chine pour mesurer les étoffes. Elle est de la même longueur que l’aune de Hollande, qui contient deux piés onze lignes de Roi.

ARSCHOT. Petite ville du Brabant, dans les Pays-Bas. Ariscotium, Arschotium. Elle est dans le quartier de Louvain, sur le Démer. Le duché d’Arschot est une seigneurie dont cette ville est capitale, & qui s’étend sur l’un & l’autre bord du Démer, depuis la terre de Sichem, jusqua la seigneurie de Malines.

ARSEIROLE. Fruit qui vient de l’aubépine, entée sur le tronc du coignassier. Ce fruit est petit, de la figure d’une pomme pointue, de couleur rouge : son goût est âpre, ne pouvant être mangé qu’en confiture, ou bien dans le vinaigre, avec du sel, pour servir de même que les câpres. De Serres.

ARSEN. s. m. On nomme ainsi à Caffa, principale échelle de la mer-Noire, le pic ou mesure d’étendue qui sert à mesurer les draperies & les soieries. Celle pour les toiles se nomme simplement Pic.

☞ ARSENAL, ou ARCENAL. s. m. Armamentarium. Furetière, Joubert, Richelet donnent le choix des deux manières d’écrire. L’Académie écrit Arsenal. C’est un lieu destiné à la fabrique & à la garde des armes & munitions de guerre. Quelques auteurs font venir ce mot d’Arx, forteresse ; d’autres le dérivent d’ars qu’ils expliquent par machines ; il y en a d’autres qui disent que ce mot est composé d’arx & de senatus, comme étant la défense du Sénat & d’autres enfin le font venir d’arnesau, mot arabe qui signifie ce que nous entendons par arsenal. Mais comme tous ces Messieeurs sont d’accord pour le pluriel arcenaux, on arsenaux, je crois qu’on peut écrire Arsenal, ou Arcenal.

☞ L’Arsenal, est un magasin d’armes & de toutes sortes d’instrumens de guerre, soit pour la terre, soit pour la mer.

On lit sur la porte de l’arsenal de Paris cette inscription.

Ætna hæc Henrico Vulcania tela ministrat,
Tela Gigantæos debellatura furores.

L’arsenal de Venise est le lieu où se fabriquent & conservent les galères ; l’arsenal de Paris, où l’on fond des canons ; l’arsenal de Côme, où on fabrique des mousquets : l’arsenal de la Salpêtrière, où on fait le salpêtre.

Arsenal. Terme de Marine. Grand bâtiment près d’un port, où le Roi entretient les Officiers de Marine, ses vaisseaux, & les choses nécessaires pour les armer.

☞ C’est aussi l’enclos particulier qui sert à la construction des vaisseaux & à la fabrique des armes.

Arsenal, se dit dans un sens figuré du lieu où l’on serre, où l’on garde, où l’on enferme quelque chose. Mais cela n’est bon qu’en style familier ou burlesque.

Pendant quelque heure je sommeille,
Et sitôt que je me réveille,
Je trie de mon arsenal

Horace, Perse ou Juvénal. M. de Malezieu,
dans les divertissemens de Seaux.

ARSENIC. s. m. Minéral fort caustique, & poison fort violent. Arsenicum. Si tu t’ennuies de vivre, tu t’enverras dans l’autre monde avec un grain d’arsenic. Ablanc. Il y a trois sortes d’arsenic ; le blanc, qui est quelquefois transparent ; le jaune, qui est l’orpiment ; & le rouge, qui est le réalgar, ou réagal ; Voyez ce mot, ou Sandaraque. Ces minéraux sont d’une nature si subtile & si pénétrante, qu’étant alliés avec les métaux, ils les ouvrent, les corrompent, & les transforment presque en une autre nature. Ils blanchissent le cuivre, le laiton, & le plomb, comme l’argent. Ils sont chauds, secs & corrosifs, & dangereux à toute chose ayant vie. Ils se lèvent par feuilles comme du papier. L’arsenic est comme une suie ou un suc minéral, gras & onctueux, qui participe de la nature du soufre. Cette suie s’amasse dans les tuyaux des fourneaux où l’on calcine une pierre minérale qu’on appelle cobalt, cobaltum. De cette pierre on tire encore par différentes fusions le bleu d’azur, le safre & le bismuth. Voyez les ouvrages de M. Sthale Médecin. C’est celui qui a le mieux traité cette matière, qui nous a été si long-temps inconnue. Il y a une lettre de M. Blaio, Médecin Anglois, touchant les effets de l’arsenic sur le corps humain. L’arsenic qu’on apporte ici d’ordinaire, & qu’on appelle cristalin, parce qu’il ressemble à du crystal, est une matière sublimée de parties égales de sel marin & d’orpiment en poudre mêlées ensemble dans des vaisseaux sublimatoires.

Quelques-uns tirent le mot d’arsenic du grec ἄρσην, qui signifie mâle, à cause de sa vertu tout-à-fait mâle pour donner la mort, Martinius.

En termes de Chimie, on appelle Rubis d’arsenic, une préparation de l’arsenic vulgaire, qu’on fait avec du soufre par des sublimations plusieurs fois réitérées qui lui donnent la couleur de rubis. On prétend qu’alors il n’est plus nuisible, mais qu’il sert de remède à plusieurs maladies, quand on le donne dans des confitures, conserves, ou loocs, pour provoquer les sueurs, & guérir les ulcères rebelles. Un tel remède doit être toujours extrêmement suspect ; & on ne doit point s’en servir intérieurement.

Le beurre, qui est d’une nature huileuse & émolliente, & qui lâche le ventre, quand on en prend en quantité, est bon contre l’arsenic. Le lait de vache est encore bon contre l’arsenic, & contre les poisons corrosifs, pourvu qu’on boive de ce lait en quantité, & autant qu’on a soif ; car on est ordinairement fort altéré après qu’on a pris cette sorte de poison. Degori.

Régule d’arsenic, c’est la partie la plus fixe & la plus compacte de l’arsenic, qu’on prépare avec les cendres gravelées & le savon ; faisant fondre le tout, & le jetant tout fondu dans un mortier : par ce moyen la partie la plus pesante tombe au fond. Il y a aussi de l’huile caustique d’arsenic, qui est une liqueur butireuse, semblable au beurre d’antimoine, qu’on prépare avec l’arsenic & le sublimé corrosif. Cette huile sert pour consumer les chairs baveuses des plaies, & à emporter la carie des os. L’esprit qui sort le premier est fort corrosif, & capable de dissoudre tout-à-fait le fer, & plusieurs métaux.

Arsenic des Philosophes. Terme de Science hermétique. C’est le mercure des Philosophes hermétiques : d’autres entendent par ces mots la matière de laquelle on tire le mercure : d’autres, la matière lorsqu’elle est venue au noir ; d’autres, le soufre, ou la semence masculine & agente ; d’autres enfin, le sel qui est le lien du soufre & du mercure. On appelle Arsenic des Philosophes non urent, ou incombustible, la pierre des Hermétiques parfaite au blanc.

ARSENICAL, ALE. adj. Qui tient de l’arsenic. Il faut que les Chimistes se garantissent des esprits arsenicaux & vitrioliques. Vapeurs arsenicales.

Aiman arsenical. C’est une préparation faite avec l’antimoine, le soufre & l’arsenic cristalin.

ARSENOÏTE. s. m. Nom que l’on a donné dans l’antiquité a certains moines fameux. Arsenoita. Il y a sept lettres de saint Antoine, dont six sont adressées aux Arsenoïtes. Il paroit par les premiers mots de la première de ces six lettres, que ces moines étoient ainsi appelés du nom du canton qu’ils habitoient. Antoine, à tous les très-chers frères qui sont dans l’Arsenoïte & dans son district, ou qui sont avec eux : salut dans le Seigneur. C’étoit une petite contrée d’Egypte.

ARSENOTHELE. s. m. Arsenothelis. C’est la même chose qu’hermaphrodite, & les Grecs l’ont dit tant des hommes que des animaux. Ce nom vient de ἄρσην, θῆλυς, qui signifient, l’un mâle, l’autre femelle ; de θῆλυς, papilla, mammæ apex.

☞ ARSEURE. s. f. Vieux mot synonyme de brûlure.

☞ ARSI. part. de l’ancien verbe ardre, brûler, du latin ardere. Ménage.

ARSICHAN. Voyez Arsingan.

ARSID. Voyez Antipatride.

ARSIN. s. m. Vieux terme de Coutume, qui signifie en Picardie & en Flandre, une exécution de justice, par laquelle on met le feu à la maison de celui qui a commis quelque crime dans une ville ; par exemple qui a tué ou blessé quelque bourgeois Ragueau.

On appelle dans quelques Coutumes arsini, ou arseiz, des bois brûlés par accident, ou parce qu’on y a mis le feu malicieusement. Id.

ARSINE. Rivière de la Laponie moscovite. Arsinus. Elle se jette dans l’Océan septentrional, à l’orient de la rivière de Colao.

ARSINGAN. s. f. Ville de l’Anatolie. Arsinga. Elle est dans le Beglerbeglic de Marasc, près de l’Euphrate, entre Siwas &c Erzéron, dans la contrée qu’on nomme Aladulie. C’est l’ancienne Théodosiopolis, ou Aziris.

ARSINOÉ. s. f. Nom de plusieurs villes anciennes. Arsinoë. Il y en avoit une sur la côte occidentale de l’île de Chypre, entre le vieux & le nouveau Paphos. Une autre sur la côte orientale de la même ile, près de Salamine. Une autre sur la côte septentrionale de la même île, du côté de l’occident. Etienne de Lusignan en met une quatrième dans la même ile au milieu des terres. C’est aujourd’hui un bourg que les Cypriots appellent Arzes. Les anciens ne parlent point de celles-ci.

Arsinoé, est encore une ville maritime de Cilicie : c’est aujourd’hui un bourg nommé Draganti.

La ville de Suez en Egypte, au bout de la mer rouge, a aussi porté le nom d’Arsinoé, comme celui de Cléopatride. D’autres cependant prétendent que cette Arsinoé n’est pas Suez, mais Azirut, petite ville à quinze milles ou environ cinq lieues de Suez, du côté du midi.

Arsinoé, étoit encore une ville épiscopale de la Cyrénaïque, & plusieurs autres villes ont porté aussi le même nom en Syrie, en Cilicie, dans l’Anatolie & ailleurs. Ce nom avoit été donné à quelques-unes de ces villes par Arsinoé, Reine d’Egypte, sœur & femme de Ptolémée Philadelphe, & les autres l’avoient pris ou d’Arsinoé, femme de Ptolémée Aulétès, ou d’Arsinoé, femme d’Agas, Roi de Cyrène, ou de quelqu’autre Princesse de même nom.

☞ ARSIS. s. f. Terme de Prosodie. Elévation de la voix quand on commence à lire un vers. Ce mot vient du grec ἄρσω, tollo, j’éleve. Cette élévation est suivie de l’abaissement de la voix, & c’est ce qui s’appelle Thesis, θέσις, remissio. En déclamant le premier hémistiche d’un vers, on sent qu’on élève d’abord la voix, & qu’ensuite on l’abaisse. Encyc.

☞ En mesurant la quantité dans la déclamation des mots, d’abord on hausse la main, ensuite on l’abaisse. Le temps qu’on emploie à hausser la main est appelle arsis, & la partie du temps qui est mesurée en baissant la main, est appelé Thesis Voyez ce mot.

ARSOIR. adv. Vieux mot que Marot a dit, Elégie XII. pour hier au soir. Heri, vespere.

ARSOLI. Ancienne ville de la Campagne de Rome Arsolium. Elle est à l’orient de Tivoli, entre Tévérone & les confins de l’Abruzze. Ce n’est plus qu’un village.

ARSUFFO. Petite île de la Méditerranée. Paria. Elle est sur les côtes de Judée, près de Joppé ou Jafa.

ARSUR. s. m. Voyez Antipatride.

ART.

☞ ART. s. m. ars. En philosophie c’est la collection & la disposition technique des règles selon lesquelles un objet s’exécute. On a commencé par faire des observations sur la nature, le service, les qualités des êtres : puis on a donné des noms au centre ou point de réunion auquel on a rapporté ces observations, pour en former un système, ou de règles, ou d’instrumens, & de règles tendantes à un même but. Ces points de réunion de nos différentes réflexions ont reçu les dénominations de science, ou d’art, suivant la nature de leurs objets formels. Si l’objet s’exécute, la collection des règles selon lesquelles il s’exécute, s’appelle art. Si l’objet est seulement contemplé sous différentes faces, la collection & la disposition technique des règles relatives à cet objet, s’appelle science.

☞ La spéculation d’un art n’est autre chose que la connoissance inopérative des règles. Sa pratique est l’usage habituel & non réfléchi des mêmes règles. Il n’y a qu’un artiste sâchant raisonner, qui puisse bien parler de son art.

l’Art, est une connoissance réduite en pratique. Plusieurs Scholastiques soutiennent que la Logique & la Morale sont des Arts, parce qu’elles ne s’arrêtent pas à la simple théorie ; mais qu’elles tendent à la pratique. La statique est une science, parce qu’elle s’arrête seulement à la théorie ; mais la Mécanique est un Art, parce qu’elle réduit les connoissances de la Statique en pratique.

Art, est principalement un amas de préceptes, de règles, d’inventions & d’expériences, qui étant observées, font réussir dans les choses qu’on entreprend, & les rend utiles & agréables. Aristote définit l’art, une méthode de bien faire quelque chose. Selon Lucien, l’art est un recueil de préceptes pour une fin utile à l’homme. En ce sens l’Art se divise en deux branches : les uns sont les Arts libéraux, les autres sont les Arts mécaniques : & en ce sens il est opposé à Science, qui n’est autre chose qu’un amas de principes & de conclusions spéculatives.

Les Arts libéraux, sont ceux qui sont nobles & honnêtes. Artes liberales. Comme la Poësie, la Musique, la Peinture, l’Art Militaire, l’Architecture, la Marine. Les Arts fleurirent plus que jamais sous un Prince qui avoit du goût, & qui prenoit plaisir à combler de biens & d’honneurs les hommes rares & excellens. Le Gend. C’est toujours sous les plus grands Princes que les Arts ont fleuri, & leur décadence est l’époque de celle d’un état. Voltaire.

Les Arts mécaniques, sont ceux où l’on travaille plus de la main & du corps, que de l’esprit. Artes humiles vulgares, sordidæ. Ce sont d’ordinaire ceux qui nous fournissent les nécessités de la vie ; comme celui des Horlogers, Tourneurs, Charpentiers, Fondeurs, Boulangers, Cordonniers, &c. La surintendance des Arts & manufactures de France. Rabelais dit que Maître Gaster a, été l’inventeur des Arts ; pour dire, que c’est la nécessité qui a rendu l’homme inventifs industrieux : car γαστὴρ est un mot grec, qui signifie le ventre.

La division des arts en arts mécaniques, est bonne selon l’usage ; mais elle est mauvaise & fausse suivant l’étymologie ; car il y a plusieurs arts libéraux où l’on se sert de machines & d’instrumens, comme l’art Militaire, la Marine, la Peinture, &c. Les arts mécaniques tirent leur nom du mot grec μηχανὴ, machine ; parce qu’il n’y en a aucun qui ne se serve de quelque instrument. Il n’en est pas ainsi des arts libéraux parmi lesquels il y en a plusieurs qu’on peut apprendre & exercer sans aucun instrument ; comme la Logique, la Poësie, l’Eloquence, la Musique, la Médecine proprement dite, en tant qu’elle est distinguée de la Chirurgie, de la Pharmacie, de la Chimie. Démocrite a soutenu que les bêtes nous ont appris les arts ; l’araignée, à faire de la toile ; l’hirondelle, à bâtir ; le rossignol, la musique ; & plusieurs, la médecine. De Rochef.

On appelle un Maître de l’art, un excellent homme dans chaque science ou profession. Magister artis. Il s’en faut rapporter aux maîtres de l’art. On dit, parler en termes de l’art, quand on se sert des mots propres & particuliers à chacun des arts ou sciences. Remarquez que c’est une espèce de barbarisme, de se servir de tous les termes de l’art, ou devant des personnes qui ne sont pas du métier, ou lorsqu’il ne s’agit pas d’écrire, ou de parler expressément, & de dessein formé, sur la matière : autrement il faut user des termes les plus connus, & qui peuvent être plus facilement entendus de tout le monde. C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont entêtés de quelque art ou de quelque science. Ils font parade de leurs mots barbares. Cela les fait passer pour des pédans. Le voyage de Siam seroit divinement bien écrit, si l’Auteur n’y avoit pas si souvent employé les termes de l’art. Bouh.

Ce mot employé en général se prend souvent pour quelque art en particulier ; & la manière dont on parle, fait comprendre quel est cet art dont on veut parler. Les maladies où l’art humain avoue lui-même qu’il ne connoît plus rien. Peliss. C’est la Médecine. L’art fait animer le bronze, & donner la passion au marbre ; c’est-à-dire, la Sculpture. L’art ne peut représenter la beauté des couleurs que le soleil peint quelquefois en le couchant dans les nuées ; c’est-à-dire, la Peinture. L’art ne peut exprimer ce que je sens. On veut dire, ou l’Eloquence, ou la Poësie, ou la Musique. Au reste, cela n’est pas particulier à notre langue.

Art, se pousse quelquefois par extension jusqu’à la Science, à la Philosophie. On appelle un Maître-ès Arts, Magister Artium, laurea donatus, celui qui a été examiné sur les quatre parties de la Philosophie qu’on enseigne dans les colléges.

Ce mot vient d’ἀρετὴ en grec, qui signifie, vertu, industrie. C’est le sentiment de Donat sur la première scène de l’Andrienne de Térence. Ars ἀπὸ τῆς ἀρετῆς, dicta est per syncopam. D’autres la dérivent d’ἄρος, qui signifie, utilité, & qui se trouve en ce sens dans Æschyle.

Art, se dit dans le propre & dons le figuré de tout ce qui se fait par l’adresse & l’industrie de l’homme ; & en ce sens il est opposé à nature. Ars. L’art corrige & perfectionne la nature. Il faut que l’art vienne au secours de la nature, & c’est leur parfaite alliance qui fait la souveraine perfection. Boil. Les laides, ou les vieilles, emploient l’art au défaut de la nature pour paroître belles ; c’est-à-dire, le fard & les ornenemens. La parure des laides irrite une maligne curiosité qui fait démêler ce qui est de l’art, ou de la rature.

Tour ce que prête l’art à tes beautés fanées,
Ne te ramène point tes premières années. Corn.

Art, se dit aussi de toutes les manières & inventions dont on se sert pour déguiser les choses, ou peur les embellir, ou pour réussir dans ses desseins. Cette personne a l’art de plaire, de se faire aimer, de s’insinuer dans le monde, & de faire fortune. Il faut avoir beaucoup d’art & d’adresse, pour la cajoler, Ablanc. Il y a de l’art en tout ce que cet homme fait, il est compassé jusqu’à l’affectation. Quelque profonds que soient les Grands de la cour, & quelque art qu’ils aient pour paroître ce qu’ils ne font pas, & peur ne pas paroître ce qu’ils sont, ils ne peuvent cacher leur malignité. La Bruy. La raison l’emporte toujours sur l’art & sur l’adresse. S. Evr. Un amant ne sauroit se déguiser avec tant d’art, qu’on ne s’apperçoive de ses feintes, & que sa tendresse ne lui échappe malgré lui. Corn. Les larmes sont le fort des femmes, & leur plus grand art pour tromper les hommes. S. Evr. L’art n’est jamais dans un plus haut degré de perfection, que lorsqu’il ressemble si fort à la nature, qu’on le prend pour la nature même ; au contraire la nature ne réussit jamais mieux que quand l’art est caché. Boil.

N’est-ce pas l’homme enfin dont l’art audacieux,

Dans le tour d’un compas sut mesurer les cieux ?
Idem.

Art, se dit aussi en parlant de ce qui est composé, & conduit avec raisonnement, en faisant une juste application des principes & des préceptes d’un certain art. Cette pièce de théâtre est conduite avec grand art. Ce Poëte entend bien l’art poétique. Un bon Orateur doit cacher son art. La nature ne se laisse point conduire au hasard, & n’est point absolument ennemie de l’art & des règles. Boil.

 
Soyez simple avec art,
Sublime sans orgueil, agréable sans fard. Id.

Joignez vos agrémens aux règles de notre art ;
Quiconque plaît sans lui ne plaît que par hasard.

Art, se prend quelquefois pour prudence, sage conduite, adresse avec laquelle on se conduit. Ce Prince a trouvé l’art de bien gouverner.

Le Matelot troublé, que son art abandone,

Croit voir dans chaque flot la mort qui l’environne.
Boil.

Le grand Art. On appelle le grand art par excellence, l’art de transmuer les métaux, l’art de faire de l’or, autrement la Chrisopée, Le grand art s’appelle encore l’art Lulliste, la pierre philosophale, la poudre de projection, la science Hermétique. Le grand art a encore d’autres noms que lui donnent les prétendus Adeptes ; mais ceux qui le regardent comme illusoire, le nomment l’art de travailler vainement pendant toute sa vie, & d’aller enfin mourir à l’hôpital.

ART ANGÉLIQUE, ou ART DES ESPRITS. Ars Angelica. Moyen superstitieux d’apprendre tout ce que l’on veut savoir par le moyen d’un Ange, ou plutôt d’un Démon. Voyez Cardan, L. XVI, de Rerum variet. & Thiers, Traité des superstitions.

ART NOTOIRE. Ars notoria. Manière superstitieuse d’acquérir les sciences par infusion, en pratiquant certains jeûnes, & faisant certaines cérémonies, que les fourbes qui professent cet art, ont inventées. Voyez Delrio, Disquis. Mag. P. II. Ceux qui font profession de l’art notoire assurent que ce fut par ce moyen que Salomon acquit en une nuit toutes ses grandes connoissances. L’art notoire est une curiosité criminelle, & un pacte tacite avec le Démon, comme l’a montré Delrio, Disquis. Mag. P. II. La Sorbonne condamna, en 1320, l’art notoire comme superstitieux.

ART DE S. ANSELME. Moyens superstitieux de guérir les plaies en touchant seulement aux linges qui ont été appliqués sur ces plaies. Delrio, dans les Disquisitions magiques, dit, que quelques soldats Italiens, qui font ce métier, en attribuent l’invention à S. Anselme ; mais il assure que c’est une superstition inventée par Anselme de Parme, fameux Magicien : ainsi c’est de-là que lui vient son nom.

ART DE S. PAUL. Autre art superstitieux, ou plutôt espèce d’art notoire, ainsi appelé, parce que ceux qui le pratiquent, disent qu’il fut enseigné par S. Paul, après son ravissement au troisième Ciel.

☞ ART MNÉMONIQUE. Science des moyens qui peuvent servir pour perfectionner la mémoire. Ces moyens sont, ou des remèdes physiques, que l’on croit propres à fortifier la masse du cerveau ; ou de certaines figures ou schematismes, qui font qu’une chose se grave mieux dans la mémoire ; ou des mots techniques, qui rappellent facilement ce qu’on a appris ; ou enfin un certain arrangement logique des idées, en les plaçant chacune de façon qu’elles se suivent dans un ordre naturel.

☞ ART POÉTIQUE. Voyez Poëtique.

☞ ART MILITAIRE. Voyez Militaire.

☞ ART, ou ARTA. Village de Suisse, sur le bord méridional du lac de Zug, dans le canton de Sewitz.

☞ ARTA. Ville de Grèce, de la Turquie en Europe, dans la basse Albanie, & non pas dans la haute, comme le dit Corneille. Quelques-uns l’ont prise pour l’Ambraccia des Latins ; mais ils se trompent. Voyez M. Spon, Voyage du Levant. Maty écrit Larta. C’est une faute.

ARTABE. s. f. Artaba. C’est une ancienne mesure des Egyptiens, qui selon Isidore, Orig. L. XVI. C. 25, contenoit 72 setiers. Papias, Fannius, S. Jérôme sur Isaïe, C. V, & sur Daniel, C. XI. Palladius, c.76, & un manuscrit de la vie de S. Jean l’Aumônier que le P. Rosweid avoit vu, disoient qu’elle contenoit trois boisseaux & un tiers de boisseau. Quelques Auteurs prétendent que c’étoit une mesure des Perses, parce que l’Auteur de la Vulgate s’en est servi dans Daniel, XIV, 2, & qu’elle fut ainsi appelée d’Artabaze, fils de Pharacides, Général des Armées Persanes, ou d’Artabane, fils d’Histaspe, & oncle paternel de Xerxès. Elle étoit, ajoutent-ils avec Hérodote, L. I, plus grande que le Médimne attique de trois Chœnix. Mais on ne sait précisément ce qu’elle contenoit, & les Auteurs varient fort sur cela. Suidas dit que c’étoit une mesure des Médes, & qu’elle étoit égale au Médimne d’Athènes, qui contenoit six boisseaux romains. Hésychius & S. Epiphane disent la même chose. Le Scholiaste d’Aristophane dit que c’étoit une mesure des Perses & des Egyptiens. Le P. Kirker & le P. Rosweid, Vita Patr. p. 1014, après un Auteur grec cité par Agricola, disent que c’étoit une mesure d’Egypte qui contenoit cinq boisseaux, & que le boisseau d’Egypte, comme celui d’Italie, contenoit huit Chœnix. Pour accorder tous ces sentimens, le P. Kirker distingue trois Artabes, l’une qui contenoit un Médimne attique, & six Chœnix ; une autre qui ne contenoit qu’un Chœnix ; & une troisième qui étoit de cinq boisseaux. Voyez le P. Rosweid à l’endroit cité, & le P. Kirker, dans son Prodr. Copt.

Le mot Artabe est un nom Persan & Egyptien, selon le Scholiaste d’Aristophane.

ARTAMÈNE. s. m. Terme de Fleuriste. Espèce d’œillet. C’est un violet brun sur un fin blanc, gagné de l’orfeline. Il vient petit ; sa plante est robuste, & les marcottes vigoureuses. Traité des Fl.

ARTANA. Bourg d’Espagne. Ortana. Il est dans le royaume de Navarre, à cinq lieues de Pampelune.

ARTEIL. s. m. Terme d’Anatomie, qui se dit de tous les doigts du pied. Pedis digitus. Le pouce, ou le gros arteil, n’a que deux os ; les quatre autres doigts, ou arteils, en ont chacun trois. On dit aujourd’hui orteil. Voyez ce mot.

Ce mot vient d’articulus.

ARTÉMISIES. s. f. pl. Fêtes en l’honneur de Diane, que les Grecs nommoient Artemis, Artemisia. On célébroit ces fêtes en plusieurs endroits de la Grèce, sur-tout à Delphes.

ARTÉMISIUS. s. m. Nom d’un mois des anciens Grecs. Artemis. C’étoit le septième mois de l’année chez les Macédoniens, en Asie, à Ephèse, à Pergame, & chez les Syro-Macédoniens, les Tyriens, les Sidoniens, les Lyciens. Chez les Lacédémoniens & les Corcyréens c’étoit le second de l’année, & il répondoit à peu-près au mois de Février. Chez les autres peuples susnommés, il répondoit au mois de Mai, de Juin, ou de Juillet, selon qu’ils commençoient l’année. Voy. Dodwel, De Cycl. Græc. & Rom. Diss. VIII.

ARTÉMON. s. m. Terme de Mécanique. Troisième moufle, qui est au bas de la machine appelée polyspaste, laquelle sert à élever les fardeaux. Artemon.

ARTÉMONIENS. s. m. pl. Nom que l’on donna aux disciples de l’hérésiarque Artémon, qui s’éleva sur la fin du troisième siècle, & qui, en niant la divinité de Jésus-Christ, soutenoit qu’il n’avoit eu que de légers avantages sur les Prophètes.

☞ ARTENAY. Petite ville de France, dans la Beausse, à six lieues d’Orléans, sur le chemin de Paris.

ARTENNA. s. m. Nom d’un oiseau aquatique, qui a le pied comme le canard, qu’on appeloit autrefois Diomedea, parce qu’on le trouvoit dans les îles Diomédéennes, que nous appelons aujourd’hui Tremiti, Dict. de James.

ARTER. Vieux verbe. Arrêter.

ARTÈRE. s. f. Terme d’Anatomie. C’est un canal élastique du corps de l’animal, destiné à recevoir le sang des ventricules du cœur, & à le distribuer dans toutes les parties du corps, pour y entretenir la vie & la chaleur, & pour y porter la nourriture nécessaire, d’où il est ensuite repris par les veines pour être reporté au cœur. Arteria. Les artères & tous leurs rameaux sont autant de cœurs prolongés qui secondent l’action du premier. Acad. 1701. Hist. p. 30. Une dilatation extraordinaire d’artère s’appelle Anévrisme. Les artères sont composées de quatre membranes dures & flexibles, qui sont tissues de fibres longues & annulaires, & de quelques branches de nerfs. Quelques-uns admettent cinq membranes ; d’autres n’en admettent que deux. Il y a deux artères, la pulmonaire, qui porte le sang du ventricule droit du cœur dans le poumon, & que les Anciens appeloient veine artérieuse ; & l’artère aorte, ou la grande artère, qui le porte du ventricule gauche dans toutes les parties du corps. Ces artères ont à leurs orifices de petites peaux, ou membranes qu’on nomme Valvules semi-lunaires, ou simoïdes, qui laissent bien sortir le sang des deux ventricules ; mais elles empêchent qu’il n’y revienne par le même endroit. Il n’y a que les veines qui le rapportent dans le cœur de toutes les parties où les artères l’avoient distribué. On distingue les artères des veines, en ce que les artères sont plus épaisses, & qu’elles ont un battement continuel. Ce battement consiste en deux mouvemens ; celui de dilatation, ou de diastole ; & celui de contraction, ou de systole. Le cœur a deux semblables mouvemens, mais ils se font en des temps différens ; c’est-à-dire, que lorsque le cœur se resserre, les artères se dilatent ; & lorsque le cœur se dilate, les artères se resserrent. La dilatation des artères vient du sang, qui y entre avec force, & sa contraction vient de sa propre force, par laquelle le sang passe dans les veines. L’artère aorte sortant du ventricule gauche du cœur se divise en deux gros troncs, le supérieur & l’inférieur. Le supérieur, qui porte le sang à la tête, & aux autres parties supérieures, se divise en trois branches ; la première est la souclavière droite, d’où viennent la carotide, la vertébrale, la cervicale, l’axillaire du côté droit, &c. La seconde est la carotide gauche. La troisième est la souclavière gauche, qui produit la cervicale, la vertébrale, l’axillaire, &c. du côté gauche. De l’artère aorte inférieure, qui porte le sang aux parties inférieures, sortent la bronchiale, les intercostales, la médiastine, les phréniques, la cœliaque, les mésentériques, les rénales, les spermatiques, les iliaques, les hypogastriques, la honteuse, la crurale, &c.

Artère, se dit aussi du conduit qui va de la bouche aux poumons, qu’on appelle Apre-artère, ou Trachée-artère. Spiritus semita. Voyez Trachée-artère.

ARTÉRIAQUE. adj. m. & f. Terme de Médecine. Arteriacus, a, um. Les anciens Médecins nommoient artériaques, les remèdes qu’ils ordonnoient pour l’enrouement, & la diminution ou perte de la voix, & tous ceux qu’ils ordonnoient pour l’augmenter & la fortifier, en faveur des Crieurs publics, des Coiriédiens & des Orateurs, qui avoient souvent alors à parler dans des assemblées du peuple, en place publique, même en plein champ. Or ces Médecins comptoient tous que la voix étoit le son de l’âpre artère, car les plus anciens Médecins ne connoissoient point d’autre artère ; & c’est pour cela qu’ils appeloient ces remèdes artériaques. Dodart, Acad. des Sc. 1700. Mém. p. 269.

ARTÉRIEL, ELLE. adj. Qui appartient à l’artère. Sang artériel. Le canal artériel du fœtus sert à décharger les poumons. Duverney, Acad. 1699. Mém. pag. 254. Voyez Artérieux qui suit.

ARTÉRIEUX, EUSE. adj. Qui appartient à l’artère. Sanguis arterias permeans. Sang artérieux, qui est plein d’esprits. Il est mieux de dire sang artériel. Autrefois on disoit artérial, mais ce mot n’est plus en usage. Les Anciens appeloient le tuyau qui porte le sang du ventricule droit du cœur dans le poumon, veine artérieuse. On l’appelle à présent l’artère pulmonaire, parce que c’est une véritable artère, & qu’elle se distribue dans le poumon.

☞ ARTÉRIOGRAPHIE. Voyez Artériologie.

ARTÉRIOLE. s. f. Terme d’Anatomie. Petite artère, artère capillaire. Arteriola, Arteria capillaris. Lorsque l’air s’échappe de l’eau qu’un poisson a respirée, il va se joindre au sang dans toutes les petites artérioles des ouies. Acad. 1701. Hist. p. 48. Parce qu’il y a peu d’air dans beaucoup d’eau, le nombre des artérioles où il se subdivise, a dû être plus grand dans les ouies des poissons que dans les poumons vésiculaires des autres animaux. Ib. p. 49. Après que le sang des artérioles des ouies s’est chargé d’air, il passe par la loi de la circulation dans toutes les petites veines qui leur répondent. Ib. Un retardement de circulation dans les artères comme dans les artérioles. Ib.

☞ ARTÈRIOLOGIE. s. f. Partie de la Médecine & de l’Anatomie qui traite des artères. Arteriologia.

☞ ARTÉRIO-PITUITEUX. adj. Nom donné par Ruysch à certains vaisseaux, qui rampent suivant la longueur des narines, & font de longues aréoles réticulaires.

ARTÉRIOTOMIE. s. f. Terme de Chirurgie. C’est l’ouverture d’une artère qu’on fait avec la lancette. Venæ incisio. Cette opération ne se pratique qu’aux temples, & derrière les oreilles, où on peut aisément fermer les artères, à cause du crâne qui est par dessous, qui sert de point d’appui pour les comprimer ; ce qui seroit très-difficile ailleurs.

ARTÉSIEN, ENNE. s. m. & f. Atrebas, Atrebatensis. Peuple de l’Artois, habitans de l’Artois. Alexandre de Parme opposa à ces lettres de l’Archiduc Matthias, des lettres du Roi Philippe II aux Artésiens, qu’il leur envoya tout à propos. Du Ryer. Quand il s’agit des anciens Artésiens, on dit les Atrébates. Les Atrébates, ou ceux d’Arras, envoyèrent 15000 hommes contre Césat. Cordemoy.

☞ ARTEZ. Village de France, en Languedoc, sur le Tarn. Plusieurs en ont fait un Bourg.

ARTHENAY. Bourg de Beauce, province de France. Arthenæum. Il est à six lieues au nord d’Orléans.

ARTHÉTIQUE, ou ARTHRITIQUE. s. f. Plante médicinale pour les maux articulaires. Voyez Articulaire & Vette.

ARTHRITIQUE. adj. Articularis, e. On appelle Maladies arthritiques, celles qui attaquent les jointures, & qui tiennent de la goutte, en latin arthritis. Ses principales espèces sont la chiragre, qui attaque les mains ; la podagre, qui vient aux pieds ; la gonacre, qui se jette sur les genoux, la sciatique, Ischias, qui occupe la hanche. Arthritique est formé du grec ἀρθρῖτις, qui signifie, maladie des articles, & qui vient de ἄρθρον, jointure.

☞ On donne aussi le nom d’arthritiques aux médicamens qu’on emploie contre ces maladies. Eau arthritique. Pilules arthritiques.

☞ ARTHRODIE. Voyez Artrodie.

ARTHY. Bourg de la Lagénie, province d’Irlande. Arthia. Il est dans le compté de Kildare, entre la ville de ce nom & celle de Caterlagh.

☞ ARTIBONITE, ou HATTIBONITE. La plus longue & la plus large rivière de l’île espagnole. Elle prend sa source dans les montagnes de Cibao, & se décharge à la côte occidentale de l’ile entre Saint Marc & les Gonaives.

ARTICHAUD, ou ARTICHAUT : on écrivoit autrefois Artichault. s. m. L’Académie a décidé pour artichaut, & au plur. artichauds. Carduus sativus, scolimus, cinara. Ce mot se prend tantôt pour le fruit d’une plante qui ressemble aux chardons, tantôt pour la plante même. Sa racine est un pivot long d’un pied environ, couvert d’une écorce noirâtre, & garni de quelques fibres chevelues. Son collet qui se divise quelquefois en plusieurs œilletons, jette des feuilles longues d’un pied ou deux, entières. Celles qui naissent ensuite sont plus longues, découpées en plusieurs segmens, qui sont encore recoupés en des lanières étroites, terminées dans quelques espèces par un aiguillon roide, fin, & très-piquant. Ses feuilles sont, pour l’ordinaire, couvertes d’un coton très-fin & blanchâtre. Là tige qui s’élève d’entre les feuilles est ordinairement haute de deux à trois pieds, branchue quelquefois, & terminée par une grosse tête en forme de pomme de pin, dont la baie est ordinairement large de trois pouces. Cette tête est composée de plusieurs écailles pointues appliquées les unes sur les autres, écailles à leur origine, charnues, & bonnes à manger. Le milieu de cette tête est rempli d’une infinité de fleurons bleus portés sur des embryons de graines, qui sont séparés les uns des autres par un poil court & blanchâtre, dont toute la couche du calice est hérissée. On distingue les artichauts en ceux qu’on cultive, & en sauvages. De ceux qu’on cultive, il y en a plusieurs variés par rapport aux têtes, qui sont plus ou moins épineuses, plus ou moins grosses, rouges ou verdâtres, & par rapport aux côtes des feuilles, qui sont plus ou moins tendres, & que l’on mange. On lie les feuilles d’artichauts, & on les environne de terre pour les faire blanchir, & les rendre tendres & propres à être apprêtées & mangées. On estime sur-tout l’espèce qui nous vient d’Espagne, qu’on appelle communément Cardon d’Espagne, cinara spinosa cujus pediculi esitantur : les autres espèces de cardes d’artichauts ne sont pas si tendres. On mange, sur-tout en hiver, ces sortes de cardes, qu’on fait cuire dans de l’eau, & qu’on assaisonne ensuite avec du jus, de la graisse, et du beurre, du poivre, du sel, & un peu de vinaigre. Pour les têtes d’artichauts, on les mange crues, avec du poivre & du sel. En Languedoc & en Italie, on les fait cuire sur les charbons, & on y met un peu d’huile, du poivre & du sel, après les avoir nettoyés de cette bourre qui occupe le milieu de ces têtes. Ordinairement on les fait cuire à l’eau, & on les mange à la sausse blanche. L’artichaut demande à être bien fumé ; on croit même que son nom latin vient de ce qu’on met quelquefois des cendres parmi le fumier dont on veut garnir ses pieds pour en augmenter la fécondité. On seme l’artichaut. On voit dans presque toutes les saisons à Paris des têtes d’artichaut. Lorsque leurs fleurs commencent à paroître, elles ne sont plus si bonnes à manger, & leur chair est remplie de plusieurs fibres très-dures. Ce qu’on nomme en Languedoc la cardonnette, est une espèce d’artichaut qui croît le long des chemins. Ses feuilles sont plus petites, plus découpées & plus piquantes que celles de l’artichaut cultivé. On ramasse les fleurs de la cardonnette, & on les fait sécher à l’ombre, pour s’en servir à cailler le lait à la place de présure. On appelle improprement dans quelques endroits du royaume artichaut sauvage, la grande joubarbe.

Les artichauts se multiplient par le moyen des œilletons que chaque pied pousse d’ordinaire tous les ans au printemps autour de la vieille racine, & qu’il faut ôter dès qu’ils sont assez forts, en sorte qu’on n’en laisse à chaque pied que les trois meilleurs & les plus éloignés. Pour les planter on fait communément de petites fosses creuses d’un demi-pied, éloignées de trois pieds l’une de l’autre, & remplies de terreau. On fait deux rangs dressés au cordeau dans chaque planche, qui doit être large de quatre bons pieds, & séparée de la planche voisine par un sentier d’un bon pied. Ces fosses sont à demi pied du bord de la planche, & en échiquier entr’elles. On met deux œilletons en ligne droite dans chaque espace d’environ neuf à dix pouces. Il faut renouveler les artichauts tous les trois ans au moins, leur couper les feuilles à l’entrée de l’hiver, & les couvrir de grand fumier pendant tout le froid jusqu’à la fin de Mars. Il faut pour lors les découvrir & les œilletonner, si les œilletons sont assez forts, ou attendre qu’ils le soient devenus au bout d’environ trois semaines, ou un mois. Chom.

Artichaut à la poivrade ; c’est un artichaut en état d’être mangé cru, avec du sel & du poivre. Artichauts frits. Artichauts fricassés. Artichauts confits. Ceux-ci sont des culs d’artichauts qu’on met, après les avoir fait bouillir assez pour ôter le foin, dans une saumure composée d’eau bien salée, ou moitié eau & moitié vinaigre, & sur laquelle on met deux doigts d’huile, ou du beurre, qui ne soit guère chaud. On mange aussi les cardes d’artichauts, apprêtées de cette manière. Chomel, Dictionnaire Economique.

Les artichauts sont apéritifs & cordiaux ; ils lèvent les obstructions ; ils nourrissent beaucoup ; ils purifient la masse du sang. Lemery. Les artichauts crus sont venteux, & se digèrent difficilement. Au contraire, les artichauts cuits se digèrent facilement, & ne causent aucun mauvais effet. Les artichauts contiennent beaucoup d’huile & de sel essentiel. Les artichauts conviennent aux vieillards, & à ceux qui sont d’un tempérament flegmatique & mélancolique.

☞ ARTICLE. s. m. Articulus, diminutif de artus, membre. Dans le sens propre on entend par article les jointures des os du corps des animaux, unies de différentes manières, & selon les divers mouvemens qui leur sont propres. Ce mot est synonyme à articulation. On appelle aussi articles les choses mêmes qui sont jointes. Chaque partie dont un doigt est composé, est un article. Mais en ce sens article n’est pas si usité que jointure.

☞ Par métaphore & par extension, on a donné divers sens à ce mot.

☞ En Peinture, comme en anatomie, article signifie les jointures ou articulations du corps.

Article, signifie encore en Peinture un très petit contour que l’on appelle aussi temps. Ces articles ne sont pas assez prononcés, pour dire, dessinés d’une manière bien marquée.

Article, signifie aussi une petite partie, ou division d’un discours, d’un écrit, d’un mémoire. Caput. Saint Thomas divise la somme en plusieurs questions, & chaque question en plusieurs articles. Ce compte contient plusieurs articles en chaque chapitre de recette & de dépense. Ce mémoire de frais contenoit deux cens articles. Il faut accoler ensemble ces trois articles.

Article, se dit aussi des clauses & conventions des Traités & des Jugemens sur lesquels il se fait des contestations, & des délibérations. On est déjà convenu de tant d’articles du Traité de paix, des articles de la capitulation. On a déjà jugé trois articles de ce procès. On a donné des articles de mariage ; & on dit absolument, signer des articles ; pour dire, signer un contrat de mariage. On peut faire interroger sa partie sur faits & articles qu’on lui signifie.

Article de foi. C’est une vérité qu’on est obligé de croire, parce qu’elle est révélée de Dieu, & reconnue telle par l’Eglise. Les articles controversés sont ceux qui sont combattus par les hérétiques.

Article, signifie aussi une chose particulière. On lui a donné un habit, & il demande encore un manteau ; c’est un autre article. ☞ C’est une chose toute différente : tout son bien consiste en un article, en une maison. l’Article de la mort, est l’agonie, le temps où on est près de mourir. Cet homme a tout confessé à l’article de la mort. N’attendez pas à vous repentir à l’article de la mort.

Article, en termes d’Arithmétique, c’est dix, & tout autre nombre qui peut être divisé en dix, comme 20, 30, 40. On appelle aussi quelquefois ces nombres, Décades, & quelquefois Nombres ronds. Harris.

Article, en termes de Grammaire, est une particule qui précède ordinairement les noms appellatifs. Ces particules sont le pour le masculin, & la pour le féminin dans le singulier, & les pour le masculin & pour le féminin dans le pluriel. Les Latins n’ont point d’article. Mais les Grecs, & presque toutes les langues vivantes ont inventé ces particules, ou articles pour déterminer la signification vague des noms communs & appellatifs. On se sert de l’article défini dans une signification définie et déterminée. On se sert de l’article indéfini avec tous les noms pris dans leur signification confuse, générale & indéterminée. Lorsque l’adjectif est mis devant le substantif, il faut se servir de l’article indéfini, excepté au génitif & à l’ablatif. Il m’a envoyé d’excellens fruits. L’article est indéfini, parce que l’adjectif & le substantif sont à l’accusatif mais il est défini au génitif. La gloire des grands hommes ne dépend point de l’opinion du vulgaire.

Le P. Buffier distingue une troisième sorte d’article, qu’il appelé l’article mitoyen & partitif. Cet article a trois cas : les particules qui sont le second cas de l’article défini, & de l’article indéfini, sont le premier cas de l’article mitoyen ; ces particules sont du, de la, de l’, des, de. Au second cas il a toujours de comme l’article indéfini. Au troisième cas il ajoute à aux particules qui font son premier cas. Ainsi on dit au premier cas de l’article partitif & mitoyen ; du bien, de la naissance, de l’esprit donnent accès dans le monde ; des Savans ont erré, de faux Savans se font écouter. Au second cas, une quantité de bien, une pinte d’eau. Au troisième cas, n’aspire qu’à du bien ; comparer à de la paille ; j’ai oui dire à des Savans.

Voici quel est l’usage des articles en françois, outre ce qui en a déjà été dit. L’article défini se met devant les mots qui ont un sens défini, soit que ces mots signifient un seul objet, soit qu’ils signifient un genre ou une espèce d’objets. Exemple, le soleil luit, les hommes sont mortels, les hommes qui font du mal. On connoit par les circonstances l’unité d’objet, tant l’individuelle que la spécifique ; par exemple, donnez moi le pain, c’est le pain que voici. Le Roi, c’est celui dans le royaume duquel je suis. J’ai mal à la tête, c’est la tête de la personne désignée par le nominatif du verbe. Les Anges sont immortels, ou l’Ange est immortel. Ces phrases expriment une totalité d’objets qui forme une unité spécifique. Il faut employer l’article défini dans toutes les occasions où un mot est pris dans un sens défini.

On met l’article indéfini avec les noms propres des personnes, Socrate, Cicéron, &c. les noms des planètes, Jupiter, Saturne, &. certains termes d’honneur, Monsieur, Madame, Messire, Monseigneur, Maître, Saint, Sainte, Dieu. Mais si les noms propres ne sont pas regardés comme propres, mais comme pouvant convenir à plusieurs objets, alors ils reçoivent l’article défini. Exemple, le Dieu des miséricordes, le Socrate d’Athènes, le mercredi-Saint, la Flandre-Françoise. On met aussi l’article défini avec les noms propres lorsqu’ils sont au pluriel, & qu’ils expriment toute une espèce d’objets semblables, comme les Démosthènes, les Cicérons, &c. Les noms propres de provinces, ou de royaumes, excepté quelques-uns, qui tirent leur nom de leur capitale, comme Valence, & ceux de quelques îles, comme Candie, qui prennent l’article défini au premier cas ; ils le gardent aussi aux autres, lorsque les mots avec quoi ils sont joints, ne signifient point à l’égard de ces lieux là demeure, venue, ou sortie : ainsi on dit, la politesse de la France, mais il faut dire, partir de France, sortir d’Allemagne. On met l’article indéfini du génitif aux noms de provinces, ou de royaumes, quand ils servent à distinguer un nom substantif qui les précède ; comme Roi de France, vin de Champagne, gouverneur de Picardie. L’article indéfini se met avec les noms de nombre absolu, un, deux, &c. pourvu qu’ils ne se rapportent pas eux-mêmes à un nom déterminé & défini ; car alors on met l’article défini ; ainsi quoiqu’on dise, à un soldat, de deux Philosophes, on doit dire aux douze Apôtres, &c. L’adverbe beaucoup veut un article indéfini ; mais il faut un article défini avec l’adverbe bien pris pour beaucoup. Exemple, beaucoup de peine, d’argent, &c. bien de la peine, bien de l’argent, &c. On met l’article indéfini devant un nom pris en un temps indéfini, & régi au génitif par un nom, ou par un verbe, comme user de finesse, vivre d’industrie, joueur de luth, &c. Mais les verbes qui marquent quelque mouvement du corps sur un instrument matériel, veulent après eux l’article défini ; par exemple, Frapper de l’épée, jouer du luth, &c.

L’article partitif s’emploie pour marquer une partie de la chose exprimée par le mot ; par exemple, des savans ont crû, c’est-à-dire, quelques savans, il me faut de la lumière, c’est-à-dire, quelque lumière, &c.

Quelquefois on peut employer indifféremment un article pour l’autre ; par exemple, les gens d’esprit, ou des gens d’esprit font toujours plaisir : mais l’usage a mis une grande différence entre les articles en quelques occasions, comme on le voit dans ces phrases, les gens d’esprit se rendent malheureux, des gens d’esprit se rendent malheureux.

☞ Mais il est évident que dans ces phrases un article n’est pas employé pour l’autre. Les gens d’esprit, c’est-à-dire, la totalité des gens d’esprit, parce que l’article simple est destiné à déterminer le sens individuel spécifique, ou à individualiser les espèces. Des gens d’esprit, c’est-à-dire, quelques-uns des gens d’esprit, parce que cet autre article détermine le sens partitif, ou individualise quelque partie d’une espèce.

Quelquefois enfin, on ne met aucun article aux noms ; l’usage l’a ainsi établi, & cela donne de la force au discours. Par exemple, intérêt, honneur, conscience, tout est sacrifié.

☞ Il est encore évident que ces mots ne se trouvent là sans articles, que parce qu’ils ne doivent pas en avoir, étant employés dans un sens vague & indéterminé.

Le mot un, une, est souvent employé comme un article ; par Exemple un livre ennuyeux est bon pour endormir. J’ai vu ce matin un homme. On voit par ces exemples qu’il a quelquefois la signification de l’article défini, & quelquefois celle de l’article indéfini, Ces observations sont tirées de la Grammaire françoise du P. Buffier, qui a traité cette matière avec plus d’étendue, de justesse & de netteté, qu’aucun de ceux qui ont écrit sur cette matière. On les trouve aussi expliquées dans la Grammaire de M. Restaut.

On peut ajouter encore la remarque de M. de Vaugelas, qui veut que de, qui est le génitif de l’article du, soit toujours immédiatement uni à son nom, sans qu’il y ait rien d’étranger qui les sépare. C’est pourquoi il condamne cette construction : j’ai suivi l’avis de presque tous les Jurisconsultes. Il fait observer que le mot presque, ne devoit point être placé là entre le de & le nom auquel il se rapporte. On dit cependant fort bien : la perte fut d’environ mille hommes. Environ sépare le de de son substantif. Il est bon de remarquer encore, que le pronom relatif ne se peut rapporter à un nom qui n’a point d’article ; parce que les noms indéfinis, ou indéterminés, c’est-à-dire, qui n’ont point d’article, n’ont aucun régime, ni aucune relation. Par exemple, le Roi lui a fait grâce, qu’il a reçue allant au supplice. Ce n’est point écrire purement : car, qu’il ne se peut rapporter à grâce, qui est indéterminée, & qui n’a point d’article. Vaug. Bouh.

☞ Les nouveaux Grammairiens, depuis le célèbre du Marsais, nous donnent une notion bien plus claire de l’article ; & cette division des articles en définis & indéfinis, imaginés par les Anciens n’est plus qu’une source d’erreurs grammaticales. L’article, disent-ils avec raison, est un mot qui ne signifie rien de physique, mais qui fait prendre dans une acception particulière, ceux devant lesquels on les place.

☞ Il y a deux sortes d’articles, les simples et les composés. Les simples, sont le, la, les. Le pour les noms masculins au singulier : la pour les noms féminins de même au singulier : les pour les noms pluriels des deux genres. Les hommes, les femmes.

☞ Les articles composés sont formés des articles simples & des prépositions à & de. Il y en a quatre. Au, aux, du, des.

☞ L’article composé se met au singulier devant les noms qui commencent par une consonne. Au père, du père, c’est-a-dire, à le père, de le père. Devant les noms masculins qui commencent par une voyelle, l’article redevient simple, à l’objet, de l’objet.

L’article est toujours simple au singulier des noms féminins. A la fille, de la fille. Mais il est composé au pluriel des deux genres. Aux pères, aux filles, des pères, des filles, c’est-à-dire, à les pères, à les filles, de les pères, de les filles.

☞ Il est si vrai que au, aux, du, des s’emploient pour à le, à les, de le, de les, que si je dis, cette Actrice plaisoit à tout le parterre, à tous les spectateurs, étoit applaudie de tout le parterre, de tous les spectateurs, & que je supprime tout & tous de ces phrases, il restera après cette suppression, à le parterre, à les spectateurs, de le parterre, de les spectateurs : mais l’usage qui n’autorise point ces façons de parler, fait dire après la suppression, cette Actrice plaisoit au parterre, aux spectateurs, étoit applaudie du parterre, des spectateurs. Il est donc évident que les mots au, aux, du & des, ne sont autre chose que les prépositions à & de combinées avec les articles simples le & les.

☞ Les noms communs ou appellatifs sont précédés d’articles, quand ils expriment toute une espèce de chose. Les arts & les sciences ont-ils rendu les hommes plus sages ? J’entends tous les arts & toutes les sciences, & toute l’espèce humaine. C’est la même chose quand ils expriment une ou plusieurs choses déterminées. Par exemple, les flottes angloises avoient passé près du détroit de Gibraltar, j’entends des flottes déterminées, & un détroit déterminé.

☞ Les noms communs pris dans un sens individuel partitif sont aussi précédés d’articles. Ainsi on dit qu’un homme a du mérite, de la réputation, c’est-à-dire, une portion de ce qu’on appelle mérite, réputation.

☞ Mais le nom commun pris dans un sens individuel & partitif ne prend point d’article, s’il est précédé d’un adjectif qui ne soit pas qualificatif, ou des mots beaucoup, peu, pas, point, rien, sortes, espèces, tout, plus, moins, & que, quand il signifie combien. Voila de beaux fruits. Il a beaucoup, peu de biens, &c. Il est aisé de suppléer les exemples.

☞ Si l’adjectif & le substantif forment ensemble une idée individuelle, alors l’article précède l’adjectif. Avez-vous vu les magnifiques présens que le Roi a faits à un tel ? II est évident que l’adjectif magnifiques, n’est pas simplement qualificatif dans cet exemple, mais qu’il forme un sens individuel avec présens. Mais on dit par une raison contraire, le Roi a fait de magnifiques présens à un tel, parce que cet adjectif n’est pas individualisé avec le substantif, dont il marque simplement la qualification.

☞ Les noms communs ne sont point précédés d’articles, au vocatif. Rois, soyez attentifs ; peuples, prêtez l’oreille. Excepté pourtant quand on adresse la parole à quelque personne du peuple. L’homme, la femme, approchez. C’est par ellipse, dit M. du Marsais, qu’on s’énonce ainsi, & l’on supprime, ô vous, qui êtes homme, femme.

☞ Ils ne prennent point d’articles quand leur signification est déterminée par un de ces mots que M. du Marsais appelle adjectifs métaphysiques, parce qu’ils les font prendre dans une acception individuelle & personnelle, sans marquer aucune qualité physique, mais une simple vue de l’esprit : comme ce, cet, notre, votre, leur, nul, aucun, quelque, chaque, tout, mis pour chaque, certain, plusieurs, tel, mon, ton, son, leurs féminins & leurs pluriels.

☞ Les noms communs ne prennent point d’articles, quand ils sont pris dans un sens vague & indéterminé. Il faut rendre service quand on le peut. Hommes, chars, chevaux, tout fut englouti.

☞ De même après les nombres cardinaux qui ne marquent aucun rapport ni à ce qui précède ni à ce qui suit. J’ai vingt-cinq ans depuis deux mois. Mais quand le nombre cardinal est mis pour le nombre ordinal, il prend l’article. Il est parti le quatre du mois, c’est-à-dire, le quatrième jour.

☞ Le nombre cardinal prend encore l’article, quand, outre le nombre, il marque un rapport particulier à ce qui précède ou à ce qui suit. Avez-vous encore les six chevaux que je vous ai amenés ? Je demande non-seulement si on a encore six chevaux, mais si ce sont ceux que j’ai amenés, & je les spécifie par l’article.

☞ Les noms propres n’ont point d’article, parce que n’étant autre chose que des individus, si n’est pas besoin d’y mettre un article pour les individualiser. Certains noms propres comme le Noir, le Fevre, &c. paroissent faire une exception à cette règle ; mais les particules le & la, qui se trouvent jointes à ces mots, en sont plutôt une partie indivisible qu’un article. Ainsi l’on ne diroit pas du Fevre, au Fevre, &c. mais de le Fevre, à le Fevre.

☞ Quand on dit la saint Louis, c’est une ellipse, & l’on veut dire, la fête de saint Louis, l’Arioste, le Poëte l’Arioste, le Carrache, le Peintre Carrache.

☞ Quelquefois les noms propres deviennent noms communs. Alors devenus noms d’espèces, ils prennent un article pour déterminer les vues de l’esprit.

☞ C’est ainsi qu’on dit le Virgile, l’Alexandre de nos jours, pour dire le premier Poëte, le Héros par excellence.

☞ Dieu est le nom de l’Etre Suprême mais si relativement à ses attributs, on en fait une sorte de nom d’espèce, on dira avec l’article, le Dieu de bonté, le Dieu des armées, &c.

☞ Les noms propres de régions, de contrées, de rivières, de vents, de montagnes s’emploient avec l’article & sans l’article. L’usage seul peut nous apprendre ces distinctions.

☞ L’article précède les adjectifs placés avant ou après un nom propre pour distinguer la personne dont on parle de celles qui pourroient porter le même nom. Louis le Juste. Le célèbre Newton. On dit pourtant César Auguste. François I, François II, &c.

☞ Quand le superlatif relatif est avant son substantif, on ne met l’article qu’avant le superlatif. Les plus habiles gens font quelquefois les plus grandes fautes. Mais si le substantif précède le superlatif relatif, ils ont chacun leur article. Les hommes les plus habiles donnent quelquefois dans les erreurs les plus grossières.

☞ Les vocabulaires ont fort bien détaillé cette doctrine de M. du Marsais touchant les articles. Il faut convenir aussi que cela n’étoit pas bien difficile.

Article, se dit proverbialement en ces phrases. Quand un homme s’est ruiné en peu de temps, on dit, qu’il a mangé tout son bien en un article ; & d’un goulu qui mange vite, on dit, que quand il tient un poulet, il n’en fait qu’un article ; & d’un homme qui est confus, on dit, qu’il met tout en un article, qu’il ne fait aucune distinction des choses. On dit aussi d’un homme trop crédule, qu’il croit tout ce qu’on lui dit comme un article de foi.

ARTICULAIRE. adj. m. & f. Terme de Médecine. Articularis. C’est une épithète qu’on donne à une maladie qui afflige & altère particulièrement la substance des articles, causée par une matière âcre, & qui, pour cette cause, est nommée des Grecs ἀρθρῖτις, & des Latins Morbus articularis. En françois on l’appelle Goutte, parce que cette humeur distille goutte à goutte, & parce qu’une seule goutte est capable de causer une grande douleur. Elle a autant de différences & de noms qu’il y a de jointures, ou qu’elle a de qualités. On voit des goutteux qui ont une goutte froide aux genoux ; d’autres qui ont aux pieds une goutte chaude. Le nerf articulaire. Voyez Axillaire.

ARTICULATION. s.f. En Anatomie, jointure ou connexion des os. Composition naturelle d’os, en laquelle les bouts de deux os se joignent : ce qui se fait en deux manières, ou par artron, ou par symphyse. Articulation osseuse, cartilagineuse, ligamenteuse & mixte.

Ce mot signifie en général la conjonction de deux choses, lesquelles étant liées étroitement l’une à l’autre, peuvent être pliées sans se détacher. Articulatio. Ainsi on dit, l’articulation d’un rasoir, d’une lancette d’une jambette, &c. en parlant de l’endroit qui sert à les plier. ☞ Dans ce sens, les sons de la voix humaine sont des sons différens, mais liés entr’eux, de telle forte qu’ils forment des mots ; & l’on dit articulation de la voix, des sons, des mots. L’articulation est la prononciation distincte des syllables, des mots.

En style de Palais articulation de faits, signifie déduction de faits, article par article. Articulation de faits nouveaux, allégations.

Articulation. Terme de Conchyliologie. C’est la jonction de deux pièces dans une même coquille. On l’appelle autrement Gynglyme.

Articulation, se dit aussi en Botanique, dans le même sens qu’en Anatomie. Ces pédicules sont articulés en plusieurs endroits, & garnis en chaque articulation, d’une feuille. P. Plum.

Articulation, terme de Peinture & de Dessein, signifie la même chose qu’en Anatomie. Joindre des os.

☞ ARTICULER. v. a. Terme de Palais. Déduire article, par article distinctis capitibus rem partiri. Articuler des faits. Articuler sa demande, la donner par articles. On expédioit autrefois des lettres de Chancellerie pour avoir permission d’articuler faits nouveaux. Cela a été abrogé par l’ordonnance de 1667.

Articuler, dans l’usage ordinaire. Prononcer distinctement les mots syllabe par syllabe. Distinctè voces efferre. Cet enfant ne peut pas encore articuler ses mots, n’articule pas encore distinctement. Il y a des oiseaux, comme la pie, le perroquet, qui articulent distinctement plusieurs mots de suite.

Articuler. v. a. Distinctè voces efferre. Ce bégue a la langue grasse, il ne sauroit bien articuler les mots. Les animaux ne peuvent articuler le son de leur voix, à la réserve de quelques oiseaux, comme le perroquet, la pie, &c.

Articuler, en Anatomie, se dit en parlant des jointures des os. Articulare. L’os de la cuisse s’articule iivec l’os ischion. Deux éminences d’une vertèbre inférieure entrent dans les deux cavités inférieures de la vertèbre supérieure, qui les articulent ensemble.

Articuler. Terme de Peinture & de Sculpture, synonymes de prononcer. Voyez ce mot.

Articulé, en Anatomie, se dit des os qui sont unis, joints ensemble : qui sont articulés ensemble, disent les Vocabulistes. Cela est clair. L’os de la cuisse est articulé avec l’os ischion. On le dit aussi de ce qui est emboîté, engagé, enclavé l’un dans l’autre. Cette glande est comme articulée & emboîtée par sa partie antérieure & supérieure avec les deux avances des lobes que nous avons décrites, Duverney, fils, Acad. des Sc. 1703. Mém. p. 264.

☞ En termes de Palais, faits articulés, déduits article par article.

☞ Dans l’usage ordinaire, voix articulée, sons articulés.

On dit en Sculpture & en Peinture, que les parties sont bien articulées, & bien prononcées ; pour dire, qu’elles sont bien marquées : que tout y est certain, & non exprimé d’une manière équivoque. Articulatus.

En Botanique, il se dit dans le même sens de la jonction de deux parties d’une plante. L’arum montant à feuilles fermes, froncées & fendues, a des fruits qui pendent en bas, & qui sont attachés à des pédicules articulés en deux ou trois endroits, & garnis en chaque articulation d’une feuille. P. Plum.

ARTIE. Artegia, ou Hardicia. Petit canton du Vexin, où est situé le village de Chaudrai, célèbre par le séjour qu’y faisoit au XVII. siécle le célèbre Médecin Christophe Osane. Descript. Géogr. & Hist. de la Haute-Norm. Tom. II, p. 24O.

ARTIEN. s. m. Terme de Collége, qui se dit des écoliers qui sont sortis des humanités, & qui étudient en philosophie. En plusieurs colléges, comme à Navarre, il y a un principal particulier pour les Artiens.

Ce mot vient du latin ars.

☞ ARTIER. Rivière de France, dans l’Auvergne, assez forte pour faire tourner des moulins à papier, mais qui n’a pas assez de profondeur pour être navigable. Elle a sa source près de Clermont, & tombe dans l’Allier après un cours de cinq lieues.

☞ ARTIFICE. s. m. Manière adroite & industrieuse d’exécuter quelque chose, artificium, industria. Cette horloge, cette machine est faite avec un artifice merveilleux. Dict. de l’acad. Le Philosophe Ariston comparoit les Syllogismes des Logiciens aux toiles d’araignées, qui nous sont inutiles, quoique faites avec beaucoup d’artifice. S. Evr.

D’un pinceau délicat l’artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable. Boil.

Artifice, est plus ordinairement employé comme synonyme d’adresse, de souplesse, de finesse & de ruse, en donnant à chacun de ces mots les nuances qui leur sont propres. L’artifice est un moyen recherché, & peu naturel pour l’exécution de ses desseins. L’Abbé Gir. On est quelquefois obligé d’user d’artifice pour ménager des gens épineux, ou pour ramener au point de la vérité des personnes fortement prévenues. Ce qui paroit négligence en lui, est un artifice caché, qui se déguise sous la forme de son contraire, pour agir avec plus d’adresse & avec plus de sûreté. Bouh. J’ai appris à mentir selon la coutume de la vraie galanterie, & je sais tous les petits artifices d’amour qui sont propres à séduire. Le Ch. d’H.

☞ Ce mot se prend ordinairement en mauvaise part. L’artifice surprend ; il se sert d’une dissimulation préparée. Un honnête homme ignore ce que c’est qu’artifice. L’humilité est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour se relever. Rochef. Le principal artifice de notre conduite, c’est de faire croire qu’il y va de tout dans une affaire qui n’est rien. Fraus, dolus. Voyez les autres synonymes.

Artifice, se dit aussi des feux préparés avec art, soit pour le divertissement, soit pour la guerre. Ignis artificiosus. On a brûlé les vaisseaux ennemis avec des feux d’artifice. On a jeté des feux d’artifice sur la brèche. Il s’est fait un beau feu d’artifice à l’entrée du Roi. Les fusées, les petards, les pots à feu, les lances à feu, sont, des feux d’artifice.

Artifice, se dit absolument d’une composition de matières aisées à s’enflammer. Un magasin plein de lances à feu, de grenades & autres semblables artifices.

ARTIFICIEL, ELLE. adj. Qui se fait par art, il est opposé à naturel. Artificialis. Il y a une grandeur artificielle, attachée à un air, à un mouvement des yeux. La Bruy. Il y a des hommes artificiels. Amel. C’est-à-dire, des hommes toujours guindés, toujours concertés. Comme les pleurs des femmes sont d’ordinaire artificiels, & cérémonieux, il faut les laisser pleurer, de peur de les obliger à faire pis par l’opposition. Mont. Cette femme a une beauté artificielle, ☞ c’est-à-dire, où l’art & le soin ont plus de part que la nature ; qui est le fruit de ces grâces cultivées que forme un fidèle miroir consulté avec attention, & qui sont le travail entendu de l’art de plaire.

Sel Artificiel, Borax Artificiel, qui se fait par art, par opposition à celui qui se trouve tout formé dans la terre.

En Astronomie on appelle sphère artificielle, ou armillaire, un instrument de Mathématique, composé de lignes, de cercles entrelacés les uns dans les autres, avec un globe au milieu pour représenter à nos yeux la sphère naturelle. On prétend que la sphère artificielle est de l’invention d’Archiméde, & qu’il en avoit composé une de cristal, où par des mouvemens artificiels l’on voyoit tout ce qui se passe naturellement dans la machine du monde. Dans la sphère artificielle, qui est selon l’ancien systême, la terre est immobile au milieu du monde. Tous les cercles de la sphère artificielle doivent être conçus dans la sphère naturelle.

Lignes artificielles. Terme de Géométrie. Ce sont des lignes tracées sur une échelle qui représentent les logarithmes des sinus & des tangentes, & qui peuvent servir avec la ligne des nombres à la résolution de plusieurs problémes de Trigonométrie, de navigation, &c.

☞ On appelle jour artificiel, l’espace de temps qui est depuis le lever du soleil jusqu’au coucher, à la différence du jour naturel qui est de vingt-quatre heures.

☞ On appelle mémoire artificielle, une méthode pour retenir plus aisément certaines choses dont on veut se souvenir.

En Rhétorique, on appelle preuves artificielles, toutes les preuves qui naissent de l’esprit & de l’industrie de l’orateur, c’est-à-dire, celles qu’il tire de son propre fonds, telles font les définitions, les causes, les effets, &c. pour les distinguer de celles qu’il tire des lois, des autorités, des citations, & autres de cette nature, que l’on appelle preuves sans artifice.

ARTIFICIELLEMENT. adv. Avec art, par art. Artificialiter. Cette machine se meut artificiellement. ☞ C’est l’opposé de naturellement, & il ne se dit qu’en parlant des ouvrages de l’art.

ARTIFICIER. s. m. Ouvrier qui fait des feux d’artifice. Ignium missilium artifex. Il y a deux fortes d’artificiers. Les uns sont proprement du corps de l’Artillerie ; & ce sont ceux qui composent tous les feux d’artifice, que l’on veut jeter dans les places qu’on attaque, ou contre les assiégeans. Les autres sont uniquement employés à faire tous les feux d’artifice des villes, toutes les fois qu’il s’agit de donner des marques de joie, pour les diverses prospérités qui peuvent arriver à un état.

ARTIFICIEUSEMENT. adv. D’une manière artificieuse, recherchée. Callidè, astutè. Jamais la grâce efficace ne fut plus artificieusement défendue. Pasc.

☞ ARTIFICIEUX, EUSE. adj. Callidus, astutus. Qui use d’artifice, qui emploie des moyens recherchés & peu naturels pour l’exécution de ses desseins. Il faut qu’un Lieutenant criminel soit artificieux dans ses interrogations. M. l’Abbé Girard. Syn. Cet exemple a été d’autant plus mal choisi par M. l’Abbé Girard, qu’il est défendu à tout juge en matière criminelle, d’user d’artifice dans ses interrogations. L’affabilité des grands est une vertu artificieuse qui sert à leurs projets d’ambition. M. Esp. Il n’y a rien qu’un écrivain artificieux ne puiste colorer. Nic.

☞ ARTIFICIEUX & ARTIFICIEL. Artificieux n’a rapport qu’à l’esprit, & artificiel à la matière.

Artificieux, adroit, fin, souple, rusé. Voyez ces Synonymes.

ARTIGE. s. m. Nom de lieu. Artigia. Ce lieu est au diocèse de Limoges, en France, proche de S. Léonard. Il a donné le nom à un Ordre religieux qui ne subsiste plus.

ARTILLER. s. m. Ouvrier qui travaille à l’artillerie ; comme fondeur, canonier, &c. Tormentorum æreorum artifex. Il y a d’ordinaire trois artillers qui manient le canon. Il y a sur les états de la maison du Roi un artiller ordinaire. On dit aussi ARTILLIER. Voyez ce mot.

Artiller, étoit aussi autrefois un verbe, qui signifioit armer, équiper un soldat, lui fournir des armes, & les instrumens de guerre qui lui étoient néccessaires.

En termes de Marine, on dit, un vaisseau équipé, monté ou artillé de tant de pièces de canon.

Artiller. v. a. Vieux mot, fortifier, rendre fort.

Que moult étoit bien batillés,
Si fort & si bien artillés,
Qu’il ne creinoit ne Roi ne Comte.

ARTILLERIE. s. f. Gros équipage de guerre, qui comprend le canon, les bombes, petards & autres armes à feu, qui se chargent à boulets, boîtes, cartouches, &c. Tormenta muralia bellica. On n’a pu attaquer cette place, parce qu’on manquoit de grosse artillerie. Il


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