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Dictionnaire de la langue française du seizième siècle/Aage

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Aage. Age. Bas aage. On désigne par Ce nom la jeunesse, et non fi’as seulement la premiére enfance, — Il [Alexandre] commença à ordonner le.s affaires de son estat beaucoup mieux que tout le monde n’esperoit, pource qu’il estoit fort jeune cl peu estimé de quelques uns, à ca.use de son bas eage, _Amy0T, trad. de I)ioDoRE, XVII, 1. — Pres de La.ngres furent vaincuz les Alernans par Constantin le Grand, estant encor de fort bas a.age, TELEVET, Cosmogr., XIV, 19. — Les uns sa, bea.uté meut, les a.utres son ba.s age (de Polyx.éne]… Ma.is tous prisent son cœur si magnanime et fort. R. Garnier, la Troade, 2104.. — Ledit Medecin m’admiroit d’estre si adextre aux opérations de chirurgie, veu lo bas aage que j’avois. Ambr. Paré, Voyage de Turin. — Ceste reyne fut vesve en fort bas aage, ayant perdu le roy Louys, son mary, qui, fort jeune, mourut en une bataille. Brantôme, des Dames, II (IX, 610).

Hault aage. L’âge qui vient après la première jeunesse. — La fille estoit en hault aage, nubile, cognoissant l’iniquite du père, qui laissoit moisir son pucellage de peur de démoisir ses escuz. Marg. de Nav. Heptam. 44.

Moyen aage. — Il estoit grand personnage, beau et plaisant à regarder, jeune, de moyen aage, et de bien bonne grace. Le Maçon, trad. de Boccace, Decam., II, 2. — Lors elles doivent chercher et accepter telz, ausquelz soyent decentes femmes vesves, hommes de moyen aage, sobres, revereridz, experlmentez, et de bonne reputation. P. de Changy, institution de la femme chrestienne, III, 7. — Jamais Prince ne recent tant. d’heurs dés son enfance, ny tant de heurts de fortune sur son moyen aage jusques à la mort, que cestuy [Federic II, né en 1194, favorisé par la fortune jusqu>en 1221, mort en 1250]. E. Pasquier, Recherches, VIII, 56. — Sur mon moyen aage, en l’an 1564, ceste grande et fameuse Université de Paris me nomma… pour plaider sa cause contre vous. Id., Lettres, XXI, 3.

Bon aage. — Ces deux dames qui sont ensemble, et se monstrent assez de bon aage, sont tes deux tantes, Lemaire de Belges, Illustr, I, 41, — Zambelle avoit atteint une bonne aage. Trad. de Folengo, Merlin Coccaie, L. IV (I, 92).

Aage de discours. Age de raison. — Estant parvenu en l’orage rassis et de discours. Trad. de Gelli, Disc. fantast. de Justin Tonnelier, III (p. 87).

Fleur d’aage. — La fleur d’aage se meurt et passe quand la vieillesse survient et la jeunesse se termine en fleur d’aage d’homme faict : l’enfance en la jeunesse : et le premier aage meurt en l’enfance. Montaigne, II, 12 (II, 3811.

Bas d’aage. — Par ce qu’est trop bas d’eage (car il n’a encores cinq ans accomplys), Rabelais,

Aage. Vie, — Elle passa grande partie de son aage sans estre mariée. Marg. de Nav., Heptam., 40. — Bien loin outre la mer Je veux aller bien loin mon âge consumer. Baïf, Eglogue 2. — Ce n’est rien nostre âge fuiarde : C’est un point, si on la regarde A l’égard de l’éternité, Id., Passe tems, L. V (IV, 423). — J’ay passé une bonne partie de mon aage en une parfaite et entiere santé. Montaigne, II, 6 (II, 56). — Nulle vieillesse peut estre si caduque et si rance, à un personnage qui a passé en honneur son aage, qu’elle ne soit venerable. Id., II, 8 (II, 80). — Ce sont elles [les lettres] qui… nous guident à passer nostre aage sans desplaisir et sans offence. Id., II, 12 (II, 220). — Leur age defaudra plustost que la matiere. Regnier, Sat. 9.

Ëpoque… — Tels estoient les bons Rois de l’âge plus fleurie, Numa le Sacerdote, instruit par Egerie. Ronsard, Bocage Royal (III, 196). — Aristote, Pline, et autres, [disent] que Zoroastre vivoit six mille ans avant l’aage de Platon. Montaigne, II, 12 (II, 339). — L’aage doré. L’âge d’or. — La Vertu, la Pitié, Durant l’aage dorée Hantans ces manoirs bas Ne nous dedaignoyent pas. Baïf, Poemes, L. VIII (II, 402). — Platon en sa peinture de l’aage doré sous Saturne, compte


entre les principaux advantages de l’homme de lors, la communication qu’il avoit avec les bestes, Montaigne, II, 12 (II, 167).

Temps, durée. — Jusques à quand as estably, Seigneur, de me mettre en oubly ? Est ce à jamais ? Par combien d’aage Des tourneras tu ton visage De moy, las ! d’angoisse remply ? Marot, Ps. de David, 13, — Diogenes Apolloniates [dit] que. [Dieu], c’est l’aage. Montaigne, II, 12 (II, 257).

Génération, ensemble des hommes qui vivent à telle ou telle époque. Apres la mort dicelle, Jauge aveuglee et erronee du temps dadonques, qui estoit prodigue de forger nouveaux Dieux et Deesses par idolatrie, meit et rengea ladite Heleine au nombro et catalogue des Deesses immortelles. Lemaire de Belges. Illustr., II, 24. Tes vertus estincelantes Tout par tout je publiray, Et les Liges renaissantes Parier de toy je feray. J. Béreau, Ode 3. — Que tout cela d’ennuis que les âges passees Ont peu veoir encombrer d’angoisses amassees Les plus chetifs humains tout cela de malheurs, Qui les tirans Gregeois combla de tant de pleurs, Se rue contre toy. Baïf, Poemes, L. III (II, 120).

On trouve encore des traces de l’ancienne prononciation a-age. — Ceste nature ilz tiennent de la race Du grand Hydra, qui au profond de Thrace… Les engendra des l’aage et le temps Du faulx Cayn. Marot, l’Enfer. — Marot ou Clement Disoit bien comment. Et en beau langage, Qu’après son aage Ce don precieux Nous aurions des cieux. Anc. Poés. franç., VII, 36 (texte de 1562).

Aage est souvent féminin. — Virilité tient la voye moienne Entre jeunesse et nostre orage ancienne, J. Bouchet, Epistres Morales du Traperseur, I, 14. — Nombre grand de peuple Outré, de tous sexes, toutes aages, et tous estats. Rabelais, V, 16. — Il avoil fait amasser ceste trouppe de jeunes hommes Persiens tous d’une mesme eage. Amyot, trad. de Diodore, XVII, 24. — Et ces abits seans à ton âge fleurie. Baïf, Amour de Francine, L. I (I, 125). — Il establit les Ephores avec autres personnaiges d’eage meure et rasize pour ayder le Roy au gouvernement de son royaume. Saliat, trad. d’Hérodote, I, 65. — Un desir plus ambitieux que ne portoit l’aage en laquelle il se trouvoit alors, Amyot, Marcellus, 28. — Estant en l’aage, en laquelle quand les les hommes faillent, encore leur pardonne Ion. Id., Agis, 20, — Ah ! j’ay grand’peur que quand l’âge parfaite Au jeu d’amour plus propre t’aura faite, Tu changes ce bon cœur. Baïf, Diverses Amours, L. 1 (I, 317). — Toutes ages sont bonnes à celuy qui sçait reigler sa vie selon la portee et le naturel de chacune. Trad. de Gelli, Disc. fantast. de Justin Tonnelier, IX (p. 288). — La vieillesse ne merite point d’estre appelee la pire et la plus fascheuse aage de toutes les autres. Id., ib., X (p. 318). — Mais ilz seroient heureux, si dés l’age premiere D’un sommeil eterneI ilz fermoient leur paupiere. Aubigné, Primtems, II, 17. Pourquoy l’age craintive ha elle esté sans craincte ? Id., Poés. div., il. — En temps d’Hyver, faut en toutes aages donner plus d’alimens qu’en Esté. Ambr. Paré, VIII, 14. — Or passe-je ceste mienne vieille et plus joyeuse aage, beuvant du pur Nectar. F. Bretin, trad. de Lucien, les Saturnales, 7, — Et l’aage coustumiere Aux folles gayetez n’enst sa vigueur premiere Qu’à consoler les bons, et s’esjouir en Dieu, Aubigné, Trag. IV (IV, 171). — V. d’autres exemples dans les alinéas précédents.