Dictionnaire des antiquités grecques et romaines/A

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Dictionnaire des Antiquités

Grecques et Romaines

d'après les textes et les monuments, contenant l'explication des termes qui se rapportent aux mœurs, aux institutions, à la religion, aux arts, aux sciences, au costume, au mobilier, à la guerre, à la marine, aux métiers, aux monnaies, poids et mesures, etc. etc., et en général à la vie publique et privée des Anciens



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A. AB.[modifier]

Cette particule suivie d'un substantif sert à désigner chez les Romains un très-grand nombre de charges, d'emplois, de fonctions de tout ordre et de toute espèce. C'est au mot placé à son rang alphabétique qu'il faut chercher les explications qui se rapportent aux plus importants. Ainsi, pour ab actis, ab admissione, ab epistulis,

ABACTI MAGISTRATUS.[modifier]

On appelait ainsi les magistrats romains qui avaient été contraints (l’abdiquer leur autorité souveraine ou droit de commandement 1 [IMPERIUM, ABDICATIO]. Les cas d’abdication forcée furent assez rares pendant la république romaine ; ils ne présentent pas d’ailleurs le caractère juridique d’une destitution proprement dite. En général, c’étaient les tribuns qui employaient leur puissance inviolable pour déterminer, parfois d’après le voeu du sénat, un magistrat à abdiquer. Ils le menaçaient au besoin de faire abroger son imperium par le peuple souverain [ABROGATIO]. Mais si un consul ou un préteur s’était rendu coupable de haute trahison [PERDUELLIO], d’après les anciennes traditions du droit public primitif, il perdait de plein droit sa qualité de citoyen, et avec elle toutes les prérogatives qui en dépendaient [SACRATIO CAPITIS]. Cependant le préteur Lentulus, enveloppé dans la conjuration de Catilina, fut contraint d’abdiquer par décret du sénat et peut être employa-t-on pour cela le JUS MAJORIS IMPERII du consul 4. Sous l’Empire, le prince eut le pouvoir de déposer tous les magistrats.

G. HUMBERT.

1. Paul. Diac. s. v. Abacii, p. 23, Ed. Müiller. 2. Tit. Liv. XXVII, 20 ; XXIX, 19 ; Epitome, LVII. 3. Cicer. Catil. III, 6 ; Salt. Catil. 67 ; Dio Cass. XXXVII, 34. 4 Plut. Cicer. 19. BIBLIOGRAPHIE. Becker, Handb. d. römischen Alterth. Leipzig, 1846, II, 2, p. 56; ejusd. Ueber Amtsentsetz. bei d. Römern, in Rhein. Museum, vol. IV, 1848, p. 245; L. Lange, Röm. Alterthümer ; Berlin,1856, 1, § 80, p. 522 et 523 ; Walter, Gessh. des röm. Rechts, 3e édit. I, n° 145.

ABACTORES[modifier]

[ABIGEI].

ABACTUS VENTER[modifier]

[ABIGERE PARTUM].

ABACULUS[modifier]

[MUSIVUM OPUS].

ABACUS[modifier]

ABACUS (Αβαξ, Αβακιον), plateau, table, tablette.

Ce nom est donné plus spécialement à un certain nombre d’objets ayant pour caractère commun de présenter une surface plane.

I. Tablette munie d’un cadre que l’on remplissait de sa-

AB 1 AB[modifier]

ble fin, sur lequel on écrivait avec le doigt ou avec une pointe. Les passages des auteurs qui indiquent cet emploi de l’abaque le montrent ordinairement entre les mains des géomètres mais il servait également aux opérations de l’arithmétique, aussi bien qu’à tracer toute espèce de caractères 2. On voit sur une pierre gravée du Cabinet des médailles, à Paris (fig. I), l’image d’un homme qui calcule à l’aide de cailloux ou de billes (calculi), tandis qu’il tient de la main gauche un abaque sur lequel on distingue des caractères paraissant appartenir à l’ancien alphabet osque ou lati 3. Les enfants dans les écoles se servaient de tablettes du même genre [LATERCULUS, TABULA, TABELLA].

Fig. 1 - Tablette écrire.

C’est dans cette acception qu’il faut sans doute chercher le plus ancien emploi du mot. On a fait remarquer la ressemblance du grec Αβαξ avec le mot sémitique abaq qui signifie sable, poussière ; en effet, les premières tables à compter qui vinrent en Grèce y furent vraisemblablement importées d’Orient avec les marchandises de toutes sortes qui en rendaient l’usage nécessaire 4. Pythagore vit peut-être à Babylone, vers la fin du Ve siècle, des calculateurs exercés qui écrivaient ou effaçaient sur l’abaque des chiffres rangés en colonnes ; mais cette manière de calculer, qui se répandit et resta connue sous son nom, est le fait d’une science déjà assez avancée, et qui dépassa toujours les facultés du plus grand nombre. On se servait donc communément d’autres abaques plus compliqués en apparence, en réalité plus faciles à manier pour des esprits peu familiarisés avec les opérations abstraites, et que nous allons expliquer.

II. Table à calcul, consistant en une planchette sur laquelle des divisions tracées d’avance séparaient les différents ordres d’unités. On y plaçait de petits cailloux, des jetons ou d’autres marques (ψηφοι, calculi), et on rendait ainsi sensibles et faciles à suivre des comptes même assez compliqués.

ABACUS.

1. Pers. I, 131 ; Apul. Apol. p. 426 ; Plutarch. Cato min. 70 ; Martian. 7.

2. Pers. l. l.

3. Chabouillet, Catalog. N° 1888.

4. Vincent, Notat. scient. de l’École d’Alex. 1re part. p. 9 ; H. Martin, Rev. archeol. 1856, p. 536 ; Cantor, Mathem. Beitraege zum Culturleben der Voelker, Halle, 1863, p. 125-139.

ABA -2 ABA[modifier]

Il existe encore plusieurs abaques antiques établis d’après le même principe. Les plus faciles à expliquer appartiennent aux Romains : ce sont des tables de métal contenant des rainures ou munies de tringles le long desquelles se meuvent des boules ou clous à deux têtes qui servent à faire les comptes. Celui qui est ici figuré (fig. 2) appartient au Musée Kircher,


Fig. 9. Abaque à calcul romain.

à Rome 5. Les divisions y sont marquées par huit rainures inférieures auxquelles correspondent huit rainures supérieures plus courtes, et une neuvième rainure inférieure sans rainure supérieure correspondante. Quatre boutons glissent dans chacune des rainures inférieures, la huitième exceptée, qui en a un de plus ; il n’y en a qu’un seul dans chacune des rainures supérieures. Dans l’intervalle des deux rangées de rainures on voit des sigles ponctués dont quelques-uns sont assez difficiles à reconnaitre, mais qui se lisent plus clairement sur un autre abaque connu sous le nom de Welser qui le possédait et l’a le premier publié 6. Laissons de côté pour le moment les deux dernières rainures. Ces sigles, au moyen desquels on compte par as, deniers ou sesterces, signifient :


Le moyen de représenter un nombre quelconque avec cet appareil repose sur ce principe 7 que chaque rainure représente un ordre d’unités et se divise par 5 (V) et 4 (IIII) comme le nombre 9 (VIIII). Les unités d’un certain ordre, quand elles ne dépassent pas 4, s’indiquent par un pareil nombre de boutons de la rainure inférieure correspondante, que l’on pousse vers le haut : le bouton supérieur indique cinq unités quand on l’approche des premiers. Supposons, par exemple, que l’on compte par deniers : chacun des boutons de la septième rainure inférieure vaudra 1 denier, celui de la rainure supérieure 5, et tous ensemble en vaudront 9 ; de même chaque bouton de la sixième rainure inférieure vaudra 10 deniers, le bouton de la rainure supérieure 50, et tous ensemble 90, et ainsi de suite.

Les fractions (oes excurrens) se calculaient d’après le système duodécimal des Romains, par onces ou douzièmes de l’as et par les autres fractions de l’as. C’est à quoi servaient la huitième rainure marquée du sigle 0 ou , qui signifie l’once, et la neuvième marquée des sigles . La huitième rainure a cinq boutons inférieurs valant une once et un bouton supérieur qui en vaut six, et l’on peut ainsi compter jusqu’à 11. Les fractions au-dessous de l’once se comptaient sur la neuvième rainure. Les quatre boutons de cette rainure, réunis dans l’abaque du Musée Kircher, se distinguaient peut-être (ils ont été restaurés) par trois couleurs différentes ; dans d’autres abaques, comme celui

5. Carrucci, Bull. Napol. n. s. II, pl. VI 2, et p. 93.

6. Velseri Opp. Norimb. 1862, p. 819, 842 ; Gruter. p. 224 ; Pignorius, De servis, p. 340.

7. Vincent, Rev.

2 ABA</[modifier]

de Welser, ils sont séparés et répartis entre trois petites rainures. Les boutons valaient sur celle d’en haut, marquée du sigle S (semuncia), 1/2 once ou 1/2 de l’as ; sur celle qui vient immédiatement au-dessous, marquée du sigle Ͻ (sicilicus) 1/4 de l’once ou 1/48, de l’as ; sur celle d’en bas, marquée du sigle Z ou 2, les boutons valent chacun une duelle (duella ou duoe sextuloe), c’est-à-dire 1/3 de l’once ou 2/72 de l’as.

Ces instruments de calcul qui servaient à faire des additions et des soustractions ne doivent pas être confondus avec l’abaque ou table dite de Pythagore, tableau de nombres destiné à faciliter les opérations plus compliquées de la multiplication et de la division [ARITHMETICA].

La manière de faire usage de l’abaque romain étant connue, il est facile d’expliquer par analogie comment on devait se servir d’un abaque grec qui a été trouvé dans l’île de Salamine (fig. 3). Il consiste en une plaque de marbre longue de 1 m, 5, large de 0 m, 75, sur laquelle sont tracées, à 0 m, 25 de l’un des côtés, cinq lignes paralléles, et à 0 m, 5 de la dernière de ces lignes onze autres disposées de même, qu’une ligne transversale coupe en deux parties égales. La troisième, la sixième, la neuvième de ces lignes sont marquées de croix au point d’intersection ; enfin trois séries de caractères sont rangées sur trois côtés dans le même ordre, de façon qu’on peut facilement


Fig. 3. Abaque à calcul grec.

les lire en quelque sens qu’on tourne la table. On remarquera seulement qu’une des séries offre en tête deux caractères de plus que les deux autres. M. Rangabé, qui signala le premier la découverte de ce monument 8, n’y vit d’abord qu’une table de jeu ; Letronne 9 y reconnut de suite un instrument de calcul et détermina la valeur numérique des caractères ; M. Vincent à son tour en expliqua l’usage 10. ŀ étant le sigle connu de la drachme, les caractères qui suivent dans chaque ligne de droite à gauche forment l’échelle numérique suivante :


Deux caractères ont été ajoutés, comme on l’a déjà fait remarquer, à gauche de l’une des lignes, |X, qui signifie 5, 000 et T, sigle du talent valant 6, 000 drachmes. Les caractères qui, dans chaque série, suivent à droite le sigle de la drachme indiquent : I l’obole, C 1/2, obole, T 1/3, de l’obole () suivant l’interprétation de Letronne, ou 1/, de l’obole (), d’après l’explication très-plausible de Beeckh 11 ; enfin X le chalque. Ainsi la plus faible unité monétaire, le chalque, et la plus forte, le talent, se trouvent aux deux extrémités de l’échelle que le calculateur a toujours présente devant lui.

arch. 1846, p. 405.

8. Ibid. p. 295.

9. Ibid. p. 305.

10. Ibid. p. 401.

11. Gerhard, Areh. Zeitung, 1847, p. 44.

ABA 3 ABA[modifier]

Il faut le supposer assis devant l'un des deux longs côtés de la table posée horizontalement ; il placera des pièces de monnaie ou des jetons sur les bandes formées par l'intervalle des lignes creusées dans le marbre, et ces pièces de compte changeront de valeur selon la place qu'elles occuperont. Solon comparait les favoris des rois à ces jetons qui, à la volonté du calculateur, valent à présent un chalque et l'instant d'après un talent i$. Le principe est le même que pour l'abaque romain : chaque bande représente un ordre d'unités, les nombres appartenant aux quatre premières unités de chaque ordre (F, à, H, X) étant représentés par des jetons placés à la partie antérieure de la table, en deçà de la ligne transversale, tandis que les unités quinaires (i+, P', P, FR') étaient rejetées au delà. Les cinq bandes à droite de la croix centrale suffisaient pour ces calculs. A quoi servaient donc les suivantes? Le chiffre inscrit sur l'abaque après X, mille, est T qui signifie le talent, équivalant à 6,000 drachmes : on doit donc supposer qu'après la progression par drachmes allant jusqu'à 5,000 commençait une nouvelle progression par talents. Cette progression allant jusqu'au septième ordre d'unités correspond à celle de l'abaque romain qui s'arrête également au million 13. Les Romains n'ont fait que copier les Grecs. Les fractions de la drachme (I, C, T, X) se calculaient sur les bandes séparées placées à l'extrémité de la table : c'est là encore une autre ressemblance avec l'abaque romain. Outre les abaques mêmes conservés dans les collections,on peut citer divers monuments où des instruments semblables sont figurés avec plus ou moins d'exactitude, et qui nous en montrent l'emploi. La figure 4, dessinée d'après un sarcophage du Musée du Capitole 14, représente un bout devant son maître et calculant à l'aide d'un abaque ; mais on a cru à tort reconnaître des abaques dans d'autres objets qui n'ont, avec le précédent, qu'une ressemblance apparente. L'objet que tient à la main le collecteur d'impôts figuré sur le célèbre vase dit de Darius [TELONES] n'est pas un abaque, mais un livre, un diptyque sur lequel il inscrit les recettes. Ce n'est pas non plus un abaque que l'on voit suspendu, à côté d'une hure et d'un jambon, dans la boutique d'un charcutier que représente un bas-relief romain 15, ainsi que l'ont pensé des archéologues distingués, mais un des mets favoris des anciens, la tétine de truie, sumen, qu'il est facile de reconnaître à III. Tables ou damiers se rapprochant plus ou moins des tables à calcul, dont elles prirent le nom, par les divisions qu'on y voyait tracées et les jetons ou pièces qu'on y faisait marcher. Elles servaient à différents jeux aux noms des IV. Table, buffet, dressoir. Le nom de la tablette supérieure ou abaque fut appliqué par extension au meuble tout entier (xu),txeiov) sur lequel on plaçait des vases d'or et d'argent ciselés, des oeuvres d'art et toutes sortes d'objets précieux que l'on voulait exposer aux regards. Quoique le nom ne se rencontre que chez les écrivains latins, ou chez les écrivains grecs de l'époque romaine to, il n'est pas douteux qu'il ne fût originaire de la Grèce et de l'Asie, comme l'usage du meuble lui-même. introduit à Rome après les victoires de Cn. Manlius (487 avant Jésus-Christ) 17. Mais peut-être les Grecs n'appelaientils abaque que la tablette sur laquelle on posait les objets. Des meubles de ce genre étaient placés dans les sanctuaires de la Grèce auprès des images des divinités 18 afin de recevoir les riches offrandes exposées, au moins à certains jours, bas-relief en terre cuite ici reproduit (fig. 5) 19 offre l'image d'un de ces dressoirs chargé de vases de formes très-variées. De petites armoires pratiquées dans le corps inférieur du meuble paraissent destinées à recevoir les objets et à les tenir enfermés. On voit de semblables dressoirs dans plusieurs bas-reliefs antiques10 Sur le célèbre vase de sardonyx, connu sous le nom de coupe des Ptolémées, et conservé à Paris au Cabinet des médailles 41, on voit aussi deux tables portées l'une par des sphinx, l'autre sur des pieds terminés en griffes; les vases et les statuettes dont elles sont chargées, les masques et les attributs qui les entourent font reconnaître des tables consacrées au culte de Bacchus, et servant, comme celles dont il vient d'être parlé, à l'exposition des offrandes. Une de ces tables est ici gravée (fig. 6), on trouvera la représentation de l'autre au mot MENSA. Ce sont encore des tables semblables qui sont figurées en relief sur deux des vases d'argent trouvés près de Bernai et faisant partie de la même collection 22. On peut voir le dessin de l'une d'elles au mot RRYTON. A Rome, comme en Grèce, des tables tenant lieu d'autels servaient à l'exposition des dons consacrés dans les tem des en voyons

ABA 4 ABA[modifier]

pies 23; mais le nom d'abaque désigne ordinairement dans les auteurs latins un riche buffet (xuXtxeiov, mense vasaria), à table de marbre ou de métal et portant sur un pied de mafière également précieuse et artistement travaillé, qui servait à étaler (exponere) 2' la vaisselle de prix dans les salles où l'on mangeait. Tite-Live et Pline 2' disent expressément que l'on ne vit paraître ce luxe qu'après la conquête de l'Asie Mineure; alors sans doute on commença d'avoir des abaques dont la richesse et la beauté égalaient celles des objets qu'on y voyait exposés; mais avant même de rencontrer en Asie, dans la Grèce ou dans la Sicile, de brillants modèles bientôt avidement recherchés et imités, les Romains avaient pu prendre des Étrusques l'habitude d'exposer la vaisselle sur des tables plus ou moins ornées. On en voit des exemples dans divers monuments étrusques représentant des repas; celui qui est ici reproduit (fig. 7), est tiré d'une peinture d'un tombeau de Corneto, l'ancienne Tarquinii 26, dont on peut faire remonter l'exécution jusqu'au Ive siècle avant JésusChrist. Des vases sont rangés sur deux tablettes; d'autres sont placés au-dessous. Les cavités formées par l'intervalle des tablettes sont peutêtre ce qu'un poète d'une époque beaucoup plus récente 27 a appelé cavernae, à moins que l'on ne doive entendre par ce mot des casiers fermés, de véritables armoires comme celles qu'on voit sur le devant du meuble représenté plus haut (fig. 5). On trouvera d'autres exemples Dans le Digeste 28 il est fait mention d'abaques (abaces) servant de support à des vases d'airain de Corinthe et euxmêmes faits de ce métal. V. Caton 29 nomme un abaque parmi les ustensiles et les meubles dont une ferme doit être fournie ; mais comme ce nom vient dans son énumération à la suite des pièces du moulin, il est probable que dans ce passage il s'agit d'un pétrin, plus ordinairement appelé mortarium [PISTOR]. Hésychius 30 indique aussi le mot àe xtov comme synonyme de Eo«x'rp«, qui a en grec la même signification. La figure 8, empruntée au monument funéraire du boulanger Eurysacès 31 découvert à Rome en 1838, fera comprendre comment cet ustensile, qui a l'apparence d'une table garnie d'un bord élevé pour retenir la pâte, a pu recevoir le nom d'abaque. VI. Plateau, bassin propre à contenir des fruits 32 ou d'au tres mets. Pollux 33 le nomme parmi les ustensiles qui composent l'attirail du cuisinier. On voit par un autre texte 34 qu'il y avait de ces plateaux qui étaient faits en bois et de forme circulaire. E. SAOLIO. VII. Tablette carrée qui forme la partie supérieure du chapiteau de la colonne, dans les différents ordres. L'abaque, quelle que soit l'origine que l'on veuille donner aux formes architecturales, dut composer primitivement à lui seul le chapiteau (fig. 9 et 10). Placé sur la colonne en bois ou en pierre (A), il la protégeait et donnait à l'architrave (B) une assiette plus large et plus sûre. Sans doute, par la suite, pour mieux raccorder la forme carrée et la forte saillie de l'abaque avec la forme ronde du fût de la colonne, on couronna le fût d'une grosse moulure appelée échine (yivos), formant une sorte d'encorbellement sous l'abaque, et le chapiteau dorique grec fut créé. Tels sont ceux de deux colonnes votives trouvées à l'acropole d'Athènes 35, et dont la grande ancienneté est attestée et par leur forme archaïque et par le style des inscriptions (fig. II et 12). Un chapiteau d'angle du Parthénon (fig. 13) 36 montre ce que l'art le plus perfectionné a fait de cette conception primitive. Dans l'ordre dorique et dans celui qui en est dérivé et qu'on a appelé toscan [cOLUMNA], l'abaque conserva toujours son im portance et son caractère primitifs. Nous exemples en Étrurie 37. Dans le dorique romain cette impor

ABA[modifier]

tance reste à peu près la même, mais l'abaque perd de sa simplicité par l'adjonction de deux moulures : un talon et un filet, à la partie supérieure, comme on peut le voir à l'ordre inférieur du théâtre de Marcellus38 et au théâtre de Vérone". Dans l'ordre ionique l'abaque diminue considérablement de hauteur. Il est réduit, dans les chapiteaux grecs de cet ordre, à une seule moulure, ove ou talon, décorée parfois d'ornements peints ou sculptés ; le chapiteau du temple sur l'Ilissus nous en offre un exemple (fig. 14). Dans certains cas assez rares il disparaît même tout à fait, comme au temple de Phigalie 40 et dans les ruines de Philippes". Quand l'ordre le plus riche, le corinthien, est inventé, l'abaque subit encore de nouvelles modifications. Il se compose en ce cas, chez les Grecs et chez les Romains, de trois moulures : un cavet, un filet et un quart de rond, parfois enrichis d'ornements sculptés. Exemple : le chapiteau du temple d'Antonin et Faustine (fig. 15). Ce qui chan gea surtout l'aspect de l'abaque dans l'ordre corinthien, c'est ré* videment curviligne de chacune des faces du carré et la suppression des angles qui, tronqués, devinrent des pans coupés u. La courbe de cet évidement est le plus souvent un arc de cercle dont le centre est au sommet d'un triangle équilatéral construit sur chaque côté de l'abaque (fig. 16). Dans les rares chapiteaux grecs d'ordre corinthien qui nous sont restés, cet arc est plus profond, c'est-à-dire que son centre est plus rapproché. Vitruve, de son côté 43, dit que cet arc doit avoir I/8 de flèche, c'est à dire une profondeur moindre que celle donnée par le triangle équilatéral. Dans les édifices romains qui se ressentent le plus de l'influence grecque , le Poecile et l'arc d'Adrien à Athènes, l'Incantade à Salonique, le temple dit de Vesta à Rome, les angles de l'abaque ne sont pas abattus; formés par la rencontre des deux arcs concaves, ils sont très-aigus (fig. 17). Au monument de Lysicrate, purement grec pourtant, les angles de l'abaque sont tronqués. A l'époque romaine, quand les pilastres des divers ordres, Fig I6. Abaque du chapiteau corinthien. considérés comme des colonnes en bas-relief, furent composés (les mêmes éléments que les colonnes correspondantes, l'abaque joua le même rôle et subit les mêmes transforma ABD tions que nous venons de décrire en parlant des différents ordres. Nous en avons des exemples pour l'ordre dorique sous le portique du théâtre de Marcellus", pour l'ordre ionique aux thermes de Dioclétien48, et pour l'ordre corinthien à l'arc d'Adrien à Athènes "a, au portique d'Octavie, au temple d'Antonin et Faustine à Rome44. Quatremère de Quincy4A soutient que l'abaque est une des parties qui importent le plus à la solidité réelle ou apparente de l'architecture. Il a raison; mais les Grecs et, après eux, les Romains, se sont souvent contentés, en ce cas, de l'apparence, car, dans beaucoup de chapiteaux de la plus belle époque, une surélévation carrée, dont le côté égale généralement le diamètre inférieur du fût de la colonne, surmonte l'abaque et porte seule l'architrave (fig. 14, 15,16 et 17). On évitait ainsi la rupture de la saillie de l'abaque, rupture qu'amène inévitablement le moindre tassement de l'architrave sur les faces du chapiteau où elle porte. Les anciens, plus souples en fait d'art qu'on ne le croit ordinairement, et sachant approprier aux circonstances les formes architecturales, ont fait des abaques triangulaires, par exemple quand il s'est agi de placer sur des colonnes des trépieds choragiques [TRIPUS]. Des colonnes de ce genre existent encore au pied de l'acropole d'Athènes, derrière le théâtre de Bacchus. En décrivant l'ordre toscan, Vitruve 49 donne à l'abaque le nom de plinthe (plinthis, de 7caivGog, brique). En effet, comme nous l'avons vu, l'abaque conserve dans cet ordre sa simplicité primitive et ressemble à une brique carrée comme la plinthe de la base. E. GUILLAUME.

ABADIR [BAETYLIA].[modifier]

ABDICATIO[modifier]

I. Renonciation à la puissance paternelle [PATATA POTESTAS ; APOI6ERYXIS]. H. Abdication de la tutelle [TUTELA]. III. Abandon solennel et en général volontaire qu'un magistrat romain faisait de l'autorité et du titre dont il était mvesti. C'était, en principe (il en était autrement à Athènes [ARCHONTES]), le mode naturel d'extinction de ces fonctions. L'expiration du temps fixé par la loi pour leur durée n'entrainait pas déchéance ipso jure, ce qui est fort remarquable. On en voit un exemple dans le fait du censeur Appius Claudius qui, en l'an 443 de Rome, s'appuyant sur une interprétation sophistique de son serment, conserva ses pouvoirs au delà des limites légales, sans que personne pût mettre obstacle à l'exercice irrégulier de son autorité t. La seule garantie contre cette usurpation consistait en effet dans le serment que prêtaient les magistrats à leur entrée en charge RARE IN LEGES], et dans la ressource extrême de la nomination d'un dictateur. On ne trouve d'exemple d'abrogation directe d'une magistrature qu'au temps des Gracques. Lange explique

ABD -6- ABI[modifier]

avec assez de raison ce système par une observation historique. Sous la royauté, la potestas et limperium étant à vie, on admit aussi ce caractère d'irrévocabilité chez les consuls, en ce sens que, malgré la limitation de temps contenue dans la loi Curite, créatrice de leur imperium, ceux qui en étaient investis ne pouvaient en être dépouillés sans leur volonté [MaGISTnATUS. IMPEBIUM]. Cette règle fut ensuite étendue aux autres magistratures, et même à la qualité de citoyen romain. Souvent, le consul sortant de charge abdiquait l'tmperiusn, pour en obtenir la prorogation en qualité de proconsul'. Régulièrement., le magistrat qui quittait sa charge devait, le dernier jour de ses fonctions, déclarer solennellement son abdication devant le peuple et prêter serment qu'il n'avait, pendant sa magistrature, rien fait de contraire aux lois. C'est là ce qu'on appelait jurare in Myes 3, ou ej urane magistratum. Il n'existait d'ailleurs aucune autorité spécialement établie pour recevoir annuellement cette reddition de compte sans préjudice bien entendu de la responsabilité des magistrats devant le sénat et le peuple Indépendamment de l'abclicalion ordinaire qui incombait à tous les magistrats sortant de charge, l'histoire nous montre que les magistrats en fonction, ou même simplement désignés (desirnati), pouvaient abdiquer leur titre : diverses circonstances amenaient cette démission ; quelquefois la maladie 7, d'antres fois le voeu et l'influence du sénat, qui désirait hâter l'entrée en fonction des nouvelles autorités $. Mais la cause la plus fréquente de ces abdications volontaires en apparence seulement, c'était un vice de forme découvert par les augures dans la nomination des magistrats Ceux-ci se trouvaient contraints par cette décision, et sous peine d'impiété, d'abdiquer leur pouvoir, abdicare imperium, mais sans préjudice de la validité des actes antérieurement accomplis par eux 1e. Primitivement, les magistrats jouissaient, pendant leurs fonctions, d'une entière inviolabilité, fondée sur les mores mo)orum, plutôt que sur une loi qui défendît de les accuser durant leur exercice [Lex, MORES] 11. Néanmoins, vers la fin de la République, on contraignit à l'abdication les magistrats désignés, que la loi permettait de poursuivre et de condamner pour crime de brigue [AMBITUS] 12. Enfin, le droit public de. Rome semblait autoriser, bien que, dans la pratique, cela fût tout à fait inusité, un magistrat supérieur à en contraindre un autre, d'un rang inférieur, à l'abdication, ri majoris imperii 13; c'est ainsi que le dictateur Q. Cincinnatus força le consul L. Minucius à abdiquer et à prendre les fonctions de chef des légions comme légat [LEGATUs]. De même, le préteur Lentulus, impliqué dans la conjuration de Catilina, fut forcé d'abdiquer, en vertu d'un sénatus-consulte, il est vrai ; mais nous pensons avec Lange 14 que ce sénatus-consulte autorisa le consul à ordonner directement cette abdication La. Quelquefois l'histoire mentionne un dictateur qui, comme Camille, abdique en présence d'une accusation portée par les tribuns devant les comices tribus [coMITIA], avec proposition de le condamner à l'amende énorme de 50,000 as s'il faisait acte de dictateur 'e. Enfin une insurrection et la SECESSIO de la plèbe sur l'Aventin déterminèrent seules les décemvirs à déposer l'autorité souveraine, mais après un sénatus-consulte qui I'ordonna 17, pour plus de régularité. Tiberius Gracchus hasarda une mesure sans précédents, en contraignant son collègue Octavius à l'abdication. Lange qualifie cet acte d'absolument inconstitutionnel la, à raison, d'une part, du défaut d'imperium chez son auteur, et, d'autre part, de l'inviolabilité de la victime. Mais on peut faire observer, avec M. Laboulaye 12 que la déposition fut prononcée par le peuple souverain, assemblé dans les comices, et supérieur aux lois existantes. Néanmoins, ce coup d'État, que Caius Gracchus essaya de couvrir ensuite par une loi particulière, avait singulièrement amoindri l'influence de son frère. Nous pensons, avec Lange, que ces abdications, forcées avaient lieu en général sans solennité 2e ; cependant, il en fut autrement pour les décemvirs 21, comme pour Octavius le tribun. Dans ces divers cas, bien que l'abdication ne fût plus volontaire qu'en apparence 22, cela paraissait suffire pour sauvegarder le principe de l'ancienne constitution romaine sur l'inamissibilité des magistratures 23; mais ce principe s'affaiblit singulièrement et même s'effaça sous l'Empire. En effet, Jules César s'attribua une grande part dans la nomination des magistrats, spécialement des consuls, par ia présentation de candidats 21. Auguste développa ce système, et Tibère finit par attribuer au sénat la nomination des officiers publics 25 ; plus tard le prince en vint à les nommer directement. Dès lors le droit de révocation fut la conséquence du nouveau principe d'administration hiérarchiquement subordonnée ; et si l'abdication volontaire fut encore possible, elle n'était plus nécessaire pour faire cesser les fonctions (aérogare imperium) des magistrats, dont les pouvoirs avaient été singulièrement restreints, en présence de 1 imperium illimité du prince et des droits attribués aux nouveaux magistrats de création impériale 28 ; d'ailleurs, l'usage ne tarda pas à s'introduire de faire donner leur démission aux consuls après quelques mois de leur entrée en charge, pour leur substituer de nouveaux titulaires (consoles su/fecti) 27. Cependant on conservait une grande solennité aux actes d'investiture ou d'abdication des consuls 2II, bien qu'ils n'eussent plus alors d'imperium à abdiquer comme jadis. G. HUMBERT. Pour l'abdication des empereurs, voyez PBIxciPATus.

ABIGEI (de ab agere).[modifier]

On donnait ce nom ou celui d'abactores à une classe particulière de malfaiteurs qui dérobaient les chevaux ou le bétail Le crime d'abigeatus 2 s'était présenté de bonne heure en Italie, pays riche en troupeaux, et oit les bergers des Apennins, menant une vie sauvage et solitaire, étaient enclins à se livrer au brigandage 3. Vers la fin de la République, la culture des céréales avait été presque abandonnée, et les LATIFUNDIA avaient envahi la Péninsule, par suite de l'extinction de l'agriculture libre 4. Dès lors, le pâturage était devenu le principal mode d'exploitation du sol , on pratiquait plus que ja

ABI -7- ABI[modifier]

mais un ancien système d'émigration des troupeaux, d'un côté à l'autre de la chaîne des Apennins, suivant les exigences des saisons 5. Cette transhumance était l'occasion d'une perception de droits productifs pour le trésor 6. On conçoit dès lors que l'intérêt de l'État se joignait à l'intérêt particulier pour exiger une répression sévère de l'abigeatus, qui avait pris en Italie, et aussi en Espagne, de grands développements 7. Mais, avant de décrire la pénalité, qui variait suivant la gravité des faits, il importe de bien définir le crime d'abigeatus. Ulpien semble exiger l'habitude, chez l'agent, de commettre des vols de bestiaux 8. Telle est en effet l'opinion à laquelle s'attachent des interprètes modernes , comme Abbegg; mais Platner montre trèsbien qu'elle ne s'accorde pas avec l'ensemble des textes, et qu'un fait isolé peut constituer l'abigeatus. Tel paraît être aussi l'avis de Rein 10. Paul considérait comme abigens quiconque enlevait du bétail, non pas seulement du pâturage (de gregibus), mais de l'étable (de stabulo) 11 ; Callistrate dit que, dans ce dernier cas, on doit prononcer une peine plus sévère (plenius coercendum) u. Mais nous pensons, avec Cujas, Platner et Rein, qu'on doit lire, d'après les interprètes grecs, lenius, expression qui s'accorde mieux avec d'autres textes. D'ailleurs le bétail laissé en plein air avait besoin d'être protégé par une peine plus sévère, tandis qu'on traitait comme simple voleur [FURTUM] celui qui emmenait un boeuf ou un cheval errant ou abandonné 13. L'abigeatus suppose en outre un vol de bétail d'une notable importance; on exige en général qu'il porte sur un certain nombre de têtes; mais le chiffre légal peut résulter d'actes successifs ". Si l'enlèvement d'un cheval ou d'un boeuf suffit, le jurisconsulte ne regarde comme abigeus que celui qui a détourné dix moutons, quatre ou cinq porcs, deux chèvres . Néanmoins il y avait quelque doute sur ce point; car Paul exige le vol de deux boeufs, de deux juments, ou d'un cheval 16. Les abigei étaient poursuivis et punis extra ordinem, et non dans un judicium publicum [cxDIEN, JUDICIUM] 17. La pénalité variait suivant les circonstances; elle s'accroissait pour les atroces abactores u, ou suivant la fréquence du crime dans la province, ou la condition des coupables. L'empereur Trajan frappa de dix ans d'exil le recel des abigei. Les autres peines usitées sont décrites en détail par un rescrit d'Adrien, adressé au conseil de Bétique 1®. Les plus coupables étaient condamnés soit ad gladium, soit aux travaux forcés à perpétuité ou à temps, et les récidivistes aux mines (ad metalla). Le sens des mots ad gladium ne paraît pas trèsclair à Ulpien lui-même, qui commente le rescrit, où cette peine est présentée comme inférieure à celle des mines.Aussi le jurisconsulte admet que l'empereur a entendu parler d'une sorte de damna tin ad ludum, qui laissait quelques chances de salut au condamné, tandis que le damnatus ad gladium devait périr dans l'année. Mais Tribonien, en compilant le Digeste, a retranché ce passage du fragment d'Ulpien, et de plus, il paraît bien avoir employé les mots ad gladium dans leur sens ordinaire, comme indiquant une peine plus date que celle des mines20[POENn]. C'est ce que fait très-bien observer Plat ner 21. Le même texte ajoute que les coupables honestiore loto nati sont seulement punis de relegatio [ExsiLIUM] ou chassés de leur ordre, c'est-à-dire du sénat ou de la curie. Quant à ceux qui se livraient à labigeatus avec des armes, on prononçait contre eux, au temps d'Ulpien, la damnatio ad bestias 22, qui s'exécutait à Rome ; et cette peine ne paraît pas trop dure au jurisconsulte, car l'abigeatus avait pris les proportions d'une calamité publique, Les abigei voyageaient par troupes, et le plus souvent à cheval A3; ils résistaient les armes à la main à ceux qui les poursuivaient 24; en un mot, cette profession était devenue une école de brigandage et de crimes de toute nature. C'est ainsi que Rein explique la rigueur de la pénalité édictée contre les atroces abactores 2r. Valentinien fut même obligé, pour prévenir l'abigeatus, de limiter à certaines personnes, par des constitutions rendues en 364 et 365, la faculté de voyager à cheval 2e. En 395, un rescrit d'Arcadius permit d'intenter sans inscriptio l'action d'abigeatus, mais seulement, sans doute, pour les cas les

ABIGERE PARTUM.[modifier]

Pour les Grecs, voyez AM13LOSXS. -Ces mots désignaient, à Rome, le crime d'avortement. D'après l'opinion qui tend à prévaloir en Allemagne, et qui s'appuie d'ailleurs sur un grand nombre de textes, l'avortement volontaire ne fut pas considéré comme un délit peu.dant la durée de la République. Ni les philosophes de l'école stoïcienne ni les jurisconsultes ne voyaient encore un être humain dans l'enfant simplement conçu ; il était regardé seulement comme pars visecrum matais 1. Cet acte ne constituait pas un cas particulier de meurtre, mais seulement une action immorale. Si le père de l'enfant l'avait autorisée, il appartenait à la juridiction censoriale [cENSOR], chargée de la haute surveillance des moeurs, d'apprécier les motifs de l'avortement et de le punir au besoin. S'il avait eu lieu à l'insu du mari, soit parce que la mère redoutait les périls de l'enfantement, soit par suite de son aversion pour son époux, celui-ci trouvait dans son autorité ou dans le tribunal domestique [JuDICIUM DOMESTICUM] des moyens suffisants de punition. Un passage de Plutarque 2 semble prouver que tes anciennes lois s'étaient occupées de ce point; mais ni le sens ni la pureté du texte ne paraissent bien certains Quant à l'avortement d'une femme non mariée, l'État ne s'en occupait pas. Lorsque la corruption eut envahi la cité romaine, cette criminelle pratique s'accrut dans des proportions effrayantes L'État dut enfin intervenir, et l'emploi des moyens d'avortement fut sévèrement interdit. Bynkershoek admet qu'une peine publique fut prononcée des le temps de Cicéron contre les femmes coupables d'avortement. Celui-ci raconte, en effet qu'une femme de Milet fut frappée d'une peine capitale pour avoir détruit son fruit ; mais, comme le font observer G. Noodt ° et Rein 8, Cicéron n'aurait pas eu recours

ABO[modifier]

un exemple puisé dans une législation étrangère, si l'avortement avait été puni à Rome d'une peine capitale. On ne trouve de trace d'une loi pénale contre l'abortio partus que 200 ans environ après Jésus-Christ, sous le règne de Septime Sévère et de son fils Antonin Caracalla'. Le jurisconsulte Marcien nous apprend 10 qu'en vertu d'un rescrit de ces empereurs la femme coupable d'avortement volontaire doit être envoyée, par le président de la province, en exil temporaire, parce qu'il serait indigne qu'une femme pût impunément enlever à son mari l'espoir d'une postérité. Tryphoninus" se réfère au même rescrit, en appliquant cette peine à la femme divorcée qui se fait avorter, ne jam inimico marito fi'lium procrearet. On voit encore apparaître ici, comme un motif de pénalité, l'intérêt du mari. Longtemps auparavant, du reste, la même idée se montre déjà dans Tacite "$, lorsqu'il nous raconte les accusations odieuses que Néron élevait contre la fidélité conjugale d'Octavie. Mais l'avortement n'en était pas moins puni d'une manière absolue, et indépendamment du préjudice causé au mari, comme le prouvent très-bien Platner13 et Rein 10.On punissait aussi ceux qui procuraient des breuvages abortifs, abortionis poculum, ou qui en vendaient n, même sans dol, et sur les prières de la femme. En raison du péril public, mati exempli, la peine des mines était prononcée contre les coupables de basse condition, et la relégation dans une île avec confiscation partielle con avait péri, celui qui avait procuré le breuvage était frappé du dernier supplice 16. Justinien " range l'avortement volontaire de la femme parmi les causes de répudiation [nIvoRTIUM] permise au mari, indépendamment des peines à infliger d'après les anciennes lois. Du reste, ce crime demeura fréquent dans l'empire romain malgré la vigilance que les empereurs chrétiens apportèrent dans l'application de la pénalité 13. G. HUMBERT.

ABOLITIO.[modifier]

Ce mot, dérivé de abolere, signifiait en droit romain la suppression d'une poursuite criminelle, imminente ou déjà commencée, sans que le délit fût effacé; ainsi la procédure seule était anéantie, de sorte qu'une nouvelle accusation aurait pu être formée à l'occasion du même fait; l'action de la loi pénale était seulement suspendue. On distingue l'abolition publique ou générale, par le sénat ou par une loi, de l'abolition privée. La première, dit Rein', a été longtemps confondue avec l'indulgence [INDULGENTI A], bien que des lois' eussent soigneusement distingué l'indulgence, spéciale ou générale, des deux espèces d'abolition privée ou publique. Le savant criminaliste allemand attribue à Hermann le mérite d'avoir le premier mis en lumière cette distinction capitale Abolitio generalis. Celle-ci est la plus ancienne et remonte à la période républicaine. En effet, il était d'usage, lorsqu'on faisait des supplications publiques [SUPPLICATTO] et la céré ABO monie du LECTISTERNIUM, de délivrer tous les prisonniers Comme le nombre de ces solennités religieuses s'accroissait, on devint plus avare d'abolitions, et on finit par les supprimer. Mais, sous l'Empire, l'usage en fut renouvelé. Des abolitions étaient proclamées à l'occasion des événements qui donnaient lieu à des réjouissances publiques : ainsi, lors de l'avénement du prince, ou à l'anniversaire de sa naissance, ou pour célébrer une victoire, enfin, sous les empereurs chrétiens, à l'époque des grandes fêtes de l'Église Valentinien prononça à Pâques une abolition générale, sauf pour certains crimes très-graves ' ; cette dernière devint traditionnelle, si bien qu'elle n'eut plus besoin d'être accordée expressément L'abolition en principe émanait du sénat, tandis que l'indulgence venait du prince'. Ce n'est que plus tard, lorsque l'autorité du sénat eut disparu complétement, que les empereurs s'attribuèrent le droit d'abolition; aussi quelquefois, depuis cette époque, les mots abolitio generalis sont employés pour indulgenlia 10, et plus souvent dans le Code Théodosien. Mais les juges n'eurent jamais le droit d'abolition. L'effet de l'abolitio generalis était d'éteindre l'accusation, et de faire rayer les noms des accusés. On exceptait habituellement de l'abolition générale les esclaves et les calomniateurs "; enfin, l'adultère, l'inceste, le sacrilége, l'homicide, le crime de lèse-majesté, et tous les délits importants étaient exclus de l'abolition annuelle de Pâques, en sorte qu'elle se bornait aux infractions les moins graves ". Les prisonniers étaient délivrés, et demeuraient libres pendant le temps des fêtes 13; mais ensuite l'accusation pouvait être reprise soit par le premier, soit par un nouvel accusateur 1b, pourvu que ce fût dans un délai de trente jours utiles; ce temps écoulé, le droit d'accusation était prescrit, et ne pouvait plus être exercé . Abolitio ex lege. Lorsqu'il se présentait, relativement à l'accusateur, un obstacle légal qui s'opposait à ce que l'accusation eût son cours, soit qu'il fût mort, ou que sa plainte dût être rejetée pour nullité de forme 18, le nom de l'accusé pouvait être rayé en vertu d'une abolition formelle, nommée abolitio ex lege ". Cette espèce d'abolition fut introduite par les lois Julia De vi [vis PURLICA, PRIVATA], et De adulteri'is [ADULTERIUM], et étendue par un sénatus-consulte ; dans tous ces cas, l'accusation pouvait être reprise pendant un délai de trente jours utiles. Abolitio privata. Quelquefois le nom de l'accusé était effacé sur la demande de l'accusateur et dans son intérêt, pour le soustraire aux conséquences fâcheuses d'une poursuite mal fondée ou abandonnée. C'est ce qu'on nommait abolitio prie vata; sans elle, celui qui délaissait l'accusation était puni pour TERGIVERSATIO. Cette règle avait été introduite par le sénatusconsulte T urpilianum, ou par la loi Petronia, dans laquelle Hermann ne voit toutefois qu'une confirmation par les centuries de ce sénatus-consulte 13. L'accusateur sollicitait cette abolition du magistrat, gouverneur de la province, ou de l'empereur ", en s'excusant sur son erreur, ou sur sa témé

ABO -9- ABO[modifier]

rité, ou sur la passion qui l'avait entraîné '0. Il ne pouvait plus ensuite renouveler l'accusation, mais un autre pouvait la reprendre 81.

G. HUMBERT.

ABOLLA.[modifier]

Nom d'une espèce particulière de manteau. que l'on fait dériver', peut-être sans preuves suffisantes, du grec Avaêo),si. Le mot grec, à la différence du latin, s'appliquait à un manteau quelconque et surtout à la manière de le porter, en le rejetant en arrière [AMICTUS, PALLIUM] ; dans quelques passages seulement il désigne particulièrement un manteau courtet léger'. Au contraire l'abolla était un vêtement d'une forme déterminée; elle ressemblait à la chlamyde [CDLAMYS], à laquelle elle a été comparée. Servius dit 3 que c'était, a comme la chlamyde, un manteau double (duplex), n mais sans confondre l'un avec l'autre, ni leur donner une commune origine. D'autres textes prouvent que le nom grec de chlamys fut appliqué tardivement, sous les empereurs, Il faut donc voir dans l'abolla .une sorte de chlamyde romaine ou de sagum, c'est-à-dire un manteau épais, attaché devant le col ou sur l'épaule par une broche [FIBULA] ou par un noeud [Nones] : il tombait droit autour du corps et permettait de dégager facilement les bras. Il se prêtait ainsi aux mouvements et à la marche. C'était un vêtement de campagne ou de guerre, opposé comme tel à ceux dont on faisait usage à la ville et en temps de paix a. On le voit porté par un grand nombre de soldats dans les bas-reliefs de la co lonne Trajane(fig. 13) et de la colonne Antonne. Toutefois il est malaisé d'y distinguer l'abolla du sagum, si ce n'est peut-être que le premier était plus court et moins ample. On peut comparer dans la figure les man _ teaux quelque peu différents que portent un soldat romain et un Dace, que le premier conduit prisonnier : l'un est l'abolla, l'autre le SAGUM ou le sagochlamys. Les habitants des villes, qui avaient été si souvent dans la nécessité de quitter la toge pour prendre l'équipement militaire, dans la période troublée qui amena la fin de la République, gardèrent sous l'Empire l'usage habituel de l'abolla, comme des autres vêtements servant de surtout [LAENA, LA CERNA]. On n'en fit plus seulement d'étoffe épaisse et rude pour braver les intempéries de l'air' : quand porter de la laine fut considéré comme une marque de pauvreté, on en eut aussi de fin lin ° et peut-être de soie. Il y en avait qui étaient teintes en pourpre', couvertes de dessins brodés ou peints et assez magnifiques pour être un costume royal 9. On s'en parait dans les festins. Un tarif de douane de la colonie de Julia Zarai, dans la Mauritanie Césarienne, de l'an 202 après Jésus-Christ, mentionne une abolla cenatoria dans un chapitre consacré aux vêtements étrangers 10. Ce sont, croyons-nous, des vêtements de ce genre richement brodés que portent Didon et ses hôtes, pendant le repas, dans une miniature du Virgile du Vatican ici" reproduite (fig. t9). On peut croire que le nom de ce vêtement ainsi répandu et transformé ne garda pas toujours une signification rigoureuse; de même que ceux des différentes espèces de sagum étaient souvent confondus, les écrivains emploient quelquefois le nom d'abolla dans le sens gé néral de manteau. Ainsi ils l'appliquent au manteau grec des philosophes. Les satiriques raillent u la gravité et la pauvreté affectée de certains philosophes toujours enveloppés dans le vaste manteau qui leur servait d'unique vêtement pendant le jour, et de couverture pen\, dant la nuit. Comme on les reconnaissait i d'abord à cet extérieur, on leur donnait le nom de grands manteaux (major abolla)13. La figure ici gravée d'après un vase d'argent du Cabinet des médailles Fig. 20. Abolln major. à Paris (fig. 20) ", d'une époque un peu plus ancienne, peut aider à s'en former l'idée.

E. SAGLIO.

ABORTIO, Abortus, Abortum, Aborsus, accouchement avant terme, avortement.[modifier]

Suivant Isidore', on nomme abortivus l'enfant ou le foetus arrivé avant terme, eo quod non oriatur, sed aboriatur et excidat. L'accouchement était considéré comme prématuré lorsque l'enfant naissait le cinquième ou le sixième mois, ou auparavant, la gestation ordinaire devant durer au moins sept mois. En effet, le 2 \BR jurisconsulte Paul' s'exprime ainsi : « On admet depuis longtemps, d'après l'autorité du savant Hippocrate, que le foetus naît parfait le septième mois ; conséquemment, on doit considérer comme légitime l'enfant qui est né le septième mois depuis les justes noces [MavrinaONIUM] ; t mais il ajoutes que le part doit en outre avoir la forme humaine. Quant aux peines prononcées contre les auteurs ou complices de l'avortement volontaire, nous renvoyons à l'article ABIGERE PARTUM. Le droit romain avait pris des mesures pour veiller aux intérêts des enfants conçus 4. Les avantages légaux de la maternité, notamment le Jus LIBERORUM, ne s'appliquaient pas à la femme qui accouchait avant terme ou d'un monstre a.

G. HUMBERT.

ABRAXAS.[modifier]

Ce nom, qu'on lit ainsi gravé de deux manières, en caractères grecs, sur des intailles du n' siècle après Jésus-Christ, ou des siècles suivants, fait reconnaître des amulettes ou talismans appartenant à la secte gnostique des basilidiens. Abraxas, d'après l'explication des Pères de l'Église, adversaires des gnostiques est le nom qu'un de leurs chefs, Basilide, donnait au Dieu suprême en le formant de sept lettres qui, selon la manière de supputer des Grecs, font au total 365. Ce nombre, qui est celui des jours de l'année solaire, était aussi, pour les basilidiens, celui des éons, intelligences ou anges créateurs, dont les manifestations, dans leur doctrine, formaient le plérôme, la plénitude de la puissance divine. D'autres inscriptions souvent indéchiffrables et des symboles extrêmement variés et compliqués, la plupart devenus inexplicables, accompagnent le nom d'Abraxas, et on les trouve aussi sur des pierres où ce nom ne se lit pas. Il en est résulté que ce nom a été indûment étendu : dans l'usage commun on appelle abrasas les pierres gnostiques en général, bien qu'elles aient souvent un caractère tout différent. On les appelle aussi pierres basilidiennes; et cependant elles sont loin d'appartenir toutes à la secte des basilidiens, mais il est vrai que c'est parmi ceux-ci que le nom a pris naissance. Bien des essais d'explication de ces pierres ont été tentés. Les antiquaires des derniers siècles, Jean l'Heureux ', Chifflet du Molinet 4, Montfaucon 3, Caylus ', etc., en ont proposé de très-basardées. Les modernes ont apporté dans cette étude plus de critique et de vrai savoir. Parmi eux il convient de nommer en première ligne l'auteur de l'J/ stoire critique du Gnosticisme. M. Matter a publié dans un volume supplémentaire de cet ouvrage plusieurs planches représentant des pierres gnostiques. Dans les explications qu'il y a jointes, il a séparé de ces pierres un grand nombre d'autres qui se rapportent à des doctrines différentes enfantées vers le même temps dans la Grèce, l'Égypte et l'Asie, et il a interprété, souvent avec succès, quelquesuns des noms et des figures qui distinguent celles des gnostiques. Les sujets sont de bizarres assemblages de formes empruntées à la figure humaine et à celles de divers animaux, de signes astronomiques et d'attributs de tout genre dont l'explication se trouvait sans doute dans la connaissance aujourd'hui très-imparfaite des doctrines gnostiques,

ABR 10 ABS[modifier]

et dans celle de leurs rites qui est complétement perdue. Nous en offrons divers exemples empruntés d. la collection des pierres gravées du Cabinet des médailles. Ils suffiront pour donner une idée du caractère de ces compositions, compliquées et variées à l'infini. Sur la première pierre (fig. 24) on voit un personnage à corps humain, à tête de lion radiée, debout, tenant d'une main le signe égyptien de la vie qu'on appelle la croix ansée, et de l'autre un sceptre autour duquel s'enroule un serpent dont la tête se tourne vers les rayons solaires. On lit à côté de cette figure son nom en caractères grecs : IAII, et au revers ABPACAR 7. Le premier nom se retrouve sur une autre pierre (fig. 22), au-dessous d'un personnage à tête de coq avec des serpents pour jambes, armé d'un fouet et d'un bouclier Ce nom est celui d'un des éons des basilidiens. On lit encore sur leurs talismans ceux de Sabaoth, d'Adonaï, d'Éloï, d'Oraios, d'Astaphaios, celui d'Ialdabaoth, le démiurge, créateur du monde, dont les six préFig. 22. Abraxas. cédents étaient, disait-on, émanés, et d'autres en grand nombre. On y voit aussi les sept voyelles A E HIO`t'O disposées suivant des modes cabalistiques, ou la formule ABAANAOANAABA qui se lit dans les deux sens. Parmi les autres inscriptions restées indéchiffrables, on rencontre des radicaux hébreux, grecs, syriaques, coptes. Sur la troisième pierre (fig. 23) on voit 9 un ser pent à tête de lion radiée (Chnoupltis) se dressant entre sept étoiles ; au revers un vase d'où s'échappent deux serpents (peutêtre le vase des péchés, selon l'explication de Matter) et un symbole formé de trois serpents, trois S ou trois Z traversés par une barre. Au revers on lit TOXNOTtPI (à C/tnouphis). Le serpent à tête de lion radiée est une des figures qu'on rencontre le plus fréquemment sur les pierres dites abraxas. Celles où on le voit appartiennent sans doute à la secte gnosique des ophites. Les abraxas des basilidiens se portaient vraisemblablement de la même manière que les amulettes de toute autre.

ABSENS.[modifier]

L'absent était, en droit romain, celui qui ne se rencontrait pas au lieu où sa présence était requise. L'absence peut être envisagée soit au point de vue du droit civil, soit au point de vue du droit public. ABS 1. Un grand nombre de textes régissent les effets de l'absence considérée comme simple non-présence. Ainsi les débiteurs qui se cachent pour ne pas être appelés en justice et qui ne sont défendus par personne, donnent lieu à l'envoi en possession de leurs biens, suivi d'une vente en masse le cas où un absent avait achevé par son fermier une usucapion commencée, sans qu'on pût agir contre lui, venait au secours du propriétaire 2 qui n'avait pas eu le moyen de se faire envoyer à temps en possession des biens, et rescindait l'usucapion. Réciproquement, un citoyen absent pour un service public était autorisé par le préteur à revendiquer 3 (rescissa usucapione) un objet usucapé pendant ce temps par un tiers [usucAPlo]. Sur les effets de l'absence quant à la procédure, voyez CONTUMACIA et EREMODICIUM Mais le droit romain n'avait pas organisé de système complet en vue du cas d'absence véritable, c'est-à-dire de l'hypothèse où un individu a disparu de son domicile, sans donner de ses nouvelles, en sorte que son existence est incertaine. Sans doute, en pareille hypothèse, on appliquait, quant à l'administration de ses biens, les règles relatives aux non-présents 5. Aucun droit ne pouvait cure réclamé à son profit sans la preuve de son existence ; et réciproquement nul ne devait, sans prouver la mort de l'absent, exercer un droit subordonné à son décès sauf le cas où il était constaté que cent ans s'étaient écoulés depuis sa naissance. Au cas d'absence d'un père de famille, ses enfants pouvaient, après trois années, se marier sans son consentement 7 ; le jurisconsulte Julien assimile le cas de captivité à celui d'absence, et valide même l'union conjugale contractée par l'enfant avant ce délai, si l'on peut présumer, d'après la condition de l'époux, que le père n'eût pas refusé son consentement. La femme d'un individu soldat, en campagne ou captif, et dont on n'avait pas de nouvelles depuis cinq ans 3, était autorisée à se remarier. Constantin paraît avoir réduit ce délai à quatre années s, mais ces prescriptions furent modifiées par Justinien 10. II. Au point de vue du droit public, il n'était pas permis à un absent de solliciter comme candidat une magistrature romaine. Becker il pense toutefois que les restrictions en cette matière ne se présentèrent qu'après le commencement du vil° siècle de Rome ; il cite un grand nombre d'exernples 12 qui prouvent la liberté presque illimitée laissée au peuple dans le choix des candidats [AMDITUS, MACISTRATUS]. On peut à cet égard adopter la distinction suivante proposée par Rein : Le peuple était maître d'élever au rang de consul ou de préteur, etc. un citoyen qui ne s'était point porté officiellement candidat (pro fessio), puisque Cicéron i3 critique comme absolument nouvelle la disposition de la loi agraire de Rullus, qui exigeait qu'un citoyen fût présent pour être élu décemvir. Du reste, celui qui ne briguait pas une magistrature, était nitro creatus 14, ou non petens; et, à ce point de vue, qu'il fût ou non présent à Rome, on disait qu'il pouvait être nommé en son absence 'S. Au contraire, l'usage avait in A 43S troduit la défense pour un absent de briguer 1m honneur à Rome; cela fut transformé en loi et renouvelé peu de temps après, en 702 de Rome, dans une loi de Cri. Pompée n, De jure magistratuum; elle contenait en effet un chapitre rucd a petitione honorum absentes summovebat. Ainsi, c'était ta brigue seule (petitio honorum) qui se trouvait interdite. Suivant Suétone 14, Pompée, sous prétexte d'avoir oublié d'écrire dans cette loi une exception en faveur de Jules César, l'y fit ajouter après que la table d'airain avait été déjà déposée à l'AERARIuM. Plus tard et pendant que César était dans les Gaules 18, un plébiscite, proposé par le tribun C lius et appuyé par Cicéron, renouvela ce privilége, ut ratio absentis Caesaris in. petitione consulatus haberetur. Mais Marcellus fit décider par le sénat qu'on ne tiendrait aucun compte de cette loi, comme si Pompée avait abrogé un plébiscite. Voici comment M. Mommsen " explique la succession de ces faits assez obscurs : Pompée en 702 de Rome avait, pendant sa dictature, fait dispenser César, par le plébiscite de Cnlius, de la formalité prescrite aux candidats par une loi antérieure de présenter six mois à l'avance, et en personne, leur candidature. Lorsque plus tard vint l'époque des élections, la règle générale aurait été proclamée de nouveau, sans mentionner l'exception en faveur de César; sur ses plaintes, elle fut ajoutée après coup à la loi Pompéia. Mais Marcellus argua de nullité cette addition. L'absence rie dispensait pas des obligations du recense.

ABSIS ou, sous une forme moins latine, APSIS.[modifier]

C'est la transcription du mot grec 4sh, eôos, qui, venant de 7 rw, ajuster, exprime proprement l'assemblage, la connexion de plusieurs pièces, se tenant l'une par l'autre, comme les différentes parties d'une roue qui s'arcboutent réciproquement I. Or, en architecture, ce principe est celui même de toutes les constructions voûtées, et trouve son application la plus complète dans les voûtes hémisphériques que nous appelons coupoles. Aussi, quand on voit le mot Mit.; employé non-seulement par les écrivains de l'époque romaine pour désigner un arc de triomphe 2, mais déjà par Platon pour exprimer la forme de la coupole céleste, ne peut-on douter que ce ne fût dans la langue des architectes grecs un terme technique, que les Romains leur empruntèrent avec une signification toute faite. Ils l'appliquèrent, par exemple, à une ehambre formant rotonde, construite en saillie sur un corps de bâtiment, de manière à recevoir toute la journéeles rayons du soleil : Adnectitnr angulo cubiculum in absida, yuod ambitum solis fenestris omnibus sequitur Dans un sens plus restreint, c'était une grande niche demicirculaire, voûtée en cul-de-four, comme celles qui terminaient les deux cellae adossées l'une à l'autre, où étaient placées les images de Vénus et de Rome, dans le temple qui leur étau commun. La figure 2u reproduit une de ces absides encore debout, d'après une aquarelle de M. Vaudoyer 5. On en voyait ordinairement une semblable à l'extrémité des basi

ACA 12 ACA[modifier]

Tiques. Assignée d'abord à l'usage du préteur, qui y tenait son tribunal, puis conservée dans les basiliques chrétiennes, comme la place d'honneur de l'évêque et de son clergé, elle est devenue l'abside de nos églises a. La figure 25, empruntée à un sarcophage romain offre des exemples de constructions de formes diverses ; quelques-unessont poles et de demicoupoles auxquelles convient le nom d'absis. Le même mot paraît avoir été employé par extension chez les Romains pour exprimer toutes sortes d'objets ayant une forme courbe. Pline s'en sert en parlant de la courbe que décrivent les astres dans leur cours. On le trouve dans le Digeste pour désigner des bassins d'argent.

L. HEUZEY.

ABSOLUTIO[modifier]

[SENTENTIA].

ABSTINENDI BENEFICIUM[modifier]

[us Ems].==

ACADEMIA.[modifier]

Ce nom, dérivé de celui de `Exâuri µos 2, selon d'au tres Axo'Sveos, habitant de l'Attique qui avait révélé aux Dioscures poursuivant Hélène et Thésée, son ravisseur, la retraite où leur soeur était cachée, désignait un jardin situé au nord-ouest d'Athènes s, à IO stades environ de la ville Pour y aller, on traversait le quartier du Céramique et on sortait par la porte Dipyle 6. Le long du chemin, on remarquait quantité de tombeaux parmi lesquels ceux de Thrasybule, de Chabrias, de Phormion ét de Périclès 8. L'ancienne propriété d'Académus, après avoir appartenu à Hipparque, fils de Pisistrate qui l'entoura d'un mur et y établit un gymnase 10, fut embellie par Cimon, qui y amena des eaux, y planta des arbres et y créa un stade pour les courses 11. Elle était tout entière consacrée à Athéné qui y avait un autel à côté de ceux d'Héph.ustos, de Prométhée, d'Hermès, d'Héraklès, des Muses et d'Éros. Cet autel était entouré des douze oliviers sacrés appelés aop(at. L'un de ces arbres était considéré comme le premier rejeton de l'olivier créé par la déesse 12. Les promenades ombragées de l'Académie étaient celles que Platon recherchait de préférence 13 pour s'y entretenir avec ses élèves et ses amis. Ce philosophe fit élever dans l'enceinte de l'Académie un petit temple des Muses, appelé Mouusiov, dans lequel Speusippe plaça les statues des Grâces 14. Un Perse du nom de Mithridate fit exécuter une statue de Platon par le sculpteur Silanion, la fit transporter dans ce temple et la dédia aux Muses n. Après la mort de Platon, cette statue resta placée au centre de son école et le grand philosophe fut enterré dans le voisinage de l'Académie Sa. Son tombeau était situé près du lieu appelé Ko)ttuv'oç Y7c71tog, parce qu'on y voyait les autels de Poseidon et d'Athéné Équestres. Plus tard, le roi Attale fit planter un jardin dans l'Académie. Dans ce jardin, le philosophe cyrénéen Lakydès, successeur d'Arcésilas, fonda des écoles et donna des leçons 17. Ce fut alors que ce lieu prit le nom de AaxéSetov 18. Les Spartiates, maîtres d'Athènes à la fin de la guerre du Péloponèse, avaient respecté l'Académie en souvenir de l'assistance fournie par Académus à leurs héros Castor et Pollux i9; mais Sylla, lorsqu'il assiégea Athènes, détruisit les beaux arbres de l'Académie pour en faire des machines de guerre 80. Ces arbres toutefois ne tardèrent pas à être remplacés. Aujourd'hui, il ne reste plus rien du gymnase et des autres bâtiments de l'Académie et les savants ne sont pas complétement d'accord sur son emplacement. Le nom d'Académie fut souvent donné, en mémoire de Platon et de ses disciples qui l'avaient illustré, à d'autres lieux consacrés à l'étude des lettres et de la philosophie 21. C'est ainsi que Cicéron appelait une campagne qu'il possédait près de Puteoli (Pouzzoles) 22; dans celle de Tusculum il avait aussi une académie 23 L'empereur Adrien, qui avait fait reproduire dans sa somptueuse villa de Tibur quelquesuns des plus beaux édifices de la Grèce, y fit élever des constructions et planter des jardins à l'imitation de l'Académie d'Athènes.

ACANTHUS, du grec elsuvea, épine, l'acanthe.[modifier]

Plante herbacée, vivace, espèce de chardon ; son feuillage élégant a fourni aux architectes anciens le motif des plus gracieux et des plus riches ornements. Il existe une douzaine d'espèces d'acanthe, mais la plupart sont particulières aux pays chauds, où elles servent à former des haies et des clôtures ; deux espèces seulement nous sont anciennement connues et poussent naturellement dans les régions méridionales de l'Europe. L'une est l'acanthe sauvage (acanthus spinosus), épineuse et frisée, c'est la plus courte ; l'autre, sans épines, lisse et unie, a de larges feuilles flexibles, qui l'ont fait nommer acanthe molle (acanthus mollis); on l'appelle en Italie branca ursina, ou griffe d'ours 1. Ces plantes étaient employées chez les Romains pour la décoration des jardins, elles formaient ordinairement la bordure des parterres et des bassins 2. L'acanthe sauvage est certainement celle que les Grecs ont imitée, quoi qu'en disent plusieurs auteurs Les Romains seuls, en développant considérablement l'usage de l'acanthe dans l'ornementation de leur architecture, ont employé aussi

ACA -13- ACA[modifier]

l'acanthe domestique. La légende si connue, racontée par Vitruve sur l'origine du chapiteau corinthien l'indiquerait déjà [CAPITULUM] ; l'abondance de l'acanthe sauvage en Grèce, comparée à l'excessive rareté de l'acanthe molle, le prouverait aussi; mais ce qui le démontre sans réplique, c'est l'examen des monuments grecs encore existants. Nous trouvons l'acanthe épineuse au monument choragique de Lysicrate, dans le chapiteau des colonnes et dans le magnifique fleuron triangulaire du couronnement, qui porta jadis le trépied décerné au chorège [ACaoTERIUM] 5 ; nous la trouvons dans les nombreuses stèles athéniennes, où elle forme ordinairement la base de l'ornementation sculptée ° [SEPULCRUM] ; nous la trouvons enfin dans les édifices où la pure tradition grecque s'est plus ou moins bien conservée, c'est-à-dire aux chapiteaux du temple d'Apollon Didyméen', à ceux de la tour des Vents à Athènes, de l'Incantade à Salonique, de l'Arc et du Portique d'Adrien et du temple de Jupiter Olympien à Athènes ',etc. Nous donnons (fig. 26), comme exemple de la feuille d'acanthe telle que les Grecs l'ont comprise et interprétée, une feuille d'un chapiteau de ce dernier temple. Chez les Romains, les monuments qui datent de la République nous offrent une interprétation curieuse de l'acanthe. La masse Jupiter olympien à Athènes. de la feuille est restée la même, mais les détails sont changés ; les extrémités de chaque partie de la feuille se sont arrondies et frisées au lieu de rester aiguës et droites. Le chapiteau du temple de Vesta à Tivoli, dont une feuille est représentée fig. 27, les rosaces du plafond sous le portique du même temple, les chapiteaux du temple de la Fortune à Préneste, aujourd'hui Palestrine, et de la Basilique de Pompéi, un chapiteau isolé à Cori, sont de trèsbeaux types de l'acanthe ainsi traduite 10. On a voulu voir ici l'imitation des feuilles de la vigne, greffées en quelque sorte sur la masse conservée de l'acanthe ; on a ajouté comme preuve que, dans la plupart de ces chapiteaux, les caulicoles paraissent imitées des vrilles de la vigne 11. Nous y reconnaîtrions plutôt la feuille de la solansp appelée vulgairement bouillon blanc ou chou gras, et nous donnerions à ce mode d'expression de l'acanthe une origine étrusque. Nous retrouvons en effet cette feuille dans des monuments étrusques qui à coup sûr sont antérieurs aux monuments romains précédemment cités 12. On peut en voir parmi les terres cuites de la collection Campana, actuellement au Musée du Louvre, d'autres encore au Musée de la ville de Pérouse. Après l'asservissement de la Grèce, quand ses artistes vinrent à Rome chercher l'emploi de leurs talents, nous y voyons apparaître la pure acanthe grecque, avec ses lobes à trois divisions aiguës, avec ses mils ronds comme ceux du chardon épineux, acanthe dont l'ensemble est à la fois décoratif et plein du sentiment de la nature et de la vie. Le temple en marbre de Vesta, à Rome, nous présente, dans son chapiteau, un très-beau spécimen de l'acanthe ainsi comprise 14; nous la retrouvons aussi à Cori, dans le magnifique chapiteau, en pierre stuquée, des colonnes du temple de Castor et Pollux 14. De la même époque date, sans doute, un temple dont les restes, peu connus, subsistent en France, au Vernègues (Bouches-du-Rhône). Ses chapiteaux, comme ceux du posticum du temple de Livie, à Vienne (Isère), sont ornés de feuilles d'acanthe qui ont tous les caractères ci-dessus décrits e Bientôt cependant le sentiment de la nature est abandonné, et, même dans les premiers édifices de l'Empire, les chapiteaux présentent une feuille d'acanthe conventionnelle, qui n'a plus, de la feuille primitive, que l'aspect général. Les grandes divisions sont toujours observées, l'ensemble est décoratif et monumental, mais l'effet est froid, la vie est absente. On a remarqué ici, comme esprit de détail, l'introduction de la feuille de l'olivier et de celle du laurier. Chaque lobe de la feuille offre quatre ou cinq divisions, profondément refendues, dont chacune, creusée en coquille, peut, à la rigueur, représenter la ligne extérieure d'une feuille d'olivier ou de laurier; l'oeil est allongé, les côtes sont très-fortement accusées et celle du milieu est ornée de divisions ou d'une petite feuille étroite superposée. C'est la feuille que nous offrent le plus fréquemment les édifices romains. Nous la trouvons aux chapiteaux du temple de Mars Vengeur, du Panthéon, du portique d'Octavie, de l'arc de Titus, du temple d'Antonin et Faustine (fig. 2S), etc., et généralement dans les modillons des entablernents de ces mêmes édifices te Dans le chapiteau du temple de Jupiter Stator, et dans le chapiteau à têtes de bélier qui provient de l'intérieur du temple de la Concorde 17, cette feuille conventionnelle prend un autre caractère ; elle montre plus de vie par la forme flamboyante de ses divisions. L'acanthe molle, plus fine, plus souple, plus gracieuse peut-être, fut surtout, comme nous l'avons dit, employée par les Romains. Ils la transfor mèrent en y ajoutant des détails pris à d'autres plantes, telles que le persil, et en tirèrent ces magnifiques ornements qui couvrirent les moulures, les modillons, les consoles, les frises d'entablements, les corps de pilastres, etc., et dont les exemples sont si nombreux. Nous n'en citerons que quelques-uns parmi les meilleurs : les moulures du piédestal de la colonne Trajane 18, la cymaise du temple de Jupiter Sérapis à Pouzzoles 19, les consoles et les rinceaux

ACA 14 ACA[modifier]

du forum de Trajan 80, la frise du temple du Soleil, dont les fragments gisent dans le jardin Colonna Y1, et les rinceaux de la villa Médicis, qui ont dû décorer des corps de pilastres 2E. Semblables à ces derniers rinceaux étaient sans doute les acanthes d'or dont parle Diodore de Sicile, en décrivant le char funèbre d'Alexandre 83, et qui, surgissant du milieu de chaque colonne, s'élevaient insensiblement jusqu'aux chapi teaux P4. L'acanthe molle fut aussi employée dans la décoration des chapiteaux; nous la voyons au chapiteau composite de l'arc de Septime Sévère (fig. 29) 26. C'est par erreur que Perrault et Quatremère de Quincy l'indiquent à l'arc de Titus m: les chapiteaux et les modillons de cet arc portent l'acanthe de convention. L'acanthe en général, diversement interprétée suivant les différentes époques, ne fut pas seulement appliquée à l'architecture proprement dite. Nous la trouvons encore soit dans les peintures de Pompéi et des Thermes de Titus, soit comme ornement de vases, de candélabres, de tables, et de toutes sortes d'objets en marbre ou en bronze, que contiennent nos musées. L'orféyrerie s'en servit aussi très-heureusement; nous en avons un bel exemple au Musée de Naples, dans un vase en argent, où se trouvent représentés Homère, l'Iliade et l'Odyssée, portés sur des rinceaux d'acanthe 27. Dans leurs poésies, Théocrite, Ovide, Properce et Virgile, nous décrivent des vases et des coupes, en airain ou en bois, sur lesquels la flexible acanthe serpente et s'entrelace 28. L'acanthe fut aussi employée en broderie pour orner les vôte

ACAPNA.[modifier]

  • I. ACAPNA LIGNA, «xa rtvxvaa,

bois qui brûlent sans fumée. Le climat de la Grèce et de l'Italie n'exige pas des appareils de chauffage très-compliqués. Les anciens, dans leurs appartements, se contentaient, en général, comme on fait encore dans beaucoup de pays chauds, d'un foyer fixe (id-r(() ou portatif (locus, «vOpc xta, Hxapa), et dans le premier cas, une simple ouverture au plafond suffisait à donner passage à la fumée [FOCVS, noMUS]. Ce mode de chauffage rendait nécessaire l'emploi de combustibles donnant aussi peu de fumée que possible. On se servait de bois que l'on avait eu la précaution de faire complétement sécher. Les poëtes ont toujours soin d'indiquer cette dessiccation par des épithètes convenables gtiaa Suva' 1, tiaa xâyxava 2, xâaa xâyxava 3). On perfectionna en Grèce les procédés de dessiccation de telle sorte qu'on obtint des bois brûlant sans produire aucune fumée, 1Àa «xascva, ou simplement àxarcva 4; les Latins ont adopté le mot avec la chose qu'il désigne. Nous connaissons trois des procédés auxquels ils avaient recours. Le plus simple consistait à activer la dessiccation du bois en l'exposant à un feu ardent, sans toutefois le réduire en charbon; les matériaux préparés de cette façon s'appelaient aussi ligna cocta ou coctilia5; la seconde méthode consistait à enlever l'écorce et à faire séjourner le bois dans l'eau, puis à le faire complétement sécher avant de s'en servir 6 ; le dernier procédé était l'immersion dans de l'amurca, la partie aqueuse du suc de l'olive qui sort la première sous le pressoir, avant l'huile [0LEA] ; quelquefois aussi on se bornait à en enduire la surface du bois, qui était ensuite séché au soleil'. I1. ACAPNON MEL, miel sans fumée, c'est-à-dire le miel enlevé de la ruche sans qu'on eût enfumé les abeilles 3. Comme cette dernière opération communiquait au miel un goût assez désagréable, le mel acapnon était fort recherché [mu].

CH. Menins

ACATUS, ACATIUM ('Axa'roç, AxzTtov).[modifier]

Petit bâtiment dont le nom se rencontre assez fréquemment dans les auteurs anciens, mais dont aucun n'a laissé une définition précise. Des divers passages où il en est question, il résulte que ce nom, resté indéterminé, comme chez nous ceux de barque ou d'embarcation, s'appliquait à des navires d'importance et de destination diverses. Hérodote parle d'acates servant à transporter des grains ; Lucien 2 appelle de même un navire de charge pouvant contenir des passagers en grand nombre, des armes, des provisions, et en état de résister à une longue et pénible traversée; mais, en général, ce nom désigne des bâtiments légers et surtout propres à la course. Tels étaient ceux dont se servaient les pirates, u légers, étroits, de facile manoeuvre, embarquant, dit Strabon environ vingt-cinq hommes, rarement capables d'en porter trente. s Thucydide raconte que les habitants de Mégare assiégée par les Athéniens, dans la guerre du Péloponèse, sortaient pendant la nuit pour exercer la piraterie; ils transportaient sur une charrette jusqu'à la mer et faisaient rentrer de la même manière dans la ville, avant le jour, un de ces navires, que l'historien appelle «xâ'rtov aaapAptxév, c'est-à-dire que chaque rameur y maniait deux avirons 4. Quand Carthage fut réduite à toute extrémité par la révolte des mercenaires, elle arma les plus grandes acates qui se purent trouver'; c'étaient par conséquent des navires qui n'avaient pas auparavant cette destination. D'autres témoignages prouvent encore que des acates servaient à la pêche6, ou comme embarcations attachées à de plus grands vaisseaux7, qu'elles naviguaient tantôt à la rame 3 et tantôt à la voile 9, et qu'elles étaient au besoin munies de gouvernails 10, d'ancres u, et quand elles devaient combattre, d'éperons. Ce dernier trait leur est attribué par Pline 12, aussi bien que la poupe arrondie et courbée en dedans; mais ce sont là des caractères qui ne les distinguent pas de la plupart des autres navires. Plutarque 43 appelle «x«rtov le bateau dans lequel se jeta César surpris à Alexandrie, d'où il gagna à la nage un bâtiment en rade , et Suétone, racontant le même fait 14, lui donne le nom de SCAPHA ; il s'agit donc ici d'une chaloupe. Enfin, les poètes grecs se servent quelquefois du mot «xa-oç en parlant de la barque de Caron, le nocher des enfers. On voit combien serait peu rigoureuse toute définition de l'acate.

ACC 15 ACC[modifier]

H. Acatium, 'Ax«Ttov, 'Axâ-recoç i rlg, nom du deuxième mât (et sans doute aussi, dans les plus grands bâtiments, celui du troisième), par opposition au grand mât du milieu ((mroç aé^(as). Le nom venait vraisemblablement de ce que ce mât ressemblait par son gréement au mât unique des petites embarcations appelées acates, quand elles naviguaient à la voile. De même, on appelait acatia, «xcirnce 16Tix, les voiles attachées à ce second ou troisième mâti6 [MALUS].

AGALMA (Αγαλμα).[modifier]

Ce mot, qui vient d’αγαλλω, et signifie, dans sa première et plus large acception, tout objet qui peut plaire (παν εφ ω τιζ αγαλλεται) 1, désignait ordinairement, chez les Grecs, un ouvrage travaillé avec art, offert à un dieu et placé dans son temple [DONARIA] c’étaient d’abord les images des dieux eux-mêmes 2, qu’elles fussent de pierre ou de métal, de bois ou de toute autre matière ; une peinture aussi bien qu’une statue 3 ; quelquefois aussi une simple stèle, un trépied, etc. : les auteurs citent plusieurs trépieds que des inscriptions désignaient comme des αγαλματα 4. On trouve le mot détourné de sa signification primitive impliquant l’idée d’ornement et d’élégance, et employé pour ces images, quelquefois informes, appartenant à l’enfance de l’art, auxquelles était ordinairement réservé le nom de XOANON 5. On l’employait d’ailleurs pour celles des héros, et même exceptionnellement de simples mortels, aussi bien que pour celles des divinités. Sur un des trônes qui servaient de siéges aux colosses découverts sur la voie sacrée des Branchides 6, près de Milet, est gravée une inscription qui, après avoir nommé celui qui l’occupait (Charès, gouverneur de la forteresse de Milet) se termine par ces mots : « Agalma offert à Apollon (Αγαλμα του Απολλωνοζ) 7.

E. SAGLIO.

AGALMA.

1. Bachm. Anecd. I, 9 ; cf. I, 19 ; Hom. Il. IV, 144 ; Od. III, 438 ; VIII, 509.

2. Plat. Leg. XI, p. 319 a ; cf. Ruhnken, Ad Tim. Lex. Plat. p. 5-8.

3. Polyb. XXII, 13.

4. Herod. V, 60, 21 ; Paus. VI, 19, 3 ; X, 7, 3.

5. Paus. VI, 26, 3 Athen. XIV, 2 ; Clem. Alex. Protrept. p. 29.

6. Newton. Hist. of discov. At Halicarn. Cnidus and Branchidae, pl. XCVII n. 72 ; cf. n. 66.

7. R. Rochette, Lettres archéol. p. 177 ; Schubart, Zeitschr. für d. Allerth. 1847, p. 289 et suiv. ; Welcker, Alte Denkmäler, I, p. 188.

BIBLIOGRAPHIE. Böckh, Corp. inscr. Graec. I, p. 7 ; Ruhnken, Ad Tim. p. 4 sq. ; Siebelis, Praef. ad Paus. p. XLI, sq. ; Hermann, Gottesdienst. Alterthümer, 18, 16.