Dictionnaire des sciences philosophiques/2e éd., 1875/Entéléchie

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Dictionnaire des sciences philosophiques
par une société de professeurs et de savants

ENTÉLÉCHIE (en grec, έντελέχεια ; de έντελέζ, parfait ; έχειν, avoir; littéralement possession de la perfection). Ce terme a été créé par Aristote, traduit par Hermolaüs Barbarus en perfectihabia, et depuis remis en honneur par Leibniz. Après avoir, au premier livre de la Métaphysique, exposé sa théorie des quatre causes, matérielle, formelle, efficiente ou motrice, et finale, qui correspondent à ces quatre questions : Quelle est la matière d’un objet ? Quelle est la forme ou l’essence ? Quel est le moteur ? Quelle en est la fin ? Aristote, par des éliminations successives, les réduit à deux, la matière et la forme, le possible et l’être, la puissance et l’acte. Or l’entéléchie, c’est la forme ou l’acte par opposition à la matière ou à sa puissance. C’est ainsi qu’Aristote dit : Διηρημένου δε καθ’ έκαστον υένοζ τοῦ μέν δυναμει τοῦ δ’έντελεχεια, distinguons d’abord, en chaque genre, ce qui est en puissance et ce qui est en entéléchie, en acte. C’est ainsi qu’il définit l’âme tantôt la forme, tantôt l’entéléchie première de tout corps naturel, organisé, ayant la vie en puissance. C’est encore ainsi qu’avec une différence assez sensible, mais compréhensible, il définit le mouvement : la réalisation ou l’entéléchie du possible en tant que possible, parce que la réalisation ne commence qu’avec l’acte. L’entéléchie est donc, pour Aristote. tantôt la forme, tantôt l’acte, tantôt la réalisation du possible ou le mouvement par lequel la matière prend une forme et tend à une fin, tantôt l’être même qui résulte de la réalisation de la puissance, qui possède en soi le principe de son action et tend de lui-même à sa fin. Pour Leibniz, en donnant à ses monades le nom d’entéléchies, il a consacré sur ce point essentiel l’affinité de sa doctrine avec celle d’Aristote. Consultez la Métaphysique d’Aristote, liv. IX et XI ; l’Essai sur la Métaphysique d’Aristote de M. Ravaisson, t. 1, p. 384 et suiv.; — une dissertation de M. Bertereau, de Entelechia apud Leibnitium, Paris, 1843, in-8. Et voyez l’article Péripatéticienne (philosophie). A. B.