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Dictionnaire historique Juigné/6e éd., 1661/L'autheur au lecteur

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L’AVTHEVR


AV LECTEVR
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VI se mesle de plusieurs choses ne peut qu’il n’ait affaire à plusieurs personnes ; & comme elles s’en feruent toutes a divers vfages, s’il desire les contenter, il doit exprimer ses dcsseins à divers visages, afin qu’en cette variété les unes chosissent & prennent pour elles selon leur appétit, ce que d’autres a l’aduenture auroient reietté par quelque degouft. Chacun fait combien il eft périlleux de s’expofer fans neceffité à un iugement public, où rien ne peut éuiter une iuste censure,si une excellente nature aidée par un art exquis & assidu labeur n’a conduist à la perfection ce que l’on produit au iour ; & specialement en un ouurage d’un grand deffein & de beaucoup de loisir, où il eft prefqu’impoffible que les plus verfez es sciences ne s'y méprennent, y gardant par tout l’inuention, l’ordre, & l’ornement neceffairc. C’est pourquoy quand te me fuis propofé d’expofer au plus grand iour de la France ce notable effay de mon esprit, ie n’ay point méconnu fa foiblesse, ayant premièrement à venir à la rencontre des meilleurs & plus forts antagonistes de ce siecle, & fecondement lors que ie me fuis engagé au traité de cette grande variété de fubjets où toutes les fciences doiuent entrer en escot pour le rendre parfait ; ou ce qui eft élabouré fera recherché de peu de gens, & ce qui eft defectueux fera remarqué d’un chacun. Car bien que ie reconnusse que ce m’eftoit beaucoup dauantage d’auoir a discourir de toutes choses, où ie ne pouvois manquer de matière ny de parolles, si est-ce que ie considerois que tant plus ces diuers objets me donnoient de champ & d’estenduë, plus les Lecteurs attendroient de moy de suffisance à les examiner. Toutefois ayant recueilly par l’aduis des Doctes & plus iudicieux le grand bien que retirerait le public de ce project, qui feroit un racourcissement des longues estudes, que la facilité jointe avec l’utilité rendait égallement necessaire à toutes personnes, & specialement aux François à qui la condition a desnié la connoissance des langues & des sciences ; cette seule pensée esjoüye de la nouveauté de mon inuention, a eu plus de pouvoir sur mon iugement, pour me persuader de l’exposer au iour & à la lumière de l’impression, que le soin de ma réputation & la crainte de n’esgaler pas le desir & l’esperance des Lecteurs.

Nul ne doute qu’és Histoires l’homme en general (qui doit estre le principal objet de nofre connoissance) n’y paroisse plus vif & entier qu’en tout autre lieu, attendu quelles nous representent en gros & en détail, la uarieté de ses conditions internes, ensemble celle des accidens qui luy suruiennent, qui sont les pièces plus remarquables de son estre : Mais quand pour soulager la mémoire, les parties plus estendues d’icelles sont reserrées & disposées par ordre, pour estre contemplées tout d’une veuë, comme en un tableau racourcy, elles donnent bien une plus viue, plus facile, plus confiante impression dans l’ame de ceux qui les conçoiuent ; ressemblant en cela aux semences, lesquelles, bien que petites y contiennent en soy une vertu cachée & puissance admirable de multiplication, capable de couvrir plusieurs terres bien fertiles : Ainsi ces recueils & mémoires, bien qu’exprimez en peu de paroles, ont toutefois un germe si efficace & puissant, que cultiuez par les mouvemens de nos pensées, ils engendrent quantité d’autres conceptions que nostre ame bien disposée estend à divers usages pour son instruction & celle d’autrui. Sur cette consideration i’ay dressé ce modelle, qui est comme un abrégé ou plustost Encyclopédie des plus notables sciences, lesquelles s’y rendront autant familières aux ignorans quelles sont acquises avec peine & assiduité d’estude par les Doctes. Aussi l’ay-ie reuestu d’une méthode du tout facile & populaire tel qu’est l’Alphabétique, ou la

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simple lecture, par la guide de l’orthographe des mots, fournist à propos d’un seul aspect, & en gros ce qui se trouue de beau & de rare dans le thresor des sciences, & ce qui est parsemé qui çà qui là en détail dans tous les Livres de divers langages. Mais d’autant que la perfection de l’oeconomie de ce Liure gist specialement en la fidelité du rapport, qui est d’enregistrer sommairement toutes choses sans altération du sens de la matière, laissant le iugement au Lecteur pour la discretion du bon ou mauvais usage : I’ay creu que me pouvant vanter sans presomption de cette vertu, ie deuois donner encore quelques traits de plume à la recherche & blasme du vice contraire, & de l’abus inuetere de la fausseté qui ruine entièrement les bonnes Lettres ; reseruant à la closture de ce Preface de satisfaire au Lecteur sur les circonstances plus particulières de mon principal dessein. Si celuy trahist la focieté publique qui fauffe la parole laquelle conduit noftre intelligence & règle nos actions, ie feray excufable en cette digression, puifque le maintien de la vérité de cette parole est la cause commune, & à moy d’abondant particuliere en ce que la vérité est l’ame de l’hiftoire qui eft le principal object de cét ouvrage.

Entre ceux qui prennent le tiltre de sçauans, nous en auons de trois fortes qui nous corrompent les histoires & ruinent le noble trafic des sçiences, c’eft à fçauoir, les Hiftoriens gracieux & politiques, les Compofeurs de Romans, & les Pedans. Les premiers prennent pour pretexte l’utilité du public, meslangé quelquesfois de la complaifsnce. Les feconds ont efgard a la feule récréation du Lecteur ; Mais les derniers à l’aduanture n’ont-ils autre object que d’abufer de noftre loisir, pour le rapporter à leur particulier vfage. La teinture que i’en feray, si elle ne nous les faict euiter, les fera à tout le moins connoiftre.

Touchant les premiers Historiens qui nous trompent avec quelque grâce, font ceux qui s’accommodent lafchemcnt aux fentimens d’un chacun, & nous trompent par leurs complaifances : Dont eft que venans à femer leur hiftoire, & sentans par les oppofitions qu’on leur fait où loge la difficulté de la perfuafion, ils adioustent hardiment au premier rapport tout ce qu’ils apperçoiuent eftre necessaire à leur conte ; ou retranchent ce qui luy est contraire, pour fuppléer à la refistance & au defaut quils pensent eftre en la conception d’autruy Ainsi estiment ils œuvre de charité de perfuader ce qu’ils crojent, voire mesme font confcience de rendre ce qu’ on leur a prefté fans ufure & accession de leur creu ; tantost grossiẞant leur suject par extension & amplification de quelque apparente vérité ; tantost le diminuans par l’exponction de quelque fausseté ou superfluité presumée.

Il y en a encore d’autres plus industrieux, mais politiques & plus corrompus, lesquels pour donner cours a leurs opinions & desseins prennent la licence de trier de deux rapports celuy qui eft le plus vray femblable : Produisent seulement les choses qui doiuent a leur aduis eftre sceües, & en cachent d’autres qui à l’aduenture nous inftruiroient mieux : Ohmettent ou font passer pour choses incroyables celles qui leur desplaisent ou qu’ils n’entendent pas, & releuent par leurs discours celles qui leur rient & semblent plausibles. Et après ces racourciffemens d’hiftoires & ce choix qu’ils ont fait fur le corps de la matière, ils contournent d’abondant a leur dessein. par la forme qu’ils y apportent, le iugement des euenemens : & de là s’auancent a discourir de la condition & des humeurs des peuples & des Princes dont ils concluent & forment leurs conseils ; leurs attrihuans s’ils les veulent gratifier des qualitez imaginaires, & les deffendans ouvertement des imperfections dont ils font entachez. Ainsi se donnent loy de regler noftre croyance à la leur, & incliner l’hiftoire à leur fantaisie, falsifians & defigurans entièrement la verité qui y doit reluire comme estans la pépinière des bonnes sçiences.

Les autres qui n’ont pour but que le plaisir des Lecteurs, sont ces vains Escriuains de Romans, trafiqueurs de vent & de fumée de gloire, qui seruent de bouffons aux gensde lettres, ioüans la farce fur le Theatre des Muses, apres que les plus nobles & folides fciences y ont paru pour remplir leur efprit de choses serieuses. Mais combien nous corrompent-ils de belles & fructueuses histoires par leurs plaifanteries, & fardez artifices ? Tout ainsi que les femmes employent des dents d’yvoire où les leurs naturelles leur manquent, comme elles forment à leur corps maigre

eiij Il manque deux pages sur le djvu.

L'AVTEUR.

& attenué vn embonpoint de coton ou de feutre, & a la veuë d'vn chacun s'embellissent d’vne beauté fausse & empruntée : Ainsi font ces fcauanteaux & avortons des Mufes, estans stériles & defnuès de la connaissance solide des choses & n’en pouvans donner de vrayes, ils en substituent de fausses qu'ils parent d'apparence & d’vne gentillesse affectée : lls nous couurent les histoires de tant de sables & ombragent de tant de feintes lumières que l’accessoire emporte te principal fuject, en cela-ressemblans a ces Dames qui esteignent leurs beautez naturelles par l'esclat des artificielles, & fe chargent de tant d'affiquets quelles sont la moindre partie d'elles mesmes ; mais le mal eft que nous nous y laissons pipper. Nous auons beau fçauoir que ce rouge dont ils plastrent. leur face est verni d'Espagne ; Que ces cheueux dont elles parent leur chef est de quelque page ou laquais, nos yeux ne se laissent pas moins deceuoir par ces charmes, nostre fantaisie & volonté les fuiuans en cette vaine illusion : Il en va comme des Ioueurs de passe-passe dont la soupplesse & subtilité combat & force nos fens, bien que nous connoissions que ce bastelage soit pure tromperie ; ressemblans ainsi à ceux qui pleurent de compassion regardans les Tragédies, bien qu'ils fçachent que l’argument en soit fabuleux & ne leur touche en rien. Mous sommes tres-ingénieux à nous deceuoir nous mesmes, c'est le premier traict de nostre vanité. Nous n’apperceuons les grâces que poinctuës, bouffies & enflées d'artifice ; celles qui coulent foubs la naifueté & la simplicité, eschappent aifement a nostre veuë grossière : Nous ne fçaurions choifir l’excellence, la richesse, & la valeur de quelque chose, si elles ne font releuées par la monstre & la parade ; & comme si nostre veuë & nostre esprit auoient mefmes bornes, ce qui est hors de la portée de l'vn ne peut gaigner l’eftime de l'autre : De la est auffi que nous aimons mieux vne vérité fardée d’eftranges & fpecieuses paroles, & defguifée fous les noms d'antique & pompeuse vogue. Considèrez cens gens là, ils nous. enchantent les sens & attirent comme en despit de noous par le grand esclat de leurs magnifiques descriptions, & rauissent les ignorans par l’admiration de leurs prodiges. Ils ne font monter fur leurs theatres que des Princes, Roys, Empereurs, qu'ils accompagnent. de tant de magnificences & grandeurs,

AV LECTEUR

Qu’elles offusquent la splendeur des Salomons, des Auguftes, des Constantins, les Fables Payennes n’ont rien attribue de si haut & releué à leurs Dieux. S'ils nous déscriuent leurs Palais, ils les ornent des choses plus précieuses de la Nature, & plus exquisement polies par l'art ; tout y est brillant d'or & de pierreries iufques'aux fondemens, les Temples d'Ephese & de Salomon ne font point fi somptueux ny fi superbes en leur structure & richesses : Leur ordinaires iardins font ceux des Hefperides où les arbres font chargées de fruicts d'or ; leurs champs font les Elysiens, feiour où les plaisirs efgalent les fouhaits ; leurs prairies font celles de ce feint Paradis que l'Alcoran nous dépeint ? où toutes fortes de délices & voluptez font en referue. S'ils parlent des exploicts militaires de leurs Héros, ils en font autant de Césars, d'Alexandres, & de Rolands Furieux, voire des Titans & Echelleurs du ciel : Auec des Pégases & cheuaux fées, ils les font comme en volant trauerfer les mers & parcourir auec vne vitesse incroyable les contrées les plus esloignées, voire qui font imaginaires, dont ils leur font faire des conquestes auec des moyens & fuccez fi prodigieux, qu'il n'y a imagination tant forte soit elle qui n'en soit renuerfée. Comme d'autres Samsons, ils leurs font tuer des mille hommes a la fois auec vne mâchoire d'asne ; comme. de nouueaux Hercules, les rendent vainqueurs de tous les Tyrans & monftres de la terre. A chaque bout de champ il y a des rencontres & batailles données ; ce ne font que prises de villes & chasteaux forcez a milliers, dont les combats & les trophées surpassent toute créance humaine. Là quelque Bergerot ou chétif Myrmidon de nostre Loy aura fendu en deux de pied en cap plusieurs Goliaths & autres Géants armez de toutes pièces : Ailleurs, quelqu’vn comme vn nouueau Gedeon auec trois cents hommes feulement en extermina fix vingts mille par des bouteilles remplies des flambeaux. Bref s'il y a quelque chofe de prodigieux & d'estrauagant, que la plus déréglée fantaifie puisse conceuoir, ces Charlatans l’estalent à la lumière du monde, afin, de creuer les yeux à la sagesse humaine par cette folie. Ainsi employans la fécondité de leurs esprits à des contes fabuleux & autres histoires inutiles & pernìcieuses, ils s’éuentrent comme araignes à tistre des filets aux mouches, & oeuures de vanité, quittans mille

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AV LECTEVR.

beaux & veritables fujets, fur lesquels ils pourroient avec loüange faire valoir la jointe de leur ftile. La fcience vraye & folide eft affez fertile de foy, & capable de remplir l'efprit le plus grand de l'homme fans mendier ailleurs auec tant de temps & trauail des chojes vaines & friuoles, pour s’en furcharger. Sur l’offre que faisoit le Grand Alexandre à Diogène de fes riches presens, ce philofophe le pria feulement de ne luy ofter point fon ombre qu'il ne luy pouvoit donner : Ce que ie dirois plus volontiers à ceux-cy de cet autre ouvrage du Soleil, fçauoirdu temps, requérant d’eux qu'ils ne le nous fiffent point perdre, veu qu'eftant une fois perdu, il ne fe peutplus recouvrer.

Mais si ceux dont ie viens de parler nous gaftent les chojes, en voicy d’autres appelez vulgairement PedansJesquelsfontla treizefme efpece (ny comprenant ceux qui enfèignent avecart ^honneur) qui les de^ Jîruifent encoreplus licencieufementparle mefpris qttils enfont^ne s’arrcflans quaux mots (^ a njn hahilaffaitté^ ^flux excejjifde langage ^ fansfoliditê ^fans iugement, Carpourueu quils eflourdijfent les oreiU les c3r chargent la mémoire de leurs disciples d’^une grande ajfuece de discours boufis de mots efranges & inutils i ils crojent par la d’eflre do~ clés ou de paroi^re tels :, afin d’allecher les efprits tendres de la ieuneffi qpiils manient imperieufimety à Icsfuiurc : depuis que les uns çjT* les autres ontpris cettefauffe imprejftondescauoir^ leur ejprit s’endortdans cet afioupisiemcntffibien qu ils cultiuent déplus en plus ces mauvaisis plates de vain ^inutil apprentiffage quils deuroiêt arracher & dont les racines enfin s’cflëdent fi loin qu'il ne refte plus de place pour les hon^ nés fimences. Mais cependant dt la ilarriue ungrand malj car cette methode corrompue d’enjeigner a tellement ruiné les bonnes Lettres^que les mots ayans pris la place des choses dans l’esirit, l’on ne remarque déformais en la plufpart des gens infruits de leur facon quun (cauoir confus Cjît inutilej oupluflot une ombre desiauoiry qui nagesiulement en la fuperfide de leur ceruelle fans avoir aucune racine (telle que doit avoir une vrayc connoisiance) dans le coeur c3r dans ^intelligence du iugement. La, science estant une chose de grand poidsy ils fondent deffous ; Et comme pour employer cette riche & puiffante matière, il y faut une nature forte

& & bien munie de longae^main.’lcHr esprit qui nefl façonne eju^dux cho* psfoibles ff^ àe petit ’vfa^e , ^ non aux fermes (^ njigoureufes , n’y a ajfe"^ de ’vertu ny dadrejje, La mauHaife fa^on de fe prendre ç^ appliquer aux eflwJes ^en efl la feule cauje. Auantque d’ apprendre lefçaHoir 3 nous deurions Jfauoir apprendre. La longueur que l’on met en lapprentiJJdŒe des Langues conjume lapin part du temps que t’en de» uroit employer a celuy dcsjciences qui font lien plus ne ce ff aire s. Et comment pourroient -ils bien parler s’ils ne fçauent dequoy parler ^ Jls ne fè trauaillent qu’à tacquefl d^s paroles (^ non des chofes , s’amufans ou bien aux fophilmes (^ arguties cjpineufs de la Dialeêliquc ^ ou bien auxfubtilite^ literales de la Grammaire .-"Brefpour trop affecter l’af^ faiterie du langage^ ils quittent lafoliditédelafcience : Que s’ ils en ra- ma jjent quelque parcelle , ceft de chofes friuoles ^ inutiles; s occupent a apprendre comme les femmes s’habdioient dj" parloient a I{omei quelle cftoit la généalogie d’Homère j C^autres recherches curieufes ^ fu- tiles^ roiiillêes par l’antiquité : que s’ds en rencontrent quelque matiC" re plus folide^ ce nefl que pour la mettre furie bout des lèvres ; ils ne la dio-erent ny transforment en eux comme ils deur oient ^ ou bien en rem^ plijfent feulement leur mémoire fans en rien départir au iugement : Tel- lement qu’ils en raportent leur ame boujfe ^ non pleine ^ enflée du ijent de vaines paroles : mais vuide de chojes ferieufes . Et défait ^ que l’on examine qui l’on voudra de leurs Efcholiers après douT^e ou quinze ans qu’ils auront employe:(^en leurs Collèges _, l’en les trouuera a la vé- rité garnis de for ce Grec ^ Latin, leur mémoire remplie de quantité de mots choifsy & comme tire’^ furie volet y qu ils fç auront al* auenture coudre de claufes^ ^ cntrelaffer de quelque geutille façon; mais leur en^ rendement dépourueu de toute folide doéîrme: Jlsfçauent ce que fait Homère, Ciceron, Virgile, mais ils nef:auent rien eux.mefmeSy & «^ peuuent rien monflrerquepar Liures. Si bien que tant s’en faut quilsy ayent formé en quelque façon leur iugement, quemefrne le plus fouuent ils femhlmt efre rauale^ de leur Jens commun j, f0 de uiennent comme abri, ts (S^ ineptes à la conuerfation ciuile^ ^ à Icmploy des charges ^ »f potiuans ny alléguer vnc Lfifioire à propos j ny produire aucun traict de science & de lugement aux occurrences de leurs dijcours (jr acîions, ^ fins doute euffemÀls ejléplusjçanans ^plus habiles j ïils neufj et point dppris à telle EJchole^je conter tant de cultmer d^tHx-meJmes (ans autre artifice j les dons de la nature.

Que si cette vérité ne Haue trop connue parleurs difcipl s, elle ncleft pas moinspar leurs Liures. Que bon les examine de près ^ s dleurechet dy coucher melque trait de Philo fophie ^ quelque notable antiquité ou J autre hijloire ferieufc [ce qu’ils font e’charfemcntne s^occupans d’ordi- na re qu aux juhtilite’^Grammairiennes (^paremens du langage) ils le s dejguifent de tant d’artifices y (S/" couurent de tantd’ol^Jcurite:^ ^ mots efi-rangers, que thijloireou fcience eBant ainfi défigurée^ & perdant fx na’iuetê:, nejlplus rcconnoi (fable (^yperd fon vjagc: De la procèdent les niaijeri s^ lesmef^riJeSj les falfijicationsdontlapluspart des Liures mo^ dernes font remplis.

Pour moy y a qui comme particulier il n appartient qu’vne reforma^ îïon particulière 3 ayant iettê l’œil fir le Diéliormaire Latin, Hiflo-^ riquCy Poétique, (^c.qui efll’vn de leurs principaux Liures , ^ comme i abrégé de leur fcience , len ayeu de la cornpajfion ; (^ mcjuisjjuuent eflonnéy quvn Liure fine ce ff aire a la eunejje,(^ qui a pafjé partant de mainsfçauantes ( car ou Irons nous chercher ailleurs la doFlrine qucn îjraèi ) foit demeuré fi incorreél (^ f al fifié :, tant en fa matière qu en Qc ferme. Mais fans auoir efgard a aucuns priue-^inten fis , lay penfé dcuoiraupublicla liberté de ce iugcment. Ce Liure cbmet prefque tout ce qu’il faut f: auoir :^ f0 ne dit prefque rien que ton ne doiue igjiorer, [oit pour eflre faux y ou a tout le moins inutile ^ hors d’vfige : //confond Jouuentlesgefle( des empereurs, Roy s. Papes, Philo ^ophes^ç^" de ceux de mefme nomparenjembleSe monflrant du tout ignorant, tant en l’hi- fioire diu ne qu humaine, qu il peruertit prefque par tout par desdcgui- femens (S^cor>upti6sPedanrefjues,^niaifiries du tout puérile s. Qu.mt ^ la citation qu il fait des Autheurs , elle efififallacieufe (qu a parler fins hiperb oie) il ne sy trouuera point de dixpaffages tvn quiJoitfidcL lement allégué, te ne de fire point off enfer la memoi e de ce! uy fous la jcintc cenfure duquel ce Liure a, ucu h iour ^ le public a trop bonne nion dejcnfcduolr : le njcux croire flu^’ofl que ce font quelaueschctifs Peddnte^ux qui onHom^ilé ce grand amas inutile de mots, ^y ont ap- •parte la dernière main de corruption (Jous le couuert de facorrcflion, ^tyans tout afai t gafié le premier dejpin de Robert Efticnne^ ^ autres fcauans hommes Je Iquels tauoient premieremet entrepris pour leprcgrés des bonnes Lettres. Mai spour ojîer les armes a la recriminatio .purgeons nous de ces calomnies , ^ rcfhondons a ce qui ejl de no ^refait : car en ^ain reprend-on en autruy les défauts dont on efl entache, ^ujjî ayant entrepris cet œuure pour tnjtilité du public^ cejî a moy a mojherlesmoj^ ens de la connoiflre^ & les objîacles qui lapcuuent empefcher.

Le Lecteur donc ’verra que iyay exprimé non feulement les Jîmple s mot s 3 me contentant y d’vne légère atteinte Sj’ de donner ’vne’vaine ^ fàperjicielle notion des noms, qui efl vn fçauoir Pédante fque : Mais d’abondant ïy_ ay adiomt félon mon pouuoir ^ ’vne entière ^ véritable inflruêlion des chofesj mettant au longles opinions des Philo fophc s dte> temps p^fféj recitant les erreurs (y herejies des plus Jïgnale:(^JchiJmati" ques, defcriuant enfin en termes généraux ^ la vicj les vertus^ les vices, ft) autres qualité";^ tant du corps que de l’écrit ^ de tous les plus illuflres perfonagesj Papes ^ Empereurs, Rojs^ Plnlofophes^ Fferetiques^au^ très mejfme de cefiecle, 6 /■ non feulement en deduifant lesgefles des hom-. mes en particulier^mais d’iceux mejrnespris en gros par la déclaration des mœurs ^police y religion des habitans des Vailles ^ Prouinces, Royaumes ^ Empire s y dont tay dépeint l’ Bsîat O" les particularitCT^.

I’y ay aussi traité les Fables principales ^ (^ tout au long a lafiafon de s Histoire s j tat pour Jatis faire à la cHriofitédeplufieuYSMui autrement ne pouKoient entendre la plu fpart âesLiures anciens ^^ jpecialement des Poètes^ qu au fft pour tirer de ces menues circon fiances ç;^ p articula- rite^ (dont ces? ones ont enuelopé leursF ables ) .esm)fieresprofods de la fagcffe des anciens ^ tant pour l’infiruéîion des mœurs que pour l’inteU ligcnce des chofis naturelles : le n en ay toutefois extraiélle narré que des Authcurs plus renomme-^ du vieux temps , tels qu hTomere^ Hefiode^ P^^rgilecrOuidc^ç;^ non de ces modernes j quiportc:^ de haine contre la fiperfiition Payenne^yont annexé mil ah jurdite-^(^faiâs ridicules. fans aucun aducu de l’ ^ntirjuité.Es explications ou dnatomleSyfoit morales ^naturelles ou politiques ^ que iefais dujens myflique des Fables, lay fait éleéiion des plus naines (S/ literales, comme les plus probable- mentconuenahles a l intention des Autheurs anciens iicelles, les tirant le plus fouuent de htym^logie de leurs mots : Si ie tranfplante quelque - fois les conceptions d’autruy dans monfolage, ^ les confonds aux miennes y en tels fuie t s les matières font communes , & cefl quelquefois induflrie de cacherfkfoiblejfefous degrads creditsiie requiers feulement au on s attende à la façon que ly donne ^ ^ quon vojepen ce quetem- ùrunte layjceu faire vn bon choix ^ ^rehauffer, -^ fecourir propre- ment parla difpojttion ^ la grâce l’inuention d’autruy.

Mais en tout cas iefais la dejcriptio de l’HiJloirc ou de laFable toute é ny ont autre employ qm d’ exprimer nuëmêt l’expérience dupaffê^^U diuerftê des euenemens humaine y nous reprefcntans infinis exemples à toutes fortes déformes. Si ie me fuis efiendu en quelques jujets pour eflre dignes à mon gré d’ eflre mieux connus^ilj en a mille que ie nay touche que fuperficiellcmentj me contentant de ne donner quvne atteinte dans le plus vif d*vn propos, afin quillaiffafl plufiofl defr de [oj que fatieté. Es bonnes chofes J’on peut quelquefois trop dire, ^ manquons fouuent plufiofl de iugement que defçauoir.Quefii’ayteucequi e fiant fignal deuoit eflre fceu, ou fi l’en ay mis quelque autre inutile qui de uoit eflre O’hmisjejpere me rendre excu fable ytant à caufe de la diuerftê des fènti- mensdes hommes {quiparoiflence quelvn approuue ordinairement ce uc t apure rejette ) que pour la foibleffie naturelle de s plus curieux (§f ahiles en laperqmfition des chofes, non feulement en ce qui regarde les euenemens particuliers qui font fouuent fort importans & exemplaire s ^ mais aufp en la connoiffancede tEflat des plus grandes polices.

Es F/ifloires que i emprunte ie ny ay rien méfié du mien, ^ les reuoye ftrlaconfiencedeceuxdequiie Icsprens. Que fi quelqu’un les trouue eftranges,iclepriedecroire quilen eftaffe:(^ defemblables au monde, veu hgrandnombre ^ U vm^tédes accidens humains» Car comme il n’y a rîen defcul^mn^.eu ef^ard a la nature jlny a pareillement aéîion ny opinion qui nayent leurs exemples ; aujji les opérations de te frit de tant de viCages^ que l’humaine j^antaifie ne peut rien coccuoir en bien & enmalqm ne s’y trnuue ^0^ ne peut -on rien proposer qui n ait fin rap^ porta quelque humeur ancienne ou aBion défia mifie en njfiage. Aurefie^ que cesefprits trop coicntieux prennent garde ^que leurs contraire sfinti^ mens (oiét pmféT de meilleures fi:) ur ce s que celles dontiay tire les miens, Cardl’aduanture nontMspasleulesÂutheurs quimefionttohe-^ entre les mains; fi bie que telpenfira me repredre^qui s’y ejchàudera reprenat ^vnplus habile que luy en moy^^ en voulat iugerde mo iugement^ con- damnera lefien: En celaayie de laduatage^ que ie fortifie prefique toufi jours chaque circoftâce ^fiaiB particulier^ du tefimoignage dejcn Au’- îheury lequel ie ne choifis point d’ordinaireque d’entre les plus parfiaits.

Quanta la Géographie ^ lenfiuyplus communément les A ut heurs de cefiale^OrtclliuSyMcrcatorj, Magin &r autres qui tôt traittee a l’vfi- ge du teps. le nobmets toutefois l’ancienne Topographie en ladefio-na- tion des lieux plus remarquables pour tintelligêce des bons Liures^^ de t Antiquité :,me fieruant a chejfietde Pline ^Strabon.Ptolcmée,^ au- tres Autheurs anciens plus renomc:(^:ray neantmoins retranche de leur rapport vne infinité fiuperflu’é de mots de villes^ bourgades çîr autres li^ eux;defiquels ou la trace nefivoidplus ily aplufieurs milliers d’années; ou la mémoire en efi du tout perie par le laps du temps ; ou enfin en doit tfire effacée par l’inutilité de leur connoififance. Touchant la Chronologie ji*en attends du Lecteur vnfiauorabte iu^e- ment: Aufiî ce rio-oureux examen quilpourroitfiaire de mon défaut en cefujet^ luy apporterait à l’aueture plus de peine que dJ bonne ur ^atten- du lagrande variété des iugemens en ce calcul d’anés^ & l’incertitude de cette fciêcc aduouée mefine des plus excellens Autheurs. Pour ce qui regarde t Hifloire diuine ^ i’enfuy communément la Sainête^ïblejofe- fhe, ^ Genebrard que /’ opeut mettre à bon droit entre les plus doéîes t0 iudicieux ChronographesMt quât à t J^ifioire humaine ^ie ne m* e- loigne que rarement de la fupputation du teps au en font tes Autheurs ’^ menfourniffent le cor^s^ relai fiant à ceux qui aurotplus de loisir de concilier les tēps & soudre les dificultez inextricables qui s’y trouuent.

Cette grande diuersité de choses m’eust deu à la vérité, conuier d’intituler ce Liure des noms plus specieux de Sommaire, Recueil, Abregé, ou Enciclopedie, qui a l’auenture comprendroient plus honorablement & auantageusement mon dessein, que celuy de Dictionaire qui n’est pas si estendu en sa signification, ne contenant, à parler proprement, que la nue explication des mots & dictions : Mais dautant quesfont elles qui seruent de directoire & de principal sujet a cet Ouurage & que le mot qui les exprime naïuement, en est plus vulgaire & mieux entendu, i’ay preferé en ce faict le commun usage à la uérité.

En quelques lieux i’ay laissé les mots Latins tous entiers sans les bigearer ny chāger, pour leur donner vne cadence Françoise : Quand l’usage nous a permis faire autrement, ie m’y suis accōmodé, où à l’aduanture ie puis auoir manqué, à cause de la nouueauté des noms que nostre Langue n’a encore assez fréquemment exprimé.

Au reste, i’y couche indifferemment toutes sortes de personnages de quelque profession ou condition qu’ils ayent estê, quelles mœurs ou opinions qu’ils ayent eu, soit bonnes ou mauuaises : si bien que comme il y a de grâds exemples de bien faire, il y en a de semblables de pecher : Mais puisque ce qui s'y traitte y est couché a pièces décousues, chacun y peut choisir ce qui rit à son afection ; & comme il n'y a pas grande entreprise de s’y mettre, l'on la veut quitter quand il plaist sans dommage n'ayans les matières de la suite ny dépendance les unes des autres, il faut mettre tout bois en Œuure, & emprunter d’un chacun selon sa marchandise : La prudence tourne les vices en tous sens, & les regarde de tous costez, iel’es les fait contre leur volonté exemples ^ aides a la vertu^ comme ces ^morrhéês captifs qui efloiet ajjujettis a drejjèr & nettoyer le Tabernacle. Nousfomes auelque fois mieux inflruits par les mauuais exemples que par les bons: La contrariété de mœurs nous excite au bon choix parle dédain des vitieujès; lajimilitude nous endort c^ali-nguit à la pratique des bonnes. Les Spartains faifoicnt enyurcrks Elotes leurs J^rj-s^ afin que leurs enfas voyans leurs coportemens sales & honteux, eussent en horreur l'yurongnerie. D’autres encore se plaignent que quelques-uns tiennent le rang en cét ouvrage, que d’autres plus dignes qu’eux deuroient occuper : Mais qu’ils considerent que i’y fais voir vne infinité de gens, non pour eternifer leur mémoire, eu egard à leurs personnes (à quoy ie ne vois point que le public ait beaucoup d’interest :) mais afin que leurs gestes seruent seulement de mémorial de vice & de vertu, ou d’autre qualité remarquable & extraordinaire. Or dautant que leurs exemples sont plus pressans, & qu’ils s’offrent volontiers à la Lecture des bons Livres, leurs noms méritent bien de monter les premiers sur ce petit Theatre, puisque leurs persones ont paru eminemment sur ce luy uniuersel du monde. Qu’ils s’en prennent donc non à mon aueuglement, mais à celuy de la fortune qui leur a donné place en la mémoire des hommes par la recommandation des plus célèbres Historiens : La renommée, comme les dignitez & les richesses, sont de ces appartenances quelle départ souvent, non suiuant le mérite, mais selon ce qui luy plaist. S’ils n’ont eu cét heur de se trouver à la rencontre de mes recherches, cét œuvre excède de present un iuste Volume, peut-estre qu’ils trouveront place en la seconde Edition, si le sort leur en veut.

Au reste, je ne doute point qu’en un Ouvrage si estendu en toutes façons, ou toutes sortes de professions, conditions, & humeurs ont à voir, & qu’ils peuvent mesme légitimement censurer, l’on y trouve plusieurs defaux, que ny ma science, ny ma perspicacité n’auiroient peu reconnoistre pour les euiter. Heureux si l’on ne me rend point coupable des fautes qui s’y sont coulées par la fantaisie ou inaduertance des Imprimeurs, plus curieux de leur profit, que de l’honneur de ceux dont ils manient les ouvrages : Et chacun sçait combien la seule punctuation en tous escrits (& specialement en cestuy-cy qui est racourcy en ses conceptions) est importante, veu que le moindre défaut rompt le plus souvent leur vray sens & en substituë un faux, ou le destourne à des intelligences aliénées du dessein de l’Autheur. Mais quant à celles qui sont de mon fait, dont ie suis responfable, si la satisfaction ne les peut encore effacer, la confession le fera. I’aduouë donc ingenuëment, qu’il y a quelques lieux où mon esprit ne se void pas en son assiette ordinaire (& specialement aux deux premières lettres, lors que mon iugement n’auroit encore pleinement fortifié mon dessein) où les fautes font assez sensibles, tant pour la defectuosité de la matiere, que de la forme & du stile. Ie ne les ay toutefois voulu specifier, non pas tant peut-estre pour leur trop grand nombre, comme parce que ie n’ay pu les remarquer tout à la fois ; si bien qu’aduenant quelles fussent obmises par moy, & reconnues par d’autres, elles noteroicnt mon iugement de double defaut, & de les avoir faites, de ne les avoir pas affez-toft appcrceuës. Ayant donc une juste ialoufie d’estre préféré en cette remarque, & porter l’esponge le premier sur tous les traits qui se trouveront difformes en ce portraict : C’est bien raison que puis qu’ils sont plusieurs à me controler, i’aye pour le moins ce crédit de faire le mesme a plusieurs reprises. Que si i’obtiens cette faueur, i’espere, aidant Dieu, satisfaire en bref par une ample reueuë au défaut de ma première négligence. Et dauantage, pour surcroist & usure de ma debte, remanier beaucoup de choses par trop nonchalamment escrites, & y adjouter d’autres pieces mieux estoffées & plus soigneusement trauaillées. Ie presente donc ce tableau, comme Polyclete faisoit les siens, le pinceau encore en la main, & prest à reformer tout ce que les plus déliez iugemens y trouveront à redire : Mais cependant ie supplieray le Lecteur de prendre en bonne part ce premier essay, & reconnoistre que la perfection qui ne s’y trouve, l’est en l’intention que l’Autheur a de luy offrir chose qui luy soit vtile & agréable.