Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Astrologues

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Henri Plon (p. 60-62).

Astrologues. Voici quelques anecdotes sur le compte des astrologues : Un valet, ayant volé son maître, s’enfuit avec l’objet dérobé. On mit des gens à sa poursuite, et, comme on ne le trouvait pas, on consulte un astrologue. Celui-ci, habile à deviner les choses passées, répondit que le valet s’était échappé parce que la lune s’était trouvée, à sa naissance, en conjonction avec Mercure, qui protégé les voleurs, et que de plus longues recherches seraient inutiles. Comme il disait ces mots, on amena le domestiqué, qu’on venait de prendre enfin, malgré la protection de Mercure.

Les astrologues tirent vanité de deux ou trois de leurs prédictions accomplies, quoique souvent, d’une manière indirecte, entre mille qui n’ont pas eu de succès, L’horoscope du poëte Eschyle portait qu’il serait écrasé par la chute d’une maison ; il s’alla, dit-on, mettre en plein champ, pour éviter sa destinée ; mais un aigle, qui avait enlevé une tortue, la lui laissa tomber sur la tête, et il en fut tué. Si ce conte n’a pas été fait après coup, nous répondrons qu’un aveugle, eu jetant au hasard une multitude de flèches, peut atteindre le but une fois par hasard. Quand il y avait en Europe des milliers d’astrologues qui faisaient tous les jours de nouvelles prédictions, il pouvait s’en trouver quelques-unes que l’événement, par cas fortuit, justifiait ; et celles-ci, quoique rares, entretenaient la crédulité que des millions de mensonges auraient du détruire.

L’empereur Frédéric-Barberousse, étant sur le point de quitter Vicence, qu’il venait de prendre d’assaut, défia le plus fameux astrologue de de-

 
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viner par quelle porte il sortirait le lendemain. Le charlatan répondit au défi par un tour de son métier : il remit à Frédéric un billet cacheté, lui recommandant de ne l’ouvrir qu’après sa sortie. L’empereur fit abattre, pendant la nuit, quelques toises de mur, et sortit par la brèche. Il ouvrit ensuite le billet, et ne fut pas peu surpris d’y lire ces mots : — « L’empereur sortira par la porte neuve. » C’en fut assez pour que l’astrologue et l’astrologie lui parussent infiniment respectables.

Un homme que les astres avaient condamné en naissant à être tué par un cheval avait grand soin de s’éloigner dès qu’il apercevait un de ces animaux. Or, un jour qu’il passait dans une rue, une enseigne lui tomba sur la tête, et il mourut du coup : c’était, dit le conte, l’enseigne d’une auberge où était représenté un cheval noir.

Mais il y a d’autres anecdotes : Un bourgeois de Lyon, riche et crédule, ayant fait dresser son horoscope, mangea tout son bien pendant le temps qu’il croyait avoir à vivre. N’étant pas mort à l’heure que l’astrologue lui avait assignée, il se vit obligé de demander l’aumône, ce qu’il faisait en disant : — «Ayez pitié d’un homme qui a vécu plus longtemps qu’il ne croyait. »

Une dame pria un astrologue de deviner un chagrin qu’elle avait dans l’esprit. L’astrologue, après lui avoir demandé l’année, le mois, le jour et l’heure de sa naissance, dressa, la figure de

 
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son horoscope, et dit beaucoup de paroles qui signifiaient peu de chose, lui dame lui donna une pièce de quinze sous. — « Madame, dit alors l’astrologue, je découvre encore dans Votre horoscope que vous n’êtes pas riche. — Cela est vrai, répondit-elle. — Madame, poursuivit-il on considérant de nouveau les figures des astres, n’avez-vous rien perdu ? — J’ai perdu, lui dit-elle, l’urgent que je viens de vous donner. »

Darah, l’un des quatre fils du Grand Mogol Schah-Géhan, ajoutait beaucoup de foi aux prédictions des astrologues. Un de ces doctes lui avait prédit, au péril de sa tête, qu’il porterait la couronne. Darah comptait là-dessus. Comme on s’étonnait que cet astrologue osât garantir sur sa vie un événement aussi incertain : — « Il arrivera de deux choses l’une, répondit-il, ou Darah parviendra au trône, et ma fortune est faite ; ou il sera vaincu : dès lors sa mort est certaine, et je ne redoute pas sa vengeance. »

Heggiage, général arabe sous le calife Valid, consulta, dans sa dernière maladie, un astrologue qui lui prédit une mort prochaine. — « Je compte tellement sur votre habileté, lui répondit Heggiage, que je veux vous avoir avec moi dans l’autre monde, et je vais vous y envoyer le premier, afin que je puisse me servir de vous dès mon arrivée. » Il lui fit couper la tête, quoique le temps fixé par les astres ne fut pas encore arrivé.

L’empereur Manuel, qui avait aussi des prétentions à la science de l’astrologie, mit en mer, sur la foi des astres, une flotte qui devait faire des merveilles et qui fut vaincue, brûlée et coulée bas.

Henri VII, roi d’Angleterre, demandait à un astrologue s’il savait où il passerait les fêtes de Woël. L’astrologue répondit qu’il n’en savait rien. — « Je suis donc plus habile que toi, répondit le roi, car je sais que tu les passeras dans la Tour de Londres. » Il l’y fit conduire en même temps. Il est vrai que c’était une mauvaise raison.

Un astrologue regardant au visage Jean Galéas, duc de Milan, lui dit : — « Seigneur, arrangez vos affaires, car vous ne pouvez vivre longtemps. — Comment le sais-tu ? lui demanda le duc. — Par la connaissance des astres. — Et toi, combien dois-tu vivre ? — Ma planète me promet une longue vie. — Oh bien ! tu vas voir qu’il ne faut pas se fier aux planètes ; » et il le fit pendre sur-le-champ.