Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Bacon

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Henri Plon (p. 70-71).
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Bacon (Roger) parut dans le treizième siècle. C’était un cordelier anglais. Il passa pour magicien, quoiqu’il ait écrit contre la magie, parce qu’il étudiait la physique et qu’il faisait des* expériences naturelles. Il est vrai pourtant qu’il y a dans ses écrits de singulières choses, et qu’il voulut élever l’astrologie judiciaire à la dignité de la science. On lui attribue l’invention de la poudre. Il paraîtrait même qu’on lui doit aussi les télescopes et les lunettes à longue vue. Il était versé dans les beaux-arts, et surpassait tous ses contemporains par l’étendue de ses connaissances et par la subtilité de son génie. Aussi on publia qu’il devait sa supériorité aux démons, avec qui il commerçait.

Cet homme savant croyait donc à l’astrologie et à la pierre philosophale. Delrio, qui n’en fait pas un magicien, lui reproche seulement des superstitions. Par exemple, François Pic dit avoir lu dans son livre des six sciences qu’un homme pouvait devenir prophète et prédire des choses futures par le moyen d’un miroir, que Bacon nomme almuchefi, composé suivant les règles de perspective ; pourvu qu’il s’en serve, ajoute-t-il, sous une bonne constellation, et après avoir tempéré son corps par l’alchimie.

Cependant Wierus accuse Bacon de magie goétique, et d’autres doctes assurent que l’Antéchrist se servira de ses miroirs magiques pour faire des miracles.

Bacon se fit, dit-on, comme Albert le Grand, un androïde. C’était, assurent les conteurs, une tête de bronze qui parlait distinctement, et même qui prophétisait. On ajoute que, l’ayant consultée pour savoir s’il serait bon d’entourer l’Angleterre d’un gros mur d’airain, elle répondit : Il est temps.

Un savant de nos jours (M. E. J. Delécluze) a publié sur Bacon une remarquable notice, qui le pose justement parmi les intelligences supérieures.

Les curieux recherchent, de Roger Bacon, le petit traité intitulé Speculum alclhimiæ, traduit en français par J. Girard de Tournas, sous le titre de Miroir d’alchimie, in-12 et in-8°, Lyon, 1557 ; Paris, 1612. Le même a traduit l’Admirable puissance de l’art et de la nature, in-8°, Lyon, 1557 ; Paris, 1729. De potestate mirabili artis et naturæ.

On ne confondra pas Roger Bacon avec François Bacon, grand chancelier d’Angleterre, mort en 1626, que Walpole appelle « le prophète (un peu aventureux) des vérités que Newton est venu révéler aux hommes. »