Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Dagobert Ier

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Henri Plon (p. 193-194).
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Dagobert Ier, roi de France, mort en 638, à l’âge de trente-sept ans. Une vieille légende établit qu’après qu’il fut mort un bon ermite, nommé Jean, qui s’était retiré dans une petite île voisine des côtes de la Sicile, vit en songe, sur la mer, l’âme du roi Dagobert enchaînée dans une barque, et des démons qui la maltraitaient en la conduisant vers l’Etna, où ils devaient la précipiter. On croyait autrefois que le cratère de ce volcan était une des entrées de l’enfer, et il n’est pas encore vérifié que ce soit une erreur. L’âme appelait à son secours saint Denis, saint Maurice et saint Martin, que le roi, en son vivant, avait fort honorés, parce qu’un jour qu’il avait offensé son père ils lui avaient promis leur appui, dans une vision. Les trois saints descendirent, revêtus d’habits lumineux, assis sur un nuage brillant. Ils arrêtèrent les malins esprits, leur enlevèrent la pauvre âme et l’emportèrent[1]. Un monument curieux, le tombeau de Dagobert, sculpté au temps de saint Louis, retrace naïvement ces circonstances. La principale façade est divisée en trois bandes. Dans la première on voit quatre démons (deux ont des oreilles d’âne) qui emmènent l’âme du roi dans une barque ; la seconde représente saint Denis, saint Maurice et saint Martin, accompagnés de deux anges, avec un bénitier ; ils chassent les démons. Sur la troisième bande, on voit l’âme qui s’enlève, et une main généreuse sort d’un nuage pour l’accueillir. Les farceurs ont glosé sur cette poésie du moyen âge, sur cette légende et sur le monument, qui est toujours dans l’église de Saint-Denis. Mais quel mal y a-t-il donc dans ces récits que l’Église n’a jamais imposés, et qui sont au moins des fleurs ? Ce qu’il y a de mal, c’est que ces fleurs tombent quelquefois devant des pourceaux.

 
Vision de Dagobert
Vision de Dagobert


  1. Gesta Dagoberti regis, etc.