Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Numa-Pompilius

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Henri Plon (p. 495-496).

Numa-Pompilius, second roi de Rome. Il donna à son peuple des lois assez sages, qu’il disait tenir de la nymphe Égérie. Il marqua les jours heureux et les jours malheureux, etc. [1].

Les démonomanes font de Numa un insigne enchanteur et un profond magicien. Cette nymphe, qui se nommait Égérie, n’était autre chose qu’un démon qu’il s’était rendu familier, comme étant un des plus versés et mieux entendus qui aient jamais existé en l’évocation des diables. Aussi tient-on pour certain, dit Leloyer, que ce fut, par l’assistance et l’industrie de ce démon qu’il fit beaucoup de choses curieuses pour se mettre en crédit parmi le peuple de Rome, qu’il voulait gouverner à sa fantaisie. À ce propos, Denys d’Halicarnasse raconte qu’un jour, ayant invité à souper bon nombre de citoyens, il leur fit servir des viandes simples et communes en vaisselle peu somptueuse ; mais dès qu’il eut dit un mot, sa diablesse le vint trouver, et tout incontinent la salle devint pleine de meubles précieux, et les tables furent couvertes de toutes sortes de viandes exquises et délicieuses. Il était si habile dans ses conjurations, qu’il forçait Jupiter à quitter son séjour et à venir causer avec lui. Numa-Pompilius fut le plus grand sorcier et le plus fort magicien de tous ceux qui ont porté couronne, dit Delancre ; il avait encore plus de pouvoir sur les diables que sur les hommes. Il composa des livres de magie qu’on brûla quatre cents ans après sa mort… Voy. Égérie.


  1. Entre autres choses, il présenta aux Romains, un jour, un certain bouclier (qu’on nomma ancile ou ancilie) et qu’il dit être tombé du ciel pendant une peste qui ravageait l’Italie ; il prétendit qu’à la conservation de ce bouclier étaient attachées les destinées de l’empire romain, important secret qui lui avait été révélé par Egérie et les Muses. De peur qu’on n’enlevât ce bouclier sacré, il en fit faire onze autres, si parfaitement semblables, qu’il était impossible de les distinguer du véritable, et que Numa lui-même fut dans l’impossibilité de le reconnaître. Les douze boucliers étaient échancres des deux côtés. Numa en confia la garde à douze prêtres qu’il institua pour cet effet, et qu’il nomma Saliens ou Agonaux. Mammurius, qui avait fait les onze copies si habilement, ne voulut d’autre récompense de son travail que la gloire de l’avoir convenablement exécuté.