Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Urgande

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Henri Plon (p. 674).
◄  Urda
Urine  ►

Urgande, bonne fée des temps chevaleresques. Elle avait pour ennemie Mélye la Mauvaise. Voici une de ses aventures : La fée Urgande, qui protégeait si généreusement Amadis, avait donné au jeûne Esplandian, fils de ce héros, une épée enchantée qui devait rompre tous les charmes. Un jour qu’Esplandian et les chevaliers chrétiens se battaient en Galatie, aidés de la fée Urgande, ils aperçurent la fée Mélye, leur ennemie implacable, sous la figure la plus hideuse. Elle était assise à la pointe d’un rocher, d’où elle protégeait les armes dès Sarasins. Esplandian courut à elle pour purger la terre de cette furie (car, bien qu’immortelles de leur nature jusqu’au jugement dernier, les fées n’étaient pas à l’épreuve d’un bon coup d’épée, et pouvaient comme d’autres recevoir la mort, pourvu qu’elle fût violente). Mélye évita le coup en changeant de place avec la plus grande agilité ; et comme elle servit pressée, elle parut s’abîmer dans un antre qui vomit aussitôt des flammes. Urgande reconnut Mélye au portrait que lès chevaliers lui en firent ; elle voulut la voir ; elle conduisit donc Esplandian et quelques chevaliers dans une prairie, au bout de laquelle ils trouvèrent Mélye assise sur ses talons et absorbée dans une profonde rêverie. Cette fée possédait un livre magique dont Urgande désirait depuis longtemps la possession. Mélye, apercevant Urgande composa son visage, accueillit la fée, sa rivale, avec aménité, et la fit entrer dans sa grotte. Mais à peine y avait-elle pénétré, que, s’élançant sur elle, la méchante fée la renversa par terre en lui serrant la gorge avec violence. Les chevaliers, les entendant se débattre, entrèrent dans la grotte : le pouvoir des enchantements les fit tomber sans connaissance ; le seul Esplandian, que son épée charmée garantissait de tous les pièges magiques, courut sur Mélye et retira Urgande de ses mains. Au même instant Mélye prit celui de ses livres qui portait le nom de Médée, et forma une conjuration ; le ciel s’obscurcit aussitôt : il sortit d’un nuage noir un chariot attelé de deux dragons qui vomissaient des flammes. Enlevant lestement Urgande, Mélye la plaça dans le chariot et disparut avec elle. Elle l’emmena dans Thésyphante et l’enferma dans une grosse tour, d’où Esplandian parvint à la tirer quelque temps après.