Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Vendredi

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Henri Plon (p. 684).
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Vendredi. Ce jour, comme celui du mercredi, est consacré, par les sorcières du sabbat, à la représentation de leurs mystères. Il est regardé par les superstitieux comme funeste, quoique l’esprit de la religion chrétienne nous apprenne le contraire[1]. Ils oublient tous les malheurs qui leur arrivent les autres jours, pour-se frapper l’imagination de ceux qu’ils éprouvent le vendredi. Néanmoins, ce jour tant calomnié a eu d’illustres partisans. François Ier assurait que tout lui réussissait le vendredi. Henri IV aimait ce jour-là de préférence. Sixte-Quint préférait aussi le vendredi à tous les autres jours de la semaine, parce que c’était le jour de sa naissance, le jour de sa promotion au cardinalat de son élection à la papauté et de son couronnement.

Le peuple est persuadé que le vendredi est un jour sinistre, parce que rien ne réussit ce jour-là. Mais si un homme fait une perte, un autre fait un gain ; et si le vendredi est malheureux pour l’un, il est heureux pour un autre, comme tous les autres jours.

Cette superstition est très-enracinée aux États-Unis. À New-York, on voulut la combattre il y a quelques années ; on commanda un navire qui fut commencé un vendredi ; on en posa la première pièce un vendredi ; on le nomma un vendredi ; on le lança à la mer un vendredi ; on le fit partir un vendredi, avec un équipage qu’on avait éclairé. Il ne revint jamais… Et la crainte du vendredi est à New-York plus forte que jamais.

Les chemises qu’on fait le vendredi attirent les poux[2] dans certaines provinces.


  1. La mort de Notre-Seigneur, la rédemption du genre humain, la chute du pouvoir infernal, doivent au contraire sanctifier le vendredi.
  2. Thiers, Traité des superstitions.