Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/LIBELLE

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Politicopolis (pp. 102-103).

LIBELLE : il vient de libellus, qui veut dire en latin petit livre, c’est presque toujours moins en françois. Dans l’ancien régime, l’homme assez ennemi de sa liberté pour coucher par écrit les turpitudes d’un ministre, d’un homme puissant ou de leurs maîtresses, étoit appellé un faiseur de libelles, & son œuvre une libelle séditieux, parce qu’alors on ne pensoit point encore au mot incendiaire, qui, chez les républicains, est le synonyme de séditieux. Auteur, imprimeur, libraire, colporteurs, tout ce qui avoit contribué à la publicité de l’œuvre inique, étoient jettés dans les cachots de la Bastille, d’où ils ne sortoient, en cas qu’ils sortissent, que quand l’homme aux turpitudes avoit enfin fait la culbute. L’ancien régime avoit tout exprès une meute, rue des Capucines, pour relancer les faiseurs de libelles & fauteurs d’iceux. Le capitaine d’équipage qui lâchoit cette meute étoit un certain d’H…, un vrai Nembrod, qui cependant faisoit grace aux libelles qui n’étoient que contre Dieu ou la révélation, moyennant quelques exemplaires qu’on vendoit à son profit : c’étoit ce qu’il appelloit la curée.

Dans le nouveau régime, le sens du mot libelle n’est pas aussi déterminé que dans l’ancien. Les aristocrates appellent libelles les Révolutions de Paris dites Prud’homme, les Révolutions de France de M. Camille du Moulin, l’Observateur, & quelques autres écrits en faveur de la liberté. Nous autres citoyens nous appellons libelles, les Actes des apôtres, l’écrit intitulé Ouvrez les yeux, les Déjeûners & les Dîners, qui ne méritent point cette qualification, parce qu’il n’est pas possible de les lire, &c. &c. Le Pacificrate dit : « il n’y a de vrai libelle que celui qui peut armer le frere contre le frere. Je lis de sang-froid tous ces chiffons, je ris rarement, je gémis souvent, & m’endors presque toujours ».