Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/SÉANCE

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Politicopolis (pp. 143-144).

SÉANCE : dans l’ancien régime, on ne disoit gueres que séance académique, pour exprimer le temps que trente ou quarante individus restoient à sommeiller dans un fauteuil, d’où ils ne se levoient la main ouverte que pour recevoir un ou plusieurs jettons qu’ils ne reçoivent plus au détriment de la belle littérature.

On entend aujourd’hui par séance le temps que les représentans de la nation restent assemblés sans désemparer la salle.

On dit que la séance s’ouvre, lorsqu’on la commence, & qu’elle se leve, lorsqu’on la termine. Beaucoup de séances ont été très-longues.

Une séance est tumultueuse, lorsqu’il y a plus que des bravo ou plus que des improbations.

Elle est orageuse, lorsqu’elle ressemble à celle du 13 février ; il y en a eu de périlleuses dans le mois de juin & premiers jours de juillet 1789 ; parce qu’on vouloit y introduire un quatrieme ordre qui opine du bras.

Jamais séance n’a été moins aristocrate que celle du soir du 5 octobre.

Une séance est intéressante lorsqu’il s’agit d’y réhabiliter une portion de la nation, qui n’a d’autre tort que celui de ne pas prier Dieu en latin.

Un séance est patriotique quand on la leve pour aller changer de boucles.

Elle est nationale, quand des prévaricateurs impatriotes y reçoivent le juste châtiment dû à leur rebellion.

Elle est mémorable enfin, quand Louis XVI l’honore de sa présence, & qu’il y paroît en pere qui visite ses enfans ; alors on se garde bien de la confondre avec celle du 23 juin, que la horde ministérielle, à l’agonie, appelloit impudemment séance royale.