Dictionnaire philosophique/Garnier (1878)/Université

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Éd. Garnier - Tome 20
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U.

UNIVERSITÉ.

Du Boulay, dans son Histoire de l’Université de Paris[1], adopte les vieilles traditions incertaines, pour ne pas dire fabuleuses, qui en font remonter l’origine jusqu’au temps de Charlemagne. Il est vrai que telle est l’opinion de Gaguin et de Gilles de Beauvais ; mais outre que les auteurs contemporains, comme Éginhard, Alemon, Reginon, et Sigebert, ne font aucune mention de cet établissement, Pasquier et du Tillet assurent expressément qu’il commença dans le xiie siècle, sous les règnes de Louis le Jeune et de Philippe-Auguste.

D’ailleurs, les premiers statuts de l’Université ne furent dressés par Robert de Corcéon, légat du saint-siége, que l’an 1215 ; et ce qui prouve qu’elle eut d’abord la même forme qu’aujourd’hui, c’est qu’une bulle de Grégoire IX, de l’an 1231, fait mention des maîtres en théologie, des maîtres en droit, des physiciens (on appelait alors ainsi les médecins), et enfin des artistes. Le nom d’université vient de la supposition que ces quatre corps, que l’on nomme facultés, faisaient l’université des études, c’est-à-dire comprenaient toutes celles que l’on peut faire.

Les papes, au moyen de ces établissements dont ils jugeaient les décisions, devinrent les maîtres de l’instruction des peuples ; et le même esprit qui faisait regarder comme une faveur la permission accordée aux membres du parlement de Paris de se faire enterrer en habit de cordelier, comme nous l’avons vu à l’article Quête, dicta les arrêts donnés par cette cour souveraine contre ceux qui osèrent s’élever contre une scolastique inintelligible, laquelle, de l’aveu de l’abbé Trithème, n’était qu’une fausse science qui avait gâté la religion. En effet, ce que Constantin n’avait fait qu’insinuer touchant la sibylle de Cumes a été dit expressément d’Aristote. Le cardinal Pallavicini relève la maxime de je ne sais quel moine Paul, qui disait plaisamment que, sans Aristote, l’Église aurait manqué de quelques-uns de ses articles de foi.

Aussi le célèbre Ramus, ayant publié deux ouvrages dans lesquels il combattait la doctrine d’Aristote enseignée par l’Université, aurait été immolé à la fureur de ses ignorants rivaux si le roi François Ier n’eût évoqué à soi le procès qui pendait au parlement de Paris entre Ramus et Antoine Govea. L’un des principaux griefs contre Ramus était la manière dont il faisait prononcer la lettre Q à ses disciples.

Ramus ne fut pas seul persécuté pour ces graves billevesées. L’an 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine d’Aristote ; défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses, à peine de punition corporelle ; et d’enseigner aucunes maximes contre les anciens auteurs et approuvés, à peine de la vie.

Les remontrances de la Sorbonne sur lesquelles le même parlement donna un arrêt contre les chimistes, l’an 1629, portaient qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote sans choquer ceux de la théologie scolastique reçue dans l’Église. Cependant la faculté ayant fait, en 1566, un décret pour défendre l’usage de l’antimoine, et le parlement ayant confirmé ce décret, Paulmier de Caen, grand chimiste et célèbre médecin de Paris, pour ne s’être pas conformé au décret de la faculté et à l’arrêt du parlement, fut seulement dégradé l’an 1609. Enfin, l’antimoine ayant été inséré depuis dans le livre des médicaments, composé par ordre de la faculté l’an 1637 la faculté en permit l’usage l’an 1666, un siècle après l’avoir défendu, et le parlement autorisa de même ce nouveau décret. Ainsi l’Université a suivi l’exemple de l’Église, qui fit proscrire, sous peine de mort, la doctrine d’Arius, et qui approuva le mot consubstantiel qu’elle avait auparavant condamné, comme nous l’avons vu à l’article Concile.

Ce que nous venons de dire touchant l’Université de Paris peut nous donner une idée des autres universités dont elle est regardée comme le modèle. En effet, quatre-vingts universités, à son imitation, ont fait un décret que la Sorbonne fit dès le xive siècle : c’est que quand on donne le bonnet à un docteur, on lui fait jurer qu’il soutiendra l’immaculée conception de la Vierge. Elle ne la regarde cependant point comme un article de foi, mais comme une opinion pieuse et catholique.



  1. Ce livre, écrit en latin et contenant un grand nombre d’actes et de documents, a pour titre : Historia Universitatis parisiensis, a Carolo imperatore usque ad annum 1600 (Parisiis, 1665-73, six vol. in-folio). L’auteur, César-Égaste du Boulay, était professeur au collége de Navarre, à Paris, recteur, greffier et historiographe de l’Université. (E. B.)


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